Axelle Frachon, Fondatrice de French Elixir, Experte en Parfumerie

"[...] Il faut savoir se réadapter [...] j’ai saisi cette opportunité d’auto-entreprenariat, que Hong-Kong facilite énormément."

Vous êtes curieux de découvrir le métier d'aromaticien ? Vous vous posez des questions quant à l'entreprenariat ? 

1995-1997

ISIPCA - Institut International du Parfum, de la Cosmétique et de l'Aromatique Alimentaire

Spécialité Arômes Alimentaires

Paris, France

1997-1998

MASTERNOVA - Management de l'innovation dans les agro-activités et les bio-industries 

AgroParisTech

Paris, France​

1998 - 2007

Aromaticienne chez Danisco

Belgique

2007 - 2015

Aromaticienne chez Firmenich

Belgique

Depuis 2012

Intervenante à l'ISIPCA

Paris, France​

2015-Aujourd'hui

Fondatrice de la compagnie French Elixir, Experte en Parfumerie

Hong-Kong

Je m’appelle Axelle Frachon et j’ai effectué le master NOVA qui est un master AgroParisTech en partenariat avec Neoma, une école de commerce à Rouen. Avant cela, j’avais fait une école spécialisée en parfumerie à Versailles, en arômes alimentaires. J’avais déjà une orientation quelque peu agro et quand je suis sortie de cette école de parfumerie, je ne souhaitais pas travailler tout de suite. J’ai donc trouvé cette formation complémentaire à AgroParisTech dans les innovations en agro-industries.

 

Qu’est- ce qui vous a donc amené à faire de la parfumerie ?

 

J’y suis tombée un peu par hasard après avoir fait deux ans en chimie et l’histoire est assez originale.

J’ai été opérée des dents de sagesse dans la clinique juste en face de mon école de parfumerie et c’est à ce moment- là que je me suis dit que cela pourrait être très intéressant. J’ai passé le concours, intégré l’école et cela m’a tout de suite passionnée ! La formation mêle en effet un côté très scientifique et un autre artistique qui correspond parfaitement à ma personnalité et c’est devenu aujourd’hui une passion que j’utilise au quotidien.

 

Pourquoi une formation plus particulièrement en innovation et au sein d’une école d’agronomie ?

 

Les côtés créativité et nouveauté m’intéressaient beaucoup. J’avais envie d’apporter un renouveau. C’était aussi un sujet très à la mode à l’époque, à la fin des années 90. Je me suis orientée vers l’agro ensuite de par mon background en chimie et biologie.

 

Que vous a apporté ce master ?

 

Il m’a apporté beaucoup au niveau personnel car nous étions une petite formation d’une vingtaine de personnes qui venions de domaines très différents les uns des autres. Nous étions également diversifiés au niveau âge et diplôme ! Il y avait donc une forte émulation et un brassage très intéressant.

 

Quelle a été la suite après ce master ?

 

J’ai effectué mes six mois de stage en aromatique, qui était ma spécialité, en Belgique. J’étais au sein d’une entreprise d’arômes alimentaires et j’ai eu la chance d’y être embauchée par la suite. Je suis donc restée en Belgique quasiment douze ans. Je suis devenue aromaticienne au sein de ce grand groupe et j’ai également rencontré mon mari en Belgique. Il travaillait dans l’audio et, par la suite des événements, s’est vu proposer un poste à Hong-Kong. C’est comme cela, qu’en le suivant, je suis arrivé à Hong-Kong également. La problématique là-bas, c’est qu’il n’y a pas de laboratoire d’aromatique ou de parfumerie, ils sont tous soit à Singapour soit à Shanghaï. Toutefois, ce qui est assez fabuleux à Hong-Kong, c’est la facilité à pouvoir créer sa propre entreprise. J’y ai vu une opportunité et je me suis lancée dans l’auto-entreprenariat. Il m’a fallu pas moins de cinq minutes pour ouvrir ma société et j’ai commencé à proposer des formations en parfumerie. Sans laboratoire, je ne pouvais formuler. J’ai donc commencé par proposer du partage de connaissances et du conseil sur des formations en parfumerie ou de l’évènementiel. À présent, je me suis réorientée plutôt vers la parfumerie aux dépens de l’aromatique alimentaire, domaine dans lequel on vend plus difficilement ses services. Je travaille notamment avec des entreprises de luxe qui me demandent de former leurs vendeurs pour les aider à vendre du parfum aux clients « mainland » China (i.e. les clients provenant de Chine continentale) en « travel retail » principalement.

 

Cela ne vous manque-t-il pas d’avoir arrêté la formulation ?

 

Arrêter la formulation m’a vraiment pesé. C’était un métier de passion et j’avais une super équipe  en Belgique donc ce fut assez arrachant de devoir quitter cette équipe de formulation. Les premières années ont été assez dures effectivement car j’arrivais d’un métier très intense en termes de travail et, d’un coup, plus rien (alors que j’avais toujours rêvé d’avoir moins de travail). Cela fait tout de même très bizarre. Mais il faut savoir se réadapter et au lieu de me plaindre j’ai saisi cette opportunité d’auto-entreprenariat, que Hong-Kong facilite énormément. La communauté française ici est également très aidante et nous sommes assez solidaires quand les problèmes surviennent (même si, ici , dans mon propre secteur, nous sommes effectivement, très peu).

 

Vous parliez de facilités à créer votre entreprise, mais est-ce que, personnellement, ce fut également simple de prendre ce risque-là ?

 

Ce qui m’a beaucoup aidée à monter ma propre entreprise, c’est que je n’avais aucune pression financière sur moi et ma famille. Mon mari pourvoit aux besoins familiaux et ce fut un avantage important. Néanmoins, à présent que ma société croît, j’ai envie d’en faire quelque chose de profitable et plus juste un hobby. Je souhaite développer mon business de manière très sérieuse. Cette absence de pression et la facilité des démarches administratives simplifient énormément l’auto-entreprenariat. Mais pour nuancer tout de même mon propos,  l’administratif est, certes, simplifié, toutefois après, nous n’avons ni couverture sociale, ni chômage ou autres aides sociales quelconques.

 

Comment, concrètement, pouvons-nous donc ouvrir notre société là-bas ?

 

En amenant un simple document aux administrations de l’Etat. Il y a plusieurs structures de sociétés à Hong-Kong.

Les plus classiques sont la SOUL et la LIMITED.  J’ai commencé par la première où, dans ce cas-là, c’est vraiment nous-mêmes qui constituons l’entreprise. Ce sont souvent des consultants ou des professeurs qui donnent des cours d’anglais ou de français. Je suis passée par la suite en « limited » car j’ai commencé à avoir du business avec des sociétés plus importantes. De plus, si l’on reste en « soul », en cas de procès, mes biens propres familiaux peuvent être attaquables donc autant ne pas prendre de risques quand vous acceptez de plus gros projets. En statut « limited », vous devez faire votre comptabilité et faire auditer vos comptes mais cela reste très formateur et permet d’être très complet dans nos compétences. Dans mon précédent poste, je n’avais aucune idée du temps que prenaient toutes ces formalités administratives.

 

Quel est l’un des projets qui vous a le plus plu ?

 

L’une des missions que j’ai le plus appréciée l’année dernière, était pour Yves Saint-Laurent. Cela était assez stimulant car ils m’ont contactée dix jours avant l’événement où toutes leurs équipes ventes et marketing de la région asiatique venaient à Hong-Kong pour un séminaire. Ils avaient besoin d’une animation où ils faisaient le lancement de leur nouveau parfum « Mon Paris » et m’ont chargée d’expliquer aux équipes le projet du lancement du parfum. C’était un groupe de plus de 100 personnes et j’ai dû leur présenter ce qu’était le produit et ce qu’il sentait. Classiquement, ses notes de tête, notes de cœur et notes de fond ; ses typicités et le « story-telling » qu’il y avait autour du produit.  Nous avions fait un point sur les notes de musc présentes dans le parfum en évoquant l’historique de la plante. Il y avait une partie très conférence où je parlais et une partie plus pratique où les personnes sentaient les odeurs afin qu’ils ressentent les émotions que nous cherchions à transmettre aux clients. Un atelier de fabrication de son propre parfum avait également été organisé.

Ainsi, au point de vue logistique et préparation, nous avions tout organisé à deux en dix jours et ce fut énormément de travail. Cette réactivité et notre capacité à organiser ce genre d’événements en quelques semaines sont nécessaires pour nous car elles font notre plus-value devant les formateurs salariés de ces grands groupes. Nous connaissons aussi très bien les attentes du panel de clients visés en Asie ce qui est très important car le continent est assez morcelé. Un Japonais ne va pas du tout avoir les mêmes critères de vente qu’un Chinois ou un Hongkongais ; de plus, nous sommes également moins chers sur le marché.

 

De quelle manière arrivez-vous à vous faire connaître par les entreprises ?

 

Pour trouver des missions, c’est beaucoup de bouche à oreille. Le networking à Hong-Kong est une partie importante de mes activités. Il faut avoir ses cartes de visite prêtes et aller trouver des gens qui peuvent vous référencez auprès des sociétés de luxe, des écoles ou autres.

Nous pouvons aussi utiliser les réseaux sociaux mais c’est plus difficile car je ne parle pas cantonais donc c’est très limitant. J’utilise également le réseau des « alumni » et de l’union des Français à l’étranger qui sont des outils très pratiques et importants à valoriser. Les projets que j’ai obtenus, l’ont été, pour la plupart, grâce au networking et à des pitch de 30 secondes que j’ai eu l’occasion de faire lors d’événements. C’est ma première année en statut « limited » et je suis bénéficiaire donc c’est une grande victoire pour moi. Je m’adapte à la demande de l’entreprise et m’arrange avec le matériel qu’elle peut ou non mettre à ma disposition pour les interventions, en termes d’essences aromatiques ou de supports marketing. Chaque projet et mission sont réalisés sur mesure en quelque sorte. Je ne m’ennuie jamais même si, en conséquence, ce n’est pas un commerce qui peut prendre une échelle plus importante financièrement car ce serait peu rentable. J’ai également tenté de faire du conseil en formulation de produits avec des hôtels par exemple, pour créer leur gamme de shampoing, gel douche et savon. Toutefois, la communication avec les sociétés chinoises ou asiatiques n’est pas tout le temps très facile et ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressée.

 

Nous aimerions revenir sur votre ancien métier : en quoi consiste le travail d’un aromaticien ?

 

Un aromaticien c’est le parfumeur de l’alimentaire. Mon rôle était de donner du goût aux aliments. Nous sommes souvent spécialisés par application ou par recette soit en sucré, soit en salé comme par exemple en glaces, boissons ou assaisonnements.  Je travaillais en boissons et je fabriquais du goût pour les bières, les sirops, les thés ou sodas. Le projet typique était de faire une boisson type « Coca-Cola » pour une marque de distributeur qui ait le même goût mais qui soit moins chère. C’est un métier où nous sentons et goûtons toute la journée pour arriver à une bonne formulation ; il y a donc beaucoup de créativité. Nous travaillons à la fois avec des produits synthétiques et naturels et, d’ailleurs, lorsque j’y travaillais, nous avions une demande croissante en produits naturels. En « arôme », on utilise peu de molécules artificielles (i.e. qui n’existent pas dans la nature) de par les réglementations tout d’abord mais également de par l’absence de demande ; à l’inverse de la parfumerie où les réglementations sont plus lâches du fait qu’il n’y a pas ingestion du produit.

 

Avez-vous rencontré des obstacles quant à votre expatriation ?

 

L’expatriation à Hong-Kong est plutôt facile mais l’épreuve principale pour moi a été de me réinventer. Quand je suis arrivée, je venais d’un poste très spécialisé et je ne pouvais pas rester sans rien faire. Il a fallu se remettre en question, élargir le champ des compétences.

C ’est intéressant mais seule, c’est également assez difficile. Une fois que le projet marche, cela fonctionne comme un engrenage et cela enclenche plein d’autres retombées positives mais le commencement est plus complexe.

Un autre problème avec l’expatriation est qu’on sait quand on arrive mais qu’on ne sait pas quand on part. Toutefois, rentrer en France ne serait pas forcément facile pour mon activité car il est assez difficile de vendre son expérience d’autoentrepreneur en Asie. Nous ne rentrons pas dans les cases prédéfinies : on nous renvoie que l’on présente une grande période sans activité sur notre CV…

Nous restons assez traditionnels en France et peu ouverts à des profils atypiques, donc nous vivons et profitons au jour le jour. Je ne peux pas avoir de visibilité sur plusieurs années pour mon entreprise. C’est une prise de risque.

 

Quels vont être les principaux enjeux pour votre avenir et celui de votre entreprise ?

 

Mes réflexions sont principalement tournées vers les réseaux sociaux en ce moment. Je suis à une étape où, pour ma société, je dois me mettre sur ces réseaux et je ne les prends pas du tout comme un espace de liberté. Je trouve cela extrêmement faux et dur : nous sommes jugés sur le nombre de like d’une photo. C’est une mise en avant de son ego et une remise en question de soi en permanence. J’y trouve un côté très narcissique et, en définitive, très peu libre. D’un côté on met en avant la profession et l’artisanat autour de la parfumerie ce qui est très valorisable, mais d’un autre, les personnes croient de plus en plus que tout le monde peut le faire. Il y a donc une réflexion liée à ma profession qui nous pousse à être toujours plus excellents.

 

Un autre point très intéressant à noter est l’ouverture d’esprit des nouvelles générations quant au marché du travail. Elles savent pertinemment que ce n’est pas parce qu’on a fait tel ou tel diplôme en début de formation que l’on ne peut pas se former dans d’autres domaines par la suite. Il y a une profusion de formations disponibles et nous sommes beaucoup moins dans une case vis à vis de ses études. Nous avons une multitude de possibilités devant nous.

 

Avez-vous donc des conseils pour les étudiants ?

 

Un conseil serait le networking. C’est très intéressant de garder des contacts avec sa promotion ; c’est toujours très utile et prépondérant pour notre carrière. Il ne faut pas hésiter à se montrer curieux, motivé et à poser des questions ! Ne pas juste assister au cours sans rien de plus.

Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide.

Aromatique Alimentaire - Parfumerie - Hong-Kong - Auto-Entrepreneur  -  Cosmétique

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