Eve Champlon, Senior Product Developer, Stonyfield, Danone Group, USA

Je pense que ce qui change aux Etats-Unis c’est la  mentalité, s’il y a quelque chose qui te plait que tu as envie d’en faire plus et que tu as prouvé que tu es bon ils te le donnent.

L’expatriation aux Etats-Unis est-il un tremplin pour sa carrière ? Quel est le rôle d’un senior product developer ? Quelles sont les grandes étapes de développement d’un produit ? Quelles sont les difficultés de visa auxquelles un expatrié peut être confronté ? 

2002-2005

Etudiante, INA-PG

 

2004

Stagiaire, Ingénieur process, CTCPA

2004-2005

Stagiaire analyses sensorielles, Nestlé

 

2005

Stagiaire analyses sensorielles, Monell Chemical Center

 

2006

Stagiaire R&D, Blédina

 

2006-2012

Ingénieur R&D Mondelez International (Krfat Foods)

2012- Aujourd'hui

Senior Product Developer, Stonyfield, Danone Group USA

Où as-tu effectué tes stages durant ta césure ? Quelle spécialité as-tu choisi en troisième année ?

 

En troisième année, on pouvait faire notre spécialité à l’INA-PG ou à l’ENSIA. J’étais la seule de ma promotion venant de l’INA-PG à avoir choisi de faire la spécialité Science de l’aliment à l’ENSIA. J’ai effectué mon stage de deuxième année au CTCPA, Centre Technique de la Conservation des Produits Agricoles à Amiens. Je travaillais sur la détection des fuites dans les boîtes de conserve.

J’ai effectué un de mes stages de césure chez Nestlé en analyses sensorielles. J’ai trouvé mon stage par l’intermédiaire d’une professeur de l’agro qui était partie en recherche appliquée chez Nestlé. C’était un stage de 8 mois de septembre à avril. Après, je suis partie 4 mois aux Etats-Unis dans un laboratoire d’analyses sensorielles en recherche, au Monell Chemical Senses Center à Philadelphie. L’objectif de mon année de césure était de savoir si je voulais faire une thèse, me spécialiser en science de l’aliment ou continuer en R&D. A la fin de ma césure, j’ai décidé que je ne voulais pas faire de recherche. Je souhaitais continuer en R&D pour le côté innovation, le côté alimentation, le côté scientifique, pour mettre de nouveaux produits sur le marché pour exercer dans une fonction centrale en lien avec les fonctions Sales, Marketing...

 

Après ton stage de fin d’étude chez Danone, ils t’offrent un CDD en R&D. Dans quel secteur travaillais-tu ?

 

Avec Nestlé sur mon CV, j’ai trouvé facilement mon stage de fin d’étude chez Danone, Blédina, en R&D dans les laits infantiles.

Après mon stage de 6 mois, ils m’ont pris en CDD à Palaiseau dans le Vitapole. J’étais chez Lu, je travaillais sur les biscuits moelleux. Nous étions une équipe de 60 personnes environ, plus les fonctions sensorielle, nutrition et recherche qui travaillaient sur les marques phares. Je suis restée là bas de 2006 à 2012. En 2007, un an après mon arrivée, j’étais passée en CDI, on nous a annoncé que Danone vendait Lu à Kraft qui, depuis, est devenu Mondelez. On est resté longtemps dans les locaux au Vitapole et ce n’est qu’en 2010 qu’on a déménagé dans des locaux à Saclay où Kraft a construit un centre R&D dédié aux biscuits.

 

En 2010, tu pars t’installer à Boston. Quelles sont les raisons de ton départ ? As-tu retrouvé un emploi facilement ?

 

En 2010, mon mari a trouvé un emploi à Boston et nous sommes partis nous installer là bas. Cela faisait déjà 6 ans que j’étais chez Lu et ce changement était bienvenu. J’ai quitté Lu mi-avril. En février, j’ai commencé à chercher du travail, je suis partie à Boston pour passer des entretiens. A peine un mois après mon arrivée, j’ai trouvé un emploi chez Stonyfield, c’est la beauté du marché américain, tout va très vite.

Alors que tu es employée par Stonyfield, tu es obligée de quitter ton emploi faute de visa. Quels sont les difficultés de visa auxquelles peut être confronté un expatrié ?

Mon mari est arrivé aux Etats-Unis avec un visa J1, classique pour un chercheur et moi j’avais un J2 donc j’avais le droit de travailler. Mon J2 expirant en août 2013, nous avions démarré le processus pour que j’obtienne un H1B, qui est le visa de base pour travailler. Pour obtenir un H1B, il faut être sponsorisé par son entreprise. Le visa H1B est soumis à quota et l’année où j’ai fait ma demande de H1B, il y avait trop de monde qui postulait donc ils ont mis en place un système de loterie et je ne l’ai pas eu. 85 000 visas sont accordés par an et l’année où j’ai postulé nous étions 130 000. Une demande de visa ne se fait qu’une seule fois par an.

Mon J2 avait expiré, je n’avais pas eu le H1B, je dépendais de mon mari qui entre temps avait eu son H1B et le dépendant d’un visa H1B est un visa H4 qui n’a pas le droit de travailler. J’ai dû quitter mon emploi chez Stonyfield.

L’année suivante, Stonyfield a accepté de me responsoriser, il y a eu encore une loterie mais heureusement cette fois-ci je l’ai obtenu.

 

Cela fait 4 ans que tu travailles chez Stonyfield en R&D. Quel est le processus standard de développement d’un produit ? Il y a t-il des différences par rapport à ce que tu faisais chez Lu ?

 

Je suis en charge depuis l’idée jusqu’au lancement de mettre des nouveaux produits sur le marché. Le marketing fait un brief auquel on contribue ou qu’on peut influencer voire initier. Il faut définir le besoin, les types de formuleà développer, regarder les composantes financières, le timing, chercher des nouveaux ingrédients, fournisseurs et éventuellement de nouvelles machines. Il y a une première phase d’exploration, une deuxième phase plus active de développement, on fait les premiers prototypes au niveau du labo pilote. Nous avons deux techniciennes qui travaillent au pilote pour développer les produits. Mon travail consiste à développer les formules et identifier les manips au labo et au pilote. Après, on passe aux essais industriels éventuellement aux tests consommateurs et à la durée de vie des produits. Notre travail s’étend jusqu’à la documentation, les specs, la chaine graphique, la liste d’ingrédients et le support de l’équipe manufacturing pour le lancement. On suit le produit généralement 3 mois après le lancement. C’est relativement universel : on part toujours d’un entonnoir de projets très large puis on fait une sélection.

La grande différence par rapport à mon travail chez Lu c’est les time-line de projet qui sont beaucoup plus courtes. La stratégie change rapidement, l‘environnement est plus concurrentiel, il faut sans cesse revoir le brief.

 

Quand lancez-vous des nouveaux produits ?

 

On a des fenêtres de lancement qui dépendent des customer, par exemple on en a une en décembre et une en juin. Dans le cas d’une reformulation on est libre de la timeline.

 

Peux-tu nous en dire plus sur Stonyfield ?

 

Stonyfield est la marque biologique numéro 1 aux Etats-Unis dans la catégorie laitier, presents sur le natural et grocery channel. Stonyfield ne vend qu’aux Etats-Unis. C’est essentiellement des produits laitiers, des yaourts, frozen yaourts, du lait et des produits au soja.

 

L’approvisionnement en lait est-il local ?

 

Oui tout à fait. Stonyfield est connu pour ses yaourts mais au départ les fondateurs avaient créé une école. En 1983, les deux fondateurs de Stonyfield voulaient aider les fermes à survivre, ils voulaient protéger l’environnement, promouvoir une alimentation saine et maintenir une production alimentaire de qualité, c’est pourquoi ils ont créé une école pour former les agriculteurs à l’agriculture biologique. Aujourd’hui, nous avons un partenariat avec une école qui forme des agriculteurs à faire du bio.

Le challenge c’est de convertir les agriculteurs au bio et cela prend du temps, il y a un minimum de 3 ans avant de transformer une exploitation laitière conventionnelle en agriculture bio.

 

Quelles sont les grandes tendances dans la catégorie produits laitiers ?

Les américains consomment les yaourts différemment des français, ils en consomment moins souvent, le taux de pénétration est très faible. Il y a beaucoup de travail pour que les américains mangent des yaourts, pour eux c’est un « heatlhy » snack. En janvier ils se mettent tous à en manger parce que c’est les bonnes résolutions de l’année. Il y a 3-4 ans, il y a eu une grande révolution avec les yaourts grecs parce que c’était une texture épaisse et que c’était riche en protéine. Aujourd’hui, c’est la grande tendance de tout ce qui est protéiné, facile à transporter, « on the go », les gourdes et les squeezers pour les enfants. Ce qui change la donne depuis 1 ou 2 ans c’est toutes les réductions de sucre.

 

Sur quel projet travailles-tu en ce moment ?

 

Depuis un an, mon rôle est de faire des réductions de sucre d’environ 25 % sur tout notre portefeuille de produits. Nous avons reformulé et joué sur des ferments moins acides. Cela nous tenait à cœur de réduire le sucre surtout pour les enfants, nous faisons des produits pour bébés avec la marque Yobaby et pour les enfants avec Yokids.

 

Comment est organisée votre équipe en R&D ? Quel est ton rôle en tant que senior product developer au sein de cette équipe ?

 

Nous sommes une petite équipe, avec 6 developer et 2 techniciennes. En tant que senior product developer, je manage un developer et les 2 techniciennes du labo.

Mon role est de manager la charge de travail et le développement de la carrière. Mon rôle en tant que manager est de maintenir leur intérêt pour leur travail, de construire avec elles un plan de carrière, de répondre aux attentes, de trouver des expériences qui répondent aux compétences qu’elles veulent mettre en place.

Quand j’ai commencé à la R&D ce qui me plaisait c’était de mettre des produits sur le marché, faire des expériences en laboratoires, développer des recettes. Ce qui me plait plus maintenant c’est la gestion de projet, travailler en équipe, manager, changer les façons de faire, l’interaction avec les gens. Le côté technique me passionne toujours, j’aime bien faire des essais industriels donc je ne me verrais pas être complétement déconnectée.

 

Est-ce que ton départ aux Etats-Unis a été un tremplin pour ta carrière ?

Clairement, quand j’étais chez Lu nous étions beaucoup à être arrivés à la même époque en R&D donc il y avait beaucoup de compétition. La pyramide était très aplatie, il fallait se battre pour accéder aux postes plus élevés et il n’y avait pas forcément de création de poste. Je pense que ce qui change aux Etats-Unis c’est la  mentalité, s’il y a quelque chose qui te plait que tu as envie d’en faire plus et que tu as prouvé que tu es bon ils te le donnent. En arrivant la première année chez Stonyfield, j’ai remarqué que leur profil senso n’était pas carré, quand ils goutaient un yaourt, ce n’était pas standardisé. Comme j’avais de l’expérience en analyse sensorielle, j’ai proposé de créer un protocole, de faire une formation, je faisais ça en plus de mon boulot et personne ne m’a dit que ce n’était pas à moi de le faire ou que je n’aurais pas le temps de faire mon travail. Alors qu’en France on m’aurait sûrement remis à ma place ou on m’aurait dit que c’était à la qualité de le faire. Si tu travailles bien, tu progresses plus rapidement. D’un point de vue salarial, les augmentations sont meilleures, par contre tu peux te faire licencier plus rapidement aussi.

Est-ce que tu as vu des différences dans la façon dont tu as été managée en arrivant aux Etats-Unis ?

 

Oui en arrivant la première année, à chaque fois que je faisais un meeting ils me disaient « it’s a great job » et quand ils ne me disaient pas ça je me disais que j’avais vraiment fait du mauvais travail. Maintenant, je le fais aussi quand je vois quelqu’un. Aux Etats-Unis on fait des feed-back positifs ce qui n’est pas le cas en France. Ca m’est arrivé d’aller à mon évaluation de fin d’année en France en me disant que j’avais fait un bon travail mais comme je n’avais pas eu de feed back de l’année, je pensais forcément aux points négatifs et pourtant j’avais une super appréciation. Alors qu’ici on saura plus vite si on a fait du bon ou du mauvais travail, cela peut venir aussi bien de nos collègues que de notre chef.

R&D – Stonyfield – Visa – Agriculture Biologique – Senior Product Developer – Boston 

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