ADELINE PAULE, Standards & Certification Cocoa Officer, UTZ Certified

Si les grandes entreprises agroalimentaires respectent la durabilité du secteur et communiquent là-dessus, c'est vraiment gagnant !

Se spécialiser en économie de l'environnement ? Réaliser son stage de fin d’études dans un fond d’investissement spécialisé en projets forestiers ? Partir dans une coopérative de cacao au Pérou pour travailler sur les aspects sociaux et techniques ? Le travail dans une ONG ? La certification d'un système de production de cacao ou de café au sein de l'UTZ ?

2008 - 2012
Student, INA P-G (2008)

 

Juillet 2009 - Aout 2009

Diplomatic department assistant, Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la foret

Juin 2010 - Décembre 2010

Research assistant - Dairy Production Department, Lincoln University New Zeland

Janvier 2011 - Juillet 2011

Conseil en External Consultant, Acopagro - Cooperativa Agraria Cacaotera

Avril 2012 - Octobre 2012

Consultant MoringaFund, investment fund in tropical products, ONF International​

Janvier 2013 - Septembre 2013

Social Responsabilité Officer, ​Acopagro - Cooperativa Agraria Cacaotera

Octobre 2013 - Février 2014

Consultant, CEDISA​

Avril 2014 - Septembre 2014

Standards & Certification Coffee Officer, UTZ

Septembre 2014 - Aujourd'hui

Standards & Certification Cocoa Officer, UTZ

Le métier de vos rêves étant petit ? 

Je dois avouer ne pas avoir eu de métier de mes rêves étant petite. Je me souviens avoir voulu être égyptologue, avocate, médecin donc un joli mélange !

En un mot la vie à Amsterdam ?

Gezellig ! C’est un mot qu’on entend partout à Amsterdam, on pourra traduire par convivial, bonne atmosphère, sympa. Ca traduit assez bien la vie ici.

Un conseil pour les étudiants ?

Persévérance. Si un étudiant a un rêve ou projet qu’il/elle veut réaliser, c’est avec persévérance qu’il/elle y arrivera.

Pourquoi avez-vous décidé d’entrer à l’agro ? Quels sont vos souvenirs de vos premières années de formation ?

 

Il y a une chose qui m’a particulièrement plu au lycée, c’est la pluridisciplinarité et c’est quelque chose que je voulais retrouver dans mes études. J’ai donc tout de suite pensé à partir en prépa. J’étais assez douée en biologie, et j’aimais les matières scientifiques, je me suis orientée vers la BCPST pour cette simple raison. Je n’avais pas, comme certains, le rêve de devenir vétérinaire ou d’être agro.

A Grignon, en première année, ce qui m’a beaucoup marqué, c’est la vie sociale, surtout après la prépa ! C’est important d’avoir un bon groupe d’amis. En deuxième année, c’est le salon de l’agriculture qui a particulièrement attiré mon attention, j’étais dans l’équipe organisatrice : j’étais la secrétaire et je m’occupais du stand AgroParisTech, ce fut une très bonne expérience de travail en équipe ! Je me souviens également de mon projet de fin de deuxième année, j’avais choisi un projet sur le développement agricole, c’était assez intensif et intéressant. Nous étions partis tous ensemble dans la Nièvre afin d’établir des diagnostics géographiques, des diagnostics des sols.

 

Au cours de votre césure, vous vous adonnez dans un premier temps à la recherche. Quelles conclusions en avez-vous tirées ? Vous partez ensuite au Pérou dans une coopérative, quel était votre rôle ?

 

Je suis partie en césure, 6 mois en Nouvelle Zélande pour un stage de recherche appliquée dans le domaine laitier pour essayer d’approcher le monde de la recherche, qui, à l’époque m’attirait. Je devais m’intéresser au régime alimentaire des vaches et à leur production d’azote. Pour cela je devais récolter l’urine et selles des vaches afin de les analyser et de tirer des conclusions. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que lorsqu’on mène des projets de recherche, on est souvent livré à soi-même.

Pour ma deuxième partie de césure, je voulais améliorer mon espagnol alors je suis partie au Pérou pendant 6 mois. Je travaillais dans une coopérative de cacao. J’étais avec une camarade de l’agro et nous travaillions toutes les deux sur l’aspect social de la coopérative : comment renforcer la structure de la coopérative, la fidélité des producteurs. Nous tentions de diagnostiquer les problèmes qu’il y avait avec les producteurs, et selon les résultats, nous essayions de trouver des solutions adaptées.

 

 

Vous choisissez de vous spécialiser en économie de l’environnement. Pourquoi ce choix ? Racontez-nous votre stage de fin d’étude réalisé dans un fond d’investissement spécialisé en projets forestiers.

 

Je suis revenue à Paris pour terminer mon cursus, et je me suis spécialisée en économie de l’environnement (EDDE). J’avais choisi cette spécialité car j’avais beaucoup aimé les cours de micro et macro économie qui avaient été dispensés en première et deuxième année d’école. Avec le recul, je me dis qu’il y avait trop de recherche dans cette spécialité, et que la spécialité Gestion de l’innovation et performance des entreprises aurait pu être plus adaptée à mon projet mais j’ai beaucoup aimé EDDE qui dispense des cours de qualité.

J’ai fait mon stage de fin d’étude à Paris, dans un fond d’investissement qui finance des projets agroforestiers. Mon travail était de faire des études de marchés des cultures et de déterminer si elles étaient adaptées à un système agroforestier donné. Je réalisais un travail en amont qui permettait ensuite, après évaluation des business plan, de savoir dans quel projet il était, pour le fond, intéressant d’investir. Je travaillais notamment sur le manioc, le cacao, le café…

 

Une fois diplômée, vous décidez de repartir au Pérou dans la coopérative où vous aviez fait votre césure puis vous travaillez ensuite pour une ONG, quel était le but de votre travail ? Le fait d’avoir déjà travaillé dans une coopérative et de connaître le secteur du cacao, vous a-t-il aidé dans vos missions ?

 

Après ma soutenance de stage de fin d’étude, je suis repartie au Pérou pour travailler dans la même coopérative que celle de ma césure. J’ajoutais aux missions que j’avais menées un an auparavant tout un volet assistance technique.

Ensuite j’ai travaillé pour une ONG, sur un projet financé par l’organisation ‘Global Canopy’. Le but était de tourner toute une région du Pérou vers un système plus durable (sur le plan forestier, agricole et communautaire). Je m’occupais en particulier du pôle agriculture. J’ai travaillé plus spécifiquement sur la chaine de valeur de cacao, j’allais voir les experts locaux pour analyser la situation actuelle et pour la projeter dans 20-30 ans. C’était tant sur l’aspect économique que sur l’aspect environnemental. Nous essayions d’augmenter la productivité, les surfaces (tout en faisant attention à ce qu’elles n’entrent pas en conflit avec d’autres espaces comme les espaces forestiers par exemple) et le coopérativisme.

 

Pourquoi aviez-vous décidé de quitter la coopérative pour intégrer une ONG ?

 

Les conditions de travail de la coopérative ne me convenaient pas toujours. J’aimais beaucoup le travail sur le terrain, la visite des petits villages, je m’entendais très bien avec les équipes qui, comme moi, allaient sur le terrain. En revanche, l’ambiance dans le bureau était un peu difficile j’avais quelques soucis et notamment des problèmes de machisme qui m’ont poussée à quitter la coopérative. Ce n’est pas évident pour une jeune fille de travailler là-bas !

Au sein de l’ONG les conditions de travail étaient très bonnes et les projets très intéressants ! Dans une ONG les personnes sont très impliquées, en revanche le salaire est souvent moins important que dans le privé.

 

De l’ONG à un poste de Standard & Certification Officer chez UTZ. Parlez-nous de ce programme de développement durable !

 

Je n’avais qu’un travail à durée limité au sein de l’ONG, j’ai donc commencé à chercher de nouvelles opportunités et j’ai trouvé une offre pour travailler sur les normes et les certifications du café à Amsterdam. J’ai été prise tout d’abord en remplacement de congé maternité puis j’ai basculé dans la division cacao, au sein de laquelle je travaille encore.

UTZ est l’un des trois plus importants programmes de certification au monde pour le café, le cacao et le thé. Un tiers de tout le café commercialisé de façon durable à l’échelle mondiale est certifié UTZ. Les producteurs certifiés doivent se conformer à un Code de conduite, c’est-à-dire à un ensemble de critères économiques, sociaux et environnementaux reconnus sur la scène internationale. Les denrées produites selon ces Codes répondent aux critères de production responsable, tels que la protection des droits du travail, l'utilisation responsable des produits agrochimiques, les normes pour la gestion agricole efficace et l'accès à l'éducation et la santé.

 

Comment un producteur peut-il devenir certifié ?

 

Un producteur contracte un organisme de certification, celui-ci va vérifier la conformité du système de production de l’agriculteur. Point par point, il va vérifier que tous les critères inscrits dans le Code de conduite sont bien respectés. Les décisions finales de certification sont prises par cet organisme de certification, une entreprise tierce et, nous devons nous assurer que ce tiers respecte bien le protocole et qu’il connaît bien les critères.

 

Pourquoi UTZ ne prend-il pas directement la décision ?

 

Nous avons un intérêt à avoir une offre de produits la plus grande possible. Nous élaborons la charte, donc si nous allions sur le terrain pour certifier un producteur nous aurions tout intérêt à ce qu’il le soit. Notre travail ne serait alors pas très objectif.

Notre département est un peu celui de la police. Nous nous assurons de la crédibilité de nos programmes et que les critères soient suivis. Il y a beaucoup d’attention des médias sur le monde de la certification en général : Il y a-t-il réellement un impact au niveau du producteur ? est-ce que les pays du nord profitent de cette situation pour gagner l’argent des pays du sud ?

 

A quel moment du cycle de production certifiez-vous les produits ? Pourquoi ?

 

Nous certifions avant la récolte en nous basant sur des estimations très précises de récolte que nous confrontons avec les tendances actuelles. Cela implique une grande vigilance : un des risques est qu’un producteur vende avec notre label un produit qu’il n’a pas produit de façon responsable, si l’estimation de départ est erronée. Par exemple, admettons que nous certifions une coopérative pour 200 000 kilos de cacao. Si l’estimation est erronée, il se peut que la coopérative ne produise, selon les bonnes pratiques, que 100 000 kilos. A ce moment, il se peut qu’elle décide d’acheter 100 000 kilos conventionnel et qu’elle les vende sous le certificat ! C’est pour ne pas avoir de telle situation que nous sommes très vigilants.

La coopérative estime le volume, et l’organisme de certification vérifie que l’estimation est correcte en confrontant, entre autres, les estimations avec les tendances actuelles. Nous devons également nous assurer de la traçabilité du produit, qu’il vienne bien de la coopérative, on a pour cela une charte de traçabilité.

 

Quelle est votre mission au sein de UTZ ?

 

J’en mène plusieurs. Je révise le Code de conduite. Il doit être compréhensible et clair sur chacun des critères et il doit garantir une production responsable. Je participe aussi à la crédibilité des estimations de rendements du cacao au niveau mondial et je suis en charge des questions liées à la prime payée aux producteurs. Enfin, je m’occupe de la formation des organismes tiers à nos protocoles et j’entretiens les relations avec ces derniers.

 

 

Quelle est la tendance actuelle dans le milieu de la certification ?

Nous sommes dans un système de consommation de masse, nous voulons apporter la durabilité. Pour cela une stratégie est de viser les grandes entreprises agroalimentaires, s’ils respectent la durabilité du secteur et qu’ils communiquent là-dessus, cela est vraiment gagnant ! Si tu veux changer le secteur du cacao, sans considérer Cargill par exemple, qui est un des acteurs du cacao les plus importants, l’impact sera moindre. Et les consommateurs ne regardent pas les logos sur un produit, ou ne savent pas forcément ce qu’il y a derrière la durabilité des produits. Les consommateurs ont l’habitude de regarder une marque et s’ils savent que la marque est inscrite dans une démarche de développement durable cela sera un atout !

L’intérêt économique pour les grandes marques d’être certifiées ? La réputation ! Si elles commercialisent des produits qui sont issus de mauvaises pratiques, cela est très dangereux pour leur image.

 

Pouvez-vous nous parler de la pénurie du cacao annoncée ?

 

Effectivement, en ce moment, la production en Côte d’Ivoire (qui est un des plus gros pays producteurs) est en baisse. Les plantations sont assez âgées, les producteurs le sont également (moyenne d’âge 55 ans) et ils rencontrent de grandes difficultés à attirer les jeunes pour reprendre leurs plantations… Les conditions de travail sont difficiles : les petits producteurs sont nombreux, ils ont un rendement faible, c’est une culture qui a besoin de beaucoup de travail, de main d’œuvre, car rien ne peut être automatisé, l’élagage et la récolte prennent beaucoup de temps.  De plus, les pays émergents apprécient de plus en plus le cacao. L’offre va baisser et la demande va augmenter… Mais cela fonctionne par cycle. A un moment donné, la valeur du cacao va augmenter, les producteurs planteront plus de cacao et l’offre ré augmentera !

 

Aimez-vous travailler à Amsterdam ?

 

Le travail ici est très agréable, tes collègues sont un peu comme ta famille ! A Amsterdam, nous travaillons 40 heures par semaine. A 17h30, le bureau est vide ! Ce n’est pas la course à celui qui reste le plus tard au travail, l’important c’est d’être efficaces dans la journée !