Denis Laureillard, Food Processing and Quality Assurance Specialist, Saint-Hubert

En arrivant au Canada on ne peut pas se dire « ingénieur » ou « agronome » il faut passer par un ordre.

Comment faire valoir son diplôme au Canada ? Quelle est l'importance des Ordres au Canada? Multiplier les expériences professionnelles, une manière d'acquérir des compétences?

1990-1993
Etudiant, ENSIA (95)

1995 - 2000

QC Manager, PAUL PREDAULT

 

2000-2004

R&D Project Leader, MADRANGE

 

2004-2006

Quality Manager, MADRANGE

 

2006-2007

R&D and Quality Manager, ALIMENTS BRETON

2008-2009

QA Manager, SUNSCHEF FARLS

2007-Aujourd'hui

R&D, Quality and Food Processing Expertise, consultant

2009-Aujourd'hui

Food Processing and Quality Assurance Specialist Meilleures Marques, Division Détail du Groupe St-Hubert

Le métier de vos rêves étant petit ?

Un métier qui tourne autour de la découverte, du défi avec la petite étincelle qui fait qu’on doit se remettre en question

Votre métier actuel en quelques mots ?

Sécuriser les intrants, évaluer et maitriser les risques pour prévenir les crises

 

Ce que la formation à AgroParisTech vous a apporté ?

L’esprit d’analyse, l’esprit critique

 

Les enjeux majeurs des futurs agros?

Adaptabilité à un monde qui est changeant (entreprises, normes, types de poste), je pense qu’aujourd’hui on n’a pas idée de ce que sera le monde dans 20 ans

et l'importance de l’international, d'aller au-delà des frontières

 

La vie à Montréal ?

Pleine de découvertes. On apprend toujours ! Fantastique

 

Conseil pour les étudiants ?

Garder sa curiosité pour apprendre, découvrir et s’enrichir. Je pense qu’on devient vieux quand on n’est plus curieux

 

Un mot en québécois ?

C’est pas pire ! C’est correc(t)

Vous choisissez de faire l’ENSIA, en quoi une formation en France se distingue t-elle d’une formation Nord Américaine ? 

 

Je suis allé à l’ENSIA où j’ai suivi une spécialité en génie industriel alimentaire. Au cours des 3 années d’école, j’ai effectué quelques stages de courte durée chez Danone en tant qu’ouvrier, chez Beghin Say en qualité, puis chez Perrier en génie industriel.

La formation d’ingénieur en France nous apprend à être structuré, cartésien, analytique, à faire des plans d’expériences. Cette formation est appréciée au Canada et se distingue de la formation nord américaine. Au contraire de la France, l’accent est davantage mis sur le pragmatisme et sur le résultat.

Vous commencez votre carrière en France. Quelles sont les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Je suis passé par une période de recherche d’emploi. Dans les années 94-95, 6 mois de recherche d’emploi n’était pas une situation rare. Après mon service national, j’ai eu ma première expérience professionnelle chez Bonduelle où j’ai travaillé pendant 6 mois pour Cassegrain (usine de Flaucourt, Somme). Ma mission était d’étudier les lignes de production, leur optimisation en termes de rendement et d’efficacité et de trouver des moyens pour motiver les équipes. Suite à cette expérience, j’ai travaillé 5 ans en qualité dans une usine pour Paul Prédault. Ma mission était de mettre en place des certifications HACCP et ISO (début de la mise en place des normes ISO 9002, aujourd’hui 9001), c’était un défi car j’étais confronté à des employés qui travaillaient pour la marque depuis 35 ans et je devais modifier leurs habitudes et leur faire comprendre de passer d’une culture du savoir-faire à une culture de l’écrit. J’ai quitté Paul Prédault pour une autre expérience chez Madrange, le compétiteur de l’époque, j’avais envie de faire de la R&D. Le site sur lequel je travaillais était un des plus gros sites de charcuterie de France avec 2000 employés. Je suis resté à ce poste pendant 3 ans puis une opportunité en interne s’est présentée pour être le responsable qualité de l’usine. Ces expériences m’ont permis d’apprendre les enjeux humains liés à la qualité. Il faut savoir faire passer les messages, avoir un rôle préventif, accompagner les équipes dans leur formation et la compréhension de leurs missions.

 

Après 10 ans en France vous décidez de partir au Canada. Quelles sont les raisons de ce choix ?

J’avais travaillé 10 ans dans la charcuterie et 6 mois dans les légumes, je ne voulais pas être contraint à un domaine, je voulais élargir mes horizons. En France, changer de travail n’était pas évident, en termes de mobilité géographique et d’entreprise, il n’y avait pas forcément de postes partout.

Avant de faire le grand saut, j’étais allé deux semaines à Montréal pour visiter le pays et me renseigner sur les opportunités d’emplois. Cette visite a été un coup de foudre, j’ai éprouvé un sentiment de liberté notamment au niveau des codes et du mode de vie. En rentrant en France j’ai démarré les démarches pour immigrer.

Notre diplôme d’ingénieur agronome est-il reconnu au Québec?

En arrivant au Canada on ne peut pas se dire « ingénieur » ou « agronome » il faut passer par un ordre. Il faut appartenir à l’ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) pour se dire ingénieur et on ne peut pas être agronome sans appartenir à l’ordre des agronomes du Québec (OAQ). En France, ce sont des formations qui donnent le titre, ici c’est l’appartenance à un ordre, comme les médecins en France. Cela s’applique aussi pour les traducteurs, les comptables, les infirmiers, ....  il existe 46 ordres professionnels au Québec. Beaucoup de Français ne le découvrent qu’une fois arrivés au Canada. Ils ne peuvent pas toujours exercer leur métier sous le titre d’ingénieur. Pour cela, ils doivent faire reconnaître leur diplôme et passer parfois des équivalences. En ce qui concerne les français c’est assez facile d’avoir des équivalences car il y a des accords entre la France et le Québec (ARM) mais pour d’autres pays comme la Tunisie ou le Maroc c’est plus difficile. On a beau avoir 15 ans d’expérience dans son pays d’origine, il faut repasser des épreuves pour valider des équivalences.

Il y a une partition entre les Ordres. Quand on est ingénieur agronome en France, on pourra être « agronome » au Québec mais pas porter le titre  d’ « ingénieur ». Appartenir à un ordre est valorisant (une certaine forme d’ « aura ») car c’est une reconnaissance officielle de ses  compétences. L’objectif des Ordres est de protéger le public, de s’assurer que les personnes qui officient en ingénierie soient compétentes et reconnues par l’Ordre afin que seules ces personnes puissent poser certains actes  dans ce domaine réservé.

Aujourd’hui, je suis membre de  l’Ordre des ingénieurs. Pour cela j’ai du passer un examen professionnel - portant sur la connaissance des ordres, la pratique de l’ingénieur et la déontologie. Auparavant mes diplômes et la validité de mes expériences professionnelles avaient  été vérifié.

Mais attention l’Ordre des ingénieurs du Québec concerne uniquement le Québec, si je devais aller en Ontario c’est l’Ordre des ingénieurs de l’Ontario qui est compétent, je ne peux pas officier au titre d’ingénieur en Ontario.

 

Est-ce que la recherche d’emploi au Canada nécessite la maîtrise du réseau ?

La notion de réseau est une grande différence entre la France et le Canada. Je suis arrivé en 2006 au Canada, c’était le début d’une grande aventure. J’ai travaillé à faire grandir mon réseau. J’ai été mis en relation avec une personne qui a pris du temps pour m’expliquer le réseau de distribution au Canada, les acteurs locaux… Il ne m’a pas trouvé un travail mais il m’a formidablement aidé à être plus armé pour mes futurs entretiens. De plus au Canada, il n’est pas rare de perdre son travail, il faut donc entretenir son réseau pour pouvoir rebondir.

J’ai bénéficié de l’aide d’Uniagro Canada et de Francogénie, une association d’accueil et d’intégration des ingénieurs diplômés de France, dont je suis maintenant vice-président.

Aujourd’hui vous travaillez chez St-Hubert, quelles sont vos missions ?

J’ai travaillé un an chez Prodal – Groupe Breton. Suite à cela, j’ai été ingénieur consultant à mon compte après une formation suivie à Emploi Québec. Puis j’ai travaillé un an chez Sunchef Farms où j’étais en charge d’une équipe de 7 personnes. Ces trois années enrichissantes m’ont permis d’acquérir une expérience nord-américaine.

Enfin, St-Hubert – groupe de restauration et de fabrication industrielle -  m’a recruté. Je suis en charge d’évaluer les risques (chimiques, physiques, bactériologiques) par rapport aux intrants, de les quantifier et de voir quelles sont les garanties pour les maîtriser. Actuellement nous sommes sur des risques d’authenticité des produits par rapport à la fraude alimentaire. Nous avons environ 130 fournisseurs de matières premières, une 30aine de  fournisseurs d’emballages primaires et une 20aine de fabricants co-packers qui travaillent à notre marque.

Je n’aurais jamais été embauché par cette compagnie si je n’avais pas eu ces expériences nord-américaines préalables.

 

Y-a-t-il de grandes différences culturelles dans le monde du travail ?

La hiérarchie est beaucoup moins marquée ici dans les entreprises qu’en France et le tutoiement est de rigueur. La façon de travailler est très consensuelle, en dix ans d’expérience je n’ai jamais entendu d’éclats de voix ou d’altercation en réunion. Le système de communication est différent, il y a des non-dits, les gens disent rarement non, la notion de consensus est très importante. Les codes linguistiques sont aussi différents, la qualité de la langue et de l’écrit  n’est pas primordiale, l’accent est mis sur la compréhension. À noter que l’usage de l’anglais est très courant dans le cadre professionnel.

Montréal - Agro-alimentaire - Qualité - Evaluation des risques - Canada

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