ALEXANDRE FARION, CEO, Veolia Energy Pologne

Je me rend compte aujourd'hui que j'ai fait des choses très différentes au cours de ma carrière

Très tôt une volonté de partir à l'étranger ? Choisir son stage en fonction des opportunités de travail à l'étranger ? Commercial pour vendre des logiciels pour les agriculteurs ? Directeur d'une business unit en Pologne à 28 ans ? Découvrir la République Tchèque en tant que directeur pays chez Evialis ? Patron d'entreprise depuis plus de 10 ans ? 

1994 - 1997
Etudiant, INA P-G (94)

 

1997 - 1998

Commercial, Isagri

1998 - 2000

Ouverture d'une filiale aux Pays-Bas, Isagri

 

2000 -2003

Directeur adjoint d'une des 3 business unit d'Evialis, Pologne

2003 - 2005

Directeur Evialis République Tchèque

 

2005 - 2007

Directeur marketing et ventes Evialis Pologne

2007 - 2011

Directeur Dalkia Energy & Technical Services, Pologne

2011 - 2014

Directeur Dalkia Term, Pologne

2014 - Aujourd'hui

Directeur Veolia (ex Dalkia) Energia Poznan, Pologne

Quel a été votre cursus ? Avez-vous toujours eu cette envie de partir à l’étranger ?

Dès ma première année à l’agro, je suis parti six semaines dans une ferme au fin fond de l’Iowa : au début cela a été assez dur, je ne comprenais rien (rire) ! Pour continuer à perfectionner mon anglais, j’ai décidé de partir en Erasmus en 2ème année. A l’époque, nous étions très peu à faire ce choix, il fallait un peu se battre. Je suis parti à Dublin où je suis resté 3 mois.

Pour mon stage de fin d’étude, je cherchais une entreprise qui pourrait ensuite m’envoyer à l’étranger pour ma coopération (il y avait encore le service militaire). Je suis allé chez Isagri, une entreprise de conception de logiciels pour les agriculteurs. Je devais réaliser le plan d’adaptation d’un logiciel aux nouvelles contraintes du marché, en rencontrant les agriculteurs pour comprendre leurs besoins.

 

Vous aviez choisi un stage de fin d’étude en fonction des ouvertures que celui-ci pouvait vous donner. Pourquoi tout ne s’est pas passé comme prévu ? Comment cette expérience de commercial chez Isagri en France s’est-elle révélée être une des meilleures de votre vie ?

En effet, comme très souvent, les choses ne se passent pas comme vous l’aviez prévu ! Au bout de six mois de stage, ils m’ont embauché mais ils n’avaient pas de poste disponible à l’étranger dans leurs filiales espagnole, italienne. Ils m’ont alors appris le métier de commercial : une des meilleures expériences de ma vie même si cela a été difficile ! Ils m’ont donné un téléphone, une voiture et une base de données d’agriculteurs et pendant dix mois j’ai parcouru la région parisienne pour vendre le logiciel aux agriculteurs ! Isagri m’a vraiment formé aux techniques de rendez-vous, d’appels, de gestion des conflits etc. Et au final cela m’a servi dans beaucoup d’autres domaines !

Honnêtement au début, c’était une catastrophe (rire) ! Pendant trois mois, je n’ai rien vendu et je me rappelle encore du patron qui m’avait dit au détour d’un escalier « Alexandre, qu’est-ce que tu attends pour vendre ? ». Je n’étais pas très fier sur le coup et puis j’ai appris.

 

Vous continuez ensuite chez Isagri et partez enfin à l’international, aux Pays-Bas, l’entreprise y avait fait une joint-venture, une réussite et un échec à la fois pour l’entreprise et pour vous comment s’est conclue cette expérience ?

Au bout de dix mois, ils m’ont envoyé au Pays-Bas. Isagri venait de réaliser une joint-venture avec une petite société hollandaise de cinq personnes : ils avaient les logiciels sur le monde animal et nous avions ceux sur le monde végétal. Un des objectifs, était notamment de créer un nouveau logiciel franco-hollandais. Cela a été à la fois une réussite et un échec ! Le logiciel pour le monde végétal a fait un « carton » dans les exploitations hollandaises. Cette progression a été facilitée par le fait que tous les agriculteurs parlaient anglais et les hollandais étant en général très pragmatiques, les décisions étaient très rapides. Dans la démarche d’Isagri, un réseau d’agriculteurs était ensuite mis en place : ils devenaient des correspondants assurant la formation et le suivi (en échange d’une commission). Mais en ce qui concerne la collaboration technique, cela n’a pas du tout fonctionné. Les méthodes de travail et les cultures des deux entreprises étaient vraiment très différentes.

Finalement, Isagri a revendu ses parts et ils m’ont laissé sur place pour assurer le fonctionnement de leur filiale (à l’époque nous avions 150 clients sur place) ! Je me suis retrouvé dans ma chambre d’étudiant, sans fax, à devoir assurer les rôles de commercial, directeur, assistant, technicien, comptable etc. Une super expérience pour le coup, grâce à laquelle j’ai énormément appris ! Puis j’ai recruté des personnes et au bout de deux ans je suis parti, je voulais changer.

 

La Pologne était un pays qui vous attirait, comment avez-vous réussi à décrocher une opportunité là-bas ?

Mon frère était marié à une polonaise et il y avait toujours la barrière de la langue, véritable frein à la communication. Je me suis alors dit : prochaine destination la Pologne ! J’ai appelé l’ambassade pour avoir la liste des entreprises françaises. Pour l’anecdote, la personne que j’avais eu au téléphone pour avoir cette liste avait été un peu réticente à me la donner en apprenant que je ne parlais pas polonais : « c’est impossible de trouver du travail sans cela » m’avait elle-dit ! Finalement, j’ai envoyé des candidatures spontanées partout et j’ai reçu une réponse ! Evialis, un des leaders dans la nutrition animale, avait une filiale sur place et ils recherchaient un responsable commercial. Quand j’y repense, c’était un sacré challenge : je ne connaissais pas ce domaine, pas la langue et pas la culture !

Pourquoi ai-je été pris ? Je pense qu’au niveau commercial j’étais bien armé. Et je remercie d’ailleurs Isagri de m’avoir formé et je leur tire mon chapeau ! Ils m’ont donné beaucoup de responsabilités et c’était une vraie école de vie. Maintenant que j’en ai, j’essaye aussi de donner cette chance aux jeunes !

Au début c’était génial : nouveau pays, nouveau travail. Puis les choses se compliquent avec le choc culturel, mais, progressivement j’ai appris le polonais ! Une différence dans la façon de travailler ? Les horaires : ils commencent à 7h, mangent sur le pouce et finissent à 15h30 ! C’est à nous de nous adapter et pas l’inverse. Apprendre la langue aide énormément même au niveau personnel : les gens apprécient l’effort !

 

De la Pologne à la République Tchèque : une proposition qui vous donne du fil à retordre, pourquoi avez-vous hésité ?

Au bout de trois ans, le patron de la région Europe Centrale, qui m’avait recruté, m’a proposé de reprendre la République Tchèque, filiale de quinze personnes. Je venais de rencontrer celle qui allait devenir ma femme, je me sentais bien en Pologne donc au début j’ai refusé. Puis à force d’insister, j’ai fini par accepter. Et au final je me rappelle que le jour de son départ du groupe Evialis, je l’ai remercié d’avoir insisté !

Me voilà donc parti pour la République Tchèque : super beau pays ! Prague est très connu et c’est une très belle ville mais tout autour le patrimoine culturel est vraiment superbe, il y a des châteaux partout. En parlant déjà le polonais, en deux trois mois je parlais le tchèque. Je me suis retrouvé, à 28 ans, directeur d’une « business unit » ! L’équipe sur place était très bien mais l’entreprise perdait de l’argent. Je me suis rendu compte qu’il manquait un chef d’orchestre : nous avons redynamisé la partie commerciale. J’étais directeur pays donc j’ai commencé à approcher la logistique, les ressources humaines etc.

 

Vous décidez ensuite de revenir en Pologne pour des raisons personnelles, et après deux ans vous partez chez Dalkia ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Au bout de six mois, ma femme est repartie en Pologne pour être notaire. Nous faisions sans cesse des allers retours. Je suis resté là-bas trois ans puis j’ai demandé à revenir en Pologne. Ils m’ont nommé responsable commercial et marketing pour l’ensemble des business unit de Pologne. A peine étais-je arrivé, que je devais déjà repartir à 300 km de Varsovie, pour m’occuper d’un problème dans une usine pendant trois mois ! Puis ces trois mois, sont devenu presque deux ans (rire). Au bout d’un moment, j’en ai eu assez de ne pas être avec ma famille.

A la même période, j’ai repris contact avec un ami de ma promotion qui était aussi à Varsovie et qui m’a parlé de Viadeo. Grâce à cette plateforme je suis entré en contact avec un autre agro, basé à Poznań et qui était directeur financier chez Dalkia (filiale de Veolia environnement). J’avais suivi la spécialité environnement à l’agro, et j’avais envie de reconnecter avec ce monde-là. Nous nous sommes rencontrés et il m’a fait part des projets de centrales à biomasse de Dalkia.

Dalkia est une entreprise qui possède de grosses centrales de production de chaleur et d’électricité ainsi que des réseaux de distribution pour chauffer les villes. Ils utilisaient beaucoup de charbon et ils souhaitaient diminuer la part de charbon en passant sur de la biomasse. Mon profil environnement pouvait donc les intéresser !

Dalkia vous propose de vous aider à trouver « LE » métier que vous vouliez exercer dans l’entreprise. Comment êtes-vous finalement devenu patron d’une partie de l’entreprise ?

Après de nombreux rendez-vous, on m’a finalement annoncé que le poste sur les biomasses était pourvu mais que mon profil les intéressait pour ma vision plus globale et mon orientation business. Ils m’ont donc proposé de passer quatre mois à faire la tournée des sites d’une de leur business unit et à rencontrer tous les employés pour découvrir le métier ! C’était vraiment du luxe. A la fin, j’ai présenté un rapport d’étonnement devant le grand patron et celui-ci m’a dit « est-ce que cela vous intéresserait de reprendre cette business unit ? ». Je pense qu’ils avaient cette idée derrière la tête depuis le début !

Il y avait la partie production et distribution de chaleur et d’électricité, et la partie outsourcing et services énergétiques (pour le compte d’industriels ou dans le secteur tertiaire, réaliser l’optimisation et la vente de services énergétiques).  Je suis donc devenu CEO de l’entreprise d’outsourcing ! En presque quatre ans, nous sommes passés de 150 à 330 employés : un super développement avec des équipes géniales ! Je continuais mon ambition d’être patron d’une entreprise comme en Republique Tcheque, c’était super intéressant !

 

Le contexte et les rachats opérés par Véolia vous conduisent à vous spécialiser en énergie, quel est votre rôle actuellement ?

 

Veolia a ensuite racheté le réseau de chaleur de Varsovie et il y a donc eu des modifications au niveau du top management. Je suis devenu patron d’une entreprise de 600 personnes, 60 millions de chiffre d’affaires. Cette fois-ci, j’entrais vraiment dans le métier de l’énergie : c’était une holding actionnaire d’une quinzaine d’entreprises propriétaires de nombreux réseaux de chaleur partout en Pologne (des centrales, des chaudières à charbon, à gaz ou à biomasse).

J’ai changé tous les trois ans en fait ! Aujourd’hui et depuis presque deux ans maintenant, je suis patron des deux entreprises présentes à Poznań : environs 1000 employés, 180 millions de chiffre d’affaires. J’apprends tous les jours, je travaille avec des spécialistes et mon rôle est de mettre en valeur leurs compétences et de les animer !

Au final, je me rends compte aujourd’hui que j’ai fait beaucoup de choses très différentes : des logiciels pour les agriculteurs, en passant par l’alimentation animale, l’outsourcing et aujourd’hui la production d’énergie !

 

 

Finalement, que vous a apporté l’agro dans votre vie professionnelle ?

A l’agro, nous avons la chance de découvrir des sujets très variés ! Ce que j’en retiens en particulier ce sont les projets, des personnes différentes allient leurs compétences pour atteindre un but précis : l’agro nous apprend le travail en équipe ! Les activités en parallèle des cours m’ont également permis de découvrir d’autres choses (forum vitae, sport…).

Et grâce à l’agro, j’ai eu la chance de partir à l’étranger très tôt et plusieurs fois au cours de ma formation. En bref c’est l’ouverture ! J’en garde un très bon souvenir, surtout de Grignon !

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