Emilie Bisson, Industrial Development Director, Bel Brands USA

Aux Etats-Unis, on capitalise plus sur les forces plutôt qu’on ne pointe les faiblesses.

Comment ton poste a évolué depuis 2005 chez Bel ? Est ce que Bel est une entreprise où il fait bon vivre ? Quelles différences as-tu noté entre le management français et nord-américain ?

2002-2005

Student, Masters of Engineering in Food Science, Specialty in Food Process, ENSIA

 

2005-2007

Production Supervisor, Bel France

 

2007-2011

Process Product Engineer, Bel Brands USA

 

2011-2012

Development and Production Manager, Bel Brands USA

 

2012- Aujourd’hui

Industrial Development Director, Bel Brands USA

Tu choisis de faire l’ENSIA, dans quoi te spécialises-tu ?

 

Je suis arrivée à l’ENSIA en 2002 où j’ai fais l’option génie des procédés en dernière année. La 1ère année je ne savais pas trop ce que je voulais faire mais mon stage de 2ème année en industrie sucrière a vraiment été une révélation, j’ai adoré ! J’ai fait mon stage de fin d’étude chez Bel à Evron sur la ligne Mini-Babybel®. Je travaillais sur l’optimisation du process de traitement du sérum.

 

Après ton stage de fin d’étude chez Bel, tout s’enchaîne très vite, comment cela s’est déroulé ?

 

J’ai été embauchée en CDD par Bel à l’issue de mon stage. Début 2006, Bel était en train de finaliser la ligne Mini-Babybel® dans le Kentucky mais les volumes de ventes de La vache qui rit® et de Mini-Babybel® ayant explosés, ils n’avaient plus assez de capacité. Je suis donc venue l’été 2006 pour 2 mois dans l’usine au Kentucky. A l’issue de ces 2 mois, le directeur d’usine de l’époque m’a annoncé qu’ils avaient besoin de quelqu’un pour aider à la mise en place des équipements et à la formation des opérateurs dans la nouvelle usine au Québec. J’ai donc accepté, j’ai eu beaucoup de chance, j’étais là au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Cela m’a mis le pied à l’étrier pour venir m’installer aux US.

 

Une fois installée aux US, quelles étaient plus précisément tes missions ?

 

Je me suis donc installée dans le Kentucky où je continuais à assurer la supervision de la production dans l’usine et je faisais les allers-retours entre les US et le Québec toutes les 2-3 semaines. L’expérience de démarrage d’usine au Québec a été incroyable !

J’avais un rôle de coordination de projet, je m’assurais de l’achat des bons équipements, de la mise en place des paramètres, de la formation des personnes sur la ligne. La 1ère La vache qui rit® est sortie en août 2007 et j’ai continué à travailler avec eux jusqu’à ce que je sois remplacée en 2012.

 

De la production à la direction du pôle industriel, tu as beaucoup évolué chez Bel. Peux-tu nous en dire plus ?  

 

Mon évolution a vraiment suivi le développement et la croissance de Bel ces dernières années. Quand je suis arrivée il y avait 2 usines Bel sur la zone Amérique puis en 2007 on a lancé l’usine au Québec. A ce moment là, j’étais toute seule. Il n’y avait pas de département Qualité, Réglementation, Achat et Ingénierie donc je m’occupais de la coordination avec les équipes centrales. En 2008, Bel a racheté la marque Boursin® d’Unilever. On a hérité d’une activité de sous-traitance avec un partenaire dans le Wisconsin pour la fabrication du Boursin. J’étais donc en charge du suivi et de la relation avec les 2 usines de sous traitance au Québec et dans le Wisconsin. En effet Bel vend avant tout des produits uniques donc cela nécessite des process uniques également. Début 2008, j’ai déménagé à Chicago et on a embauché une autre personne pour travailler avec moi car je ne pouvais plus tout gérer seule. On a commencé à réfléchir à la mise en place d’une autre usine au Canada.

 

Pourquoi Bel a décidé d’implanter des usines au Canada plutôt que d’exporter ?

 

Au Canada, il y a un système de quotas sur les produits laitiers donc on ne peut pas dépasser un certain volume de produits à importer. Pour ne pas limiter la croissance, nous avons donc décidé de produire en local. On y faisait déjà La Vache qui Rit® et on a lancé une nouvelle ligne chez un partenaire pour produire Boursin® en 2011. J’ai à nouveau été en charge du lancement d’une nouvelle usine.

 

Quelle a été la suite de ton évolution au sein du groupe Bel ?

 

En 2012, Mini-Babybel® était en très forte croissance aux US. J’ai alors pris la responsabilité du département industriel et on a créé une équipe de 4 personnes. Cette augmentation des ventes a nécessité la construction d’une nouvelle usine Mini-Babybel® que l’on a démarré en 2014 dans le Dakota du Sud. On se retrouve donc avec 6 usines, 7 ans plus tard. Notre équipe s’est également agrandie, nous sommes 15 personnes maintenant en développement industriel.

 

Mon travail a beaucoup changé, je fais moins de projet à part entière sauf les plus stratégiques. Je suis en charge du développement des équipes locales, de la création de high performing team, de la mise en situation pour que les personnes de l’équipe acquièrent de nouvelles compétences. Je continue à aller sur le terrain et dans les usines mais moins souvent qu’au début. Je pars 2-3 jours par mois pour me rendre dans les usines.

 

La zone Amérique a donc été en grosse expansion ces 10 dernières années et j’ai eu la chance de pouvoir participer à cette croissance, ça a été une opportunité incroyable. J’adore mon travail, on est toujours en train de construire, d’avoir de nouvelles équipes donc c’est top !

 

Est ce que tu penses que vous allez continuer à ouvrir de nouvelles usines aux US ?

 

Oui tout à fait ! On a des grosses ambitions de croissance chez Bel en général et surtout sur la zone Amérique car c’est là où on sent le potentiel.

 

Est ce que vous arrivez facilement à maintenir le goût unique du produit malgré les différentes zones d’approvisionnement en lait ?

 

Le lait vient des alentours des usines. Des experts fromagers arriveraient peut-être à voir la différence de goût mais le consommateur ne la sentira pas. On reste dans l’univers des produits qui leur convient.

 

As-tu noté des différences sur la façon de travailler entre la France et les Etats-Unis ?

 

Culturellement, il y a de grandes différences entre les français et les américains même si on en a pas forcément l’impression. De manière générale, les français sont plus émotifs, plus passionnés, plus dur dans les feedback, les américains sont plus softs. En France, depuis qu’on est tout petit, on nous apprend qu’on peut mieux faire, on est toujours dans la recherche de l’excellence et quelque part on manque un peu de confiance en nous. A l’inverse des jeunes américains à qui on dit « C’est génial ! Tant que tu essaies c’est bien. Prends des risques, si tu te trompes c’est pas grave, on apprend de ses erreurs » Invévitablement, cela créer un décalage de culture.

Aux Etats-Unis, on capitalise plus sur les forces plutôt qu’on ne pointe les faiblesses. On a tous des forces et des faiblesses et certaines faiblesses, on les aura toujours. On peut passer toute notre énergie à essayer d’améliorer nos faiblesses ou on peut passer notre énergie à agrandir nos forces. Chez Bel, on travaille plutôt à agrandir les forces. Il y a une culture du risque assez contre-intuitive pour les français.

 

Peux-tu nous en dire plus sur Bel ?

 

Bel est une entreprise française fondée par Léon Bel en 1908. Aujourd’hui, le président est de la famille Bel, c’est donc une entreprise familiale qui est autofinancée. C’est une entreprise qui met vraiment en avant les personnes. Je n’ai jamais ressentie que j’étais un numéro chez Bel. Comme c’est une entreprise familiale, Bel ne se focalise pas sur les retours à court-terme et choisi plutôt d’investir sur le long terme et de faire les choses bien.

 

Comment Bel s’est implanté aux Etats-Unis ?

 

Au début des années 80, Bel a racheté les 2 usines qu’il y avait quand je suis arrivée en 2006. Bel produisait les produits locaux et du cheddar. Mini-Babybel® a été lancé fin des années 90. Bel avait alors les marques mais le business n’avait pas trop démarré. Puis en 2004, un diététicien américain a sorti le South Beach Diet et il conseillait de manger une portion de La Vache qui Rit® tous les jours. Les américaines sont devenues folles du produit et comme à l’époque Mini-Babybel® était vendu sous la marque La Vache qui Rit®, lorsqu’il n’y avait plus de La Vache qui Rit® disponible, les gens achetaient du Mini-Babybel®. C’est pour cela qu’on a investi dans le Kentucky en 2006 pour pouvoir faire face à la demande croissante. Bel s’est alors rendu compte qu’il y avait un gros potentiel sur la zone Amérique et a investi en resources locales pour développer le marché.

 

Quelles sont les différentes tendances dans lesquels s’inscrivent vos produits en Amérique du Nord et en Europe ?

 

Les produits que l’on vend aux Etats-Unis sont La vache qui rit®, Mini-Babybel®, Boursin®, Merkt’s®, Kaukauna®, Price’s® et Owl’s Nest®. Les cibles ne sont pas les mêmes que sur le marché européen : en Europe, Mini-Babybel® est plutôt destiné aux enfants car le format est ludique tandis qu’aux US, Mini-Babybel® et un produit pour toute la famille, mais la clé d’entrée est historiquement la femme active qui snacke. Aujourd’hui on en vend plus aux Etats-Unis qu’en France même si on est relativement peu connu, le pays est tellement grand que les volumes sont supérieurs. On est vraiment dans la tendance snacking : petit format, fromage naturel et portable. D’ailleurs certains diététiciens recommandent aujourd’hui de snacker 4 à 5 fois par jour au lieu de faire 3 repas.

 

Est ce que la vie à Chicago te plaît ?

 

C’est top ! L’hiver est un peu dur mais c’est supportable. Chicago est souvent comparé à la ville de Lyon en France car c’est grand, on peut faire tout ce qu’on veut mais ça reste relativement cool pour une grande ville.

 

Ça n’a pas été trop dur pour ta famille que tu ne reviennes pas après ton expérience de 2 mois aux Etats-Unis ?

 

Ils sont contents pour moi. J’ai l’avantage de travailler pour une entreprise française donc je suis amenée à revenir en France au moins 2 fois par an avec le travail plus les fois où j’y reviens personnellement. Ça ne me manque plus maintenant.

Agroalimentaire – Production – Management – Industrie – Fromage – Lait – Chicago – Etats-Unis

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