Camille Delebecque, Founder and Partner, SynBio Consulting et Co-founder & CEO, Afineur

Un sujet qui me tient à coeur est la transition vers des systèmes de production alimentaire respectueux des contraintes environnementales, capables de produire une alimentation de qualité tout en répondant aux enjeux d’une croissance démographique forte.

Une thèse en biologie de synthèse qui t’as valu deux publications dans des grands journaux ? L’entreprenariat, une valeur qui t’anime au quotidien ? Afineur : une startup qui ré-invente la fermentation des aliments ?  

2006-2009

Student, Master BioEngineering Economics Management, AgroParisTech

 

2008-2009

Student, Master Molecular Biology, ENS – Paris Diderot & Paris Descartes

 

2008-2012

PhD, Synthetic Biology, Highest Honors, INSERM & Harvard Medical School

 

2011-2012

Co-founder, Co-CEO, Omeecs

 

2011-2013

Founder, French MIT-Harvard

 

2012-2014

Vice President and Program co-leader - Paris chapter, Startup Leadership Program

 

2013-2016

Synthetic Biology Expert for the European Commission, European Commission

 

2013-Aujourd’hui

Founder and Partner, SynBio Consulting

 

2014-Aujourd’hui

Co-founder and Honorary Member – Paris Chapter, Startup Leadership Program

 

2014-Aujourd’hui

Co-founder & CEO, Afineur

Découvrez le site internet de Camille :

https://www.camilledelebecque.com/

Pourquoi as-tu choisi de faire l’agro ?

 

Je voulais être vétérinaire mais en début de prépa j’ai eu un 1er aperçu de la recherche avec les TIPE et ça m’a beaucoup plu. J’ai présenté les concours à la fois de l’ENS et de l’agro. J’ai été accepté à l’agro et à l’ENS en tant que candidat libre mais j’ai choisi l’agro car il me semblait qu’il y avait beaucoup plus de liberté en terme de master. De plus l’approche ingénieur m’attirait et j’avais une préférence pour la recherche appliquée.

 

Une fois à l’agro, comment s’est révélé ton goût pour la recherche et le management ?

 

A la fin de la 1ère année j’ai fait un stage de 2 mois pendant l’été à Minneapolis en biocontrôle. L’objectif était de trouver des solutions écologiques dans la lutte contre les pucerons. C’était une très bonne expérience, en 2 mois j’ai eu mon nom sur 2 papiers. C’était mon premier contact avec les E-U et le monde de la recherche. Pendant ma 2ème année à l’agro, j’ai pris des modules très axés recherche. J’ai continué à explorer le monde de la recherche de mon côté et j’ai fait un stage à l’ENS de Paris en recherche plus fondamentale. Cette expérience m’a moins plu, j’ai trouvé que les chercheurs étaient trop souvent déconnectés de la réalité. J’ai commencé à explorer le monde du management et de l’innovation. En fin de 2ème année, j’ai découvert un nouveau domaine scientifique qui était en train d’émerger : la biologie synthèse. C’est l’ingénierie génétique 2.0., ça a été introduit en France à travers une compétition (igem.org) où les étudiants se mettent en équipe et travaillent sur un projet tout l’été. J’ai suivi la première équipe française et la biologie de synthèse m’a vraiment bien branché !  

 

Je voulais faire une césure avec un stage en recherche et un autre en conseil. J’ai facilement trouvé le 1er stage en recherche en biologie de synthèse à Harvard avec une des équipes les plus à la pointe sur le sujet. J’ai eu des difficultés à trouver mon 2ème stage de césure et au même moment j’ai trouvé le master que je voulais faire en 3ème année. Le master Approche Interdisciplinaire du Vivant (AIV) à Paris Descartes est particulier car il combine 3 stages de trois mois en recherche avec les cours en parallèle. Je me suis arrangé pour couper mon stage à Harvard en 2 et à le faire passer à la fois pour mon stage de fin de 2ème année et mon premier stage de master. J’en ai profité pour prendre des cours de management de l’innovation à la business school de  Harvard.

 

Mon histoire c’est créer et saisir beaucoup d’opportunités et construire vraiment un parcours “à la carte”, ce qui est vraiment unique à l’agro.

 

J’ai aussi fait un stage de modélisation et un stage à l’UNESCO dans l’unité qui essayait de développer les biotechnologies dans les pays émergents. Je faisais de la gestion de projet.

 

Après l’agro tu décides de faire un doctorat en biologie de synthèse, quel était ton sujet ?

 

J’étais toujours assez indécis après l’agro et mon master. J’avais une certitude, c’est que ce qui m'intéressait le plus c’était l’interface entre la recherche et sa commercialisation. Suite à mes stages de master, j’ai eu la possibilité de faire un doctorat en biologie de synthèse en co-tutelle entre Harvard et Paris Descartes, ou un doctorat aux Mines en management. J’ai décidé de choisir celui en biologie de synthèse car il était plus appliqué, plus dynamique et je pensais qu’avoir un niveau d’expertise poussé en sciences me donnerait plus de légitimité même si je voulais plus tard me focaliser sur l’aspect commercialisation. J’ai décroché une bourse de l’IFP energie nouvelles  pour financer ma thèse.

J’ai monté mon sujet de thèse autour d’un problème clef en ingénierie métabolique: comment optimiser les rendements de nouvelles voies métaboliques? En effet, beaucoup de co-produits de voies métaboliques d'intérêt sont soit toxiques, ou utilisés par d’autres réactions enzymatique compétitrices dans les cellules. C’est notamment pour palier à ce problème que naturellement beaucoup des réactions enzymatique clefs des cellules sont isolés spatialement, notamment dans des micro-compartiments comme les organelles. J’ai donc développé des outils et une plateforme technologique pour créer des “organelles synthétiques, des micro-compartiments dédiés pour isoler des voies métaboliques d'intérêts et assurer leurs rendement.
 

Pour créer ces micro-compartiments j’ai notamment utilisé des outils provenant d’un autre domaine, les nano-technologies de l’ADN, et j’ai montré l’efficacité de cette approche en augmentant de façon significative la production d'hydrogène dans la bactérie e-coli. Ça a très bien marché, ça a été le corps de ma thèse et j’ai publié dans Science et Nature en premier auteur après 2 ans de thèse. Ces années ont été intenses mais passionnantes, c’était à nouveau une recherche pluridisciplinaire et appliquée donc ça m’a beaucoup plus.

 

Durant ta thèse, tu continues d’explorer le monde de la recherche et de l’entreprenariat, comment t’y es-tu pris ?

 

J’ai été directeur pendant 1 an du club de biotech à Harvard et vers la fin de ma thèse j’ai commencé à faire du conseil pour le bureau des brevets et de transfert de technologies  de Harvard. J’ai aussi été sélectionné pour une formation à l'entrepreneuriat avec le  « Startup Leadership Program » J’ai suivi cette formation pendant 1 an.

 

J’ai créé ma 1ère startup avec un bon ami, Xavier Duportet, toujours autour de la biologie synthétique. C’était une idée early stage, le but était de valoriser de nouvelles molécules antibiotiques produites par une souche microbienne. On a été semi finaliste du concours du génopole mais ça n’est pas allé plus loin. Il y avait des problèmes de propriété intellectuelle, et on n’a pas obtenu la licence. Ca a été tout de même une très belle  expérience.

 

Après ta thèse, tu fais une pause et tu décides de créer ta boîte de conseil ?

 

Après ma thèse, je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire. Je savais que je ne voulais pas enseigner et je savais aussi que le côté industriel et appliqué de la recherche m’intéressait.

 

A ce moment là, j’ai créé ma boîte de conseil, SynBio Consulting. Comme la biologie de synthèse était une discipline nouvelle, il y avait beaucoup de questions autour des technologies, de l’éthique, de l’éducation, de la réglementation. J’avais déjà  un premier client avec le bureau de transfert de technologies d’Harvard. J’ai monté la boîte après mon doctorat tout en voyageant. Je voulais explorer et approfondir les thématiques d'éducation en science et l'émergence de nouveau pôles de compétitivités en biotechnologie dans les pays en voies de développement. Des domaines qui me tiennent à coeur et que j’avais commencé à explorer notamment avec l’UNESCO. J’ai passé 3 mois au Népal et un mois au Kazakhstan où je me suis fait inviter en tant que research scholar dans les universités principales à Kathmandou et Astana.

 

Quels types de missions mènes-tu avec SynBio Consulting ?

 

J’ai fait beaucoup de missions de transfert de technologie en aidant différentes institutions, universités, petites et grosses compagnies. Un tiers de mon activité consiste à évaluer la faisabilité technique, le paysage de propriété intellectuelle et à identifier des partenaires industriels pour le scale-up et la commercialisation d’innovations dans le domaine des biotechnologies. . Un autre tiers est autour de tout ce qui est régulation, gouvernance et éducation. J’ai eu un gros projet de deux ans avec la Commission Européenne, j’ai fait partie d’un groupe d’expert qui a été mandaté pour écrire trois rapports d’évaluation de risques au sujet de la régulation de la biologie synthétique. Il y avait une partie de définition, une partie évaluation de risques et une partie priorité de recherche (identifier des points faibles). Le dernier tiers de mon activité consiste  à accompagner petites et grosses compagnies dans la commercialisation de biotechnologies. Notamment, un de mes gros projet a été autour du développement et de la commercialisation de nouveaux engrais microbiens. C’est un tout nouveau domaine qui  s’appuie sur les symbioses entre plantes et microbes et leur rôles important pour la nutrition des plantes et la résistance aux stress.



 

En plus de ton activité de conseil, tu as monté une autre startup, quel est son cœur d’activité ?

 

Un sujet qui me tient à coeur est la transition vers des systèmes de production alimentaire respectueux des contraintes environnementales, capables de produire une alimentation de qualité tout en répondant aux enjeux d’une croissance démographique forte. Comme je viens de l’évoquer avec notamment les engrais microbiens, je pense que les biotechnologies peuvent jouer un rôle prépondérant que ce soit du côté production mais aussi processing.

 

Il y a 2 ans, j’ai créé Afineur suite à la réalisation que les produits fermentés ont une place prépondérante dans l’alimentation humaine depuis des milliers d’années mais ce domaine est resté isolé des dernières avancées en biotechnologies. Beaucoup de ces aliments reposent sur des fermentations spontanées. L’objectif est d’intégrer toutes les nouveautés en biotechnologies pour identifier et isoler des souches microbiennes  avec des effets bien précis (amélioration de qualité nutritionnelle, organoleptique, texture, diminution des allergènes, irritants, etc),  sur différents  aliments. On travaille avec des industriels qui ont des besoins spécifiques sur différents  aliments  et on a également lancé une marque consommateur (eatcultured.com) dont l’ambition est de lancer toute une gamme de produits améliorés grâce à ces fermentations à la carte.  un Notre 1er produit est un café fermenté.

 

Peux-tu nous en dire plus sur ce café fermenté ? Quelle est la différence avec un café classique ?

 

L’idée avec ce café est d’éliminer toutes les molécules irritantes pour la digestion. On rajoute une étape de fermentation avant la torréfaction pour éliminer les agents irritants. On source le café en Tanzanie et on le torréfie ici à Brooklyn. On a lancé ce produit il y a environ 1 an et demi. Le message marketing porté par ce café est plutôt axé santé. Il est disponible dans des épiceries, sur notre site internet et sur Amazon.

 

Est-ce que vous avez des concurrents sur ce produit ?

 

Non, Je pense qu’on est une des premières boîtes qui essaie d’élargir le champ de la fermentation alimentaire. On s’inscrit dans la tendance de la dédiabolisation des microbes dans l’esprit des consommateurs. Le produit marche bien, on continue à augmenter les ventes sur notre site. On a de plus en plus de partenariats.

 

As-tu des idées de nouveau produit à développer ?

 

Le prochain produit sera sûrement autour du spent grain (résidus de malt), le déchet principal après la brasserie. Pour le moment c’est essentiellement utilisé en alimentation animale alors qu’il reste environ 20 % des protéines.   

 

Combien de personnes travaillent dans chacune de tes boîtes ?

 

Chez SynBio Consulting, je suis la seule personne et chez Afineur on est 4 : une personne en food science, une personne en process engineer, une personne en marketing.

 

Pourquoi ne t’es tu pas installé à Boston, le berceau pour les biotechnologies ?

 

Pour plusieurs raisons. Toutes mes activités s’enrichisse de la diversité culturelle, ethnique et professionnelle qu’il y a à NYC par rapport à Boston.  Il y a une scène foodie très intéressante à Brooklyn. Il y a également une scène biotech vraiment super qui commence à émerger.

 

Est-ce que tu te vois ouvrir un café Afineur à terme ?

 

Oui et non, je me vois bien ouvrir un espace à côté des labos où on peut déguster le café et observer sa fabrication en même temps. L’objectif est de ne pas avoir que du café, on aimerait avoir un impact sur plusieurs types d’aliments. On se concentre un peu plus sur tout ce qui est e-commerce parce que c’est plus facile de transmettre nos message grâce à une relation plus directe avec les clients.

 

Penses-tu rester aux E-U ?

 

Pour le moment, oui. Mais je reste très connecté avec ce qui se passe en France, et je reste ouvert à toute possibilité. Les 2 écosystèmes sont intéressants et complémentaires, pourquoi pas avoir un jour une branche en France ?

Entreprenariat – Biologie Synthétique – Conseil – Start-up – New York – USA

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