BERNARD BOTTEX, Scientific Officer, EFSA

Etudiant, je voulais travailler sur les aspects pesticides et homologation

et déjà, je pensais à l’Europe !

Une volonté de travailler sur les aspects pesticides et homologations au niveau Européen ?

Les missions d'un conseiller de gestion en agriculture ? Travailler à l'ILSI à Bruxelles, plateforme scientifique ?

Etre détaché à l'EFSA ? Passer les concours de l'EPSO pour devenir fonctionnaire européen ?

Le fonctionnement de l'EFSA et de son Comité Scientifique ?

1996-1999
Student, INA P-G (96)

 

2002 - 2006

Staff Scientist , ILSI 

 

2007 - Aujourd'hui

Scientific Officer, EFSA

Quel était votre objectif lorsque vous avez choisi la spécialité protection des plantes et environnement ? A l’époque, envisagiez-vous déjà de travailler à un niveau européen ?

 

Je suis entré à l’agro après un DEUG B. Mon objectif initial était d’entrer à l’ENGREF mais, cette année-là, la sélection était rude. Je me suis donc tourné vers la spécialité protection des plantes et environnement (spécialité tournante entre Montpellier, Rennes et Grignon) que j’ai beaucoup appréciée.

 

A l’époque, à l’issu de cette dernière année, beaucoup d’étudiants se dirigeaient vers la recherche pour étudier les maladies des plantes ou les insectes ravageurs à l’INRA. Mais faire une thèse ne m’intéressait pas. Je voulais travailler sur les aspects pesticides et homologation et déjà, je pensais à l’Europe !

 

Pourquoi ? J’ai toujours été attiré par l’aspect multiculturel et les langues étrangères. Très jeune, mes parents m’avaient envoyé tout seul en Allemagne pour que j’apprenne l’allemand ! (Rire)

 

J’ai réussi à faire mon stage de fin d’étude chez Rhône-Poulenc Agro, à Lyon, pour travailler sur l’aspect homologations européennes. J’étudiais les nouvelles substances actives, l’objectif était de les faire enregistrer à la Commission puis de les mettre sur le marché.

 

Pendant votre service militaire vous travaillez sur l’arme biologique la plus puissante de l’armée, quelle était-elle ? Quel était alors votre rôle ?

 

Je pense que j’ai été dans les derniers à faire le service militaire obligatoire. J’ai réussi à intégrer le centre de recherche des armées où je travaillais sur la toxine botulique : l’arme biologique la plus puissante à disposition de l’armée. C’est une toxine qui empêche la contraction musculaire (l’inverse du tétanos). Le but de ce travail était de fabriquer des anticorps capables de bloquer la toxine avant qu’elle ne rentre dans le système nerveux.

 

Cette toxine est également présente dans le botox. Cela m’a laissé pensif, j’attends de voir les études dans 20 ans des personnes ayant recours à ce genre de pratiques…

 

A la sortie de l’école, comment se portait le marché du travail ? Finalement vous devenez conseiller en gestion en agriculture, quelles étaient vos missions ?

 

Quand je me suis retrouvé sur le marché du travail, c’était au moment où toutes les entreprises de phytosanitaires fusionnaient : Rhône-Poulenc est devenu Bayer CropScience, Syngenta s’est créée. Ce n’était donc pas le meilleur moment pour trouver du travail.

 

Finalement au bout de 6 mois de recherche, je suis devenu conseiller de gestion en agriculture dans l’Orne. Je travaillais au Centre d’économie rurale, un réseau présent dans tous les départements français. Ils proposaient des gammes de services aux agriculteurs : optimisation technique et financière, optimisation des rendements et des revenus, aide à la mise en place de la déclaration PAC ou des cahiers d’épandage...

 

C’était à l’époque de la deuxième crise de la vache folle donc c’était dur d’un point de vue humain, mais j’ai rencontré des personnes formidables !

 

Vous saisissez ensuite l’opportunité de travailler à l’International Life Science Institut. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cet institut et quelles étaient vos missions ? Pourquoi avez-vous ensuite été détaché à l’European Food Safety Authority ?

 

En 2002, j’ai eu l’opportunité d’aller travailler à Bruxelles, à l’ILSI (International Life Science Institut), une plateforme scientifique composée à la fois d’experts de l’industrie, de l’université et dans certains cas de représentants des autorités. L’objectif était de travailler sur des sujets d’intérêt commun et de réaliser des publications scientifiques. Je gérais des groupes de travail sur des sujets très variés comme par exemple, l’utilisation des boues de stations d’épuration en agriculture, les bénéfices du vin ou encore les problèmes de qualité de l’eau.

 

J’ai également travaillé sur les méthodes d’évaluation des risques en Europe ; certains des experts avec lesquels je travaillais travaillaient aussi pour l’EFSA. C’est ainsi que j’ai eu mon premier contact avec cette organisation. Pour des raisons de réorganisation interne, l’EFSA a demandé à L’ILSI de me détacher six mois auprès de l’EFSA pour venir « donner un coup de main ».

 

Finalement, les 6 mois ont été prolongés en 1 an et comme je me plaisais bien à l’EFSA, j’ai postulé à des positions qui s’étaient ouvertes et j’ai été engagé pour un contrat de 5 ans !

 

Lorsque vous étiez en poste à Bruxelles, pourquoi avez-vous présenté le concours des fonctionnaires européens ? Quels sont pour vous les atouts d’un fonctionnaire ?

 

Lorsque je travaillais à Bruxelles, j’avais présenté les concours généraux de l’EPSO (Office Européen de Sélection du Personnel) qui permettent ensuite de devenir fonctionnaire européen. J’ai eu la chance d’être inscrit sur liste de réserve pour un concours agri et cela m’a permis de postuler à des postes de fonctionnaires au sein de l’EFSA (contrats plus longs).

 

Les avantages ? outre la sécurité de l’emploi, ce qui n’est pas négligeable dans une période de crise comme celle d’aujourd’hui, le statut de fonctionnaire européen donne accès à un grand nombre de postes dans les différentes institutions européennes (Commission Européenne, Conseil, Parlement Européen et certaines autres agences...).

 

Grâce à votre réussite au concours, vous signez un contrat long à l’EFSA. Parlez-nous de cet institut ! Quand et pourquoi a-t-il été crée ?

 

La création de l’EFSA remonte au temps de la crise de la vache folle. Des décisions n’avaient pas été prises ou avaient été prises trop tard. Cela était notamment du aux interactions entre aspects économiques et scientifiques dans la gestion du risque.

 

Suite à cette crise, il a été décidé de séparer l’évaluation du risque de la gestion du risque. L’idée n’est pas que toutes les décisions soient basées sur la science, mais que les données scientifiques soient évaluées de manière indépendante. Libre ensuite au gestionnaire du risque de baser sa décision sur les aspect scientifiques d’une question, ou sur d’autres aspects (économiques, sociaux, politiques etc). C’est ainsi qu’est née l’EFSA, indépendante de la Commission Européenne.

 

Comment fonctionne cette entité ?

 

Trois types d’entités peuvent nous saisir sur les 10 thèmes de l’EFSA :

  • La commission européenne

  • Le parlement européen

  • Les autorités compétentes des pays membres, les 28 (en France, c’est l’ANSES, Agence nationale de sécurité sanitairede l’alimentation, de l’environnement et du travail)

 

L’EFSA travaille aussi au niveau global grâce à des systèmes de partenariats avec ses équivalents dans les autres pays comme la FDA (Food and Drug Administration) aux USA. Nous essayons de créer un réseau car aujourd’hui les problèmes de sécurité sont globaux ! Nous devons autant que possible parler d’une seule voix pour que le consommateur ne soit pas perdu et s’il y a des différences, expliquer leurs raisons.

 

Pour récapituler, l’EFSA émet des opinions scientifiques qui seront déterminantes dans la décision de mise sur le marché d’un produit. Au sein de l’EFSA, c’est le Comité Scientifique qui prend la dernière décision, quel est votre rôle vis-à-vis de ce Comité ? 

 

Actuellement, je fais effectivement partie de l’unité qui coordonne le Comité Scientifique de l’EFSA. Ce dernier est composé de dix représentants de chacun des panels, de six experts et d’un représentant de la Commission.

 

Je supervise des groupes de travail qui préparent des opinions qui seront ensuite présentées et validées par le Comité. Les différents groupes de travail que je coordonne s’occupent de toutes les questions qui ne peuvent pas être traitées par un panel spécifique. Je travaille essentiellement sur des aspects méthodologiques.

 

Parmi tous les sujets particuliers que vous traitez, vos équipes s’occupent actuellement d’une nouvelle réglementation Novel Food, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Nous traitons en effet aussi des questions plus spécifiques comme la sécurité liée à l’utilisation des insectes en alimentation, les perturbateurs endocriniens, comparaison risques/bénéfices entre manger du poisson et être exposer au méthylmercure ...

 

Actuellement, je m’occupe de toutes ces affaires liées aux plantes que j’ai abordées précédemment. En effet, une nouvelle réglementation, « Novel Food » prévoit que les pays hors Union Européenne pourront désormais mettre certains de leurs produits sur le marché européen de manière plus simple qu’auparavant. Cela concerne entre autre des produits à base de plantes possédant un historique d’utilisation de plus de 25 ans dans leur pays et pour lesquels une partie significative de la population a été exposée (history of safe use). Après avoir été notifié par le pays tiers, l’EFSA ou les autorités des pays membres, n’auront que 4 mois pour élever une objection qui soit justifiée scientifiquement pour demander une évaluation plus poussée d’un produit.

 

L’EFSA et son Comité Scientifique ont ainsi développé des outils permettant d’évaluer très rapidement les types de substances présentes dans ces produits. Nous avons développé une base de données qui croise toutes les listes de plantes des différents pays d’Europe. L’objectif est de déterminer quelles sont les substances présentes naturellement dans ces plantes qui peuvent être problématiques ou pour lesquelles des effets négatifs, liés à sa consommation, ont été rapportés. Ainsi, quand un produit arrivera, l’idée est de regarder sa composition et de la comparer à notre base de données pour tirer rapidement des informations sur ce produit.

 

Vous nous disiez que vous travaillez également sur des aspects plus méthodologiques. Un exemple de ce que vous faîtes ?

 

Pour ce qui est des aspects méthodologiques, je travaille sur l’utilisation des modèles mathématiques pour l’évaluation des courbes dose/réponse, comment prendre en compte les incertitudes dans l’évaluation des risques (par exemple peut on transposer systématiquement les résultats d’une expérience sur le rat à l’homme ?).

 

Travail sur les perturbateurs endocriniens, sujet très médiatisé, quel est votre rôle ?

 

En ce moment, les perturbateurs endocriniens sont au cœur de débats médiatiques. La question : comment évalue-t-on ces substances ? En effet une substance endocrinienne par définition agit sur le système endocrinien. Mais pour que ce soit un perturbateur il faut démontrer un lien de causalité entre mode d’action et effet négatif. Certaines caractéristiques (effets négatifs à très faible dose et courbes dose-réponse non-monotones) sont associées aux perturbateurs endocriniens et font encore débat...

 

Vous avez toujours voulu travailler à l’étranger, qu’est-ce que vous appréciez le plus ?

 

Ce qui est particulièrement intéressant c’est l’aspect multiculturel : je travaille avec 28 nationalités différentes. Chacun a sa façon de penser, sa sensibilité, sa façon de travailler ... C’est ce qui est enrichissant dans ce travail !

 

Si aujourd’hui je devais travailler dans une entreprise franco-française je pense que ça serait difficile, l’aspect international me manquerait ! Une fois qu’on y a gouté, c’est un peu difficile (rire) !

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