GUILLAUME LEFÉBURE, Management consultant, self-employed

En voyageant on apprend beaucoup, sur les autres, mais aussi sur soi-même

Passionné par le voyage et partir à l'étranger ? Participer à la gestion d'une usine en Chine  ?

Le management franco-chinois ? Justifier une année sabbatique et s'en servir pour être engagé chez Air Liquide ?

Se lancer en free lance en tant que management consultant ? Créer et gérer une maison d'hôte au Portugal ?

1987-1990
Student, INA P-G (87)

 

1992 - 1992

Deputy General Manager, Sino-French Joint Venture in China, Interagra Group

 

1994-1996

Sales Area Manager, Health Division, Air Liquide

 

1996-1998

China Project Supervisor, Amylum France, Tate & Lyle

 

1999-2001

Technical Manager, Amylum Guangzhou China, Tate & Lyle

 

2001- 2002

China Management Consultant, self-employed

 

2002- 2014

General Manager, Greater China Operations, Pébéo

 

2014- aujourd'hui

Management Consultant, self-employed

Etudiant, vous voulez rapidement partir à l’étranger, d’où vous vient cette envie de découvrir le monde ?

 

Je crois que j’étais fait pour être ingénieur et parmi les ingénieurs, ce qui me plaisait le plus c’était la biologie et l’agronomie ! C’est ce que je pense, même si par la suite, j’ai travaillé dans des domaines qui étaient finalement peu en lien avec ce thème, ce qui est assez curieux ! (rire) A l’époque, j’étais attiré par la recherche et les biotechnologies appliquées à l’étranger.

 

Je voulais partir ! Je pense que c’est une envie qui me vient de ma famille : mon grand-père avait beaucoup voyagé dans sa vie et peut-être que c’est ça qui m’a donné cette curiosité ! Les pays qui m’attiraient à l’époque étaient la Russie, les pays asiatiques et l’Amérique de Sud.

 

J’avais vraiment cette volonté de découvrir le monde. D’une part j’ai appris différentes langues : le russe avant l’agro puis le chinois et l’espagnol, et d’autre part j’ai saisi toutes les opportunités pour partir ! Par exemple, en première année, tous les étudiants devaient faire un stage d’été d’un mois, et il y a avait des possibilités pour le faire à l’étranger : j’ai pris cette option et je suis parti en Uruguay dans une exploitation. Cela n’a fait que confirmer mon envie de découvrir l’étranger !

 

Vous partez en Chine pour votre stage de fin d’étude, quelles étaient les activités et les particularités de la société de négoce Interagra ?

 

Je me suis en effet spécialisé en économie de l’entreprise et de nouveau j’ai voulu partir pour mon stage de fin d’étude, cette fois-ci en Russie ou en Chine. J’ai trouvé un stage chez Interagra,  une société de négoce qui n’existe plus aujourd’hui et qui s’occupait de transactions telles que le troc de pétrole contre du bois ou des usines. Ce groupe se démarquait car il  était spécialisé dans  le commerce avec des pays difficiles, qui n’avaient pas de monnaie convertible, principalement les pays du bloc communiste. L’ouverture de ces pays lors de la chute du rideau de fer a fortement impacté l’activité de ce groupe puisqu’il a perdu sa position dominante.

 

Une des activités de l’entreprise était de servir d’intermédiaire entre la Chine et les PME françaises qui détenaient une technologie, du matériel ou des usines à vendre, et qui souhaitaient s’implanter en Chine. Interagra avait donc une bonne connaissance du marché chinois, des banques françaises installées en Chine (aptes à aider les chinois dans l’achat d’usines ou de technologies françaises) et d’un autre côté une bonne connaissance des PME françaises agroalimentaires qui voulaient s’installer en Chine.

 

Quelles étaient vos missions en tant que directeur technique?

 

Je suis parti en Chine pour poursuivre l’installation d’une usine d’alimentation de bétail. Cette entreprise était une joint venture, c’est à dire une entreprise à capitaux mixtes (chinois majoritaires et français). Les français fournissaient la technologie et la production était chinoise. J’ai dû pour l’occasion me replonger dans mes cours de zootechnie !

 

Directeur technique, je me suis très vite retrouvé directeur général adjoint (pour cause de départ de mon prédécesseur) avec beaucoup de responsabilités. C’était parfois un peu stressant mais très intéressant.

 

D’un stage à un premier emploi : Interagra vous propose un VSNE pour poursuivre vos missions ?

 

L’entreprise m’a proposé de poursuivre la gestion de cette usine qui avait démarré et fonctionnait à peu près, en m’offrant un poste pour mon VSNE. En parallèle, je voyageais la moitié du temps en Chine pour suivre des projets similaires : vente d’usines et de technologies dans des projets de coopération avec ou sans l’aide de banques françaises. Ce n’était pas facile car d’une part les Chinois n’ont pas la même façon de faire les affaires et d’autre part j’étais assez jeune. J’y ai travaillé pendant deux ans et demi.

 

Que vous a apporté votre formation d’ingénieur agro pour ce poste de directeur général adjoint en Chine ?

 

Grâce à ma spécialité, je pense que j’avais quelque chose à apporter à cette équipe chinoise au niveau du management. Par exemple, en France on a un esprit critique, on apprend en tant qu’ingénieur à s’entourer des bonnes personnes, à prendre des décisions. Et effectivement, là j’avais une usine à démarrer, il fallait donc en prendre ! (rire). J’ai également acquis des compétences sur des sujets variés. Par exemple je comprenais la comptabilité de cette entreprise que je devais surveiller, ainsi que la partie marketing. Au niveau linguistique j’avais commencé le chinois à l’école et cela m’a bien aidé, c’est important d’avoir quelques bases, quelques notions. J’avais tout de même une interprète ! (rire)

 

Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, on entend souvent parler de choc culturel, votre avis ?

 

Le choc culturel existe et la situation n’était pas évidente d’autant plus que je suis arrivé juste après 89, à un moment où les chinois ne savaient pas trop comment se comporter avec les expatriés. Ce n’était pas évident. Progressivement je me suis fait une place, je me suis intégré. Il y avait aussi une bonne communauté d’expatriés, c’était important pour moi !

 

Les cultures sont vraiment différentes, par exemple, il faut s’adapter à la cuisine locale. Français et Chinois n’ont pas les mêmes habitudes alimentaires, un de mes collègues s’est retrouvé en manque de magnésium !

 

Après 6 mois, j’ai eu un « ras-la-bol » total. Une accumulation de petite choses : je rentre d’une journée d’usine durant laquelle personne n’a réussi à trouver un boulon que l’on cherchait, pour arriver dans mon appartement où tout avait été détruit (les propriétaires avaient décidé de faire des travaux mais avaient oublié de me prévenir). Cette réaction, j’ai pu l’observer chez pas mal d’expatriés ! On a beau être de très bonne volonté, en avoir « ras-le-bol » est humain, il faut savoir être humble. Je pense qu’à ce moment là il faut rentrer, ou partir quelque part en voyage avant de revenir, je dirais qu’il y a un passage à 6 mois qu’il ne faut pas rater!

 

Vous prenez une année sabbatique pour voyager pendant un an, est-il facile de justifier ce choix par la suite ?

 

J’avais un projet de voyage, je voulais partir pendant un an. J’avais fait quelques économies et je suis parti découvrir des pays qui m’attiraient : des pays d’Asie, des pays d’Amérique du Sud. J’ai pu testé ce que je voulais : découvrir en profondeur les façons de travailler en Uruguay, découvrir ce que signifie vivre sur une plage dans des endroits magnifiques en Indonésie, etc... En voyageant on apprend beaucoup, sur les autres, mais aussi sur soi-même.

 

J’avais ce projet depuis longtemps mais je ne savais pas trop quand le faire. J’ai donc profité de mon départ de Chine, après mon premier poste, pour partir. Je pense d’ailleurs que j’ai pu l’apprécier encore plus que si je l’avais fait après mon stage de fin d’études. Cela m’a fait du bien, j’étais assez fatigué et j’étais content de souffler. Pas mal de personnes me l’avaient déconseillé car je venais de commencer un travail. Mais c’était super, et finalement, il n’y avait rien à déconseiller.  J’ai d’ailleurs trouvé un travail grâce à cette expérience ! Mon profil était original, différent, et c’est ce qui a plu à Air Liquide. Il faut savoir le justifier, l’expliquer ! Même si c’est pour le plaisir, ça s’explique.

 

Que vous a apporté votre expérience chez Air Liquide en France ? Pourquoi êtes-vous parti au bout de trois ans?

 

J’ai donc trouvé un poste chez Air Liquide, avec l’idée de repartir en Chine par la suite. C’était clair avec l’entreprise, ils avaient justement besoin de jeunes là-bas. Je voulais y repartir d’une part car ma femme était chinoise, d’autre part car j’avais le sentiment que professionnellement je pouvais apporter quelque chose et enfin je savais que je n’allais pas m’ennuyer en Chine.

 

A mes débuts chez Air Liquide, à Bordeaux, j’étais responsable d’une région avec deux autres collègues. On s’occupait de l’installation de masques à oxygène dans les hôpitaux, donc rien à voir avec l’agro ! C’est une grande entreprise, cela m’a beaucoup apporté, par exemple j’y ai acquis quelques notions de politique, des méthodes, j’y ai apprécié les procédures écrites. J’ai pu réinvestir ces acquis dans mes postes suivants !

 

J’ai patienté pour qu’Air Liquide m’envoie en Chine mais au bout de presque trois ans dans le sud de la France, j’ai eu une l’opportunité grâce à un ami de repartir en Chine dans une entreprise de biotechnologies basée en Belgique : Amylum (appartient au groupe Tate and Lyle, un grand groupe sucrier).

 

Toujours l’appel de la Chine, un poste d’ingénieur à Canton pour Amylum se présente. L’objectif ? Construire une usine, racontez-nous !

 

Cette entreprise s’occupe de toutes les transformations de l’amidon. Je travaillais en particulier sur un projet d’usine à Canton, dans le Sud de la Chine, vouée à la transformation du glucose en glutamate : quelque chose d’assez technique. Dans une joint venture franco-belge, il s’agissait de transférer des technologies développées en Picardie dans une usine déjà existante en Chine. En tant que conseiller technique, j’ai commencé par apprendre le métier en France où je travaillais avec des ingénieurs process belges qui développaient le travail de laboratoire. On travaillait sur les plans de la future usine en se basant sur l’usine française et en l’adaptant aux constructions déjà existantes en Chine. On calculait des formats de tuyaux par exemple... Je rédigeais des procédures permettant de transférer d’un pays à un autre le savoir-faire.  

 

Régulièrement je faisais des allers-retours en Chine pour exposer le travail qui avait été fait. Prématurément, j’ai demandé à mon patron si je pouvais m’installer en Chine pour continuer mon travail et lancer l’usine. (A cette époque là, j’y passais effectivement plus de temps qu’en France). Mon transfert était un pari, je devais apprendre vite, savoir qui appeler, et finalement cela a permis d’accélérer le mouvement. J’ai ensuite évolué au poste de directeur technique.

 

Vous ajoutez donc à votre casquette d’expert technique une part de management, pouvez-vous nous parler des spécificités du management franco-chinois ?

 

J’ai réinvesti ce que j’avais appris grâce à mes expériences précédentes, sur la rédaction de procédures par exemple. Cela permettait de dépasser la barrière linguistique et culturelle, l’expérience retranscrite sur papier pouvant être traduite, le savoir-faire devenait donc transposable.

 

Il faut également savoir que le « bon-sens » chinois n’est pas le « bon-sens » français. Les chinois répondent d’une certaine façon par politesse, mais un français ne pourra pas forcément comprendre ce que le chinois voulait réellement. Etre au milieu et essayer de faire avancer les choses est passionnant ! Parfois c’est compliqué mais le plus important pour moi est de developper les contacts personnels entre les gens. J’avais le sentiment d’avoir réussi quand je n’avais plus besoin d’être présent. Dans cette entreprise franco-belge installée en Chine, les intérêts financiers se mélangeaient parfois et il pouvait y avoir des tensions, mais au moins, ce n’était pas la routine !

 

Fort de votre expérience vous vous lancez en free-lance et devenez consultant. Parlez-nous de votre premier contrat avec Pébéo !

 

Au bout de cinq ans, j’avais envie de changer. J’ai fait une coupure. Je ne savais pas trop quoi faire : est-ce que je refaisais des études dans le management ? Est-ce que je pouvais être consultant fort de l’expérience que j’avais acquise ?

 

Finalement c’est cette dernière option que j’ai choisi d’explorer. J’avais des compétences techniques, de management, de montage de projet, je connaissais l’expérience des expatriés. Je voulais partager ce que j’avais vu, j’avais appris les erreurs à ne pas faire !

 

Un jour, j’ai été appelé par une entreprise marseillaise qui fabriquait de la peinture pour artiste, Pébéo, qui voulait pour construire son usine en Chine, faire une joint venture avec une entreprise chinoise.

 

Je devais les conseiller et grâce à mes expériences passées, j’ai pu les mettre en garde sur l’aspect « joint venture franco-chinoise ». Cela s’est finalement conclu par un investissement 100% français plus intéressant pour cette entreprise qui s’installait en Chine. Il fallait travailler en Chine : trouver l’endroit, avoir les autorisations etc. puis travailler avec les ingénieurs en France : savoir quelle usine serait l’usine idéale etc. Après avoir été en free-lance pendant un an, l’entreprise m’a proposé de devenir directeur général de cette usine en Chine.

 

Consultant pour Pébéo, vous êtes ensuite engagé en tant que directeur général d’usine en Chine, quel était votre rôle ?

 

J’avais une grande partie management, dans une délocalisation comme celle-ci, je devais expliquer aux plus réticents que s’implanter en Chine était un moyen pour l’entreprise de se développer, que cela constituait un nouveau potentiel. En France, Pébéo perdait des marchés de « moyenne gamme » car l’entreprise n’était plus capable de produire au bon prix. S’installer en Chine permettait d’en regagner et d’en developper de nouveaux (par exemple c’est par la Chine que Pébéo a atteint le marché américain grâce à la souplesse des circuits Etats Unis - Chine).

 

J’ai également participé à la formation de l’équipe : du recrutement au développement des relations entre employés. J’organisais des formations, des voyages entre la Chine et la France etc.

 

Avec mon équipe, nous avions mis en place un management basé sur la communication. Par exemple, nous organisions des réunions avec toute la direction les lundis matins. L’objectif était d’apprendre à travailler ensemble, à ne pas avoir peur, à parler des problèmes, à réagir s’il y en avait des gros, à faire taire des rumeurs. Je pense que ce côté humain est la clef, il faut une bonne coopération entre les deux pays ! C’était cette partie management que je trouvais la plus intéressante.

 

Après 12 ans passés au même poste, peut-on parler de routine ?

 

J’ai passé 12 ans en Chine en effet mais j’appréciais la culture d’entreprise, mes missions me plaisaient et ce n’était pas routinier. D’une part le projet que j’ai mené était en plusieurs phases : au début nous avons construit l’usine et nous nous sommes axés sur l’export, puis, dans un deuxième temps, nous avons développé le marché chinois. D’autre part, les difficultés ont apporté du challenge, nous avons été confronté à la crise asiatique avec des prêts de banque qui s’arrêtent, à des marchés qui se ferment momentanément. Le temps est passé assez vite !

 

Vous décidez ensuite de revenir en Europe pour créer et gérer un maison d’hôte, expliquez-nous ce changement !

 

J’avais des projets avec mon épouse, nous voulions créer quelque chose et revenir en Europe. Une opportunité s’est présentée ici, à Olhao : Convento. Ma soeur et mon beau-frère, installés ici depuis huit ans, sont architectes. Ils nous ont appelé en nous disant qu’il fallait faire quelque chose car cette maison, Convento, tombait en ruine et aller être démolie ! Nous étions déjà attachés à Olhao car nous y avons une maison de vacances que nous avions retapée. Et puis, à chaque fois que nous repartions de nos vacances passées ici, cela devenait de plus en plus dur...

 

 Il y a trois ans et demi, après avoir étudié attentivement la question, à la fois du point de vue personnel et professionnel, nous avons décidé de nous lancer, et de créer cette maison d’hôte. Tout d’abord en parallèle de la Chine, (je ne voulais pas partir précipitamment de Pébéo et il fallait que les travaux avancent) puis à temps plein ici depuis un an !

 

Aujourd’hui, nous sommes bien à Olhao, c’est vraiment agréable, et puis notre maison d’hôte marche bien ! L’été a été complet !

 

Expliquez nous le concept de la « tire-lire changement » ?

 

J’ai toujours eu une « tirelire changement » : tous les mois, je mettais un peu d’argent de côté, en fonction de mes moyens pour justement ces changements. Je veux pouvoir tenir avec ma famille quelques mois si on a envie de changer, ma vie personnelle est très importante dans mes choix professionnels !

 

Je l’ai par exemple utilisée quand j’ai quitté Canton pour devenir consultant, pendant 6 mois je n’avais pas de clients. C’était une sécurité. Encore ici, au Portugal, on a cassé la tirelire pour ce projet ! Mais je commence à la remplir pour la prochaine fois (rire).

 

Avoir cette sécurité financière permet d’être beaucoup plus libre ! Par exemple, quand on travaille et que l’on a envie de changer, on n’a pas forcément le temps ou la liberté de chercher quelque chose d’autre. Pour moi en tout cas, ça a toujours très bien marché ! En plus, quand on travaille à l’étranger, c’est rare que l’on puisse bénéficier du chômage.

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