ANNE BRANTHOMME, Forestry Officer, FAO

Mettre en avant mon expertise technique me permettait d'asseoir

ma crédibilité

Accéder au statut d'ingénieur forestier en intégrant la FIF-ENGREF ? Travailler avec l'ICRAF pour caractériser les paysages de déforestation et de fragmentation des forêts ? L'évaluation des ressources forestières mondiales à la FAO ?

Spécialisée en inventaires forestiers et analyse de donées ? Participer au programme ONU-REDD ?

Travailler au sein d'équipes multiculturelles dans une organisation historique, la FAO ?

1994  -1997
Student, ENGREF-FIF (94)

 

1996 - 1997

Trainee, World Agroforestry Centre, CIRAD

 

1998 - 2000

Associate Professional Officer, Forest Resources Assessment, FAO

 

2000 - 2002

Consultant, Forest Resources Assessment, FAO

 

2002 - Aujourd'hui

Forestry Officer, FAO

 

Le métier de vos rêves étant petite ?

Ethnologue

 

Un conseil pour les étudiants ?

Suivre ses passions, être capable de s'adapter aux opportunités et au monde qui change

 

En un mot la vie à Rome ?

Une ville avec un fort poids culturel, un très grande histoire et beaucoup de traces du passé ! C'est aussi bien manger, avoir du soleil et être proche de la France !

Pourquoi avez-vous intégré la FIF-ENGREF ?

 

J’ai toujours été intéressée par les milieux tropicaux, je pense que je m’en suis rendue compte à l’âge de 15 ans. D’origine martiniquaise, j’allais à cet âge-là visiter les forêts de Martinique et j’adorais cela ! J’ai donc choisi d’étudier à la FIF-ENGREF pour accéder au statut d’ingénieur forestier. Mon parcours était composé d’un cursus généraliste et d’une spécialisation sur les milieux tropicaux que j’ai suivie à Montpellier. Au cours de cette formation, j’ai pu effectuer deux stages, l’un en Guyane, à Kourou, pendant lequel j’ai réalisé un inventaire des mangroves, et l’autre en Afrique, au Cameroun, où j’ai conduit une étude socio-économique sur l’utilisation d’une espèce d’arbre, le Moabi.

 

J’ai beaucoup aimé cette spécialisation, nous étions peu nombreux et venions d’horizons différents. Ce groupe multiculturel donnait lieu à des échanges d’une grande richesse. De plus, la formation dispensée était très pratique nous allions régulièrement sur le terrain : c’est quelque chose d’essentiel et un atout précieux. Encore aujourd’hui cet aspect pratique de mes études m’est très utile.

 

Vous réalisez votre mémoire de fin d’étude au Kenya sur le thème de la déforestation et de la fragmentation des forêts, racontez-nous !

 

Je travaillais pour l’ICRAF (le Centre International pour la Recherche en Agroforesterie) et le CIRAD (mon maître de stage travaillait alors pour le CIRAD mais était détaché à l’ICRAF). L’objectif était de caractériser les paysages de déforestation et de fragmentation des forêts. Nous étudions différents processus dans plusieurs pays : l’Indonésie pour la conversion des forêts en palmiers à huile, le Cameroun pour la conversion en cacao, le Brésil pour la conversion à grande échelle pour l’élevage et enfin le Pérou pour la conversion pour le cacao et l’agriculture. Pour réaliser ces analyses, nous utilisions tout d’abord des images satellitaires pour une caractérisation spatiale, puis des relevés socio-économiques.

 

Après mes études j’ai commencé à rechercher un emploi. J’étais assez exigeante car je ne voulais pas débuter ma carrière en faisant quelque chose qui ne me plaisait pas ! Je tenais aussi à travailler dans les pays tropicaux en développement.

 

Vous entrez finalement à la FAO pour travailler sur l’évaluation des ressources forestières mondiales, quelles étaient vos missions ?

 

J’ai trouvé un poste à la FAO, pour un contrat de deux ans en tant que cadre associé financé par la France. Mes missions étaient proches de celles que j’avais menées au Kenya : je réalisais une étude du couvert forestier dans le cadre d’un programme d’évaluation des ressources forestières mondiales, le FRA.  Le programme compile tous les 5 ou 10 ans des données fournies par les pays pour donner la situation des forêts mondiales. Ces données sont souvent obsolètes, incomplètes ou peu comparables et il y a donc un travail important de calibrage à faire. Cette calibration était réalisée en partie par une enquête par télédétection des changements du couvert forestier de 1980 à 2000 dont je m’occupais.

 

Intégrer la FAO en tant que cadre associé fut une très bonne opportunité. De plus, le responsable de l’enquête par télédétection qui me supervisait était vraiment quelqu’un de très compétent, et grâce à lui j’ai beaucoup appris.

 

Vous devenez ensuite responsable de ce programme, quelles étaient alors vos missions ? N’est-ce pas impressionnant ?

 

La personne en charge du programme est partie et j’ai eu l’opportunité de prendre cette responsabilité. C’était un « challenge » très intéressant. Les missions étaient décentralisées : l’analyse des images satellitaires était réalisée par des experts du siège mais aussi par des experts dans les pays. Je coordonnais une cinquantaine de personnes. J’ai contribué au développement de méthodologies, à des formations, à l’analyse des résultats ainsi qu’à la gestion et l’établissement des partenariats.

 

Je me suis retrouvée responsable de ce programme très tôt dans ma carrière. Je me suis sentie parfois un peu seule au début mais je connaissais le processus et  j’avais des chefs qui croyaient en moi et m’appuyaient.

 

J’étais également l’une des plus jeunes du département, et j’étais une femme ! (Rire). Il m’est arrivé de rencontrer quelques difficultés lors de certains de mes voyages. Je pense que ma crédibilité auprès des ministres dans certains pays pouvait être amoindrie, mais mettre en avant mon expertise technique me permettait d’asseoir ma crédibilité. Il faut peut-être démontrer plus de choses quand on est une jeune femme.

 

Vous travaillez ensuite sur un nouveau projet : un programme permettant d’aider les pays à évaluer leurs ressources forestières par leurs propres moyens ?

 

Effectivement, il s’agissait d’un programme d’appui destiné à aider les pays sur le plan méthodologique et financier pour qu’ils développent leur propre capacité d’évaluation des ressources forestières. 

 

Nous avons commencé par soutenir quatre pays, et progressivement, nous sommes arrivés à une vingtaine. En tant que responsable technique, je devais formuler des projets et appuyer leur mise en œuvre. J’allais d’abord dans les pays pour rencontrer les gouvernements nationaux, identifier leurs besoins et comprendre leurs capacités. Une fois que le projet était défini puis financé, je participais à sa mise en place et son suivi. En terme d’activités, je faisais à la fois du suivi et évaluation de projet, y compris du budget, de l’appui technique, et de la gestion de personnes.

 

Cela fait 15 ans que vous travaillez à la FAO, quelle est la ligne conductrice de votre travail ? Qu’est ce qui vous plait le plus ?

 

Je suis spécialisée dans les inventaires forestiers et les analyses de données (provenant de la télédétection ou d’inventaires sur le terrain). Je travaille sur différents projets, dont l’objectif est de déterminer le potentiel ligneux et l’état des forêts de tel ou tel pays, de trouver des axes d’amélioration et de valorisation plus efficaces des ressources forestières, d’améliorer les politiques forestières et les développements nationaux sur la base de meilleures informations.

 

Ce qui me plaît beaucoup dans mon travail, c’est son aspect multidisciplinaire et sa complexité : il y a des succès, des échecs et on apprend énormément ! A la FAO, nous sommes des facilitateurs, nous apportons un point de vue externe, technique et objectif. Nous fournissons notre expertise en fonction des besoins et essayons de créer des relations entre différents pays. Finalement, nous les accompagnons et nous adaptons à chacun d’entre eux.

 

Parlez nous de l’aspect international de votre travail !

 

Tout d’abord, la FAO est une organisation avec toutes les nationalités représentées, donc nous travaillons au sein d’équipes multiculturelles. Parfois cela peut poser des problèmes, on peut avoir des difficultés de compréhension, nous avons souvent des manières de travailler différentes ! Je pense que dans des organisations comme celle-ci il faut savoir faire preuve d’ouverture.

 

Au début j’ai beaucoup voyagé, presque la moitié du temps. Peut-être que c’était un peu trop (rire) ! Quand on part en mission on travaille la nuit, le week-end, c’est du 100%, physiquement ça peut être assez épuisant ! Voyager est très stimulant, c’est un échange, on apprend et donne énormément. Depuis 5 ans, je voyage un peu moins car j’ai des enfants.

 

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

 

Je travaille sur un gros projet au Brésil financé en partie par le GEF (Global Environemental Facility). Pour vous donner une idée de l’ampleur de ce dernier, l’enveloppe de ce projet s’élève à 65 millions de dollars. C’est un travail conséquent car finalement le Brésil est constitué de 27 états qui fonctionnent un peu chacun comme un pays ! Je suis responsable technique pour la FAO, je valide les choix techniques, les études, les analyses, les plans de travail…

 

Je suis également un autre projet en Angola destiné à évaluer les ressources forestières de ce pays.

 

Vous participez également au programme ONU-REDD, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

En effet, je travaille également pour le Congo, la Tunisie et Madagascar dans le cadre du programme ONU-REDD (voir interview de Valérie Merckx pour plus de détails), un programme dont l’objectif est d’assister les pays en développement à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. J’aide les pays à mettre en place un système de suivi des forêts qui leur permettra de démontrer de façon transparente leurs efforts de réduction des émissions et d’être en mesure de recevoir des compensations financières basées sur les résultats.

 

Si la thématique reste la même, la mise en place de système de suivi des forêts, il n’y a pas de routine. D’une part les besoins changent, d’autre part les méthodes évoluent !  Nous adoptons de plus en plus des approches intégrées, au niveau du paysage, des inventaires multi-ressources. Nous promouvons une gestion des territoires qui intègre toutes ses dimensions ! Depuis deux ans, il y a à la FAO une grande restructuration, l’objectif étant de travailler de manière beaucoup plus transversale.

 

Travailler à la FAO qu’est-ce que c’est ?

 

La FAO est une très grande organisation, historique.  A Rome il y a plus de 2000 personnes, mais il y a aussi des bureaux nationaux, régionaux, sous régionaux. Les employés sont recrutés soit comme consultants, soit comme cadres.  Les cadres sont rétribués sur le budget du programme régulier de l’agence ou sur des financements engagés par des bailleurs dans le cadre de projets.

 

On peut y rencontrer des lenteurs administratives, je dirais que c’est un des points faibles. Mais c’est également une organisation qui a un rôle reconnu, qui travaille avec de nombreux gouvernements, de ministères, d’organisations non gouvernementales, ce qui donne beaucoup de leviers pour agir ! Il y a de nombreux experts techniques qui peuvent grandement apporter : tout dépend de la capacité de chacun à se motiver et à engager les autres ! Pour moi c’est très positif et enrichissant.

Rome - FAO - ressources forestières - ONU-REDD - milieux tropicaux - FIF-ENGREF

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