Anne Chaponniere, Conseillère GIZ auprès de la Mékong River Commission

"Nous appuyons la MRC à redéfinir son système actuel de suivi environnemental du bassin du Mékong afin d’identifier les impacts environnementaux transfrontaliers des grands barrages sur ce fleuve."

Les sciences environnementales vous attirent ? Vous désirez en connaître plus sur les organismes internationaux de coopération scientifique ?

1996 - 1999

AgroCampusOuest Rennes

Spécialité Environnement et Sciences du Sol

2000 - 2001

Master CLUES - AgroParisTech ; Climate, Land Use, Ecosystem Services

Paris, France​

2002 - 2005

Doctorat en Hydrologie et Télédétection

IRD, Maroc

2005 - 2007

Post-Doctorante au sein de l'IWMI - International Water Management Institute

Sri Lanka / Ghana 

2008 - 2010

Post-Doctorante CIRAD

Tunis, Tunisie

2010-2014

Conseillère GIZ (Coopération Technique Allemande) auprès du ministère de l'environnement tunisien

Tunis, Tunisie​

2014 - Aujourd'hui

Conseillère GIZ auprès de la Mékong River Commission

Vientiane, Laos

Je m’appelle Anne Chaponnière. J’ai fait une prépa puis Agro Rennes avec la spécialité « Environnement et Sciences du Sol ». Ensuite, j’ai fait une pause d’un an à la fin de mon diplôme d’agro suivie d’un DEA à AgroParisTech de Bioclim. J’ai fait une thèse que j’ai fini en 2005. J’ai alors travaillé pour l’IWMI (International Water Management Institute) au Sri Lanka puis au Ghana pendant 2ans. Puis je suis partie en Tunisie où j’ai vécu 7 ans et où j’ai travaillé pour le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) pendant 2 ans puis la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit) c’est à dire la coopération technique allemande pendant 4 ans. A présent, je travaille toujours pour la GIZ mais au Laos, au sein de la Mékong River Commission.

 

Comment vous êtes- vous orientée vers la recherche en environnement ?

 

C’est l’aspect bio qui m’a attiré en prépa et une fois que je suis rentrée en Agro j’étais intéressée par tout ce qui était sciences du sol et environnement dans leur dimension technique. A la fin de l’agro je ne me sentais pas encore assez compétente et j’estimais que nous étions encore un peu trop « touche à tout ». Nous avions une vue d’ensemble mais personnellement, je ne me sentais pas encore assez compétente pour faire quelque chose de spécifique et de technique. J’avais envie d’approfondir en recherche ; c’est pour cela que j’ai fait un DEA Bioclim et une thèse très orientée hydrologie au Maroc avec l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Il s’agissait vraiment cette fois-ci de processus hydrologiques, de modélisation, d’analyse d’images satellitales. A partir de ce moment- là, j‘ai senti que j’avais une valeur ajoutée à apporter sur d’autres missions grâce à mes compétences techniques.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à bouger autant, à voyager autant ?

 

J’étais, depuis toujours, intéressée par la coopération internationale et le développement. J’ai été exposée au fait de bouger quand j’étais enfant et j’ai eu envie de reproduire cela dans ma vie d’adulte. Que ce soit l’IWMI, le CIRAD ou l’IRD, il s’agit de coopération scientifique donc de recherche pour le développement. Mais ce que j’aimais particulièrement dans ces missions c’était lorsque je me retrouvais le plus proche des besoins de l’utilisateur final - par exemple travailler directement avec l’ingénieur hydraulique d’une agence de bassin au Maroc sur ses courbes de débits , c’est-à-dire évoluer dans un domaine plutôt technique finalement. A l’IWMI, j’ai découvert une dimension plus sociale avec les problématiques eau/pauvreté ; au CIRAD aussi avec l’évaluation des performances des périmètres irrigués. Mais dans tout cela, j’avais toujours une petite frustration. Certes, je faisais de la recherche appliquée mais je voulais être plus proche encore des utilisateurs finaux et des besoins plus « terre à terre ». Il y a un réel intérêt et un réel besoin de recherche scientifique au sein de la coopération mais ce n’était pas ce que je recherchais personnellement. En Tunisie, j’ai donc eu l’occasion de rejoindre la coopération technique allemande, qui est très branchée « support aux processus politiques » / « appui et conseil aux politiques publiques ». Là  je me sens à ma place avec des choses à apporter et d’autres à apprendre ce qui est ce à quoi j’aspire.

 

Pourquoi avoir choisi le Laos ?

 

C’est un choix de couple et de famille. Nous avions passé sept ans en Tunisie et avant cela, au Ghana et au Maroc. Nous avons adoré mais nous voulions changer de région et aller vers l’Asie. On ne voulait pas aller dans une trop grande ville. Nous sommes attirés par les pays qui se réforment, les pays qui sont encore un peu épargnés par le consumérisme. En Asie, cela se traduisait par le Laos, Il se trouve qu’un poste me correspondant s’est ouvert ici. Nous avons eu beaucoup de chance. En ce qui concerne mon mari et moi-même, nous nous suivons chacun notre tour. Nous avons, tous les deux, fait une thèse et à la fin, nous avions différentes opportunités. Nous voulions partir découvrir d’autres territoires et il m’a suivie au Sri Lanka et au Ghana. Ensuite, cela a été mon tour de le suivre en Tunisie et de chercher un poste sur place. Du coup, lorsque nous sommes arrivés ici, c’était suite à une offre de travail de mon côté et la prochaine fois ce sera à nouveau son tour de prendre le lead. On a eu beaucoup de chance puisqu’à chaque fois, nous avons trouvé tous les deux un travail qui nous correspondait. C’est pour cela que nous restons à chaque fois longtemps. Nous ne sommes pas carriéristes mais nous aimons tous les deux notre profession ce qui implique pour chacun de nous de trouver un travail qui nous plaise dans le pays où on se trouve. De plus, nous avons des enfants et il faut donc choisir des pays où ils peuvent poursuivre leur scolarité.

 

 

Quelles sont vos missions au quotidien ?

Aujourd’hui, au niveau de la Commission du Mékong, c’est très différent ce que je faisais en Tunisie. C’est une agence de bassin transfrontalier du bas Mékong c’est à dire qu’elle regroupe la Thaïlande, le Vietnam, le Laos et le Cambodge. En 1995 le « Mekong Agreement » a été signé et engage ces quatre pays  à gérer le « Lower Mekong Bassin » de façon conjointe et durable. La Commission du Mékong a été établie par cet accord dans le but de le mettre en œuvre. Cela touche à plein d’aspects différents : le développement de l’hydroélectricité, le suivi environnemental, les changements climatiques, les réformes de l’organisation… Mais l’ accord de 1995n’est pas légalement contraignant donc la MRC ne peut pas s’opposer à une utilisation de la ressource dans le bassin par un des pays. C’est une plateforme de consultation, une aide technique. En cas de projet d’utilisation de la ressource en eau du Mékong par un pays, le pays doit informer la MRC qui doit évaluer techniquement ce projet et ses impacts transfrontaliers, les communiquer aux autres pays membres et faciliter le dialogue. La MRC est un organisme régional, intergouvernemental.

L’Allemagne est l’un des nombreux partenaires qui soutiennent la MRC (Mékong River Commission) et la GIZ implémente ce soutien.

Je travaille par exemple sur un projet transfrontalier de gestion des inondations et des sécheresses entre le Cambodge et la Thaïlande sur un sous-bassin partagé où des développements se font de chaque côté (urbanisation, développement de l’irrigation, protection contre les crues) de façon unilatérale et qui impactent significativement l’aval (pénuries en eau, arrivée d’une crue). En l’absence de concertation et de planification conjointe  il y a des opportunités ratées (e.g. partage d’un système de prévision et alerte de crue) et une gestion non optimisée de la ressource en eau à l’échelle du sous-bassin. Aujourd’hui les deux pays ont accepté de planifier les développements de manière conjointe et mon travail consiste à les aider sur les aspects sécheresse et inondation.

Je travaille aussi sur un autre projet transfrontalier entre le Cambodge et le Laos, il y a à la frontière un barrage très controversé : le barrage de Don Sahong. Afin d’identifier les impacts environnementaux de ce barrage mais également des autres barrages sur le Mékong, je travaille avec la MRC pour re-définir son système de suivi environnemental  et. J’agis aussi en support au spécialiste climat, nous avons par exemple développer une stratégie régionale d’adaptation au changement climatique. Nous travaillons aussi à sensibiliser sur les opportunités de finance climatique et de formation sur la vulnérabilité climatique des écosystèmes.

 

 

Pour l’ensemble des sujets il s’agit de développer des termes de références techniques, recruter les experts et les orienter et les gerer. Les pays sont partie prenante de l’exercice donc il faut leur expliquer chaque étape et résultats d’un dossier, avoir leur validation/accord  et pour cela on met en place d’importants dispositifs de concertations régionale et nationale. Sur les sujets politiquement sensibles il faut essayer de comprendre ce que chaque pays est prêt à faire, . .

. Quand on parle de sujets moins sensibles tels que le climat ou la gestion des crues et des sécheresses, les pays sont très preneurs d’approches et de méthodologies différentes, de projets pilotes. Ils font déjà beaucoup. En revanche lorsque l’on parle hydroélectricité il faut prendre en compte les aspects commerciaux et économiques ce qui est beaucoup plus délicat. La MRC cherche à rendre les rapports et comptes- rendus publics et petit à petit, il y a de plus en plus de pressions de partis tiers. Les quatre pays sont très différents (entre autres politiquement) avec un droit d’expression qui varie. En Thaïlande il y a de plus en plus de mobilisations publiques demandant l’intégration des problématiques environnementales et la prise en compte des impacts.

 

La GIZ est aussi présente dans d’autres grands bassins transfrontaliers (Afrique, Asie centrale) et nous tentons de réaliser un relais pour partager l’information même si notre but premier est d’aider les quatre pays du bassin.

 

Quels sont, selon vous, les enjeux majeurs et problématiques de la région ? 

 

Le Mékong est un bassin qui a un grand potentiel hydroélectrique. Aujourd’hui seuls 10% du potentiel sont exploités et des pays comme le Laos développent actuellement de nombreux gros projets hydroélectriques notamment sur le Mékong.  Le Laos veut devenir « la pile de l’Asie du Sud-Est ». Le grand enjeu environnemental concerne donc les impacts générés par ces projets individuels notamment sur les poissons (et tous les modes de vie qui en découlent - les pêcheurs). Le Mékong, c’est une biodiversité incroyable en termes de poissons. Les barrages peuvent aussi bloquer les sédiments qui alimentent notamment les sols du delta où la production de riz est massive. Les évènements climatiques extrêmes (inondations, sécheresses, typhons) représentent aussi une problématique majeure pour le développement de cette région. Ces impacts affectent d’abord et toujours les plus vulnérables.

 

 

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ? 

 

Je pense que les études sont le moment de toucher à tout et les stages sont les meilleurs moyens pour cela. Il faut se permettre de faire des stages plus diversifiés que ce que l’on pense utile pour notre futur. Il faut ouvrir toutes les portes. Ensuite personnellement il me fallait la certitude d’être techniquement capable.

Mekong River Commission - Appui au développement - Laos - Ressources hydriques  - Environnement