CASILDA ALONSO-MARTINEZ, Key Account Manager EMEA-LATAM, TRX Solar

Avoir une bonne ambiance au travail est très important pour moi

D'origine espagnole, des études en France ? La sécurité alimentaire avec Action Contre la Faim au Niger ?
Des programmes de formations pour les fonctionnaires de la Commission Européenne ?
Un master en internationalisation des entreprises ? Vendre des projets d'énergie renouvelable en Amérique Latine ?

Le solaire-thermodynamique ? Faciliter les relations entre Chinois et Espagnoles ? 

2002-2004
Student, INA P-G (2001)

 

2006 - 2007

Food Security Officer, Action Against Hunger

 

2007-2008

Deputy Manager & Training Coordinator, Aid Delivery Methods Support Team, EARTH European-African-Asian Consulting

 

2008-2008

Food Security Consultant, Action Against Hunger

 

2010-2010

International Business Adviser, PromoMadrid

 

2011-2014

Business Develoment Manager, LATAM, Aries Ingenieria y Sistemas

 

2014- aujourd'hui

Key Account Manager EMEA-LATAM, TRX Solar

Le métier de vos rêves étant petite ?

Je ne sais pas, quelque chose avec les animaux !

 

Un conseil pour les étudiants ?

Ayez beaucoup d'amis et de bons amis !

 

En un mot la vie à Madrid ?

Un accès à une vie sociale !

Espagnole, vous étudiez l’agronomie à Madrid, qu’est ce qui vous a poussé à venir étudier à l’INAPG ?

 

J’ai effectué mes études en Espagne, à Madrid. Je trouvais que l’enseignement pour l’ingénierie y était très carré, très académique, et nous n’avions pas l’opportunité de faire des stages à l’époque. En Espagne, le cursus durait 5 ans, j’ai fait mes quatre premières années et je suis partie en France.

 

J’ai rencontré une personne de l’INAPG et, en discutant avec elle, j’ai découvert comment était l’enseignement d’agronomie à Paris. La possibilité de faire des stages m’a tout de suite enthousiasmé ! J’ai donc intégré AgroParisTech pour y effectuer la deuxième et la troisième année du cursus français et pour avoir ainsi un double diplôme. Le choix de partir étudier en France semblait un choix très naturel puisque j’étais déjà familiarisée avec le système d’enseignement français : j’avais étudié au Lycée Français de Madrid et j’avais eu mon BAC.

 

Ce qui m’intéressait et m’a plu à AgroParisTech, c’était de pouvoir avoir des expériences professionnelles et de connaître des gens ayant des parcours totalement différents au mien !

 

Vous parlez de l’importance des stages à AgroParisTech, racontez-nous donc votre diagnostic de systèmes agraires au Brésil !

 

Effectivement j’ai réalisé mon stage de fin d’étude au Brésil. J’ai suivi la spécialité développement, mon stage était donc un diagnostic des systèmes agraires. Pendant 6 mois, nous avons mené plusieurs types d'enquêtes sur le terrain. Elles nous ont d'abord permis de saisir la dynamique historique des systèmes agraires qui se sont succédés dans la région d’étude, puis de caractériser la structure et le fonctionnement du système agraire de l’époque.

 

Vous rentrez en Espagne, polyglotte et spécialiste du développement agricole. Cela a-t-il été facile pour vous de trouver un emploi ?

 

Après deux années passées en France et six mois au Brésil, je suis revenue en Espagne. Le retour a été difficile sur le plan professionnel car, en Espagne, être spécialisée en développement agricole n’était pas commun. Cependant, j’avais un atout : les langues ! En Espagne, peu de personnes étaient polyglottes, mes compétences étaient donc très valorisées.

 

Pendant un an, j’ai enchaîné des petits boulots et j’ai aussi entamé un doctorat en sciences forestières. Pour l’un de mes petits boulots, j’ai été traductrice : je faisais un tour des exploitations en France avec une délégation de cubains intéressés par les coopératives françaises. Cela était très intéressant car je découvrais à la fois les coopératives françaises mais aussi la vision des cubains sur celles-ci. Par exemple, à Cuba, les vaches appartiennent à l’état et sont « prêtées » aux agriculteurs qui doivent veiller sur elles, jours et nuits, pour ne pas qu’elles soient volées. Quelle surprise pour eux de voir que les vaches, dans les exploitations françaises, étaient sans surveillance la nuit !

 

Vous venez de nous parler d’un doctorat en sciences forestières que vous avez fait en Espagne, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Bien sur ! En Espagne, il y a une grande division dans l’enseignement supérieur entre les sciences forestières et les sciences agricoles alors qu’elles sont interconnectées dans la plupart des systèmes ruraux.

 

Ce doctorat a été pour moi très enrichissant, et ce pour plusieurs raisons. En classe, nous n’étions que cinq et nous avions tous des profils différents. De plus j’ai pu appréhender la partie développement rural en Espagne. J’aurai pu faire une thèse à la suite de ce doctorat, seulement je n’avais pas de sujet clair et précis en tête et j’ai eu une opportunité au Niger.

 

Parlez-nous du Niger et de votre mission pour Action Contre la Faim. Vous semblez avoir le sens de l’aventure et de la curiosité !

 

Oui ! (rire) Lorsque j’ai effectué mon tour des exploitations agricoles en France, j’ai dîné avec un ancien agro. Il m'a parlé d’Action Contre la Faim (ACF) et de ses expériences en Mongolie. Trois jours après, je suis donc allée voir cette organisation humanitaire et en une semaine, j’avais un job au Niger. Pendant un an, j’étais responsable de la sécurité alimentaire dans une des trois bases que ACF avait déployée là-bas.

 

Un an avant ma venue, une famine avait touché Tahoua, une région du Niger. ACF avait donc développé un projet de sécurité alimentaire conjointement à un projet de nutrition. Ce projet visait dans un premier temps la recapitalisation des moyens de production des agriculteurs pour qu’ils puissent faire face aux crises éventuelles. C’était la partie la plus importante du projet. 

 

A la fin, nous organisions des formations pour les agriculteurs afin qu’ils soient indépendants à long terme et créent une activité génératrice de revenu : la vente des semences produites. Je dirigeais une équipe de dix personnes, tous étaient des locaux et des hommes.

 

Vous quittez le Niger pour Bruxelles, comment coordonniez-vous des actions de formation pour le programme Aids Delivery Methods ?

 

Une de mes amies de l’INAPG m’a proposé un travail à Bruxelles qu’on lui avait initialement proposée. C’était dans une entreprise de consulting qui travaillait pour la Commission Européenne. Le but était d’organiser des formations pour les fonctionnaires de la Commission. Par exemple nous organisions des formations de statistiques pour les fonctionnaires qui s’occupaient de pays en voie de développement. Je coordonnais ces actions de formation pour le programme européen Aids Delivery Methods à Bruxelles, et dans les délégations. L’Europe était à l’époque un grand bailleur de fond pour tous ces projets de développement ! Sur le plan personnel, j’ai beaucoup apprécié Bruxelles ! Pour moi, c’est une ville idéale lorsqu’on arrive sans connaître personne, les gens sont très ouverts, viennent de pays différents et proposent d’aller boire des verres facilement pour faire connaissance ! (rire)

 

Pendant votre contrat d’un an à Bruxelles, vous avez une pause de trois mois, vous en profitez pour repartir faire une mission pour Action Contre la Faim dont le but était d’améliorer la qualité de vie des personnes atteintes du SIDA ?

 

J’ai réalisé une sorte d’étude de marché dans deux pays (Swaziland et Lesotho) sévèrement touchés par le SIDA. L’intérêt était de savoir si nous pouvions améliorer la qualité de vie des personnes atteintes du SIDA, en diminuant leur insécurité alimentaire. Pour cela j’ai commencé par analyser la situation dans ces pays, j’ai ensuite identifié les actions que l’on pouvait y mener pour lutter contre l’insécurité alimentaire en analysant différentes variables agro-économiques et sociales. J’ai également organisé différentes réunions avec des potentiels financeurs. Finalement certaines ONG étaient déjà sur le terrain et effectuaient ce travail !

 

Vous revenez en Espagne, une question revient souvent lors des entretiens « êtes-vous sure que vous n’allez pas retourner en Afrique ? » Comment le master en internationalisation des entreprises a-t-il prouvé votre volonté de rester en Europe et que vous a-t-il appris ?

 

Effectivement ! A la fin de mon contrat à Bruxelles, je suis retournée en Espagne. J’ai passé plusieurs entretiens au cours desquels on m’a plusieurs fois posé la question « êtes-vous sure que vous n’allez pas retrouver dans un pays africain, que vous n’allez-pas vous ennuyer ici ? » Entre temps, j’ai fait un master en internationalisation de l’entreprise. Cela me permettait d’apprendre de nouvelles choses, d’acquérir de l’expérience (un an de cours et un an de stage en Europe) mais aussi de montrer aux entreprises espagnoles que je voulais travailler en Europe. En effet, j’avais l’opportunité de faire un stage partout dans le monde, avec le classement que j’avais obtenu. Je pense que j’ai été la première de l’histoire à choisir une destination voisine de l’Espagne : Lisbonne. Je ne suis pas partie loin pour prouver ma volonté de rester en Europe !

 

Pendant un an, j’ai donc été à la chambre de commerce hispano-portugaise. En tant que conseillère, ma mission était de faciliter les relations commerciales entre les deux pays. Je travaillais en particulier pour promoMadrid, une entreprise publique d’aide au développement des entreprises madrilènes. A ce moment là, j’avais des missions commerciales et je m’étais beaucoup éloignée de l’agro. Au niveau personnel, j’ai adoré Lisbonne, c’est une ville super !

 

Après votre master, pendant trois ans, vous vendez des projets d’énergie renouvelable en Amérique Latine, qu’est-ce qu’être business developer ?

 

Après mon master, j’ai été embauchée dans une entreprise d’ingénierie des énergies renouvelables. J’étais manager en business development chez ARIES Ingeniería y Sistemas. Le business development, c’est l’analyse de l’environnement et la détection puis l’exploitation d’opportunités. Comme je parlais espagnol et portugais, j’ai été embauchée pour le marché latino-américain afin de vendre des projets d’ingénierie d’énergies renouvelables.

 

Professionnellement, c’était une expérience très positive. J’ai eu la chance de travailler dans de nouveaux pays en Amérique du Sud et Centrale. Pendant trois ans, j’ai été au même poste et à la fin, ni Aries ni moi-même n’avons trouvé la voie  pour que je puisse évoluer au sein de l’entreprise. J'ai donc cherché un nouveau poste et ce qui comptait c’était d’abord le travail en lui-même puis  l'atmosphère. Avoir une bonne ambiance au travail est très important pour moi.

 

Vous décrochez un poste de commercial chez TRX, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables et notamment le solaire thermodynamique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

En discutant avec un ancien collègue de travail après une séance de yoga, j’ai appris qu’un de ses anciens clients cherchait quelqu'un. Le poste consistait à vendre des tubes absorbeurs pour une usine qui proposait un certain type d’énergie renouvelable : solaire thermodynamique. Cette technologie date des années 70 et provient des Etats-Unis. Pendant 20 ans, elle a été oubliée jusqu’à ce que l’Espagne la « ressuscite ».

 

Le principe : des miroirs cylindro-paraboliques concentrent les rayons solaires sur un tube (partie du dispositif vendue par mon entreprise) contenant un fluide caloporteur (de l’huile synthétique, en général), cela permet de générer de la vapeur, puis de l’électricité. Cette technologie résout le problème de l’intermittence de la production solaire puisque la chaleur peut être stockée d’une façon plus économique que l’électricité.

 

Aujourd’hui, il y a seulement deux fabricants : allemands et israélites. Les chinois ont vu qu’il y avait quelque chose à faire. L’entreprise dans laquelle je travaille, TRX, est une spin-off de l’agence aérospatiale chinoise. Elle est implantée en Espagne car les grandes entreprises de construction espagnoles dominent le marché solaire thermodynamique à niveau mondial. 

 

Aujourd’hui, comment facilitez-vous les discussions entre espagnols et chinois malgré la barrière culturelle ?

 

La communication entre chinois et espagnols est difficile compte-tenu des différences de langage et culturelles. Mon travail est de construire une communication entre les clients et l’entreprise. Je cherche également à établir des discussions ouvertes afin de connaître le futur des usines et l’évolution du marché. Un exemple : un tube standard mesure 70mm de diamètre, pour avoir un meilleur rendement, les collecteurs augmentent leur taille. Or la taille des tubes doit être proportionnelle à celle des collecteurs. Pour rester sur le marché, il fallait donc que TRX le sache et s’adapte, il fallait anticiper !

 

Au niveau de la barrière de la langue, j’ai commencé il y a quelques mois à apprendre le chinois, je me rends compte de la difficulté inhérente à cette barrière. Les façons de parler sont différentes, en apprenant, je comprends un peu mieux comment ils pensent. Par exemple, « oui » n’aura pas la même signification en chinois ou en espagnol. J’essaie de minimiser cette difficulté ! Je me suis rendue compte que le fonctionnement par liste était par exemple assez universel. Finalement, dans mon travail, j’ai beaucoup de marge de manœuvre. Au niveau intellectuel, ce que je fais est vraiment très intéressant, les psychologies sont très différentes, c’est intéressant de comprendre tout cela ! 

 

Quelle est la vision des ingénieurs en Espagne ?

 

Pour les ingénieurs espagnols : il y a les ingénieurs et les autres. Ils ont une vision assez particulière ! Finalement cela a été un atout pour moi, car j’avais ce titre d’ingénieur ! Ce qui m’a surtout aidé, c’est de comprendre les aspects techniques ce qui facilite ma relation avec les clients.

 

Vous avez travaillé pour une ONG, dans le secteur public et dans le secteur privé, quelles sont vos conclusions ?

 

Ce que j’apprécie dans le secteur privé c’est la transparence de la mission. On sait la raison pour laquelle on travaille, et j’apprécie la sincérité. Dans les ONG, on travaille théoriquement pour améliorer la condition de vie des bénéficiaires, mais il y a parfois des conflits... d’intérêts politiques, par exemple. Mais avec le recul, Action Contre la Faim est l’endroit le plus professionnel dans lequel j’ai travaillé, sur le plan de gestion du personnel, de la logistique et du reporting !

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