EMELIE HALLE, Oilseeds Analyst, Louis Dreyfus Commodities

Apprendre à rebondir face à un imprévu est très formateur

Vivre deux expériences complétement différentes en République Tchèque ?

Travailler dans un cabinet de lobbying en Australie pour approcher les politiques publiques ?

Analyste du marché des oléagineux chez Louis Dreyfus Commodities à Genève ? Vivre en Suisse ?

2009-2013
Student, INA P-G (2009)

 

2011 - 2011

Agronomic department intern, Tereos

 

2012 - 2012

Research assistant intern, Australian Farm Institute

 

2013 -2013

Junio Officer Intern, GRECAT - ISA

2013 - 2014

Junior analyst, Louis Dreyfus Commodities

 

2014 -2015

Oilseed analyst, Louis Dreyfus Commodities

Que retenez-vous de votre première et deuxième année à AgroParisTech ?

 

Après une classe prépa à Lille, j’ai intégré l’agro en 2009. Je garde de très bons souvenirs Grignon, des cours et modules beaucoup moins théoriques qu’en prépa (comme l’étude thématique que nous avions faîte sur la réintroduction du Lynx dans les Vosges qui nous avait permis de rencontrer différents acteurs autour du sujet), mais aussi de la vie étudiante. Dès ma deuxième année, j’ai décidé de partir à l’étranger en effectuant un Erasmus. J’avais envie de changer d’environnement et je suis partie à Prague ! Les cours proposés par l’université me plaisaient : économie de l’environnement, développement rural et aménagement du paysage. La localisation de Prague au centre de l’Europe m’a permis aussi de voyager dès que j’en avais l’occasion.

 

 

Après 6 mois d’Erasmus, vous décidez de rester en République Tchèque pour votre césure. Deux expériences dans le même pays, et pourtant deux expériences radicalement différentes, racontez-nous !

 

Effectivement, après mon Erasmus, j’ai décidé de rester en République Tchèque pour ma césure et je suis partie dans la campagne pour travailler dans une sucrerie du groupe Tereos. Pour vous donner un peu le contexte : 3 000 habitants, deux francophones et trois anglophones, j’ai donc appris le tchèque ! Pour cela j’ai eu de la chance car il y avait dans le village une institutrice qui parlait très bien le français et qui cherchait à s’améliorer. Deux fois par semaine, nous nous retrouvions donc pour échanger tour à tour en tchèque puis en français ! C’est à ce moment-là que je me suis rendue compte de la complexité de la langue française.

 

 

Quel était l’objectif de votre stage en sucrerie ?     

L’objectif de mon stage était de sécuriser les approvisionnements en betteraves pour l’usine à partir d’une analyse technico économique de la production de betterave en comparaison avec d’autres cultures (le blé et le colza). En effet, à la différence de la France, les agriculteurs n’étaient pas liés par des contrats avec les usines ou les coopératives en République Tchèque. D’une année sur l’autre, des commerciaux vont rencontrer les agriculteurs pour leur faire signer de nouveaux contrats. L’objectif était donc de montrer aux agriculteurs que la betterave est une culture rentable et compétitive ; l’usine pouvait ainsi assurer son approvisionnement.

 

Pour l’anecdote, un agro d’une promotion antérieure avait réalisé la même analyse en France pour son stage de fin d’étude, nous avions donc comparé nos résultats. Ces derniers étaient intéressants, par exemple, la main d’œuvre tchèque était d’après cette analyse beaucoup moins efficace mais globalement ils ne s’en sortaient pas si mal !

 

Pour votre deuxième stage vous partez à Sydney dans un cabinet de lobbying, sur quels sujets avez-vous travaillé ? Vous qui pensiez peut-être rejoindre l’IPEF, que ce stage vous a-t-il apporté ? 

J’ai eu l’occasion de travailler sur des sujets divers et variés comme l’élaboration d’un  calculateur des émissions de gaz à effet de serre qu’il fallait paramétrer en fonction des exploitations, ou encore une étude du développement rural avec une comparaison entre le système australien et ceux de la France et du Brésil.

 

A l’époque, j’hésitais à intégrer l’IPEF après l’agro et ce stage était donc une bonne façon d’approcher les politiques publiques. Finalement, je n’ai pas passé les concours, cela m’a un peu découragé de voir que l’on pouvait avoir de très bonnes idées et ne pas être écouté à cause d’enjeux politiques. Je me suis donc dit que cela n’était pas pour moi !

 

 

Retour à Paris, pourquoi avez-vous choisi la spécialité PISTv (Production et Innovation dans les Systèmes Techniques Végétaux) ?

 

Les cours me plaisaient et je me suis dit qu’il serait plus facile d’apprendre l’économie dans un deuxième temps. J’ai donc choisi une spécialité plus technique en me disant que je pourrais éventuellement poursuivre avec un master à HEC ou à l’ESSEC.

 

Pour mon stage de fin d’étude, je devais réaliser un stage avec un caractère plutôt « recherche » et je suis donc partie à Lille au GRECAT (Groupe de Recherches et d’Etudes Concertées sur l’Agriculture et le Territoire). Je travaillais sur l’agriculture de conservation : le non labour, le semi direct, l’implantation de haies dans les champs, de couverts végétaux, l’introduction de bandes fleuries pour attirer les insectes pollinisateurs, etc. Le but était de réaliser une étude des résultats techniques et économiques de l’agriculture de conservation et de la comparer à d’autres systèmes de production plus conventionnels.

 

La même étude avait été réalisée trois ans auparavant. Je devais la reproduire pour ensuite dresser un bilan. Ce fut un peu la surprise en arrivant les données de l’étude précédente n’étaient pas exploitables. La problématique de départ n’était plus valable et j’ai dû redéfinir un sujet avec l’aide des agriculteurs sur place. Finalement cela s’est très bien déroulé : apprendre à rebondir face à un imprévu est très formateur.

 

 

Comment avez-vous trouvé votre premier emploi ?

 

Pendant mon stage de fin d’étude, je réfléchissais à ce que je voulais faire après. Pour m’aider et trouver des idées, je regardais les offres d’emploi. Je suis alors tombée sur une offre pour un Graduate Program chez Louis Dreyfus Commodities : 18 mois avec un changement de poste tous les 6 mois permettant ainsi de tester différents types de métiers. C’est un peu une formation en accéléré et je trouvais cela intéressant. J’ai postulé et au bout de quelques jours, j’ai reçu un appel pour me proposer une place pour un CDI d’analyste, après une série d’entretiens, j’ai été retenue.

 

 

Vous êtes actuellement analyste chez Louis Dreyfus. Sur quel marché travaillez-vous depuis Genève ?

 

Je travaille sur le marché des oléagineux (colza, soja, tournesol, huile de palme) depuis deux ans. Je ne suis pas tous les produits dans le détail, ces derniers sont gérés par zone géographique : l’huile de palme est gérée depuis Singapour, le soja depuis les Etats-Unis et l’Amérique du Sud, le tournesol en Mer Noire. A Genève, je m’occupe des bilans mondiaux du colza et du tournesol.

Je trouve ce travail très stimulant d’un point de vu intellectuel, le marché bouge en permanence et il y a très peu de répétitions.

 

 

En quoi consiste exactement votre travail ?

 

Mon travail est d’estimer l’offre et la demande pour le colza et le tournesol et leurs produits dérivés (tourteaux et huiles). L’idée est de savoir si le marché est en situation de déficit ou de surplus.

 

Par exemple, pour estimer l’offre, dans les périodes clés du développement des plantes, je regarde la météo quotidiennement et j’essaye de déceler les impacts possibles pour mettre à jour mes prévisions de récolte.

 

Pour la demande, les graines sont triturées pour donner du tourteau et de l’huile. Il faut alors estimer la demande en huile (alimentation humaine ou biodiesel) ou tourteau (alimentation animale) pour savoir combien de graines seront triturées et quels seront les stocks finaux.

 

Nous essayons de créer des modèles et d’expliquer les différences observées en comparant les résultats à ceux des années précédentes, il y a une grande part de statistiques. En comprenant ce qui s’est passé avant on peut mieux prévoir la suite.

 

J’ai la chance de travailler en open-space avec l’intégralité de l’équipe : nous avons souvent l’occasion d’échanger les uns avec les autres, c’est très intéressant et j’apprends beaucoup !

 

 

Comment votre travail est-il valorisé par les traders ?

 

Toutes ces informations sont ensuite utilisées par les traders qui prennent des positions sur les marchés. Prenons un exemple basique : si les stocks sont faibles à la fin de la campagne, nous sommes dans une situation où l’offre est inférieure à la demande et il a de forte chance que les prix montent. Il faut donc anticiper la hausse des prix et acheter les graines que l’on souhaite triturer. Mon explication reste très schématique et il y a au final beaucoup d’interactions entre les marchés (FOREX, énergie)

 

 

Etre à la pointe de l’actualité tous les jours… A quel point cela est-il important dans votre travail ?

 

L’actualité macro-économique et politique a un impact réel sur les marchés. Par exemple l’embargo russe sur le porc européen a eu pour conséquence une forte baisse des prix et une diminution de la demande en tourteaux.

 

Le travail de l’analyste peut aussi servir à argumenter des projets un peu plus long terme. Les politiques nationales et internationales sont importantes et aujourd’hui il est nécessaire de suivre les pays émergents comme l’inde ou la chine (qui importe déjà 75% du soja mondial).

Quand vous nous parlez du marché des oléagineux on ne peut pas s’empêcher de penser à l’huile de palme, bien souvent pointée du doigt… Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Au sein de l’entreprise, l’équipe durabilité s’occupe de cette problématique : il existe des labels qui garantissent une huile de palme non issue de la déforestation. Le consommateur est sensible à ces derniers. La durabilité n’est pas valable uniquement pour l’huile de palme, elle concerne aussi le soja en Amérique du sud ou le colza au canada et en Europe.

 

 

Finalement, dans votre travail, quelle différenciation vous a apporté votre formation ?

 

Le fait d’avoir fait une école d’agro est un véritable atout, cela me permet d’avoir de vraies compétences techniques et d’avoir une idée concrète la filière. Je ne regrette pas du tout d’avoir suivi la spécialité PISTv qui m’a donné accès à ces connaissances. Au mois de juin, je pars pour un tour de France des régions du colza : 2 000 km en quatre jours pour observer les récoltes.

 

 

La vie en Suisse, est-ce quelque chose qui vous plaît?

 

Genève est très bien située au bord du lac et près des montagnes, après je ne me sens pas vraiment à l’étranger, l’environnement est francophone et beaucoup de français habitent la ville.

 

Partir plus loin ? Si un jour, une opportunité de travail se présente en Amérique du Sud par exemple, pourquoi pas ! Après en comparaison à l’année de césure, la priorité n’est plus forcément de partir loin mais surtout de m’épanouir dans mon travail.

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