Alexandra Barnoux, Deputy Director for International Affairs, International Engineering School (ISE), Bangkok

"Retisser le lien social, rendre les gens responsables, leur redonner ce pouvoir d’agir c’est redéfinir la société, re-répartir les pouvoirs et ne plus voir l’Etat comme l’entité qui dirige tout."

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2009 - 2011
Agrocampus Ouest

Ingénieur Agronome (M2) Spécialité nutrition humaine

2011 - 2012
AgroParisTech - Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement

Spécialité en nutrition humaine

2013 - 2014
CELSA - Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication

Management de la communication (en apprentissage)

Mars 2012 - Sept 201é

Assistante chef de produit pour des compléments alimentaires URGO

Région de Dijon, France

Août 2013 - Oct 2014

Chargée de projet événementiel Ecole Polytechnique

Palaiseau, France

 

Fev 2015- Fev 2017

Chargée de projet de coopération universitaire et scientifique

Ambassade de France en Thaïlande

Bangkok, Thaïlande

Juil 2017 - mai 2018

Deputy Director for International Affairs, International Engineering School (ISE)Chulalongkorn University

Bangkok Metropolitan Area, Thailand

Je m’appelle Alexandra Barnoux, j’ai fini l’Agro en 2012. J’ai fait mes deux premières années à Rennes et ma spé à Paris. Cela fait trois ans que j’habite à Bangkok. Avant cela, j’étais en France.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire l’Agro ?

Initialement, j’avais envie de m’occuper des animaux en savane et c’est pour cela que j’ai préparé le concours véto via une classe préparatoire. J’ai fait 5/2 pour avoir véto et cela m’a beaucoup appris. Entre temps, j’avais fait un stage vétérinaire en ville car j’étais assez réaliste sur le nombre de places proposées pour aller travailler en savane. Je voulais savoir à quoi m’attendre. Je me suis aperçue que la gestion de l’émotionnel du client était presque plus importante que le soin aux animaux. Ce n’était pas pour moi. Je voulais aussi éviter la routine. J’ai donc choisi l’agro pour garder plus de portes ouvertes.

Une fois à l’Agro, comment vous êtes-vous orientée ?

Je me suis beaucoup ennuyée pendant la première année en comparaison de la prépa. En deuxième année, je suis partie en pré-spécialisation « recherche ». Quand est venue la période des stages, j’étais intéressée par la nutrition au sens large, la communication et la recherche. Du coup, au lieu de faire 6 mois de stage en recherche, j’ai décidé de couper mon temps en deux. J’ai fait trois mois au Danemark sur le bien-être des visons en cage et trois mois dans une agence de communication en nutrition et santé à Laval en France. Les deux stages m’ont beaucoup apporté.

Le Danemark m’a beaucoup plu : j’étais au milieu de nulle part en plein hiver, c’était merveilleux ! J’habitais dans une maison pleine de thésards de nationalités différentes ; j’ai vraiment fait de très belles rencontres. Je suis arrivée sur un programme expérimental qui était déjà en cours.  Mon stage se concentrait sur l’analyse statistique des comportements anormaux enregistrés 24h/ 24 pendant plusieurs jours. Ce stage a été très enrichissant mais, il ne m’a pas convaincue de faire de la recherche une carrière. Je voyais les analyses statistiques comme rébarbatives et je ne me sentais pas à l’aise.

Au final, j’ai choisi le cursus agroalimentaire. J’avais un très bon prof qui m’a motivée à me diriger dans cette direction. Il m’a aidée sur le choix de ma spécialité car je voulais toujours rester dans le domaine de la nutrition, de préférence humaine. Je me suis donc retrouvée à Paris en spé NUTRI. Je m’attendais à ce qu’on donne une place plus importante à la dimension humaine, sociologique. L’enseignement dans ces domaines ne donnait qu’un avant-goût. Les cours étaient axés sur la physiologie et sur d’autres éléments beaucoup plus scientifiques. Les projets qui m’ont le plus intéressée étaient des projets de groupe, notamment sur le marketing et la communication. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment trouvé quelque chose qui me plaisait. J’ai fini ma formation et je suis entrée dans le monde actif, avec pour objectif de travailler dans le secteur de la nutrition-santé. J’ai cherché pendant pas mal de temps : j’avais la dimension scientifique et il me manquait une légitimité en communication.

Après l’école, quel a été votre parcours ?

J’ai postulé pour un VIE et j’avais été contactée pour partir aux Etats-Unis. J’avais réussi un premier entretien où je leur avais dit qu’il me fallait une réponse rapidement car, entretemps, j’avais aussi passé les concours pour une école de communication : le CELSA. J’ai été contactée pour un deuxième entretien pour le VIE mais trop tard : j’étais acceptée au CELSA et je voulais y aller. J’y ai rencontré des personnes différentes de celles que j’avais connu ces dernières années, à la fois très ouvertes et faisant preuve d’une approche plus sociologique qui m’avait manqué à l’agro. C’était la prise en compte de l’individu dans tout ce système scientifique que j’attendais finalement. Je pense que, d’une certaine façon, la science est une croyance comme une autre derrière laquelle les gens se cachent parfois. En nutrition, certaines dérives sont alarmantes et cela donne des comportements alimentaires complètement déréglés. Je voulais comprendre de quelle façon la nutrition s’inscrivait dans une dynamique globale : pourquoi le consommateur sélectionne un produit plus qu’un autre et dans quel contexte (personne, social, environnemental) ? Je voulais comprendre à la fois le consommateur et le citoyen pour mieux appréhender le monde dans lequel nous vivons. Pour moi, c’était cela devenir ingénieur agronome et c’est cela qui m’a manqué. Je voulais plus d’application.

J’ai choisi de réaliser mon apprentissage en communication à l’Ecole polytechnique, dans le domaine de l’événementiel. J’ai aidé cet établissement à organiser la fête de la science 2014. C’était un travail de coordination stimulant ma curiosité et me conduisant à m’intéresser à des sujets inconnus. L’évènement se préparait sur une année, avec une dimension régionale. J’ai beaucoup appris et j’étais très contente de l’expérience tant au niveau professionnel qu’au niveau personnel.

J’ai fini en octobre et en janvier, j’avais un VIA en Thaïlande en tant qu’attachée de coopération scientifique et universitaire. Sur la première année, j’étais la référente de l’ambassade pour la COP21. Il fallait suivre l’actualité. Il y avait beaucoup d’événements à organiser et du rédactionnel au travers de tribunes, de notes et de discours. La deuxième année, sous la direction de l’Attaché de coopération scientifique et universitaire, j’ai appris à soutenir la création et/ou le maintien de liens entre les chercheurs français et thaïlandais dans les différentes universités pour favoriser la coopération. Nous nous occupions également de programmes de bourses délivrées par le gouvernement français. Il y en avait un que l’on gérait localement : de la diffusion de l’appel à candidature à la sélection des candidats, en passant par les interviews. Le but était de donner à ces étudiants une expérience à l’international, une éducation « à la recherche par la recherche». Cela fait partie du rayonnement culturel. J’ai appris à vivre en ambassade, à en comprendre les codes et à comprendre son importance. L’expatriation en travaillant en ambassade est une expérience privilégiée.

Après cela, j’ai dû faire un choix de vie : rester ici avec mon compagnon japonais ou bien changer. J’ai trouvé un travail grâce à mon réseau. Ici, tout fonctionne par réseau. J’ai commencé en juillet de l’année dernière dans une grande université et, suite à une démission, je termine dans deux semaines.
Je souhaite quitter la Thaïlande et pour l’instant, je rentre donc en France.

Quelles problématiques avez-vous rencontré en Thaïlande ?

La culture thaïlandaise m’a semblé très hermétique. Même après plusieurs années et des efforts pour fréquenter plus les thaïlandais, j’évoluais beaucoup plus dans un environnement d’expatriés. Le travail m’a amené à relever des challenges intéressants dont l’apprentissage de la patience et de la hiérarchie thaïlandaise. Respecter une autre culture et essayer de la comprendre peut s’avérer difficile au quotidien. Les rythmes de travail et la façon de faire sont très différents de la France. Les actions de dernières minutes sont nombreuses dans certaines organisations.

J’ai dû désapprendre pour mieux apprendre, pour comprendre la culture qui m’accueillait et m’adapter. J’ai appris à changer mon regard sur mon travail, sur mes attentes et sur mes objectifs. Parfois, je doutais de l’utilité de mon action, de mon impact... Les Thaïlandais ont une autre approche de la vie : la notion de problème est différente. Tant qu’il n’est pas formulé, il n’existe pas vraiment.  

L’omniprésence du plastique m’a choquée. Peu ou pas de campagne de sensibilisation sont mises en place par le gouvernement ou la société civile. Le tri est loin d’être automatique. Le recyclage n’est pas fait à domicile mais par les collecteurs de déchets. Ces personnes revendront le papier et le plastique pour s’assurer un complément de revenu. Consommer responsable n’a pas encore atteint le collectif qui reste sur une dynamique de pays en développement, avec une classe moyenne croissante.


Quels sont les enjeux du futur selon vous ?

Pour moi ce qui est important, c’est d’informer et de redonner du pouvoir au citoyen. Tous les mouvements comme « la ruche qui dit oui », les initiatives solidaires, l’essor des circuits courts et des systèmes de recyclage et de réutilisation … Tout cela prend de plus en plus d’importance et montre que le citoyen peut agir, qu’il a un impact sur son quotidien et son environnement immédiat.

Les citoyens entendent parler tous les jours du changement climatique et peuvent se sentir impuissants.  Ce type d’initiatives leur montre qu’ils peuvent agir. Même de « petites » actions impactent une communauté qui, à son tour, en impactera d’autres. Le gouvernement est très centralisé en France et il peut y avoir une attitude passive de la population mais cela change depuis plusieurs années et je suis convaincue que cela va continuer. Je pense aussi que la logique du  consommer « plus » va progressivement être remplacée par celle du consommer « mieux » ou plus « responsable » (mouvement déjà initié). Retisser le lien social, rendre les gens responsables, leur redonner ce pouvoir d’agir c’est redéfinir la société, répartir les pouvoirs et ne plus voir l’Etat comme l’entité qui dirige tout.

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ?

Mes conseils sont donc : osez, sortez. Osez sortir du chemin tracé. Cela n’a pas besoin d’être un énorme risque dès le départ. J’ai un profil mixte, où est mon expertise ? Ce n’est pas grave, j’essaye. Nous allons travailler longtemps et nous ne savons pas ce qu’il va advenir de la retraite alors, il faut se faire plaisir en travaillant. Rester dans un travail où l’on ne s’épanouit pas et où on meurt à petit feu, peut tuer tout le reste. Il faut prendre le temps de vivre mais aussi prendre des risques à son échelle avec son timing.

Ingénieur - Bangkok - communication - nutrition - coopération scientifique -  

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