SÉGOLÈNE HALLEY DES FONTAINES, Conseiller agriculture et

sécurité alimentaire, Réprésentation permanente de la France auprès de la FAO

Ce qui guide vraiment mon parcours professionnel aujourd’hui, c’est de travailler avec des gens riches intérieurement ​

Approfondir les domaines de l'environnement et de la santé publique à l'ENGREF ?

Aider les entreprises françaises à l'étranger au Ministère de l'économie ?

Conseillère en cabinet ministèriel ? Sous-directrice de la forêt ? Rapporteur à la cour des comptes ?

La négociation et l'aspect diplomatique en tant que conseiller à la représentation permanente de la France à la FAO ?

1992-1996
Etudiante, INA P-G (92), ENGREF (96)

 

1996 - 1999

Réglementations internationale et communautaire, Direction Générale de l'alimentation, Ministère de l'agriculture

 

1999 - 2000

Direction des relations économiques extérieures, Ministère de l'économie

 

2001 - 2003

Adjoint au chef de bureau, Direction du budget, Ministère des finances

 

2003

Chef de secteur pour le développement rurale, Ministère de l'agriculture

 

2003 - 2005

Conseiller technique, cabinet du Ministre de l'agriculture

 

2005 - 2010

Sous-directrice de la forêt et du bois, Ministère de l'agriculture

 

2010 - 2013

Rapporteur, Cour des comptes

 

2013 - Aujourd'hui

Conseiller agriculture et sécurité alimentaire, Représentation permanente de la France auprès de la FAO

Beaucoup de métiers différents vous intéressaient à l’époque où il fallait choisir, pourquoi avoir choisi AgroParisTech ? Êtes-vous contente de ce choix ?

Je trouvais que tout était intéressant pour peu qu’on s’y intéresse ! J’hésitais entre beaucoup de métiers différents : journaliste, chercheur, etc. Il se trouve que cela marchait plutôt bien dans les matières des sciences de la vie, je suis donc entrée à l’Université Pierre et Marie Curie avec l’idée de devenir chercheur. Assez rapidement la génétique m’a particulièrement plu. J’allais commencer un DEA à l’Institut Pasteur pour me lancer dans une thèse en génie génétique et thérapie, lorsque j’ai découvert une super école d’ingénieur, AgroParisTech. Cette dernière me permettait à la fois de garder « au chaud » l’option chercheur tout en ouvrant complètement les horizons des métiers et avec une vraie diversité.

 

J’ai trouvé cette école formidable ! J’en aurais presque pleuré en arrivant tellement nous avions un cadre fabuleux à la fois en terme d’attention, d’outils mis à notre disposition, d’encouragements fait au-delà des cours eux-mêmes ou encore de possibilité d’exprimer notre créativité : un univers complétement tourné vers l’étudiant. L’objectif n’était pas seulement de former des têtes qui pensent bien mais aussi de nous faire rencontrer des gens. 

 

Intéressée et décidée à approfondir les domaines de l’environnement et de la santé publique, vous choisissez l’ENGREF ?

Oui ! A l’époque, les revues sur lesquelles j’avais travaillé en parallèle des cours m’avaient donné envie de me diriger vers l’environnement et la santé publique. Finalement, l’ENGREF semblait être au plus proche de mes aspirations et j’y suis entrée en passant le concours. Encore une fois, c’était une école passionnante qui offrait un éventail important de notions utiles pour la vie professionnelle, au delà d’un simple « stock » de connaissances. C’était super formateur !

 

Vous décidez de mener une troisième année particulière, une année de stage pour répondre à une problématique sur le droit et l’alimentation, racontez-nous !

En troisième année, plutôt que de suivre une spécialisation, j’ai eu l’opportunité de monter mon propre projet. Mes intérêts pour la santé publique et l’environnement m’ont conduit à réaliser deux stages pour répondre à une problématique portant à la fois sur le droit et sur l’alimentation, je travaillais sur toute la réglementation à la fois sous l’angle sanitaire mais aussi sous l’angle nutritionnel.

 

J’ai donc remplacé ma troisième année par des stages. Un d’un peu moins d’un an chez Danone, au service de la réglementation internationale et des affaires scientifiques. A cette époque, la problématique alimentation/santé était déjà un axe de fond chez Danone : ils s’étaient recentrés sur les yaourts, les eaux minérales et les aliments santé en vendant certaines filiales et entreprises. J’ai ensuite enchainé avec un stage de trois mois à la Commission Européenne à Bruxelles à la direction générale de l’industrie.

 

Mon idée était ensuite d’entrer au Ministère de l’agriculture pour travailler sur toutes les questions d’alimentation et c’est ce que j’ai pu faire, je me suis occupée des affaires internationales et réglementaires. 

 

Aider les entreprises françaises à s’implanter à l’étranger devient votre mission lorsque vous passez au Ministère de l’économie. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Après un premier poste au Ministère de l’agriculture, je suis passée à Bercy pour assumer, sous un angle commercial, un poste plus international. J’étais alors au Ministère de l’économie, à la direction qui s’occupait du commerce extérieur (qui a aujourd’hui été reprise par la direction du Trésor). Ma mission était de structurer, dans les ambassades, un réseau d’experts commerciaux capables d’apporter une offre de service à toute entreprise française qui voulaient s’implanter à l’étranger. On peut parler d’intelligence économique ou de veille économique.

 

Pourquoi avaient-ils pris quelqu’un comme moi ? Les secteurs comme l’environnement, l’énergie et les biotechnologies étaient en plein essor et pouvaient donc s’implanter à l’étranger.

 

Finalement, j’ai trouvé que la mission était moins utile que je ne l’espérais ! En effet, en tant que service public, nous avions beaucoup à apporter aux petites et moyennes entreprises françaises dans le secteur agro-alimentaire. Or ces dernières ne se tournaient pas vers Bercy, et à l’inverse les grandes entreprises n’avaient pas besoin de nous pour ce qui était du commerce extérieur. En réalité, c’est plutôt le service privé qui « drivait » les grandes entreprises et le devenir des PME qui gravitaient autour. Le rôle de l’Etat était extrêmement limité.

 

Comment vous êtes-vous retrouvé à la direction du budget du Ministère de l’agriculture ?

Quand j’avais démarré mon premier poste, je m’étais liée d’amitié avec la personne qui m’avait précédée. Elle avait occupée ce poste avant de partir ensuite à Bruxelles et nous étions restées en contact. C’est donc plutôt par les liens et le bouche-à-oreille que je me suis présentée à ce poste. Je ne connaissais pas grand-chose aux finances publiques, c’était un tout nouveau métier ! Finalement, on apprend au bout de quelques mois, encore une fois pour peu que l’on soit motivé.

 

Ce poste vous a-t-il permis de comprendre comment fonctionnait un portefeuille ministériel ? Quelle était votre mission ?

C’était un très bon poste d’observation. Toutes les informations convergeaient au Ministère des finances, cela permettait d’avoir une vision d’ensemble d’un portefeuille ministériel.

 

Le sujet N°1 était de diminuer les dépenses des différents portefeuilles ministériels pour réduire le déficit public. La question était « où est-ce qu’on les réduit le moins » ? Il fallait donc que chaque ministère explique pourquoi il ne fallait pas diminuer son budget et au sein de ce dernier quelles étaient les lignes dures auxquelles il ne fallait pas toucher. Il fallait donc des personnes capables de comprendre et de décoder les enjeux et les justifications. Je pense que dans ma vie, j’ai presque toujours été le décodeur de personnes qui étaient d’autres univers (rire) ! Derrière la discussion sur les chiffres et les tableaux budgétaires, on parlait en fait des politiques publiques (crise de la vache folle par exemple).

 

Je travaillais avec des gens qui avaient fait l’ENA, les Ponts et Chaussés, des profils extrêmement différents ! Beaucoup de matière grise au m2, c’était très intéressant (rire) !

 

Conseillère en cabinet ministériel, comment vous-êtes vous retrouvée au cœur du « réacteur nucléaire » des décisions de politiques publiques ?

J’ai travaillé quelque mois au Ministère de l’agriculture sur le deuxième pilier de la PAC, c’est-à-dire le développement rural. C’était une fois de plus, un très bon poste pour comprendre les grandes tendances. Après avoir touché un peu à tout et démontré une bonne capacité de travail j’ai commencé à travailler au cabinet ministériel en tant que conseillère.

 

Je me suis d’abord occupé du budget du Ministère de l’agriculture et ensuite d’un sujet plus technique, concernant la production végétale et les biocarburants. A l’époque, le sujet des biocarburants était tout nouveau ! C’était une piste pour compenser la baisse de revenus de certains secteurs de production végétale, avec de nouveaux débouchés pour les huiles et l’éthanol.

 

Concrètement ? J’allais à Matignon dans le cabinet du premier ministre pour défendre les positions du ministre pour lequel je travaillais, en l’occurrence celui de l’agriculture. Le conseiller technique du Premier ministre présidait la réunion et il y avait autour de la table tous les conseillers concernés par la problématique (environnement, finance, enseignement ou recherche). Le but était de voir les positions de chacun et de défendre son « bout de gras ».

 

C’était très intéressant ! Avoir été conseillère pendant trois ans m’a permis de bien comprendre comment fonctionnait un État et un gouvernement.

 

Vous vous retrouvez ensuite à un nouveau poste, sur un nouveau domaine de compétences : la forêt ?

En effet, après avoir été conseillère technique, j’ai encore fait quelque chose de complètement différent. On m’a proposé de devenir sous-directrice de la forêt et du bois au Ministère de l’agriculture. J’étais alors responsable d’une équipe d’une centaine de personnes et je m’occupais de la politique forestière française. Il y avait de tout : les forêts tropicales de Guyane, les forêts domaniales de la métropole, les forêts privées aux parcelles très morcelées ou encore les communes forestières ! C’était passionnant de chercher à gérer tout cela de façon durable en alliant les dimensions environnementales, économiques et sociales !

 

Vous recherchez un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, et devenez rapporteur à la Cour des comptes ? En quoi cela consiste-t-il ?

A l’époque, j’avais quatre jeunes enfants, je voulais me diriger vers un poste avec des horaires plus adaptés. Mon chef d’alors très clairvoyant m’a suggéré de voir du côté de la Cour des comptes où j’ai pu devenir rapporteur. C’était un peu un poste de consultant je dirais. Je m’organisais comme je voulais dans mon travail : on me donnait une date butoir, un sujet et carte blanche sur la méthode pendant un intervalle de temps donné, pour construire une enquête et rendre un rapport. Pour un bon rapport, il fallait s’intéresser au droit, aux chiffres, à l’histoire, faire des hypothèses comme en science et s’attacher à une rédaction ciselée. Bref un sport très complet !

 

Je contrôlais, généralement avec une petite équipe, la façon dont était gérée la « chose » publique, un bout de Ministère, un établissement publique (par exemple Réseau Ferré de France) ...

 

La Cour de compte regardait aussi la régularité des comptes par rapport aux lois et aux textes pour les certifier et évaluer les politiques publiques. C’est-à-dire que nous vérifions qu’il n’y avait pas de « gâchis » de deniers publics et si les investissements faits avaient été réellement utiles. A la suite de ce travail, nous publions publiquement un rapport annuel. La devise ? « Ouvrez et voyez » ! En effet, ce rapport pouvait jeter l’opprobre sur certains responsables politiques et administratifs. Être montré du doigt par un tel rapport pouvait marquer à vie ! C’était donc assez dissuasif et du coup cela a un effet bien réel !

 

Selon vous, quel est l’atout d’un ingénieur ?

En tant qu’ingénieur, nous n’avons pas peur d’entrer dans la mécanique, dans la compréhension d’une technique. Je me rappelle encore, en sortant de l’agro, j’avais dit à la direction des études « mais je ne sais rien, je ne maitrise rien en particulier ». Ils m’avaient alors répondu « ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer ». Et en effet cela s’est bien passé (rire) !

 

Je pense que ces écoles-là sélectionnent des gens sur leur capacité à être curieux, à ne pas avoir peur de l’effort, à être capable de se donner à fond et à s’adapter. Et en effet, ce sont des qualités dont on a besoin tout le temps et dans tous les métiers ! Alors bien sûr, le champ des possibles est très large, il faut se laisser guider par la chance ou l’envie. Au final quand on ouvre une porte, une autre s’ouvre derrière. C’est très important d’être à l’écoute !

 

Que signifie être conseiller à la représentation permanente de la France auprès de la FAO ?

Etre conseiller dans une ambassade, c’est à la fois être capable de plonger dans des sujets techniques et aussi de s’occuper de la venue du ministre. C’est une position que j’avais plus ou moins déjà eu lorsque je travaillais en cabinet ministériel.

 

En ce moment, nous sommes quatre à l’ambassade et nous suivons trois organisations internationales implantées à Rome : la FAO, le FIDA (Fonds International de Développement Agricole) et le PAM (Programme Alimentaire Mondial).

 

Comment l’aspect diplomatique intervient-il dans votre travail ?

Si l’international de mes débuts était lié aux normes et aux standards internationaux, ici, l’important est vraiment la relation avec les autres représentants de pays du monde. Il s’agit de s’écouter, lever des ambiguïtés, se comprendre, tenir compte des sensibilités ou des liens qui traversent les continents. Il y a des pays avec lesquels on a naturellement des points communs et d’autres avec lesquels on n’arrive pas à en avoir.

 

Comment fonctionnez-vous avec la FAO ?

La FAO compte presque 200 États membres. Certains pays comme la France, ont des représentations permanentes et un ambassadeur sur place en charge des affaires quotidiennes de la FAO et des délégations viennent régulièrement des capitales. Tous les deux ans, des Conférences de plus grande ampleur accueillent les ministres eux-mêmes.

 

Je retrouve un aspect que j’avais déjà appréhendé lors de mon premier poste : dans le secteur agricole, la politique de l’Union Européenne est très intégrée. A Rome, nous avons un décalque de la représentation des 28 états membres de l’Union Européenne. Je participe à ces pré-négociations internes à 28 qui s’arbitrent au besoin à Bruxelles, puis nos positions doivent ensuite se défendre avec les pays tiers. Mais sur certains sujets non harmonisés, nous portons notre propre vision. Pour un seul point, il peut donc y avoir plusieurs niveaux de négociation. C’est assez chronophage !

 

Comment fonctionnent les négociations ?

Le gros du travail est de définir nos positions côté français avec les ministères en consultation le plus souvent avec les établissements publics impliqués (CIRAD, INRA, AFD), trouver les mots convaincants et négocier dans un jeu d’alliance et de diplomatie s’il y a des désaccords. L’essentiel se joue souvent avant le démarrage officiel d’une négociation ! Le but est d’éviter les votes, d’essayer de faire du consensus, de ne pas user trop de « crédit politique »…

 

En outre, comme on ne peut négocier jamais à autant autour de la table, il y existe des entités de taille intermédiaire, le Conseil de la FAO à 49 et à les comités de gouvernance à 12 etc., qui vont préparer successivement les décisions finales. Nous nous arrangeons donc pour être soit membre soit représenté. Nous ne faisons pas de bilatéral mais uniquement du multilatéral.

 

Le service public, pourquoi cela vous plait ?

Contribuer à des missions d’intérêt général a été ma principale motivation dès le début. C’était plus évident pour moi de mettre mon énergie au service de la collectivité. J’ai besoin d’être en empathie avec l’objectif pour lequel je travaille ! C’est important de savoir pourquoi on se lève le matin !

 

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