Damien Lepoutre, Founder and President, GEOSYS & Vice President, Land O’Lakes

Il n’existe pas de prescription en agriculture et il n’y a jamais une seule bonne décision et de mauvaises décisions : il y a plusieurs bonnes décisions, elles peuvent être bonnes une année, mauvaises une autre.

Créer une société en France et l’exporter aux Etats-Unis ? Proposer des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs du monde entier ? Faire le choix de revendre sa société à une coopérative de taille considérable ?

1977-1980

Student, INA-PG, Agronomics, Information systems

 

1979-1981

Student, ENGREF

 

1980-1981

Exchange Scientist, NFAP (NASA/USDA Forest Service) Remote Sensing

 

1982-1983

IT Project Manager, French Ministry of Agriculture

 

1983-1987

Remote Sensing and GIS Lab Manager, CEMAGREF (now IRSTEA)

 

1987-Aujourd’hui

Founder and President, GEOSYS

 

1991-1992

MBA, Business strategy and management, CPA (Toulouse Business School et anciennement HEC Paris)

 

2013-Aujourd’hui

Vice President, Land O’Lakes

Pourquoi avez-vous choisi de faire l’agro ?

 

Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup l’agriculture mais j’aimais aussi beaucoup les technologies. J’ai donc hésité jusqu’au dernier moment entre l’aéronautique et l’agriculture. J’ai finalement penché pour l’agriculture et je suis rentré à l’agro en 77. Grignon m’a vraiment beaucoup plu. J’étais intéressé par les eaux et forêts tant pour le côté ingénierie que pour le côté gestion de la politique. J’ai donc fait l’ENGREF mais j’ai regretté la fermeture complète aux idées extérieures de l’époque.

 

Cependant l’ENGREF a eu une proposition du ministère de l’agriculture américain pour former quelqu’un en télédétection. Je me suis débrouillé pour pouvoir y aller, j’avais l’avantage d’être né aux E-U. Je suis parti à Houston pendant 1 an à la place de ma 2ème année à l’ENGREF. J’ai donc appris à travailler dans des organisations telles que la NASA et l’USDA et j’ai pu faire le lien entre l’agriculture, la technologie et le spatial.

 

Je suis revenu en France 1 an après et entre temps l’ENGREF s’était beaucoup ouverte sur l’étranger. J’ai terminé à l’ENGREF et mon premier poste a été en informatique : l’administration avait alors un grand besoin d’ingénieurs dans ce domaine.

 

Quel a été votre 1er poste après l’ENGREF ?

 

J’ai fait 1 an et demi en tant qu’IT manager au ministère de l’agriculture. J’ai beaucoup appris et conduit les 1er projets d’application professionnelle du minitel. On a développé la 1ère application professionnelle sur minitel pour servir un réseau d’agriculteurs qui suivaient les maladies des plantes : toutes les semaines, ils faisaient des observations sur des parcelles (nombre d’insectes…) qu’ils enregistraient et envoyaient sur des cartes postales. Nous avons transformé cela en saisie sur Minitel pour gagner du temps en évitant les délais d’envoi des cartes postales et de saisie pour faire tourner les modèles rapidement et obtenir des conseils plus pertinents que les services de la protection des végétaux du ministère de l’agriculture diffusaient sur un petit journal de conseils de traitement aux agriculteurs. C’était de l’aide à la décision pour les agricultures mais il n’y avait pas encore d’imagerie satellite.

 

Ensuite, le gouvernement français a décidé de lancer le programme SPOT et le ministère de l’agriculture m’a demandé de créer le laboratoire de recherche au CEMAGREF à Toulouse en 1983. Je suis donc allé monter puis diriger le laboratoire de télédétection et SIG à Toulouse. J’y suis resté 4 ans avec le dernier travail qui a été le regroupement d’autres laboratoires en télédétection appliqués à l’agriculture (IRD, Agro de Montpellier, CIRAD) sur un site de Montpellier, la Maison de la télédétection. , le laboratoire est devenu commun avec plusieurs centres de recherche. Une formidable expérience dans un organisme extrêmement performant de recherche par l’ingénierie.

 

Après ça, j’ai créé ma société Geosys.

 

Vous décidez de créer votre société en informatique et télédétection : Geosys. Quelle est son cœur de métier ?

 

Son cœur de métier était et reste l’aide à la décision en agriculture grâce à des solutions technologiques qui intègrent de la géographie. Au début il s’agissait surtout d’études et de projets. Nous avons aidé la commission européenne sur les 1er projets statistiques agricoles. On a montré qu’on pouvait estimer les surfaces pour la profession agricole française et aider à contrôles les déclarations agricoles. Nous avons ainsi aidé 7 pays en Europe à mettre en œuvre la nouvelle Politique Agricole Européenne. Nous travaillions essentiellement via des appels d’offre que nous gagnions souvent en première année du fait de notre capacité à innover.

 

Quels choix faites-vous pour développer votre société ?

 

J’ai décidé de faire évoluer la société pour mieux valoriser notre avoir faire. Les appels d’offres successifs intégraient des descriptions des innovations que nous avions proposées ce qui ouvrait la porte à d’autres sociétés qui n’avaient pas à assumer nos développements. De plus, pour les contrat avec les entreprises du secteur privé, la fourniture d’informations dans le cadre de projets nous obligeait à la confidentialité et à l’exclusivité avec chacun de nos clients et la croissance était donc limitée sans économie d’échelle. J’ai donc décidé que la société devait mieux valoriser son savoir-faire en intégrant sa technologie dans des produits. A cette époque internet se développait tout comme le marché de l’information pour tout ce qui est prévisions agricoles. Les marchés bougeaient beaucoup plus rapidement suite aux accords du GATT, et exigeaient plus d’informations. On commençait également à parler d’agriculture de précision avec les GPS sur les moissonneuses batteuses.

 

Le marché évoluait beaucoup aux E-U et j’ai donc décidé de lancer une filiale Américaine. J’ai choisi Minneapolis pour son importance agricole et car ce n’était ni trop retranché comme Des Moines  dans l’Iowa, ni trop urbain comme Chicago.

Nous avons rapidement obtenus des 1er contrats en agriculture de précision et des projets pour la NASA et l’USDA ainsi que pour Cargill  qui nous ont permis de tester des premiers services sur Internet.   Suite à cette expérience et apprentissage de deux ans aux USA, je suis revenu à notre siège en France pour mettre en œuvre notre savoir faire sur Internet. Ceci a permis de baisser le prix des informations et services d’aide à la décision que nous proposions et d’élargir fortement notre base de marché. Nous avons alors commencé à proposer des abonnements sur nos sites Internet permettant à nos clients de suivre les conditions de culture au niveau mondial ou de créer des cartes d’application variable d’intrants pour les agriculteurs.. Nous avons continué à nous développer sur ces produits. Cela a représenté beaucoup d’investissements qui ont été financés sur fond propres au début, puis en levant des fonds auprès de la profession agricole Française et de la CDC qui sont restés jusqu’en 2011. J’ai aussi été accompagné par un business angel américain depuis 2007 et nous avons revendu la société en 2013 pour rejoindre la coopérative agricole américaine Land O’Lakes.

 

Pourquoi avez-vous pris la décision de vendre votre société à Land O’ Lakes ?

 

Pour plusieurs raisons : tout d’abord le marché commençait vraiment à bouger et attirait de investissements considérables  avec des méthodes très différentes aux E-U,. Nous étions leader mais je n’étais pas sûr qu’on puisse le rester avec les montants investis chez certains concurrents ou start-ups. Il fallait aussi que je prépare la succession. De plus Land O’Lakes nous permettait de rester indépendant en appartenant à des agriculteurs et avait montré sa capacité à bien comprendre et valoriser ces technologies et nos solutions dans leurs opérations. Winfield, leur filiale distributrice de semence et d’engrais était notre plus gros client. Aujourd’hui, Land O’Lakes est 100 % propriétaire de Geosys que je continue à diriger avec la même politique de développement.

 

Quels sont les différents pôles d’activités de Land O’ Lakes ?

 

Land O’Lakes a 3 pôles d’activités : premièrement une activité laitière. Des producteurs laitiers du Midwest se sont regroupés il y a une centaine d’années pour pouvoir exporter leur lait dans les Etats de la cote Est Un des produits emblématiques de Land O’Lakes est le beurre très haut de gamme. Les produits laitiers pour la grande consommation génèrent environ 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

 

Ensuite, les agriculteurs ont décidé d’utiliser ce système me coopératif pour l’alimentation de leurs cheptel. Ils ont donc créé une structure pour acheter en commun des matières premières et produire des aliments. Le rachat de Purina a consolidé cette activité il y a une vingtaine d’années. Aux E-U, Purina fait donc partie de Land O’Lakes sauf pour le segment des chiens et chats qui appartient toujours à Nestlé. Le pôle alimentation animale représente aussi 5 milliards de dollars.

Land O’Lakes a enfin décidé d’utiliser sa force coopérative pour sourcer les semences et les produits phytosanitaires. Winfield, la branche de vente de semences et de phytos, représente plus de 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. C’est le plus grand revendeur de semences dans le monde et le plus gros client de semenciers comme Monsanto. C’est essentiellement Winfield qui utilise nos outils pour s’assurer que les variétés les plus adaptées à chaque parcelle et agriculteurs sont proposées et ainsi améliorer les ventes et mieux satisfaire leurs agriculteurs coopérateurs.

Aux E-U, il y a un très grand nombre de variétés adaptées à des multiples conditions environnementales (sols, météo) et stratégies (robustesse, efficacité sur certains itinéraires…) car il n’y a pas de besoins de processus de certification ou d’autorisation (sauf pour les traits OGM).

 

Winfield a de très nombreuses parcelles d’essais réparties sur 220 localisation et avec plus de 2 millions de réplicas pour tester statistiquement toutes les combinaisons de semences/traitements/types de sol/météo. Nos  produits développés pour eux  utilisent tous ces résultats d’essais de l’année en cours dès la récolte en combinaison avec des images satellites et de la météo des 10 dernières années.  Le vendeur peut ainsi conseiller les agriculteurs dans l’achat de variétés récentes grâce à des classements multicritères des variétés les plus adaptées à leurs conditions et à leurs objectifs.et à une analyse du comportement de leurs parcelles sur les images des années précédentes.

Les images acquises en cours d’année et de culture permettent ensuite aux coopératives, aux conseillers et aux agriculteurs de savoir si la parcelle se comporte normalement. Nos services permettent ainsi de détecter les parcelles anormales et de proposer des lieux à aller contrôler. Des échantillons peuvent alors être prélevés de manière pertinente pour analyse et conseils de fertilisation ou phytosanitaires.

 

Quels sont les différents produits proposés par Geosys ?

 

Notre produit Agriquest® permet aux opérateurs de marché de suivre l’évolution de la croissance et des conditions de culture afin de mieux anticiper les récoltes. Nous proposons des abonnements par pays. Les analystes peuvent ainsi accéder à 15 années d’archives d’images quotidiennes et 30 années de météo, mises à jour quotidiennement pour créer des graphiques et cartes et ainsi analyser l’impact des conditions environnementales sur sur les conditions de croissance.

 

Notre plateforme Farmsat® (Cerelia pour le marché Français) permet aux utilisateurs de créer des cartes d’application variable afin de mettre le bon produit avec la bonne quantité à chaque endroit de la parcelle grâce aux contrôleurs avec GPS sur les épandeurs. Les clients de ce service sont essentiellement des conseillers agricoles.

 

Notre produit Croptical® permet de suivre quotidiennement les parcelles agricoles (pour les structure agricoles adaptées comme en Amérique du Nord, du Sud, Kazakhstan, Ukraine, Australie) et ainsi de repérer les parcelles qui se comportent de manière anormale, de les comparer et de repérer les zones à problème Les utilisateurs payent soit un prix fixe, soit à la parcelle soit à l’hectare.

 

Nos services sont des outils d’aide à la décision et de ce fait exigeant une grande interactivité et des performances de traitement exclusives. Il n’existe pas de prescription en agriculture et il n’y a jamais une seule bonne décision et de mauvaises décisions :, il y a plusieurs bonnes décisions, elles peuvent être bonnes une année, mauvaises une autre. Elles peuvent être bonnes pour un agriculteur conservateur et mauvaise pour un agriculteur prêt à prendre plus de risques pour profiter de conditions favorables.. Les cultures sont des  systèmes complexes, et la météo ne peut pas être prévue pour toute la saison ce qui fait que quelque soit la décision prise, le futur sera peut être trop chaud ou trop froid ou trop humide ou trop sec pour ce choix. Les logiciels ne pourront jamais tout faire et il s’agit pour nous d’aider à la décision mais de ne pas se substituer au décideur qui prendra les risques sur la météorologie future.

 

Nous sommes très spécialisés et ne travaillons que pour l’agriculture bien que les technologies que nous utilisons peuvent être utilisées sur d’autres marchés. Mais sur notre métier, c’est l’agriculture qui est l’élément le plus complexe, ce qui inclue le marché qui est extrêmement fragmenté par culture, région, pays, réglementation, météo, sol. Nous ne pouvons disperser nos ressources et expertisent sur d’autres marchés à ce jour.….

 

Est ce que Geosys travaille directement avec les agriculteurs ?

 

Geosys ne travaille pas directement avec les agriculteurs. Il faudrait pour cela une structure de distribution spécifique alors que les structures existantes (coopératives et distributeurs) ont déjà investit pour l’accès aux agriculteurs et les conseillers. Mais globalement, les gens de l’équipe aiment beaucoup aller sur le terrain pour échanger avec les agriculteurs, utilisateurs finaux de nos services. En effet, si on ne va pas sur le terrain et qu’on ne comprend pas directement les besoins des agriculteurs, nous ne pouvons aider efficacement nos clients qui sont tout ceux qui interagissent avec eux..

La difficulté à Geosys est de faire travailler ensemble des informaticiens, des scientifique en technologies géographiques et des agronomes. On a toujours choisi de travailler en open space pour faciliter le travail en équipe et notre passion reste d’aider le développement durable de l’agriculture et donc le succès des agriculteurs.

 

Land O’Lakes travaille donc avec les agriculteurs, comment cela fonctionne ?

 

Land O’Lakes touche 300 000 agriculteurs américains via 1 200 coopératives. Land O’ Lakes est un regroupement de coopératives et, de ce fait, a développé de nombreux services auprès de ses coopératives afin de les aider à mieux servir les agriculteurs. Parmi les services qu’elle propose, en plus de la fournitures de semences et phyto et de nos outils de conseil et d’aide à la vente, on trouve des services de marketing, de recrutement et gestion des ressources humaines, d’aide aux investissements, ou d’assurance

 

Est-ce qu’il y a des différences entre les coopératives aux Etats Unis et en France ?

 

Les coopératives locales aux E-U sont plus petites qu’en France donc elles ont besoin de plus de services de la part de structures comme Land O’Lakes. Elles ont peut-être pu survivre en restant petites grâce aux services de Land O’Lakes. En France, les coopératives importantes font plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires et elles sont suffisamment grandes pour développer leurs propres services. La concentration a été plus rapide en France que aux USA mais elle s’accélère maintenant de ce côté-ci de l’Atlantique.

 

Geosys est maintenant présent mondialement, quel est l’intérêt de cette présence locale ?  

 

Nous avons une plateforme technique international que nous devons amortir sur de nombreux marchés afin de profiter de facteur d’échelle sur nos investissements technologiques. Nous avons une structure de coûts fixes importants comme toute société Internet, qui donne un avantage concurrentiel à la taille et à l’internationalisation. Nos clients agroindustriels sont par nature internationaux et nous devons également pouvoir les accompagner sur leurs marchés.

Nous servons de nombreux marchés locaux par nature qui nous obligent à être présent localement afin d’adapter nos services aux besoins et caractéristiques locales du marché. Le travail sur plusieurs géographies nous permet également de mieux répartir nos risques (devises, météo, marchés, politiques).

Aujourd’hui nous sommes une centaine d’employés avec des bureaux techniques principaux à Toulouse, et des directions locales dans les principales zones de production de grandes cultures du monde : en Suisse pour l’Europe, à Minneapolis pour l’Amérique du Nord, à Campinas près de Sao Paulo pour l’Amérique du Sud, à Melbourne pour l’Asie, et en Ukraine et Russie.

 

Geosys propose des services aux agriculteurs mais pas seulement. Quelles sont les autres professions qui bénéficient de vos outils ?

 

Nos services permettent d’aider les agriculteurs mais également toutes les autres professions en lien avec l’agriculture. De ce fait, nous travaillons beaucoup avec les traders, l’industrie agricole et alimentaire, les banques et les assureurs pour les prévisions de culture au niveau mondial et les suivis de parcelles. La gestion de risques et le financement des intrants est un élément très important de la production agricole dans les zones de production de grandes cultures et particulièrement en Amérique du Nord et du Sud. Nous travaillons également pour les fabricants d’intrants agricoles tels que Syngenta, Bayer, BASF, Monsanto. Nous les aidons soit à mettre en place des outils pour améliorer leur performance de production (semences), soit au niveau marketing ou environnemental pour la mise en place des outils d’accompagnement de leurs produits. Nous servons également la distribution, les coopératives, les fournisseurs de logiciels pour les agriculteurs (Maferme, SST). Enfin, nous travaillons avec des entreprises de conseil agricole dans certains pays comme au Royaume-Uni.

 

On ne travaille quasiment jamais en contact direct avec les agriculteurs sauf lorsqu’il s’agit de grandes exploitations professionnelles qui ont leurs propres services agronomiques internes comme en Russie ou au Brésil.

 

Un des outils que vous proposez aux clients est la carte de variabilité, pouvez-vous nous expliquer plus précisément ce que c’est ?

 

Une parcelle est toujours très variable : le sol n’est jamais le même partout sur la parcelle et la granulométrie de la parcelle varie. Chaque zone a ses propres besoins donc il n’y a aucune raison de faire la même chose partout. Par exemple, certaines zones ont un sol peu profond, le potentiel est alors inférieur donc il y aura moins d’exportation et donc moins besoin d’engrais. Si l’on en met trop, il ne sera pas consommé totalement et sera lessivé. Dans les zones avec une bonne terre et un bon potentiel les apports d’engrais doivent être plus importants pour permettre un meilleur rendement avec une meilleure efficacité des apports. Dans le passé, les gens ont commencé à faire des cartes de rendements et ils raisonnaient à partir de celles-ci, après la récolte. Ce que propose Geosys, c’est une synthèse basée sur 10 années d’archives d’images directement accessibles et couvrant des années variées, sèches, normales ou humides et durant les différentes saisons. On comprend mieux ce qui se passe dans chaque zone et les clients sont ainsi capables de créer ces cartes d’application variable en temps réel à l’aide de différents modèles et de leur connaissance de terrain. Cette carte avec plusieurs zones différentes est chargée sur le tracteur qui libère plus ou moins d’intrants selon ces zones.

 

Aux E-U, on prend beaucoup en compte cette variabilité intrinsèque des parcelles : les zones avec du potentiel seront boostées tandis que les autres non. En Europe, on vise un rendement homogène sur toute la parcelle et on a plus tendance à booster les zones sous développées pendant la saison culturale avec des apports en cours de saison. Ce sont deux techniques agronomiques différentes qui fonctionnent toutes les deux au niveau économique. En France, certains clients commencent à définir des objectifs de rendement différents en fonction des zones.

 

Que pouvez-vous nous dire sur les différences de pratiques agronomiques tel que le labour dans différentes régions du monde ?

 

Aux E-U, en Australie, au Brésil, en Argentine et dans la majorité des pays d’Europe de l’Est, le labour n’est plus l’habitude et le non labour domine. En France, le labour est encore très ancré. Les gens aiment voir les parcelles labourées et « propres ». Je pense que c’est une question d’habitude et c’est également compliqué de gérer une parcelle sans labour sans OGM. Le labour est une méthode efficace pour limiter la concurrence des adventices mais c’est une méthode extrêmement violente et appauvrissante pour le sol, génératrice de risques d’érosion, fortement consommatrice d’énergie et qui limite le stockage de carbone et matière organique dans le sol.  

 

Mais est ce qu’il n’y a pas en France une demande de parcelles sans Roundup et sans intrants ?

 

Sans intrants je ne pense pas car il faut bien d’une part rééquilibrer le sol avec des engrais si l’on extrait ses éléments avec la récolte, et qu’il faut bien lutter contre la concurrence des adventices et des parasites et protéger les plantes contre les maladies.

Quand au Round-up, il est effectivement décrié par les medias depuis qu’il est associé aux OGM. Les plantes OGM résistantes au Round-up ont permis de diminuer notablement l’usage des désherbants du fait de son efficacité, qui par ailleurs a une rémanence très faible qui lui confère un moindre risque de pollution, ce qui a grandement favorisé son développement dans les années 80.

Le non labour et semi direct sont en effet d’autant plus efficaces et faciles à mettre en œuvre qu’ils sont combinés au pilotage automatique des tracteurs à 2cm prêt (qui limite le tassement sur des voies de passage fixes), et à l’usage de semences OGM résistantes au désherbant Glyphosate (round-up pour les produits de marque Monsanto). Sans plantes résistantes à des désherbants comme le glyphosate, l’agriculteur est obligé d’utiliser des désherbants multiples très sélectifs par type de culture et d’adventices, de nombreux passages, et ceci combiné à un labour pour limiter au maximum la pression de certaines adventices. Le risque d’utiliser trop exclusivement un seul désherbant est de favoriser l’apparition d’adventices résistantes à celui-ci. Tous les désherbants sont sujets à l’apparition d’adventices résistantes par sélection naturelles des mutations. L’utilisation trop systématique du glyphosate sur de grandes surfaces attenantes a favorisé cette apparition ce qui génère maintenant le besoin de nouveaux traits OGM résistants à un autre désherbants pour contourner et limiter le développement de résistances.

 

Comment vous y êtes vous pris pour créer votre entreprise en France et l’exporter à l’étranger ?

 

En France, on pense que c’est plus difficile de créer son entreprise parce que nous avons tendance à tout faire seul en sous-traitant très peu. Aux Etats-Unis il ne viendrait à l’idée de personne de constituer une société sans passer par un cabinet d’avocats qui s’occupera de tout.. Au niveau coût c’est à peu près pareil mais aux E-U c’est plus reposant et rapide car les processus sont délégués.

Les difficultés rencontrées en France ont plutôt été sur le marché du fait des perturbations liées à des interventions gouvernementales. Geosys a souffert 20 ans du fait de la concurrence d’organismes publics, d’organismes parapublics, et de grands groupes qui obtenaient des subventions du gouvernement ou de l’Europe sur notre marché. De nombreuses structures de ce type étaient par ailleurs systématiquement favorisées par les administrations et certains groupes. J’ai ainsi dû lutter contre l’IGN et le CNES et leurs filiales, et même contre une filiale du ministère de l’agriculture créée spécifiquement pour opérer sur notre domaine d’activité. Avec plus de 50% du PNB qui passe par l’Etat en France, ces problèmes ne sont pas étonnants. Ceci a participé à la décision de quitter certains marchés et de développer l’export qui a rapidement représenté plus de 80% de notre chiffre d’affaire.

Les difficultés rencontrées en France nous ont bien formés et ont ainsi facilité notre implantation dans les autres pays.

 

 

Vous avez rencontré de nombreux problèmes avec le statut public litigieux des données publiques en France, pouvez-vous nous expliquer ? Quelles sont les différences avec les E-U ?

 

En France, les données de nombreux organismes publics comme Météo France et l’IGN ne sont pas publiques. Elles sont créées avec l’argent public mais elles sont privatisées par les organismes qui les créent et développent des activités commerciales avec ces données.. Aux E-U, si le gouvernement finance la constitution de données ou informations (météo, cartes, statistiques…), elles sont considérées payées par tous ceux qui ont payé l’impôt, et donc disponibles gratuitement à tous. C’est ce qui a permis le formidablement développement de services autour des données publiques aux USA et participé grandement à leur domination dans le secteur de l’information. J’ai beaucoup travaillé à clarifier le statut des données publiques en France pour faire en sorte qu’elles soient librement accessibles à tous. Les choses évoluent notamment grâce aux nouvelles génération et à la commission Européenne.

 

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur qui se lance dans une création d’entreprise ?

 

Il faut d’abord de la passion, de l’agilité, et de la résilience car l’environnement change souvent et vite.

Il faut aussi savoir définir clairement son marché et focaliser ses efforts et ressources sur celui-ci.

Il faut savoir trouver des partenaires financiers adaptés qui vont permettre de se concentrer sur le développement de ses technologies et marché : Il vaut mieux perdre un peu de son indépendance ou contrôle apparent de son capital à des moments clés, que de freiner et mettre à risque son développement en consacrant des ressources clés à monter des dossiers.

Et s’agissant de projets d’entreprise technologique, je conseille d’envisager l’international tout de suite.

Informatique – Agriculture – Outil d’aide à la décision – Spatial – Entreprenariat –  Minneapolis – Etats-Unis

Laissez un commentaire

Contactez-le

  • LinkedIn Social Icon