CLAIRE NICOLAS, Executive Assistant to the Director, Leibniz Institute for agricultural engineering and bioeconomy

Cela me plait d’être à côté des agriculteurs au quotidien, et, de comprendre leur rôle économique, environnemental et sociétal dans une région donnée

Attiré par le développement agricole ? Suivre la spécialité Territoires et Ressources, Politiques Publiques et Acteurs, à SupAgro Montpellier ? Les enjeux de l'Agence de l'eau ? Travailler au service scientifique de l'Ambassade de France à Berlin sur la coopération franco-allemande ? Intégrer la société  Leibniz et participer à l'évaluation d'un de leurs instituts ?

" Revenir aux sources " en commençant une thèse ?

2003 - 2007
Student, INA P-G (2003)

 

Avril 2007 - Septembre 2007

Scientific officer and diploma thesis, Agence de l'Eau Seine Normandie

2008 - 2009

Project Officer, French Embassy in Germany - Department for Science and Technology

2009 - Aujourd'hui

Assistant to the Scientific Director, Leibniz Institute for Agricultural Engineering, Postdam

Comment se sont déroulées vos études à l’agro ? Une année de césure entière passée en Allemagne : quels étaient vos stages ?

 

Je suis entrée à l’agro en 2003 et, après ma deuxième année, j’ai décidé de partir en césure. L’Allemagne est une destination qui me tentait, mais également les pays de l’Est de l’Europe : d’une part j’avais un bon niveau en allemand, et d’autre part, j’étais intéressée par la dynamique agricole des pays de l’Est (notamment les questions de la PAC et les thématiques liées à l’arrivée de ces pays dans l’Union Européenne). Finalement, je suis restée un an en Allemagne, car j’y ai trouvé deux opportunités de stage intéressantes.

J’ai tout d’abord passé six mois au ZALF (Leibniz Center for Agricultural Landscape Research), un institut de recherche à l’est de Berlin. Je participais à une étude sur l’influence de l’agriculture sur la biodiversité dans le Land de Brandebourg, la région plutôt rurale qui entoure Berlin. J’étudiais l’effet de certaines pratiques agricoles en analysant des publications, ce qui m’a permis de construire une base de données pour répertorier l’effet de chaque pratique sur la biodiversité.

J’ai ensuite effectué un second stage dans une petite entreprise de conseil à Berlin dans le domaine du développement des territoires ruraux. L’objectif était d’étudier des mesures de développement rural cofinancées par l’Union Européenne et la façon dont elles étaient appliquées dans le land de Brandebourg. En parallèle, j’ai accompagné des projets LEADER, c’est-à-dire des projets à l’initiative des acteurs locaux pour soutenir des activités innovantes dans des régions rurales : l’Union Européenne fournissait des financements et l’entreprise de conseil un rôle de coordinateur régional.

Pourquoi le développement agricole vous attire-t-il ?

 

J’ai fait mon stage de première année dans une exploitation laitière fournissant son lait pour la production de comté dans le Jura. Cela a été une super expérience au cours de laquelle j’ai eu un déclic : je me suis rendu compte que cela me plaisait d’être à côté des agriculteurs au quotidien, et, de plus, comprendre leur rôle économique, environnemental et sociétal dans la région me passionnait.

Quelle spécialité avez-vous choisie en dernière année ? Pourquoi avez-vous préféré partir à Montpellier plutôt que de suivre la spécialité développement agricole à Paris ?

 

Il y avait en effet la spécialité DEV (développement agricole) à l’agro mais celle-ci était très orientée « pays en développement » et « pays du Sud ». J’étais plus intéressée par l’Europe, j’ai donc regardé ce qu’offraient les autres écoles, et finalement choisi la spécialité TERPPA, Territoires et Ressources, Politiques Publiques et Acteurs, à SupAgro Montpellier. Elle venait d’être ouverte, nous n‘étions que huit étudiants, c’était presque comme un cours particulier ! Se retrouver avec des personnes qui avaient suivi des parcours différents était très enrichissant.

 

Les cours m’ont également beaucoup intéressée, en particulier ceux sur l’économie de l’environnement : mesures agro-environnementale, services écosystémiques, etc. Il y avait également un bloc important sur les liens entre gestion de l’eau et agriculture.

Un stage de fin d’études sur la gestion de l’eau, quels étaient les enjeux de l’Agence de l’Eau de Châlons-en-Champagne ?

 

Le thème de la gestion de l’eau m’a beaucoup intéressée à Montpellier, j’ai donc cherché un stage dans ce domaine et cela m’a conduit à l’Agence de l’Eau Seine-Normandie à Châlons-en-Champagne. Je travaillais sur la mise en place d'un Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) au niveau de la vallée de la Marne, un instrument dont l’objectif est d’améliorer la gestion de l’eau. En France, les agences de l’eau sont tenues de mettre en place certaines mesures pour améliorer la gestion et la qualité de l’eau, c’est une application de la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE).

 

J’ai réalisé beaucoup d’interviews des différents acteurs qui influencent la gestion de l’eau : vignerons, agriculteurs, communes, associations de défense de l’environnement, entreprises etc. Une thématique importante était le rejet de substances polluantes dans l’eau, mais il y avait aussi beaucoup de problèmes d’érosion. Les communes étaient parfois un peu remontées contre les viticulteurs, c’était un thème assez complexe et globalement chargé en émotion.

 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les schémas d’aménagement et de gestion des eaux, les « SAGE » ?

 

Un SAGE doit venir des acteurs, il ne peut pas être imposé par l’Agence de l’Eau. L’agence a donc intérêt à avoir une vue de la situation et de l’ouverture des acteurs vis-à-vis de ce thème-là. Une partie de mon travail était donc de savoir quelles étaient les activités des acteurs, les mesures déjà en place, les problèmes à régler. Une autre partie était de sensibiliser les acteurs aux questions de gestion de l’eau. C’était très intéressant de voir quels étaient pour eux les plus gros problèmes. J’ai condensé tous mes résultats et formulé des conseils concernant les aspects à prendre en compte pour mettre en place un SAGE avec succès.

 

A la fin de mon stage, j’ai réuni tous les acteurs et présenté mon travail qui a été plutôt bien accueilli. Je ne crois pas qu’il ait finalement conduit à la mise en place d’un SAGE, mais j’ai trouvé ce travail très intéressant et je crois qu’il a aidé les acteurs à mieux se comprendre les uns les autres !

 

 

Premier boulot, vous hésitez entre le France et l’Allemagne, finalement vous partez en poste de VIA à Berlin à l’ambassade de France pour participer à la multiplication la coopération franco-allemande. Quel était votre rôle ?

 

En effet, j’ai commencé à chercher du travail et l’idée me plaisait de repartir en Allemagne pour ne pas perdre ce que j’avais acquis ! J’ai candidaté dans les deux pays et finalement j’ai eu en parallèle une offre à l'ambassade de France à Berlin en VIA (volontariat international en administration) et une offre dans un bureau d’études dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et du développement rural en Alsace. C’était deux offres très différentes, non seulement de par leurs contenus mais aussi de par leurs situations géographiques. Je venais de passer six mois dans une petite ville avec peu de jeunes, cela m’a, entre autres, poussée à choisir Berlin.

 

Pendant presque deux ans, j’ai donc travaillé au service scientifique de l’ambassade (une équipe relativement importante compte-tenu des fortes relations entre les deux pays) dont l’un des objectifs était de soutenir la coopération franco-allemande dans le domaine de la recherche. Nous étions sept VIA avec chacun notre domaine de responsabilités. J’ai repris les domaines agriculture, environnement et biotechnologies.

 

Notre rôle ? Faire de la veille scientifique et rédiger des bulletins d’information de l'allemand vers le français. On publiait sur le bulletin électronique, un outil utilisé par toutes les ambassades de France dans le domaine technologique et scientifique qui permet d’avoir accès à l’information concernant le développement scientifique de tous les pays, partout dans le monde. De manière moins fréquente, on informait également en allemand concernant la recherche française.

 

Au bout d’un an, j’ai repris le poste chargé de la politique de la recherche et de l’innovation, mais je commençais un peu à m’ennuyer, et je voulais donc changer.

 

 

Vous souhaitiez rester en Allemagne et vous décrochez un poste dans un institut de la Société Leibniz. Lorsque l’on débute dans une nouvelle entreprise à un poste qui vient tout juste d’être créé, qu’est-ce que cela implique ? Comment cela s’est-il passé pour vous ?

 

Je voulais effectivement rester sur Berlin donc j’ai cherché dans la région et j’ai eu un entretien à l’Institut de génie agricole à Potsdam, un institut de la Société Leibniz, l’une des plus grandes organisations de recherche en Allemagne. C’est un institut agronomique à dominante technologique : génie des procédés (production de biogaz, optimisation du matériel de traite), agriculture de précision, qualité et sécurité des aliments (par exemple utilisation de plasma pour « désinfecter » la surface des fruits et légumes) etc.

 

En 2009, je suis ainsi devenue « chargée de missions » auprès du directeur scientifique, ou « adjointe au directeur ». Je travaille en collaboration avec le comité directeur, donc il y a tout une partie stratégie à la fois au sein de l’institut mais aussi vis à vis des partenaires extérieurs. C’était un poste qui venait d’être créé, cela a impliqué quelques difficultés au début car mes missions n’étaient pas encore très bien définies. Quand j’ai commencé, mon chef ne me connaissait pas encore, et j’étais, à l’époque, encore plus timide qu’aujourd’hui (rire). J’avais du mal à trouver ma place et je me suis sentie un peu inutile au début. Petit à petit mon chef s’est rendu compte de ce que je savais faire et cela a bien évolué !

 

 

Comment l’évaluation de l’institut est-t-elle devenue le cœur de votre travail ? Comment l’avez-vous préparée ?

 

Les instituts de la Société Leibniz sont évalués tous les sept ans par une commission d’évaluation extérieure et indépendante. Cette évaluation a eu lieu en 2013 et, en amont, j’ai été désignée pour coordonner la préparation (réalisation des dossiers, programmation de la visite), un gros chantier !

 

2013 fut une année assez dure, d’un coup j’avais bien trop de tâches à mener en parallèle. J’ai accumulé les heures sup de façon exponentielle ! Mais j’ai réussi à tout accomplir dans les temps. Au final, le résultat de l’évaluation a été mitigé. La commission nous a fourni des recommandations assez détaillées sur les points à améliorer, et la prochaine évaluation a été avancée à dans quatre ans. Un exemple de point d’amélioration ? La diversification de nos sources de financement et par exemple l’augmentation des sources de financement européennes.

 

Lorsque la prochaine évaluation est avancée de quelques années, quelles sont les conséquences, comment cela est-il ressenti par l’institut ?

 

La prochaine évaluation est prévue pour 2017, il y a beaucoup de pression à l’institut ! Le rôle de mon département est de soutenir les scientifiques soumis aux changements. Par exemple, ce n’est pas forcément facile pour un scientifique qui fait de la recherche appliquée de passer à une approche de recherche plus fondamentale. Nous essayons donc de dialoguer énormément afin de trouver comment les aider au mieux.

 

Par-delà ces quelques difficultés, j’ai constaté que l’évaluation a eu un impact positif sur ma propre situation : aujourd’hui beaucoup de gens qui ne me connaissaient pas et ne savaient pas vraiment quelles étaient mes compétences, me font confiance. C'est donc beaucoup plus facile pour moi de dialoguer et de faire ainsi avancer les choses.

 

 

Finalement, après vous être un peu éloignée de votre formation, vous souhaitez « revenir aux sources » en entamant une thèse ? Sur quelle thématique allez-vous travailler ?

 

Même si je travaille dans un institut agronomique, mes missions sont essentiellement de nature stratégique et administrative. Je me suis rendu compte il y a quelque temps, que j’avais envie de retourner vers des thématiques plus proches de ce que j’avais étudié pendant ma formation. Le revers de la médaille du côté stratégique dans mon poste actuel, c’est que je n’ai absolument aucune visibilité vers l’extérieur, je n’ai aucune publication à mon nom. Et, vous l’avez compris, ce que je fais n’est pas très facile à expliquer, c’est souvent « en coulisse » et ce n’est donc pas facile de montrer ce que j’apporte réellement à l’institut.

 

Donc j’ai réfléchi et j’en suis venue à la conclusion que j’allais essayer de faire une thèse. C’est encore tout frais ! J’ai commencé à réduire mon temps de travail de 40 à 30h. Pour l’instant, j’ai encore du mal à vraiment me libérer la tête de l’institut (rire).

 

Grâce à des contacts au ZALF, j’ai commencé à construire mon projet de thèse, sachant que j’ai relativement peu de temps à lui consacrer et que je ne suis plus étudiante depuis longtemps, j’ai donc besoin de me remettre un peu à jour. Je vais participer à un gros projet de recherche : il est question de trouver des solutions naturelles pour améliorer la gestion de l’eau dans des bassins versants à l’interface entre ville et campagne. Un exemple ? Comment organiser la rétention de l’eau sans construire un barrage. Je vais faire partie d’un groupe de jeunes chercheurs où chacun mènera son projet de thèse et interagira avec les autres pour répondre aux questions au cœur de ce projet. Je dois préparer la définition de mon thème de thèse d’ici avril 2016.Je vais me concentrer sur des questions d'économie de l'environnement.

 

Je suis bien contente, cela fait longtemps que j’y pense et cela a été long à mettre en place. Je suis heureuse de revenir à mes anciens amours !