Céline Riard, PDG, CHIC Redesign, Architecture d'intérieur

J’ai appris que quoiqu’on fasse tout au long de sa vie, on apprend toujours. Il faut rester modeste, on ne sait jamais tout.

Une reconversion en architecture d’intérieur après l’Agro ? Des expériences professionnelles toutes aussi variées qu’enrichissantes ?

1990-1993

Etudiante, INA PG, Spécialité Productions Végétales

 

1993-1996

Ingénieure de projets – Ecole Nationale Supérieure d’Horticulture (Versailles)/Etudiante en doctorat avec le Professeur André Fleury

 

1996-1997

Ingénieure de recherche, Avive France

 

1998-2000

Directrice Administrative, Cato Research Canada

 

2000-2001

Associée en Développement des Affaires, Cato Research

 

2001-2002

Student, International Academy of Design and Technology

 

2007-2014

Enseignante en architecture d’intérieur, formation pour adulte, Keefe Tech

 

2001-Aujourd’hui

PDG, CHIC Redesign

Quel a été ton parcours à l’Agro et où as-tu fait ton stage de fin d’étude ?

 

Après ma prépa, j’ai beaucoup hésité entre Géologie à Nancy et l’Agro, les deux écoles où j’avais été admise. Finalement, j’ai choisi l’Agro qui me semblait plus pluridisciplinaire. En dernière année, j’ai fait la spécialisation « Productions Végétales » qui traitait aussi des problématiques de l’érosion et de la pollution agricole.

J’ai effectué mon stage de fin d’année dans le parc naturel régional du Vexin qui était en voie de création. L’objectif était de faire des agriculteurs de la région des partenaires du projet Vexin et de les aider à se conformer aux nouveaux cahiers des charges qui leur seraient imposés à la création du parc. Mon travail plus précisément était de comprendre les pratiques agricoles du moment, mais aussi de cerner le contexte économique, social et politique de ces agriculteurs et d’en faire des alliés.  C’était beaucoup de travail de terrain, ce que j’ai toujours adoré. Je croyais vraiment au projet et à ce moment-là je me voyais passer ma vie dans ce domaine, en France, pas très loin de ma famille en Normandie. Cependant, le projet de parc a mis du temps à aboutir.

 

Directement après avoir été diplômée, tu obtiens un poste d’assistante auprès d’un professeur, que faisais-tu ?

 

André Fleury, professeur à l’ENSH qui enseignait aussi à l’Agro, était le précurseur à l’ENSH d’une cellule d’étude de la problématique périurbaine et des solutions possibles, dont le parc du Vexin était un exemple local. Il avait obtenu les fonds nécessaires pour engager un(e) jeune diplômé(e) pour l’aider à encadrer son groupe d’étudiants. J’avais le profil idéal. Ensemble il s’agissait d’analyser les relations complexes entre les villes et le monde agricole juste aux abords, et les espaces et activités générés (marchés locaux, zones vertes créées par les agriculteurs, agro-tourisme etc.). J’ai supervisé ce groupe d’étudiants d’environ 10-15 personnes pendant 2 ans. C’était un défi car certains étudiants étaient plus âgés que moi et je questionnais sans cesse mes compétences et ma pertinence. André Fleury, en plus d’être une personne d’une gentillesse et d’une modestie incomparable, était aussi un homme érudit, très exigeant sur la communication écrite, du point de vue organisation des idées et rigueur de syntaxe. Quand il enseignait à l’Agro, ces cours pouvaient sembler confus, et il était un peu « pris de haut » par la plupart de ses collègues pour ne pas avoir de doctorat. Mais c’était un vrai gentleman, d’une grande intelligence, et à ce jour la seule personne que je considère comme un mentor.

 

Après cette première expérience, tu décides de te lancer dans une thèse et te rends compte que la recherche n’est pas faite pour toi….

 

Durant mon emploi à l’ENSH avec André, nous avons fait des démarches pour m’inscrire en doctorat. Cela semblait une progression logique dans ma carrière. Avec André comme maître de thèse, et la perspective de partir à Montréal pour un an pour y conduire une partie de ma recherche, c’était impossible à refuser. Il s’est avéré qu‘autant j’aimais le travail de terrain, autant j’avais des difficultés à rester assise à rédiger des rapports et essayer de trouver des corrélations entre des facteurs qui ne voulaient pas être corrélés ! Essayer de faire parler des données recueillies sur des échantillons trop petits, du fait des limites de terrain, allait à l’encontre de mon côté pragmatique. Il me manquait aussi une dimension créative. En revanche, le côté terrain était très enrichissant, et j’ai découvert une belle région (les Laurentides au Nord de Montréal) et ses acteurs (agriculteurs, gérants de cabanes à sucre, éleveurs etc.). Mais après deux ans, j’ai mis un terme à mon doctorat, ce qui a été un coup dur pour André et je m’en veux encore.

 

Après avoir mis fin à ton doctorat, tu décides de revenir au Canada. Comment as-tu trouvé ton premier job ?

 

Après avoir présenté mon rapport d’étude en France, je savais que je ne voulais pas faire de recherche. Depuis l’adolescence, je me voyais vivre à l’étranger. En attendant d’avoir mon visa pour le Québec, j’ai travaillé avec mon oncle et ma tante, qui avaient une agence de communication, sur des projets très intéressants : problématique de sécurité routière, impacts environnementaux de déviations routières...

 

Une fois à Montréal j’ai commencé à chercher du travail. Je me rendais compte que mon « prestigieux » diplôme d’ingénieur Agro et mes 2 ans de thèse de doctorat n’avaient aucune valeur là-bas : on me donnait l’équivalent d’un bac + 4 ou B.Sc. en sciences agricoles. J’ai passé un bon nombre d’entretiens dans de grandes entreprises qui avaient une division environnementale, sans succès.

 

J’ai postulé pour un poste à temps partiel en relations publiques pour une toute petite compagnie qui avait ses bureaux au sein d’un hôtel de luxe à Montréal. Nos clients étaient des distributeurs de vin, des musées d’arts, de grands restaurants. C’était diversifié, nouveau, et je « pratiquais » mon anglais tous les jours. Mon rôle était d’interviewer nos clients, de contacter les journalistes cibles, de rechercher toutes les mentions publiques possibles sur nos clients, de rédiger des compte-rendus d’entrevues et de produire du contenu graphique.

 

Cette expérience a été difficile au niveau des relations avec ton supérieur. Que s’est-il passé ?

 

En 1998, il y a eu une tempête de glace à Montréal. Il y avait des murs de 5m de neige et de glace qui s’étaient accumulés partout dans la ville. Il était impossible de se déplacer et il n’y avait plus d’électricité dans de nombreuses endroits. Le pays était en situation de désastre national. Ma boss qui était une personne difficile était partie en vacances en France peu avant la tempête et avait fermé la compagnie. Je ne pouvais pas prétendre à l’assurance chômage et me retrouvais sans revenus pendant 3 semaines. Ce fut une période difficile à Montréal du fait des conditions climatiques. Durant ces trois semaines, pas une seule fois ma boss ne m’a appelée et je n’avais pas ses coordonnées. Mais quand elle est revenue, elle m’a reprochée de ne pas avoir couvert les mesures d’urgence mises en place par l’hôtel qui hébergeait nos bureaux. Aller travailler chaque jour pour cette femme me rendait physiquement malade. Ce n’était pas une situation saine et j’ai donné ma démission.  

 

Une fois ta démission donnée, tu trouves un poste administratif. Peux-tu nous dire ce que t’as apporté ce poste ? Quel est le système que tu as mis en place pour cette entreprise ?

 

Un ami travaillait pour une Contract Research Organization (CRO) en recherche pharmaceutique et ils n’arrivaient pas à trouver une réceptionniste le temps d’un congé maternité de 6 mois. C’était une petite compagnie de 10 employés à Montréal, mais dont le siège social était en Caroline du Nord aux USA. Les dirigeants ont accepté de me rencontrer mais m’ont dit que j’étais trop qualifiée pour le poste et que le salaire était bas. Mais je voyais un potentiel et je savais que je serais à la hauteur. Ils m’ont engagée. Il se trouve que peu après, un de nos très gros essais cliniques impliquait l’envoi de toutes les brochures d’information à destination de centaines d’hôpitaux où les essais cliniques étaient conduits. C’était un travail colossal : les documents en question remplissaient plusieurs grandes boîtes en carton pour chaque site, et il n’y avait aucun système mis en place pour s’assurer de l’envoi et du suivi de chaque cargaison. J’ai donc mis en place une base de données, un système de suivi des envois, et négocié les contrats avec les compagnies d’envoi. Cela nous a vraiment rendu la vie plus facile.

 

Comment as-tu évolué dans cette entreprise ?

 

Lorsque la réceptionniste est revenue de congé maternité, l’entreprise m’a offert un poste de directrice des opérations. J’étais en charge de superviser le personnel administratif. Je travaillais directement avec la personne des ressources humaines pour former les nouveaux employés aux procédures internes et recruter le personnel administratif. Je devais m’assurer que la compagnie fonctionne et que les chercheurs aient les ressources nécessaires pour conduire leurs projets dans les meilleures conditions. Je couvrais aussi tout ce qui était approvisionnement de fourniture, gestion des contrats avec les fournisseurs, et étais même en charge des problèmes techniques de communication (téléphone et internet). En plus de cela, je faisais fonction d’assistante exécutive du directeur, qui respectait mes avis. C’était gratifiant mais aussi lourd à porter et délicat. J’étais appréciée dans l’entreprise, les gens me faisaient confiance et venaient très souvent me parler de leurs problèmes tant personnels que professionnels – Pendant ce temps-là, ma pile de tâches augmentait… Cette expérience m’a appris que le personnel de soutien a une valeur incroyable dans une compagnie mais qu’il est souvent sous-estimé. Je me suis aussi rendue compte que l’on apprend tous les jours, de tout le monde et que les employés les plus modestes sont parfois pleins de ressources et d’idées brillantes.

 

J’allais souvent en Caroline du Nord au siège social. Cela constituait des expériences intéressantes à la fois sur le plan professionnel et social : je découvrais que les américains donnaient des hugs et cela m’a pris du temps à m’habituer...

 

A Montréal, notre petite compagnie de 10 personnes avait bien grandi depuis que j’étais rentrée, et nous devions trouver des locaux beaucoup plus grands. J’ai alors été en charge du projet de relocalisation de nos bureaux. Pendant des mois j’ai travaillé main dans la main avec l’agence d’architecture d’intérieur en charge de concevoir les nouveaux locaux, et plus particulièrement Marco le jeune designer en charge de notre projet, une personne pleine de bon sens. C’était génial d’établir les besoins fonctionnels de l’entreprise, au niveau des espaces, et de voir comment un espace complètement vide pourrait y répondre en termes de répartition et emplacements des bureaux, des zones communes, tout en tenant compte des regroupements d’équipes.  

 

Un vendredi en fin d’après-midi, dans nos petits bureaux exigus, alors que tout le monde était parti, les entrepreneurs étaient venus me voir pour me dire qu’une très grande porte sur mesure qui avait été livrée pour les nouveaux locaux était trop grande pour l’espace prévu et ils ne parvenaient pas à joindre le designer. Je suis allée sur place, et au milieu de la poussière et des boîtes de câbles, j’ai griffonné quelques idées et ai trouvé une solution simple.  Les entrepreneurs se sont tapés le front en admettant qu’ils auraient dû y penser. Ce projet de relocalisation a été une révélation pour moi : il y avait un aspect créatif, un aspect concret et un produit fini, mêlé à du travail d’équipe : j’adorais !

 

Après un déménagement sans accrocs, mon poste restait tout de même très administratif, mais par osmose j’avais appris beaucoup de choses sur les étapes de recherche pharmaceutique, et j’avais envie d’en apprendre plus.

 

Les dirigeants m’ont demandé ce que je voulais faire : ils créeraient le poste qui me conviendrait. J’ai choisi le développement des affaires, passant ainsi sous la tutelle de la VP Développement Clinique.

 

A ce moment de ta vie, tu décides de démissionner pour partir à l’aventure. Comment les choses se sont déroulées à ton retour ?

 

Plusieurs mois après mon changement de poste, mon conjoint de l’époque (et époux et papa de mes deux enfants maintenant !) a suggéré de partir 2 mois à l’aventure en Asie du Sud-Est. Après que ma compagnie m’autorise à un congé sans solde, ils ont dû se rétracter suite aux pressions du siège social qui voulait éviter de créer un précédent. J’ai longtemps hésité car ce poste en développement des affaires m’ouvrait un avenir professionnel assuré. Mais j’ai quand même décidé de partir en Asie.

 

Une fois revenue de ce voyage fantastique, je me suis demandée quelles étaient mes options : chercher du travail ? Me lancer à mon compte ? J’ai alors vu une annonce de formation intensive en architecture d’intérieur pendant un an. C’était mon rêve depuis toujours et je me suis inscrite. La plupart de mes camarades de classes sortaient tout juste du lycée, et moi je n’avais plus 18 ans ! C’était en mai 2001. Ce fut une révélation, et je me suis demandée pourquoi je ne l’avais pas fait avant. Tous les cours me parlaient : l’histoire de l’art, drafting technique, construction de meubles, création de concepts… C’était génial ! Quelques mois après avoir commencé la formation, je me suis rendue compte qu’on attendait un bébé qui devait naître durant mon dernier semestre. Cet accident est maintenant une jolie jeune fille de 15 ans au caractère bien trempé ! Les enseignants, la direction et mes copines ont formé une équipe de soutien incomparable. Retourner en cours de 8h à 17h tous les jours deux semaines après la naissance, ce fut vraiment difficile. Mais comme dit une chanson « what does not kill you makes you stronger ».

 

Avec mon diplôme en poche et une offre d’embauche dans un grand cabinet d’architecture à Montréal, je me sentais invincible. Et là mon mari m’a annoncé qu’il avait une proposition d’embauche à Atlanta aux USA. Oh non ! Mais c’était encore une aventure et nous sommes partis. Les joies nouvelles qu’apporte l’achat d’une maison ! J’ai tout fait : posé des pavés, de la moquette, changé des robinets et des toilettes, peint, enlevé du papier-peint, posé des moulures, changé des appliques lumineuses et des chandeliers. J’adorais faire des rénovations, c’était gratifiant, même si au début je ne savais pas ce que je faisais. Et pour la postérité, à cette époque nous n’avions pas encore les ressources disponibles sur l’internet pour savoir comment attaquer ces rénovations. J’ai aussi aidé, ici et là, des amis et des connaissances à repenser leurs intérieurs. Petit à petit je me suis construit un portfolio.

 

Une fois arrivée dans le Massachusetts, tu décides de te lancer à ton compte en design, peux-tu nous en dire plus ?

 

Mon mari a perdu son travail alors que nous attendions notre deuxième enfant. Il a rapidement retrouvé un poste et nous avons déménagé dans le Massachusetts. Considérant que j’en avais plus qu’assez de déménager avec des petits bébés, j’ai décidé que le Massachusetts serait ma destination finale et je me suis lancée à mon compte. Mon premier projet a consisté à décorer une chambre d’enfant pour des connaissances que j’avais rencontrées à l’école de mes enfants. J’ai finalement fini par dessiner l’ensemble de la maison, puisqu’il s’agissait d’une rénovation et agrandissement complets sur trois étages. C’était un projet de rêve sans contraintes budgétaires et les clients étaient ouverts à toutes mes idées, même les plus originales.

 

Travailler à son compte n’est pas toujours facile. Cela commence bien souvent par des années de famine, et l’on ne sait jamais quand le prochain contrat va arriver. Mais c’est aussi un style de vie/travail dont je ne pourrais plus me passer.

 

Est-ce que tu travailles seule dans ton entreprise ?

 

J’ai eu des assistantes au cours des dernières années. La première qui avait commencé comme stagiaire, une toute jeune diplômée bosseuse et organisée, pleine d’initiative, était géniale : on brainstormait ensemble et c’était productif et super créatif. Mais elle a suivi son conjoint en Alberta. Les deux stagiaires/assistantes qui ont suivi étaient beaucoup moins à la hauteur et je prends donc une petite pause avant de retrouver la perle rare. Former quelqu’un de nouveau prend du temps, et la pressions est considérable quand c’est la réputation de ma compagnie et la mienne qui se reflète dans les performances et la personnalité de cette nouvelle recrue.

 

Quelle est ta vision du métier d’architecte d’intérieur ?

 

On arrive dans un espace qui, même s’il n’est pas vide, moi je perçois comme est une enveloppe vierge. Un architecte d’intérieur est capable de repenser un espace, de voir au-delà des murs actuels, des couleurs hideuses. On peut alors le diviser, l’ouvrir… C’est constamment de la gestion de projet et de la résolution de problèmes. Mais il y a aussi une dimension affective/émotionnelle, avec le client, mais aussi avec l’espace. Je suis une architecte d’intérieur qui respect l’âme d’un espace, que ce soit une vieille usine textile devenue édifice à bureaux, ou une maison des années 50 qui n’est pas jolie mais qui a tellement de personnalité. J’ai nommé mon entreprise CHIC Redesign dont l’acronyme CHIC signifie Créativité-Harmonie-Innovation-par/by Céline. Le H signifie aussi Health car l’impact d’un design sur la qualité de vie et la santé (physique et mentale) des gens est considérable bien que peu reconnue. Redesign, parce que je travaille en général dans un espace existant que je redessine pour répondre aux besoins de mes clients.

 

Je voulais aussi que le nom de ma compagnie ait une note française. Je suis très attachée à mes racines françaises, et à mes parents qui m’ont transmis les qualités qui font de moi une professionnelle respectée : ma mère pour son sens de la fonctionnalité et de la beauté simple, mon père que tous les gens qui le connaissent surnomment « McGyver » parce qu’il est capable de trouver des solutions mécaniques à presque tous les problèmes que la vie lui a présentés.

Reconversion – Design – Gestion de projet – Architecture d’intérieur – Boston – USA

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