EDOUARD CASALA, Scientific affairs manager, Bunge SA

Je pense qu'aujourd'hui, j'ai enfin trouvé ma voie !

 

Réaliser son stage de fin d'étude en production et qualité chez LU ? Partir en Pologne pour découvrir le monde de la distribution chez Auchan ? De chef de produit chez Danone, partir en cabinet de conseil en marketing stratégique ?

Trouver aujourd'hui sa voie en tant que responsable affaires scientifiques et réglementaires chez Bunge ?

1996 - 1999
Student, INA P-G (96)

2000 - 2001

Category manager, Auchan Polska

2003 - 2004

Junior Brand Manager, Danone Belgium

2005 - 2010

Senior Consultant, Alcimed France

2010 - Aujourd'hui

Scientific affairs manager, Bunge SA, Belgique

Pourquoi AgroParisTech et pourquoi la nutrition ? Quels souvenirs gardez-vous de cette période étudiante ?

 

J’ai toujours adoré la biologie. J’ai intégré l’Agro en 1996 après une classe préparatoire et j’ai décidé de suivre la spécialité nutrition en 3ème année. De par ma famille, j’avais déjà un pied dans l’agroalimentaire et l’aspect purement scientifique m’attirait. A l’époque, c’était l’essor des produits fonctionnels comme Activia ou Actimel et je trouvais la voie de la nutrition intéressante, me permettant d’avoir la partie scientifique tout en étant en entreprise.

J’ai réalisé mon stage de fin d’étude dans la biscuiterie LU près de Bordeaux en production, gestion de ligne et qualité. Cela m’a permis de découvrir tous les aspects de la filière, avec un aspect management, lorsque j’aidais les équipes !

Je garde le souvenir de trois belles années : mélange à la fois de cours très intéressants et très variés, de fêtes et de création de liens vraiment forts. La diversité des cours disponibles nous permet d’accéder à un panel de métiers immense. Je me rappelle, dans ma promotion, cela allait de celui qui reprend la ferme familiale, au directeur financier chez IBM en passant par le trader dans le pétrole ! Je pense qu’à l’Agro, nous n’apprenons pas nécessairement une connaissance précise mais plus une façon d’aborder les problèmes.

 

Après la production et la R&D, vous profitez de votre service militaire pour découvrir la distribution. Pour cela, vous partez en Pologne. Quelles étaient les différences avec le France ?

 

Je suis effectivement parti en Pologne pour faire ma coopé (CSNE) chez Auchan. A ce moment-là, j’avais approché la production, la R&D, je voulais donc découvrir la distribution ! J’étais chef de rayon, donc je devais gérer une équipe de plusieurs personnes, le rayon, et les commandes. C’était beaucoup plus entrepreneurial qu'en France : le magasin venait d’ouvrir donc tout était à faire, c’était très intéressant !

L’équipe étant locale, j’ai dû apprendre le polonais. Au début, c’était assez dur puis cela a fini par venir ! Heureusement, nous étions en binôme et j’étais avec un collègue polonais, qui parlait très bien anglais.

 

Après avoir terminé l’école et être revenu de Pologne, vous suivez un MBA à HEC avant de partir chez Danone en tant que chef de produit. Ce MBA vous a-t-il aidé à trouver ce que vous vouliez faire ? Le conseillerez-vous ?

 

De retour de Pologne, j’avais quelques doutes sur ce que je voulais réellement faire. J’ai donc décidé de faire un MBA à HEC ! Puis, je suis parti en Belgique chez Danone, où j’ai été embauché en tant que chef de produit. Pendant deux ans, j’étais responsable des promotions, des lancements de produits, de la pub, du suivi des parts de marché. J’avais vraiment tout un panel de tâches : J’allais voir l’imprimeur pour vérifier les packagings, participer à des panels de consommateurs pour tester les produits ou voir des shootings de publicités, etc.

 

Pourquoi le marketing ? A l’époque, je pensais que je pouvais y combiner ce que j’avais appris de la nutrition tout en faisant du business. Mais je me suis rapidement aperçu que la partie créative ne me convenait pas ; je n’étais pas assez imaginatif. Ce qui me plaisait, c’étaient les analyses et réflexions stratégiques sur le devenir des marques et produits.

Le MBA m’a appris beaucoup de choses et a rajouté des cordes à mon arc que j’utilise d’ailleurs aujourd’hui. Avec le recul, je pense l’avoir fait un peu trop tôt. En général, un MBA permet de rebondir au niveau du salaire ou d’un travail. Mais, celui-ci m’a permis surtout de me construire un bon network de personnes à travers le monde, tout en me faisant découvrir certains aspects du monde de l’entreprise comme la finance ou le marketing !

 

De chef de produit chez Danone à un cabinet de conseil en stratégie marketing, quelles étaient vos missions chez Alcimed ?

 

Je décide donc de quitter Danone et je rentre chez Alcimed, un cabinet de conseil basé à Paris, possédant des bureaux à Bruxelles. Alcimed est un cabinet de conseil en stratégie marketing et R&D avec des activités dans les biotechnologies, la santé, la chimie et l’agroalimentaire. Sa spécificité est qu’elle étudie le marché en amont des grands groupes de l’industrie agroalimentaire (fournisseurs) et non en aval (les consommateurs), cette partie étant déjà traitée par des entreprises comme Nielsen.

J’avais des missions à la fois scientifiques et marketing ; elles étaient très variées : de la recherche bibliographique à l’évaluation d’un marché potentiel pour un nouvel ingrédient. C’était très challenging ! Le côté que je trouvais un peu frustrant cependant était qu’on ne suivait pas les résultats des recommandations faites…

Au bout de 5 ans, après être passé de consultant junior à senior, on m’a demandé d’approcher une partie plus commerciale (prospection de nouveaux clients), qui ne m’attirait pas. Je suis donc parti.

Vous êtes aujourd’hui chez Bunge, une société de négoce en produits agricole à Bruxelles, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Bunge est une société initialement hollandaise, implantée aujourd’hui aux Etats-Unis. Elle est entrée en Europe en 2002 en rachetant des entreprises de production de margarine, ainsi que Cereol (qui appartenait au groupe Eridania Béghin-Say), qui possédant de nombreuses usines de trituration d’oléagineux. L’idée ? Contrôler l’ensemble de la chaine depuis la production des graines jusqu’à la production d’huile pour amener de la valeur. L’activité principale reste le trading de commodités agricoles et depuis quelques années, Bunge développe son activité « Food and Ingredients » se développe : huiles végétales, margarines et lécithines.

Bunge possède des bureaux de négoce dans les grands ports : Hambourg, Rotterdam et Nantes. Les usines sont en Espagne et Italie pour le soja, Roumanie et Hongrie pour le tournesol, Russie, Turquie et Ukraine pour le colza, ainsi qu’en Pologne, Finlande, Allemagne et Autriche. Ils ne sont pas présents en France où le groupe Avril Sofiprotéol est leader du marché, mais plutôt au plus près de la production pour éviter le transport de graines. A Bruxelles, le bureau a pour but de travailler avec les institutions européennes.

 

 

Comment avez-vous trouvé cette opportunité chez Bunge ?

Chez Alcimed, j’ai rencontré une de mes meilleures amies, avec le même profil et le même caractère que moi ! Après Alcimed, elle était partie chez Lesieur. Et à cette époque, Lesieur et Bunge étaient très liés et Bunge cherchait quelqu’un. C’est donc mon amie qui m’a mis en relation avec eux et cela a fonctionné ! Depuis 2010, je suis chez Bunge à Bruxelles.

 

 

Quel est votre poste au sein de cette entité ?

Je suis responsable affaires scientifiques et réglementaires. La partie réglementaire consiste à vérifier que tous nos produits respectent la législation européenne. Je reçois toutes les étiquettes pour vérifier le travail du marketeur et trouver le bon équilibre entre business et respect de la législation. En ce qui concerne la partie scientifique, je cherche à développer des allégations santé sur nos produits. Par exemple, actuellement nous avons une margarine enrichie en un oméga 3 à chaine longue (qu’on trouve dans le poisson). Pour toucher le consommateur, il faut trouver la bonne communication afin que celui-ci comprenne les bienfaits que peut lui apporter le produit. Enfin, la partie lobbying se traduit par un travail de discussion avec nos différentes associations professionnelles pour pouvoir apporter de nouvelles opinions à la commission, le parlement ou le conseil, sur telle ou telle loi.

La dernière fois, j'ai discuté avec l’assistant d'un membre du parlement qui m’a expliqué qu’ils avaient besoin d’informations à la fois de l’industrie et des ONG. Ils ne peuvent pas être experts dans tous les domaines !

A Bruxelles, nous sommes quatre : un responsable qualité (sur les lois liées aux contaminants par exemple), un responsable de la partie trading, une junior pour nous aider tant sur la nutrition que la toxicologie et moi-même sur la partie Food and Ingredients.

 

Un aspect innovation au cœur de votre travail, vous partez à la découverte de ce qui se fait dans le monde ?

 

En effet, c’est aussi mon rôle d’essayer de voir comment la science évolue au niveau nutritionnel. J’assiste à différents congrès pour continuer à développer mes connaissances scientifiques. Dernièrement, je suis allé à la conférence de l’Euro Fed Lipid : il y avait une partie process et une partie nutrition. L’innovation passe à la fois par l’amélioration du process mais aussi par l’amélioration des produits dans lesquels on peut, par exemple, remplacer un acide gras par un autre. Je détecte ainsi les tendances et c’est ensuite la R&D, qui va réaliser l’innovation !

Je voyage également dans différents pays pour discuter avec les équipes ou les autorités sur place. Les inspecteurs viennent en magasin et il faut que les équipes sur place soient capables de justifier l’existence d’une étiquette ou d’une allégation sur nos produits. Il faut donc les guider et les former. La législation européenne est complexe, il y a beaucoup de possibilités d’interprétation !

 

 

Vous avez des bureaux dans des pays en conflit, quel est l'impact sur votre activité ?

Nous avons commencé à ouvrir en Ukraine une nouvelle usine en zone portuaire. Nous ne sommes pas dans la région séparatiste donc pour l'instant nos installations ne sont pas touchées… Nous continuons nos activités, mais il y a des gros problèmes de corruption et d’instabilité politique ce qui rend notre travail difficile. De plus, un nouveau traité de collaboration entre l’Ukraine et l’Europe a été mis en place par l’Europe. En 2015, il nous fallait un document de douane pour envoyer des produits de l’Ukraine vers l’Espagne par exemple et aujourd’hui, en 2016, il faut un autre type de document. Cela complique aussi les choses. Il faut s’adapter continuellement. Flexibilité est le mot d’ordre.

Selon la situation, nous allons plus ou moins investir dans un pays.

 

 

Aujourd’hui, êtes-vous content de votre travail ?

 

Je pense qu’aujourd’hui j’ai enfin trouvé ma voie, je me plais dans ce travail qui comporte à la fois un coté réglementaire assez carré, un côté scientifique tout en étant dans une entreprise mais avec un coté business beaucoup moins prononcé que dans le marketing ! Cela fait maintenant six ans que je suis chez Bunge, c’est la première fois que c'est aussi long (rire) !

J’aime beaucoup la Belgique. Bruxelles est une ville très chouette : elle a tout d’une capitale mais à taille humaine ! Et c’est très central, on est à moins de deux heures de Amsterdam, Cologne, Paris ou encore Londres !

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