ELISE LAWSON, Regulatory Affairs Specialist, Chr. Hansen A/S

C'est plus facile d'arriver avec un bagage technique puis d'acquérir le réglementaire que l'inverse !

Rapidement attirée par le domaine des affaires réglementaires ?  Débuter chez Kerry Ingrédients au Pays-Bas ?Travailler sur les émulsifiants, les enzymes et les protéines ? Répondre à la question qu'est ce qu'un produit est légal dans tel pays ? Partir au Danemark et trouver un nouveau poste sur place ? Connaître les réglementations de tous les pays ?

2007 -2010
Student, INA P-G (2007)

September 2008 - December 2008

Internship quality/production , TEREOS 

July 2009 - August 2009

​Internship regulatory affairs , Foodex 

March 2010 - September 2010

Internship R&D , Kraft Foods (now Mondelez) 

2011 - 2013

Regulatory affairs officer , Kerry Ingredients 

2014 - Aujourd'hui

Regulatory Affairs Specialist , Chr. Hansen A/S 

Parlez-nous de votre parcours, comment avez-vous trouvé votre voie ?

Je suis entrée à l’ENSIA en 2007. J’ai réalisé mon premier stage dans une sucrerie pour découvrir la production. Je suis ensuite allée découvrir les affaires règlementaires dans une petite entreprise d’import-export de produits alimentaires spécifiques japonais durant lequel j’ai appris des bases solides, c’était très bien ! Enfin j’ai appréhendé le domaine de la recherche et développement chez Kraft Foods qui détenait à l’époque les biscuits Lu. Je devais alors évaluer une nouvelle méthode permettant de tester la qualité des farines. J’ai choisi ce domaine car c’était en continuité avec la spécialité que j’avais choisi.

A l’issu de mon stage de fin d’étude, je n’ai pas voulu rester en recherche : je pense que mon expérience en affaires réglementaires m’était restée en tête. Ainsi, quand j’ai commencé à chercher un emploi, je regardais les offres en R&D tout en ciblant tout particulièrement les offres en règlementaire.

 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement attiré dans les affaires réglementaires ? Comment avez-vous trouvé votre premier poste dans ce domaine ?

 

Je pense que c’est assez subjectif, c’est en partie lié aux personnes que j’ai rencontrées. Mon stage était vraiment intéressant, je me suis vraiment plu dans ce domaine. J’ai alors postulé dans une entreprise, Kerry Ingredients, qui avait un site à Paris. C’était assez amusant car ils ont finalement retenu mon CV non pas pour le poste auquel j’avais postulé mais pour un autre poste aux Pays-Bas. Je n’avais jamais pensé quitter la France, à part pour aller en Grande-Bretagne où j’avais de la famille et je me suis retrouvée au Pays Bas, à côté d’Amsterdam.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur Kerry Ingredients, l’entreprise dans laquelle vous avez commencé à travailler ?

 

Kerry Ingredients est une société qui vend entre autres des émulsifiants, des enzymes et des protéines. Les enzymes sont très règlementées, en France, il y a une liste d’enzymes qui sont autorisées et parfois uniquement pour certaines applications. Pour les émulsifiants, c’est la même chose : est-ce que la composition correspond bien à une composition légale de chaque pays ? Est-ce que l’on peut utiliser cet émulsifiant pour faire du pain ? Les réglementations diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre.

 

Quelles étaient vos missions au sein de la partie affaires réglementaires ?

 

Dans mon poste, il était question de répondre aux questions telles que « est-ce que ce produit est légal ? Est-ce que l’on peut l’utiliser en France pour telle application et en Russie pour telle autre ?».

Une première partie de mon travail était de réaliser des analyses. Il existe plusieurs cas de figures, le meilleur cas est d’être présent dès le début, avant que le produit ne soit entièrement développé. On peut aussi arriver en cours. Prenons le cas de figure d’un produit développé pour le marché français, si, au cours du process une opportunité se crée sur le marché russe, à ce moment-là les affaires réglementaires interviennent pour indiquer au fabricant si oui ou non cette opportunité est envisageable.

Une autre partie de mon travail était de rendre les produits légaux quand ils ne l’étaient pas. Si on me disait : « je veux que cette enzyme soit légale au Brésil pour faire du pain », mon rôle était de monter un dossier, de l’envoyer aux autorités et de dialoguer avec celles-ci. Il faut avoir des contacts et c’est quelque chose qui s’acquiert avec les années. Il n’y a rien d’illégal je vous rassure (rire), il faut savoir à qui parler !

Notre principal interlocuteur en Europe pour ces deux activités est l’EFSA. Nous leur envoyons les dossiers et discutons des différents points. Certaines personnes nous assimilent à des avocats, mais nous sommes des personnes issues de formations techniques puisqu’il faut avoir des discussions pointues sur les produits que nous vendons. C’est plus facile d’arriver avec un bagage technique puis d’acquérir le réglementaire que l’inverse !

Un troisième aspect des affaires réglementaires dont je n’étais pas responsable : essayer d’avoir son mot à dire lorsque s’établissent de nouvelles réglementations à Bruxelles notamment. On peut parler de lobbying même si je n’aime pas vraiment ce terme car il peut parfois paraître négatif.

 

Que pouvez-vous nous dire sur votre expérience de 3 ans aux Pays bas ?

 

Cela m’a plu ! Aux Pays Bas, les personnes sont très directes, par exemple en réponse à un long mail à la française, nous allons recevoir une réponse très courte d’un ou deux mots ! Il ne faut pas le prendre personnellement ! C’est leur façon de faire. C’est un pays très dynamique et très vivant qui se situe au centre de l’Europe, très bien desservi ! Je me suis rendu compte que la nourriture française me manquait quand même beaucoup (rire). Là-bas j’ai découvert le menu identique tous les jours à la cantine.

L’entreprise a ensuite décidé de regrouper ses centres et a voulu fermer celui des Pays Bas pour le délocaliser en Irlande.

 

Vous partez ensuite au Danemark, comment avez-vous vécu ce changement ? Comment avez-vous réussi à trouver votre nouveau poste chez Chr. Hansen ?

 

Pour des raisons personnelles, j’ai refusé l’offre que me faisait Kerry Ingredients, à savoir continuer pendant minimum deux ans mon poste en Irlande. Je suis partie au Danemark pour retrouver mon copain. Alors bien sûr, professionnellement parlant, ça fait peur, je ne connaissais ni le pays ni la langue, et je ne savais pas s’il y avait beaucoup d’opportunité en adéquation avec mon profil. J’ai postulé pour un poste en affaires réglementaires chez Chr. Hansen, une entreprise qui fabrique des enzymes et des cultures. A l’époque, il y avait eu un grand projet d’autorisation d’enzymes en Europe sur lequel j’avais travaillé chez Kerry Ingredients. J’ai eu de la chance car Chr. Hansen recherchait quelqu’un qui avait déjà travaillé sur ce projet, ce fut un avantage différenciant !

Au Danemark, j’ai plus ou moins le même rôle qu’avant mais je suis plus centrée sur les cultures et les enzymes. J’ai commencé par travailler sur ce fameux projet que j’ai terminé en mars. C’était la date limite réglementaire de dépôt des dossiers. Depuis, j’ai repris les mêmes missions que celles que je menais chez Kerry Ingredients. J’ai dû pour cela m’informer en amont, sur les produits que distribue l’entreprise et tout l’aspect réglementaire, c’était de tout nouveaux produits pour moi !

 

Dans votre métier, faut-il connaitre les règlementations de tous les pays ? Que se passe-t-il lorsqu’il n’existe aucune législation ?

 

En effet, je dois connaitre les bases de la règlementation de nombreux pays et ce n’est pas toujours évident. Pour l’anecdote, on m’a déjà demandé si un produit était légal en Somalie et je dois avouer que ce n’était pas facile de trouver des informations réglementaires. On peut avoir toutes sortes de questions !

Parfois, sur certains sujets, il n’y a pas de législation établie, car personne n’avait pensé à ce cas de figure auparavant. Dans ce cas-là, on peut recourir dans un premier temps à des textes plus généraux (par exemple, un texte européen interdit à toute entreprise d’induire le consommateur en erreur). C’est à nous d’interpréter. Il existe aussi des normes supra nationales, le Codex Alimentarius qui crée des standards pour les produits et qui sont ensuite mis en ligne : ces derniers sont très reconnus. Beaucoup de pays n’ont pas de législation mais reprennent simplement ce que le Codex fait.

En France quand les produits sont très traditionnels, les autorités sont très strictes. Par exemple, on ne peut pas mettre n’importe quoi dans un yaourt, c’est très règlementé. Au Japon par exempleil y a plus de liberté, le yaourt n’est pas un produit traditionnel. Les entreprises aiment participer aux discussions autour des législations, d’une part pour essayer de favoriser leur produit mais aussi pour que ces législations soient rationnelles.

 

Deux entreprises différentes et deux postes similaires : que pouvez-vous nous en dire ?

 

Les cultures d’entreprises sont très différentes, Chr. Hansen est focalisé sur la R&D, les produits sont innovants et à la pointe. Kerry est plutôt une entreprise focalisée sur l’application : ils utilisent des produits existants et cherchent de nouvelles applications. Au niveau réglementation, chez Chr. Hansen, on se retrouve plus confronté à des questions telles que « personne n’a jamais pensé à ça avant ! Qu’est-ce que je suis supposée faire ?»

 

Aujourd’hui vous êtes toujours au Danemark : que pouvez nous dire de la langue et de la culture de ce pays ?

 

Je prends des cours de Danois depuis deux ans et je suis arrivée à un niveau où je peux tenir une conversation. Dans mon service immédiat qui est de dix personnes, je suis la seule qui ne parle pas danois couramment ! Le Danemark ressemble assez aux Pays-Bas pour l’aspect très direct dans les échanges.

Pour eux il est très important d’avoir un bon équilibre entre la vie de famille et le travail. Ils aiment bien terminer tôt ! On termine souvent vers 17h et parfois je suis la dernière à partir ! Si on reste trop longtemps, on est vue comme quelqu’un qui travaille trop : pour eux ce n’est pas sain et plutôt bizarre. Copenhague est une ville sympa, il y a 600 000 habitants ce qui n’est pas énorme ! Il y a un élément de culture amusant, le « Hygge », c’est lorsque de petits groupes d’amis se retrouvent à l’intérieur au chaud, dans une ambiance un peu cosy. Et c’est ce qu’ils font entre collègues ! C’est très sympa. Cette habitude vient surement du fait qu’ils sont dans l’obscurité pendant six mois de l’année. Il y a une culture du groupe ! Je me plais bien ici, les gens ont tendance à être heureux !

Copenhague - réglementation - Pays-Bas - affaires réglementaires - ENSIA

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