Chloé Delepine, Postdoctoral Fellow, The Picower Institute for Learning & Memory, MIT

Je trouve que l’Agro pourrait nous motiver un peu plus à faire de l’agro. Je me rends compte que j’aurais pu faire quelque chose pour changer le monde, empêcher le changement climatique, la pollution, … J’aurais pu être formé pour appréhender les grands enjeux mondiaux actuels.

Quel parcours suivre à l’agro pour faire de la recherche ? Réaliser son postdoc au MIT ? Quels sont les enjeux des futurs agros ?

2009-2011

Etudiante, AgroParisTech

 

2011

Research Intern, Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire

 

2011-2012

Master’s degree, Human/Medical Genetics, Université Denis Diderot (Paris VII)

 

2014-2015

Expert Consultant, Quattrocento

 

2012- 2016

Ph.D. student, INSERM

2016

Healthcare Innovation & Commercialization, Harvard University

2016- Aujourd'hui

Postdoctoral Fellow, The Picower Institute for Learning & Memory at MIT

Le métier de vos rêves étant petit ?

Actrice, j’étais une grande fan de Sophie Marceau. 

Votre métier actuel en quelques mots ?

Je suis chercheuse en post doc dans le département de neuroscience du MIT. Mon projet de recherche concerne l’apprentissage chez la souris, je regarde quelles sont les cellules impliquées dans la plasticité du cerveau pendant l’apprentissage.

 

Motivation en se levant le matin ?

J’aime beaucoup mon métier, j’ai la chance de pouvoir faire ce que j’ai envie de faire. C’est comme si j’étais étudiante à vie.

 

Ce que la formation à AgroParisTech vous a apporté ?

La capacité d’analyser des problèmes complexes et de trouver les moyens d’y répondre. A l’agro j’ai aussi appris à faire des powerpoint et c’est utile car de nombreux postes nécessitent de synthétiser des informations et de les présenter sous ce format. 

 

Les enjeux majeurs des futurs agros?

Etre plus impliqués dans les grands enjeux comme le réchauffement climatique. Je trouve un peu dommage que de nombreux agros souhaitent faire EGE, une formation proposée par d’autres écoles. 

 

Conseil pour les étudiants ?

Pour nuancer ce que je viens dire. L’agro offre de nombreuses opportunités donc faites des choix,  assumez-les et vivez votre vie d’ingénieur agro comme vous l’entendez mais avec conviction et jusqu’au bout. 

 

La vie à Boston ?

C’est très sympathique et agréable.  

 

Quelle formation as-tu suivi à l’agro ? Pourquoi avoir choisi de suivre une formation complémentaire en troisième année ?

Avant l’agro, j’avais fait une prépa bio dans l’idée de faire les ENS, je savais déjà que je voulais faire de la recherche. Je n’ai pas eu les ENS et je suis arrivée à l’agro un peu par hasard. J’ai choisi tous les cours qui portaient sur la biologie, les cours de nutrition, de génétique et de neuroscience

A la fin de chaque année, j’ai fait des stages dans des laboratoires. J’ai fait un stage à la fin de la première année, qui n’était pas obligatoire, dans un laboratoire de biophysique marine. En deuxième année, j’ai fait un stage dans un laboratoire de recherche en biologie moléculaire à Nice.

 

En troisième année, j’ai fait un master de recherche en génétique humaine à Paris 7 car je souhaitais m’orienter vers un cursus plus axé sur la recherche. Le master m’avait été conseillé par Agnès Ricroch, enseignant-chercheur à AgroParisTech dans l’UFR Génétique Evolutive & Amélioration des Plantes. C’est comme ça que je suis définitivement partie dans la recherche. J’ai fait mon stage de fin d’étude dans le laboratoire du professeur Jamel Chelly à l’institut Cochin. Mon projet de recherche portait aussi sur de la biologie moléculaire appliquée à la recherche de mécanismes pathologiques du syndrome de Rett, une maladie génétique qui provoque une déficience intellectuelle chez les filles. C’était à la fois de la neurobiologie et de la génétique.

 

Suite à ton master une thèse s’impose tout naturellement à toi. Quel était le sujet ?

J’ai fait ma thèse dans le laboratoire de mon stage de fin d’étude. Le sujet de ma thèse portait sur les mécanismes pathologiques du syndrome de Rett à l’échelle cellulaire. J’ai fait ma thèse en 3 ans. Pendant cette période j’avais aussi l’opportunité de faire de l’enseignement, de la vulgarisation scientifique ou de travailler pour des entreprises. J’ai fait du consulting pour une start up en biotech, c’était principalement de l’expertise scientifique et c’était très intéressant.

 

A peine quelques mois après avoir soutenue ta thèse, tu t’envoles pour Boston. Quelles étaient tes motivations pour partir ? Comment as-tu fait ?

J’ai soutenu ma thèse fin 2015 et en mars 2016, je suis arrivée à Boston pour faire un postdoc. Aujourd’hui dans le domaine de la biologie même avec une excellente thèse et des publications il faut faire un ou plusieurs postdocs. Ce n’est pas forcément le cas dans d’autres domaines, j’ai des amis qui font leur thèse en mathématique et trouvent un poste de chercheur/professeur directement après leur thèse.

J’ai choisi les Etats-Unis car je considère que c’est le pays qui offre les meilleures opportunités dans des excellents laboratoires. Je ne voulais pas aller n’importe où aux Etats-Unis, j’avais sélectionné soit la côte Est soit la côte Ouest et de préférence des grandes villes pour ne pas avoir de choc culturel trop important. Je préférais des villes « européennes » ce qui est le cas de Boston.

A la fin de ma thèse, je suis allée à des congrès internationaux et j‘ai rencontré mon directeur de recherche actuel à une conférence. J’ai eu la chance de le rencontrer à ce moment-là et nous nous sommes bien entendus. Son sujet de recherche faisait partie des sujets qui m’intéressait, c’était au MIT le cœur de la technologie et de l’innovation et Boston était une ville qui me plaisait. J’ai eu cette opportunité de le rencontrer avant même de candidater et pendant ce congrès je m’étais bien entendue avec des postdocs du labo qui avaient appuyé ma candidature. Au MIT le cursus le plus suivi par les étudiants, et le plus réputé, est celui d’ingénieur, je pense que le fait que je sois diplômée Ingenieur AgroParisTech a favorisé mon embauche.

Quel est ton projet de postdoc ?

Je fais de la recherche fondamentale au sein du département de neurosciences. Je continue à avoir une petite activité de recherche sur le syndrome de Rett mais mon projet principal est de comprendre ce qui se passe dans le cerveau d’une souris quand elle apprend un geste. C’est un apprentissage moteur comme quand quelqu’un apprend le piano ou la guitare. Les souris apprennent un nouveau mouvement et j’observe ce qui se passe dans leur cerveau. J’étudie la plasticité des réseaux de neurones mais aussi le rôle d’autres cellules du cerveau moins étudiées, les astrocytes, dont on commence à découvrir de nombreuses fonctions très importantes dont entre autre la régulation de la plasticité du cerveau. Mon hypothèse est que les astrocytes sont indispensable pour l’apprentissage ce qui est très fortement suspecté mais pas encore démontré. Les difficultés techniques et la trop faible connaissance de ces cellules ont jusqu’à maintenant limité ce type de recherche c’est pourquoi le but de ma première année de postdoc était de développer des outils pour pouvoir manipuler certaines fonctions des astrocytes et étudier les conséquences de ces manipulations sur l’apprentissage du nouveau mouvement par les souris. Aujourd’hui, j’ai un moyen d’empêcher les souris d’apprendre en perturbant uniquement leurs astrocytes et j’essaye maintenant de comprendre les mécanismes sous-jacents, les conséquences sur les astrocytes, sur les neurones et sur le cerveau en général.

C’est un sujet très différent par rapport à ma thèse. J’aime changer de sujet régulièrement et je pense qu’à l’agro et en recherche on a l’opportunité de faire ça facilement.

Comment est-ce que tu envisages la suite de ton postdoc ?

Je pense rester encore deux ans le temps de finir mes projets de recherche et les publier dans de journaux scientifiques internationaux renommés, ce qui est crucial pour ma carrière. Cela fait un an et demi que je suis là et je n’ai pas encore de publication mais c’est la stratégie des gros labos, attendre d’avoir beaucoup de données avant de publier pour avoir des articles dans des grandes revues scientifiques (Science, Nature). Dans le cadre de mon étude du syndrome de Rett, je travaille sur des cellules de patients et j’ai un projet avec un ingénieur en microscopie. Nous travaillons sur un nouveau type de microscope et notre but est de prouver qu’on peut l’utiliser pour des applications en biologie. Cela constitue un autre projet de recherche qui aboutira surement aussi à un article.

Je vais bientôt à un congrès en Europe pour continuer à garder contact avec des chercheurs européens dans le cas où je souhaiterais rentrer après mon postdoc. Si on m’offre un poste ici, je ne refuserai pas car en France cela devient compliqué d’avoir un poste de Chargé de Recherche. En fonction du succès de mon projet, je verrai ce que je ferai. Beaucoup de chercheurs ne veulent pas aller travailler en entreprise, je pense qu’un des avantages d’avoir fait l’agro est d’avoir eu un aperçu du monde de l’entreprise et une vision du secteur privé bien moins négative que celle de beaucoup de chercheurs académiques. Comme je travaille sur des maladies et utilise de nombreuses technologies, je pourrais trouver un travail dans une entreprise pharmaceutique ou de biotechnologie.

Combien êtes-vous au sein de ton laboratoire ? Est-ce que tu travailles dans un environnement stressant ?

Nous sommes 25 etudiants et chercheurs dont ~15 postdocs. Avant de me décider, j’avais contacté des amis qui étaient en postdoc aux Etats-Unis et j’avais eu énormément de mauvais retours. Il y a de nombreux laboratoires avec beaucoup de pression et une mauvaise ambiance mais ce n’est pas le cas du mien. Nous avons régulièrement des moments pour se retrouver, dernièrement nous avons eu une retraite du département à Cape Cod. Tous les vendredis on se retrouve pour prendre un verre, il y a une très bonne ambiance.

Tu sais que tu te destines à la recherche depuis très jeune. Est-ce que ça a toujours été évident pour toi ?

J’ai l’impression d’avoir hésité toute ma vie sur ce que je voulais faire et pourtant de me dire que depuis toujours je voulais faire de la recherche. A force de rencontrer plein de possibilités sur mon parcours j’ai toujours un peu hésité. C’est un profil commun à l’agro, on aime bien énormément de chose, on est curieux et ouvert à plein de possibilités. C’est un avantage mais aussi un inconvénient, j’ai beaucoup d’amis Agros qui doutent et se demandent s’ils ont fait le bon choix, s’ils ont choisi le bon métier. Depuis le début je savais que je voulais faire de la recherche et pourtant je me suis posée des milliers de fois la question de ce que je voulais faire.

Que penses-tu de Boston comme environnement de travail ?

De façon générale c’est une ville où tout le monde travaille beaucoup. Quand on rencontre quelqu’un, c’est très souvent soit un scientifique soit une personne qui travaille pour une start up. C’est très axé sur la science et les technologies.

 

Qu’as-tu pensé de ta formation à l’agro ?

Je trouve que l’Agro pourrait nous motiver un peu plus à faire de l’agro. Je me rends compte que j’aurais pu faire quelque chose pour changer le monde, empêcher le changement climatique, la pollution, … J’aurais pu être formé pour appréhender les grands enjeux mondiaux actuels. J’ai quelque fois l’impression d’avoir loupé le coche en faisant de la recherche fondamentale ! Notre planète demande des ingénieurs agro qui vont trouver des solutions, le futur est entre les mains des futurs agro. Je trouve ça dommage qu’on nous ne l’ai pas plus dit. Il n’y a pas longtemps, il y avait la remise des diplômes au MIT, l’invité était le CEO d’Apple qui a axé son discours sur encourager les diplômés du MIT a se questionner sur ce qu’ils allaient mettre en œuvre pour changer le monde. Je trouve qu’en France et à l’agro, on oublie de nous dire qu’on se forme a etre chercheur ou ingénieur pour changer le monde, qu’on a la responsabilité de faire quelque chose d’utile. Et être un « ingénieur des sciences du vivant et de l’environnement » est très utile en ce moment.

Recherche – MIT – Syndrome Rett – Plasticité cerveau – Boston – Postdoc – Thèse 

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