Catherine Lahaussois, Supply Chain Director, Dancing Deer Baking Company

J’aime travailler pour des petites entreprises, cela me permet d’avoir plusieurs casquettes et de varier les projets sur lesquels je travaille. 

Quel est le rôle d’un responsable d’achat ? Le service des achats est-il central ? Quels sont les avantages a travailler dans une petite entreprise ?

1993-1996

Etudiante, INA-PG

 

1995-1999

Quality Assurance Manager, Provimi France (formerly Centralys), Trappes (France)

2000-2004

Quality Manager, Pure Encapsulations Inc., Sudbury MA

 

2004-2008

General Manager, Pure Encapsulations Inc., Sudbury MA

 

2008-2009

Quality Director, Pure Encapsulations Inc., Sudbury MA

 

2010-2012

Senior Buyer, The Weetabix Company, Clinton MA

 

2013-2016

Procurement Manager, Weetabic North America, Marlborough, MA

2016-Aujourd’hui

Supply Chain Director, Dancing Deer Baking Company, Boston, MA

Quelle spécialité à l’agro as-tu choisi ? Dans quelle entreprise as-tu fais ton apprentissage ?

J’ai choisi la spécialité ZOOT, Zootechnie, en troisième année à AgroParisTech. J’ai fait partie de la première promotion d’ingénieur AgroParisTech par apprentissage. J’ai postulé en décembre de la deuxième année dans des entreprises et j’ai été prise en apprentissage chez Central Soya. J’ai travaillé pendant 2 ans pour cette entreprise qui fabrique des prémix pour les animaux et les vend aux fabricants d’aliments en Bretagne. Mon directeur de stage était le directeur technique de Central Soya, il s’occupait de l’aspect qualité, de la formulation et des recommandations techniques pour les clients. J’étais en alternance, je travaillais pour eux durant les vacances et l’été. J’ai fait mon stage de fin d’année chez eux, ça c’est très bien passé.

Tu es employée en tant que responsable assurance qualité par Central Soya à la fin de ton stage de fin d’année. Quelle était ta mission ?

A la suite de mon stage de fin d’année, Central Soya m’a fait une offre d’emploi. J’ai été promue responsable assurance qualité, je reportais directement au CEO. J’étais en charge de mettre en place le système qualité ISO 9002 afin d’obtenir la certification demandée par nos clients. J’avais suivi une semaine de formation assurance qualité à l’ENGREF qui m’avait bien aidée. J’avais engagé un consultant pour qu’il m’aide à mettre en place la certification, cela nous a pris 2 ans.

J’ai eu ce poste à haute responsabilité à la sortie de l’école car la position venait de s’ouvrir mais aussi parce qu’ils me connaissaient et que j’avais un bon contact dans l’usine, ce qui est très important.

 

En septembre 99, tu donnes ta démission à Central Soya et tu pars aux Etats-Unis. Quelle est la raison de ton départ ? Comment s’est passée ta recherche d’emploi ?

 

Nous sommes arrivés aux USA car mon mari a eu une offre d’emploi à Boston. Nous avons déménagé fin 1999. Mon statut aux USA ne me permettait pas de travailler, seulement de résider « en tant qu’épouse ».  Au Consulat français, j’ai rencontré un jeune couple d’ingénieurs, tous les deux travaillaient. Ils m’ont expliqué que mon diplôme d’AgroParisTech m’aiderait dans la démarche de recherche d’emploi et de visa de travail. Ils m’ont mise en contact avec un avocat pour m’aider à constituer mon dossier de visa H1B. J’ai pris des cours d’anglais et j’ai mis à jour mon CV. J’ai dû traduire mon diplôme en anglais pour démontrer l’équivalence d’un Master of Science.

Il y avait des quotas sur les visas H1B. Les quotas pour l’année 1999-2000 étaient déjà remplis. Les nouveaux quotas allaient ouvrir en Septembre 2000 et il fallait que mon dossier soit dans la liste d’attente.

 

Je cherchais du travail dans mon domaine d’expertise. J’ai postulé pour une entreprise d’automobiles qui cherchait un responsable qualité, je n’ai pas été retenue mais l’interview a été un bon entrainement. Suite à cela, j’ai envoyé ma candidature pour le poste de responsable qualité chez Pure Encapsulations qui faisait des suppléments de vitamines, minéraux, extraits de plante,… C’était en Juin 2000. Pure Encapsulations était une toute petite entreprise créée par deux frères qui cherchaient à recruter des gens qualifiés pour qu’ils puissent arrêter de tout faire eux même. Ils m’ont sponsorisée pour mon visa H1B et dès la réouverture des quotas, j’ai eu mon visa en septembre 2000, j’ai commencé à travailler dans leur usine. Je suis restée 10 ans dans cette entreprise.

 

Tu commences en tant que responsable qualité jusqu’à devenir CEO. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours au sein de Pure Encapsulations ?

J’ai commencé en 2000 en qualité, au fur et à mesure les deux fondateurs voulaient de moins en moins s’impliquer et ils m’ont confié les achats. J’ai économisé des centaines de milliers de dollars pour eux. Il y avait 30 personnes qui travaillaient dans l’usine, 7 personnes au Customer Service et pour le reste nous étions 6. En 2004, les deux fondateurs ont vendu Pure Encapsulations à Atrium, une entreprise québécoise. Après quelques mois de transition, les fondateurs ont proposé à Atrium que je sois promue Général Manager. C’était un peu compliqué sur le plan personnel car je venais d’avoir mon deuxième enfant et mon aîné n’avait que 2 ans !

Nous avions des objectifs de croissance importants, j’ai beaucoup appris en gestion d’entreprise et en gestion du personnel. Nous avons mis en place des revues formelles pour les employés, des objectifs pour chaque employé avec bonus. Je travaillais avec le CFO pour toute la partie « financial reporting ». J’étais en charge de nos distributeurs à l’étranger. Je suis allée plusieurs fois en Autriche et en Allemagne pour développer notre business en Europe…

J’ai fait cela 3 ans, j’ai beaucoup appris, sur le plan professionnel et aussi personnel puis j’ai décidé de « lever le pied ». Mon mari et moi voulions notre troisième enfant. J’ai négocié ma transition, j’ai pris le poste de qualité qui s’était ré-ouvert pour avoir plus de temps avec ma famille, à temps partiel, et j’ai participé au recrutement du nouveau CEO. Il est d’ailleurs toujours en place !

Chez Pure Encapsulations vous n’aviez pas de commerciaux comment procédiez-vous pour les ventes ? Quelle était votre force de vente ?

L’entreprise était basée sur la vente par catalogue. Au lieu d’embaucher une force de vente nous avions un catalogue qui était notre véhicule de promotion. L’entreprise était très profitable car nous n’avions pas de vendeurs et le Customer Service était en charge de prendre les commandes. On envoyait le catalogue 5 fois par ans à nos clients, au lieu d’avoir quelques clients, nous en avions 36,000, tous dans le milieu médical.

Tout le marketing était axé autour de la qualité des produits et nos clients nous connaissaient pour cette qualité. Nous avons été les premiers à passer aux capsules en hémicellulose végétale.

Pure Encapsulations a maintenant une force de vente, l’entreprise a beaucoup changée et est « passée au niveau supérieur », je savais mes limites et les ventes ne sont pas mon expertise, je n’aurais pas pu faire ce que mon successeur a fait pour la croissance stratégique de cette entreprise.

Et pour ton visa de travail, que s’est il passé ?

Je dois beaucoup à Pure ! Après avoir reçu mon visa de travail H1B, nous avons tout de suite commencé le processus de Green Card. Pure m’a sponsorisée. Mon diplôme de l’Agro m’a aidée grâce à l’équivalence d’un master of science. Ce processus est compliqué et long (il faut démontrer qu’on ne prend pas la place d’un Américain !). Ça a pris 2 ans. J’ai reçu ma green card en 2004 et le moment était clef pour notre famille car mon mari avait perdu son job. Nous allons certainement faire notre application pour notre citoyenneté américaine. Nos trois enfants sont américains (nés aux US) et français.

Après Pure Encapsulations tu trouves un poste de responsable d’achats chez Weetabix. Quel était ton rôle ?

Après 10 ans à Pure, j’avais fait « le tour ». Mes trois enfants étaient un peu plus grands et j’étais prête à repartir à plein temps dans le monde du travail. Je voulais retourner aux achats et c’est comme cela que j’ai joint Weetabix en 2010. J’étais en charge de l’achat du sucre, des céréales, du packaging, je suivais le marché du blé, du maïs et du sucre. Weetabix avait une usine à Clinton MA,  j’étais basée dans l’usine, tout était décentralisé.

Lorsque la responsable achats est partie, j’ai été promue Responsable Achat pour Weetabix North America (les 2 usines de Clinton MA et du Canada – à Cobourg à côté de Toronto). Notre fonction achats a évolué, mon service s’est délocalisé des usines pour devenir un pôle stratégique et central, basé au Corporate Office. J’ai recruté une nouvelle équipe de trois acheteurs, un en charge de la partie commodité, un pour le packaging et un pour les services généraux. Ces acheteurs étaient en charge de tous les besoins pour nos deux usines. Sur chaque usine, nous travaillions en collaboration avec un acheteur qui se chargeait des approvisionnements.

En 2010-2011, l’usine de Clinton produisait des céréales « de base », nous étions en compétition avec Kellogs, General Mills… Le CEO a pris un tournant très stratégique en 2011-2012 et notre expertise a été biologique et non OGM. Cela nous a permis d’avoir de nouveaux business avec Trader Joe, Whole Foods Market. Le service achat a généré beaucoup d’économies (négotiation de contrats, appel d’offre, nouveaux fournisseurs, etc…). On a réussi à sauver l’usine de Clinton!

 

Weetabix a été racheté par Post il y a quelques mois. Post est le numéro 3 aux US dans les céréales après Kellogs et General Mills. Par cet acquisition, Post démontre son intention  de s’implanter en Angleterre. POST possède déjà des usines aux Etats-Unis et l’avenir des usines de Weetabix North America est encore incertain.

 

Pourquoi Weetabix n’est-il pas connu aux Etats-Unis ? Il y a t-il une marque possédée par Weetabix connue sur le marché américain ?

En Europe (et principalement en Angleterre) on trouve les biscuits Weetabix et le muesli Alpen. Au Canada, beaucoup de personnes connaissent la marque de part l’histoire du pays, colonisé par les anglais. Aux Etats-Unis, Weetabix est une marque méconnue. Une des marques stratégiques de Weetabix est Barbara aux USA. Weetabix North America (WNA) a racheté la marque il y a une dizaine d’années, elle appartenait à une petite dame, Barbara, qui avait pour vocation de proposer des céréales 100% naturelles. Cette ligne de produit est Non GMO et bio pour toutes les céréales pour les enfants.

En quoi le service achat est-il un service central ?

En tant que responsable des achats je travaillais en étroite collaboration avec les équipes de R&D et de qualité. C’est très intéressant car on est au centre de beaucoup de services. Nous avions des objectifs d’économies commun avec la responsable qualité ce qui permettait un travail collaboratif. En effet, sans ce système la qualité est souvent réfractaire au changement.

Pourquoi être partie de Weetabix pour rejoindre Dancing Deer ?

Après 6 ans à Weetabix, une promotion, des économies qu’on pouvait chiffrer en millions, une équipe que j’avais formée, le temps était venu pour moi de voir autre chose, j’avais fait le tour. La responsable marketing et le CFO étaient partis chez Dancing Deer quelques mois auparavant et m’ont téléphoné pour me proposer de venir travailler à Dancing Deer. Des consultants géraient les achats et ils pensaient que d’avoir quelqu’un  à plein temps, employé de Dancing Deer, serait plus efficace et permettrait une meilleure gestion des achats.

Quels sont les défis que tu as dû relever en arrivant chez Dancing Deer ?

Cela fera un an, en août, que je travaille pour Dancing Deer. Lorsque j’ai accepté le poste, je savais que la boite n’était pas très solide financièrement mais je ne pensais pas que ce serait aussi « challenging » !

Dancing Deer est une entreprise qui produit des cookies et des brownies.

 Nous avons 3 « channels » de ventes, à peu près reparties 1/3 - 1/3 - 1/3 :

  • Wholesale : Nous vendons à Whole Foods Market, Safeway

  • Food Service : single serve options (Delta Airlines, Alaska airlines)

  • Direct to Consumer : c’est notre gift business. Hyper saisonnier avec 90% en Décembre, et le reste pour La fête de la Saint Valentin, la fête des Mères et la fête des Pères !

Je n’avais jamais travaillé avec un produit aussi saisonnier auparavant. Quelle expérience ! Toute l’équipe est « non-stop » d’Octobre au 23 Décembre. On travaille même le dimanche ! J’ai managé toute la partie planning de production et les achats, le tout avec un system de gestion d’inventaire inadéquat. On a développé des « spreadsheet excel » pour pallier les problèmes de nos systèmes défaillants. On a réussi à  passer la période des fêtes (hivers 2016) et tous les challenges ont soudé l’équipe.

Malheureusement, en janvier, notre volume a décliné, on a été obligé de licencier une partie de notre effectif. Juin-Juillet est aussi difficile comme période pour Dancing Deer car nos revenus sont faibles (pas de Direct to Consumer et l’été les consommateurs préfèrent les glaces que les brownies et cookies). Le cash généré pendant la saison des fêtes a payé nos dettes de l’année précédente. Heureusement, on va recevoir un nouvel influx de cash de nos investisseurs qui croient dans la nouvelle équipe (nouveau CEO, CFO, nouveau Bakery Manager et moi-même).

« We have one year to turn the business around ! »

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?

Nous sommes en train de faire un changement de formulation. Le marché de la vanille a beaucoup augmenté à cause des différents cyclones qui ont eu lieu à Madagascar. Nous étions fières d’utiliser de l’extrait de vanille pure à Dancing Deer mais les prix sont passés de 80$ à 450$ la pound et nous avons dû utiliser un mélange d’extrait et d’arôme. Nous devons coordonner le changement de la liste d’ingrédients sur le paquet, la mise en place de la nouvelle recette dans l’usine et la synchronisation avec l’inventaire.

 

Un de nos projets est d’allonger la durée de vie de nos produits à plus de 2 semaines. La responsable R&D travaille sur des changements de formules et je l’aide avec des options d’emballage différentes.

 

Nous sommes en train de réfléchir à passer au bio, ce sera pour 2018 si l’étude préliminaire montre que c’est faisable.

 

Enfin, nous allons optimiser notre logiciel de gestion de production (ERP), mettre en place un nouveau website pour notre e-commerce , le tout avant Septembre avec comme objectifs d’augmenter nos volumes pendant les fêtes.

 

Pourquoi avoir choisi de travailler dans des entreprises de petites tailles ?

J’aime travailler pour des petites entreprises et des produits naturels. Cela me permet d’avoir plusieurs casquettes et de varier les projets sur lesquels je travaille. Je suis quelqu’un qui aime les opérations, la production, j’aime être dans l’usine. 

 

Je suis motivée par l’espoir de sauver l’usine et les emplois des personnes qui y travaillent. C’est une expérience très intéressante et stimulante. On refera le point dans 1 an !

Qualité -  Achats – Agroalimentaire – Boston – Responsable Qualité - Direction - Boston – Responsable Qualité - Direction

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