Constance Wiltz PolyEthylenes Global Category Buyer chez Danone Group, Singapour

"Finalement pour moi, les achats c’est un métier de bon sens. Il faut donc avoir du bon sens, des qualités relationnelles, être curieux et être capable de se remettre en question. Pour moi, posséder ces qualités permet d’être un bon acheteur."

Vous souhaitez en savoir plus sur le monde des achats et du sourcing ? Le secteur plastique, au coeur des problématiques actuelles, vous intéressent ? 

2008 - 2012
Etudiant ingénieur agronome à AgroParisTech, spécialisation GIPE

Mai-Décembre 2010

Innovation Partnership Manager - Biscuit Category chez Kraft Foods, Paris

Janvier-Juin 2011

French Trade Commission of Kuala-Lumpur, Ubifrance, Malaisie

 

2012-2013

Global Category Sourcing Junior Buyer-Secondary Pack, Danone, Paris

2013-2015

Ingredients and Glass Buyer-Evian Volvic Sources​ Danone, Paris

2015-Aujourd'hui

PolyEthylenes Global Category Buyer, Danone, Singapour

Je m’appelle Constance Wilz, j’ai 30 ans dans 1 semaine. Je vis à Singapour depuis maintenant deux ans et demi et je travaille pour Danone. J’ai fait l’INA-PG / AgroParisTech. J’ai été intégrée en 2008 : en fait nous fêtons nos 10 ans cette année et malheureusement je ne vais pas pouvoir y aller. Ce sont les désavantages de vivre très loin. J’ai fait une prépa BCPST pour intégrer l’Agro à Janson de Sailly.

 

Que faites- vous aujourd’hui ?

 

J’achète du Plastique pour le groupe Danone. J’ai un poste global basé à Singapour et j’achète – en particulier le PET qui permet de faire les bouteilles en plastique pour la consommation d’eau. C’est un sujet très controversé en ce moment, j’en ai bien conscience mais on travaille également pour changer les choses.

 

Qu’est- ce qui vous a amenée à l’agro et quel y a été votre parcours ?

 

En première, à 17 ans, tu n’as aucune idée de ce que tu veux faire ! Peut- être qu’à 5 ans tu savais mais sans savoir comment le dire puis à 17 ans tu es perdu. J’aimais beaucoup la bio et ma professeure m’a conseillé de faire une prépa bio. En me renseignant sur la prépa, j’ai tout de suite voulu faire l’agro parce que je savais que j’aurais l’embarras du choix. J’ai fait ma première année à Grignon ; pendant la deuxième année on choisissait des modules et en troisième année j’ai fait une spé GIPE avec Michel Nakhla. Et j’ai fait une année de césure aussi ! J’ai travaillé pendant 6 mois chez Lu : à l’époque cela avait été racheté par Kraft mais Lu anciennement appartenait Danone. Après cela, j’ai fait 6 mois à Kuala Lumpur donc je connaissais déjà l’Asie du Sud Est. J’y ai travaillé pour Ubifrance sur la partie Food/Agriculture.

 

Pourquoi avoir choisi les achats ?

 

Pour reprendre un peu l’histoire, quand on est en césure, on a 23 ans et plein de choses nous intéressent. On ne sait pas trop ce que cela veut dire concrètement « acheteur », « marketeur », « faire des sales », « commercial » … Enfin cela n’a pas vraiment de sens surtout lorsqu’on a 23 ans : on est jeune, on a envie de profiter, et on sort de prépa où on a travaillé sans relâche… On a donc besoin d’avoir des « guidelines ».

 A l’époque, cela a commencé à la K-fet rue Claude Bernard où un agro de la promo supérieure me parlait de ce qu’il faisait : les achats. J’ai finalement fait mon stage de césure dans le service Achats et cela m’a beaucoup plu. Je m’occupais des achats d’innovation donc c’était très spécifique mais c’était une première découverte du monde de l’entreprise.

 

Finalement pour moi, les achats c’est un métier de bon sens. Il faut donc avoir du bon sens, des qualités relationnelles, être curieux et être capable de se remettre en question. Pour moi, posséder ces qualités permet d’être un bon acheteur. A la fin de ma spécialisation, j’ai continué dans cette direction- là et j’ai postulé chez Danone pour un stage en achat. A l’époque c’était pour les étiquettes et les films de pack. J’ai démarré en France, boulevard Haussmann ; j’ai travaillé 6 mois, j’ai ensuite signé un CDD et ensuite je suis partie faire des achats sur les bouteilles en verre et les ingrédients à Rungis où se trouve l’un des sièges de Danone.

Après 2 ans et demi on m’a proposé ce poste à Singapour en achat de HDPE. Cela faisait longtemps que je voulais partir. J’avais le VIE en tête et j’étais très ouverte à l’idée d’un contrat de ce type- là.. Après 4 ans à avoir dit que j’étais open pour partir, on est venu me dire « il y a un poste pour toi ; est ce que tu le veux ? ». J’ai dit oui, j’ai atterri ici et je viens de résigner pour 3 ans sur le PET.

 

Un acheteur - en tout cas chez Danone - entre 20 et 35 ans, reste en moyenne  deux à trois ans sur son poste

 

Voudriez-vous à un moment changer de métier ?  

 

C’est une très grande question. Je pense qu’aujourd’hui on va avoir des carrières très longues. Je ne suis pas sûre encore, je pense que c’est quelque chose qui doit se consolider au fil des années. Je suis ouverte et j’observe autour de moi ce qui pourrait me plaire. Pour l’instant, je pars du principe que si j’apprends toujours dans la fonction que j’occupe, je ne vois pas l’intérêt de changer. Et j’apprends encore tous les jours quelque chose, c’est vraiment super !

 

Pourquoi Singapour ?

 

Historiquement l’équipe d’achat de résine plastique a été fondée à Singapour. Moi je m’occupe de l’Europe mais depuis Singapour. Le décalage horaire n’est finalement pas si mal. Pendant la première partie de la journée, l’Europe n’est pas réveillée donc on peut travailler sur des sujets de fond qui nécessitent plus de réflexion. Et l’après- midi on va passer des calls, faire les meetings, etc…

 

Pourriez-vous expliquer ce que fait un acheteur concrètement ?

 

Je peux vous expliquer ce que, moi, je fais.

 Il y a deux ans, Danone a créé, ce qu’on appelle des « cycles », sur la base des ressources qu’on utilise le plus ; donc, les produits qu’on va le plus approvisionner. Ils ont créé un cycle plastique dont je fais partie ; un cycle eau, puisque c’est aussi le corps du business de Danone et un cycle lait bien évidemment puisqu’avec tous les yaourts que l’on vend, c’est une ressource hyper importante. Ces cycles- là sont des structures plutôt fonctionnelles et permettent d’alimenter tous les acheteurs dans leur pays correspondant.  

 

Notre travail à nous, qui sommes dans cette structure de cycles, est de travailler sur la stratégie. Une journée type pour moi va être de faire des veilles marché c’est-à-dire, de comprendre ce qui drive le prix de mon plastique. Je vais regarder le prix de l’oil (pétrole), les marges des fournisseurs. C’est évaluer la structure de couts, ce qu’on appelle le « cost break-down ». C’est un peu la base : comprendre combien cela me coûte, si c’est le bon prix et combien je peux négocier. Je dois aussi prendre en compte ma base de fournisseurs : toutes ces informations vont me permettre de construire une stratégie d’achat. Construire cette stratégie, c’est également comprendre le besoin de chaque pays pour le plastique.

Une des priorités est ce qu’on appelle la « supply security », l’approvisionnement. Cela parait évident mais il faut s’assurer que la matière arrive dans l’usine pour produire. Le BCP c’est le « business contingency plan » : si tu décides de tout acheter au fournisseur A et que son usine brûle, là, tu as vraiment un problème. Mais ton fournisseur A possède peut- être une usine backup ou un entrepôt avec la matière. Il est également possible d’avoir un fournisseur B qualifié, capable de te fournir si le fournisseur A ne le peut plus ?

 

Il y a du travail sur la qualité et la R&D aussi. Il faut être capable d’identifier l’innovation, de se demander quelle sera la solution de demain. Quels seront les plastiques de demain ?

 Il faut également travailler avec les équipes de chaque pays pour améliorer la qualité du fournisseur, faire qu’opérationnellement cela se passe bien. En effet, entre la stratégie et l’opérationnel, il faut être sûr que les deux bouts se rejoignent et se lient bien.

 Je dirais qu’il y a aussi beaucoup de communication interne. Il faut monitorer les impacts financiers car on achète des milliers tonnes de plastique ! Si on prend 1 ou 2 euros, cela va avoir des impacts énormes sur le PNL de l’entreprise. Il faut tout budgéter. Récemment on a fait ce qu’on appelle le « strat plan », c’est-à-dire, essayer de donner un coût du plastique en 2021. Nous tentons d’estimer les prix qui seront, d’après nous, les plus proches à ce moment-là.

Ce n’est pas un métier où tu es très proche du business mais c’est un métier de support , qui prend de plus en plus d’ampleur.

 C’est un métier que j’adore. Il y a du relationnel, de la négociation, de l’analytique. C’est un métier qui offre plein de palettes. Impossible de s’ennuyer !

 

Comment Danone se place t’il sur les innovations en rapport avec le plastique ?

 

Danone a une position assez forte en ce qui concerne ces problématiques. On travaille avec la fondation Ellen McArthur.

 Historiquement, nous avons été toujours été un peu pionniers du plastique en tant que FMCG. Je crois que nous avons été les premiers à lancer la bouteille en PVC et les premiers à lancer la bouteille en PET. L’usine d’Evian est une des plus grosses usines d’embouteillage du monde. Récemment on a annoncé que la marque Evian utiliserait 100% de PET recyclé en 2025. C’est un engagement fort. Nous avançons en partenariat avec beaucoup de startup, également avec des entreprises de l’industrie du plastique.

En termes de crédibilité on a besoin de ces recherches, de cet engagement, parce que sinon, Danone, dans dix ans, n’aura plus de crédibilité par rapport au marché et par rapport aux attentes du consommateur.

 

Quelles sont les problématiques que vous rencontrez au quotidien personnellement et professionnellement ?

 

Singapour est une ville facile, très confortable : il n’y a jamais de bouchon, le métro est très facile à prendre, on est en 25 minutes à l’aéroport ; tu t’habitues à un confort différent de celui de la France. Il y a 15 000 français à Singapour . Dans le travail, la culture singapourienne est peut-être un peu différente de la nôtre mais si chacun fait l’effort d’aller vers l’autre, de comprendre la mentalité de l’un et de l’autre alors il n’y a aucune difficulté pour travailler.

 Il faut une forte capacité d’adaptation pour comprendre comment l’autre travaille mais ce n’est pas seulement qu’une question de pays ; c’est aussi une question d’individu. Il arrive quand même que dans certains cas, cela ne soit pas facile du tout et je pense qu’il ne faut pas le sous- estimer. Il faut s’adapter au pays, se recréer une vie. Je ne regrette pas du tout, à aucun moment. C’est le meilleur choix que j’ai fait mais il ne faut pas sous- estimer les différences culturelles et l’éloignement. On rate beaucoup d’événements quand on est loin. Il y a des avantages et des inconvénients partout où l’on vit.

 

Est- ce qu’un ingénieur agronome a plus de responsabilité ou un plus gros rôle à jouer qu’une autre personne en ce qui concerne les enjeux environnementaux ?

 

C’est une bonne question. Je pense qu’en tant qu’ingénieur agronome, nous avons des qualités que nous ne retrouvons pas chez tout le monde notamment en ce qui concerne l’intérêt pour le fonctionnement du vivant. Notre vision est un peu différente et fait que l’ingénieur agronome a, effectivement, une place à prendre. Je ne dirais pas forcement à cause du contexte mais parce que nous avons été formés pour comprendre des choses différentes.

Après, chacun a son rôle à jouer dans le sens où si on veut vraiment se dévouer à nourrir l’humanité, il y a d’autres façons de le faire sans être ingénieur agronome. Au final, chaque personne a envie de contribuer comme elle veut ou ne pas contribuer du tout. Il y a peut- être des gens qui ne veulent pas laisser d’empreinte ou qui veulent juste faire quelque chose qu’ils aiment.

 Qu’on soit ingénieur, artiste, pompier ou autres, je pense qu’il faut simplement faire ce qu’on aime.

 

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ?

 

Saisir l’opportunité de faire une césure, pour moi cela a été top ! Profitez ! Profitez vraiment de ces années- là parce qu’elles sont précieuses et que vous ne pourrez pas les rattraper.

 Mais même toujours maintenant, il faut profiter de l’instant présent. J’ai adoré mes années à l’agro et je n’ai aucun regret. J’ai fait tout ce que je voulais faire sauf peut- être l’Erasmus mais la césure a compensé.

Ingénieur - Singapour - Danone - Sourcing & Achats - Plastique & Eau - Innovation - PET  

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