FLORENT DONINI, IT Program Director, HSBC Private Bank

La gestion des ressources et le recrutement sont très importants. Si on a les bonnes personnes aux bons endroits, on peut aller très loin !

 

A la recherche de son orientation professionnelle, tester différents domaines au cours de votre formation ?

Se lancer dans le domaine de l'informatique en partant en VIE à Singapour ? Travailler dans le secteur bancaire ?

Une mission de remplacement du système bancaire global de HSBC Private Bank ? Un travail parfois stressant ?

1992 - 1995
Student, INA P-G (92)

1995 - 1997

Implementation Manager, Crédit Lyonnais, Singapore 

 

1997 - 1999

IT Business Analyst, Crédit Lyonnais, France

2000 - 2006

IT Project Manager, HSBC Private Bank, Genève

 

2008 -2011

Head of EU Software Delivery for the Finance and Compliance departments, HSBC Private Bank, Genève 

2011 - 2013

Head of EU Software Delivery for the Front Office, Finance and Compliance departments, HSBC Private Bank, Genève 

2013 - Aujourd'hui

Program manager HSBC Private Bank platform replacement, Genève

2008 - Aujourd'hui

IT Program Director, HSBC Private Bank, Genève

Vous entrez à l’agro en 1992 et testez différents domaines, à la recherche de votre orientation professionnelle, racontez-nous.

 

Lorsque j’ai intégré l’école, je ne savais pas encore ce que je voulais suivre comme spécialisation. En deuxième année, j’ai participé, en partenariat avec l’agro, aux activités d’une ONG. Je donnais des cours de vulgarisation agricole dans le nord de Paris. Une fois par semaine nous allions à La Plaine Saint-Denis pour donner des cours à des africains, c’était chouette ! Cette expérience m’a donné envie de partir au Burkina Faso pour mon stage de deuxième année. Mon objectif était de chercher des financements pour une radio et de participer à son animation. Humainement cela s’est très bien passé, en revanche, au niveau du travail cela correspondait moins à ce que je voulais. Le travail des ONG là-bas ne cadrait pas vraiment aux idées que je m’étais faîtes, j’avais l’impression qu’elles essayaient de « vider un océan à la petite cuillère » ! Un temps, j’ai cru que ce genre de travail était ce que je voulais mais cette expérience a changé ma vision des choses. En troisième année, après réflexions, j’ai décidé de suivre une spécialité agro : la spé DEV.

Pour mon stage de fin d’étude, je suis parti en Haute-Savoie dans un cabinet d’étude sur le recyclage des boues de stations d’épuration. J’avais plusieurs missions très différentes les unes des autres : rencontrer les agriculteurs, m’occuper des études de sol et des trous à la tarière, réaliser des relevés. J’ai également constitué une base de données qui permettait de tracer tout le travail des agriculteurs. Mais, même chose, je trouvais que cela ne me convenait pas trop. Je cherchais vraiment ce que je voulais faire !

 

Vous cherchez ensuite un VSNE et vous vous lancez dans le domaine de l’informatique, pourquoi cette décision ? Partir à l’étranger dès la fin de ses études, était-ce une bonne expérience ?

 

A l’époque, ils recrutaient beaucoup d’informaticiens. Alors sans même avoir suivi une spécialité informatique, j’ai tenté ma chance et j’ai passé des entretiens au crédit Lyonnais (où travaillaient un certain nombre d’agros). Finalement l’agro offre une vraie capacité d’adaptation, donc à l’époque ne pas avoir suivi une spécialité informatique ne me portait pas préjudice ! C’est vrai qu’à l’heure actuelle, je recrute plutôt des informaticiens.

Je suis donc parti à Singapour et c’était super ! Partir à l’étranger tout de suite après ses études est vraiment génial, c’est quelque chose que j’encourage vraiment ! Pourquoi ? Pour l’ouverture d’esprit, pour le CV et parce que c’est un bon timing : souvent, à cet âge-là on est libre de pouvoir voyager et se déplacer pour son travail. Pour moi Singapour a été un vrai changement. Notamment au niveau de la culture, il y a tout de même un petit choc culturel, il faut s’habituer à l’accent en anglais !

Je faisais surtout de la gestion de projet. Avoir eu cette expérience en Asie me sert beaucoup aujourd’hui et me rassure : je travaille avec une équipe virtuelle composée de développeurs basés à Genève mais aussi en Inde, d’anglais, et de chinois.

 

De retour à Paris, vous occupez un poste de business analyst au Crédit Lyonnais, quelles étaient alors vos missions ?

 

Avec ma femme, nous sommes rentrés à Paris. J’ai continué à travailler pour le Crédit Lyonnais pendant trois ans, en tant que business analyst à la direction centrale des affaires internationales. Il y avait d’ailleurs d’autres agros.

Être business analyst c’est comprendre les besoins de métier. Ici je travaille avec le front office, le back office et je traduis ces besoins en spécifications techniques. Il faut une compréhension du métier, par exemple il faut savoir en quoi consiste le métier de Portfolio Manager et traduire cela dans des spécifications détaillées. Au bout de trois ans, nous avons voulu quitter Paris (notre famille s’agrandissait) …

 

Vous recevez une proposition vous permettant de quitter Paris et de vous éloigner un certain temps du secteur bancaire, pourquoi cela vous intéressait-t-il ? Quelles étaient vos nouvelles missions en tant que chef de projet ?

 

En effet, j’ai eu quelques propositions dont une à Londres, mais l’idée n’était pas de quitter Paris pour aller à Londres. J’ai ensuite reçu une offre à Saint Genis Pouilly (pas très loin de Genève) dans une société de semi-conducteurs, STmicroelectronics, que j’ai acceptée. M’éloigner un peu du secteur bancaire m’intéressait car je ne souhaitais pas avoir une étiquette banque !  

J’ai continué l’informatique et je suis devenu chef de projet dans cette entreprise. Je travaillais beaucoup avec l’Inde (je n’avais pas d’équipe en local) sur un produit de l’entreprise allemande SAP. J’ai mis en place une base Customer Relation Management (CRM), et je m’occupais de la gestion des plannings, des budgets, des ressources, du comité de direction.  Je faisais tout de A à Z, c’est-à-dire que le matin quand j’arrivais, je me connectais sur les systèmes de production pour voir si tout s’était bien passé pendant la nuit, s’il y avait eu un problème, je devais appeler mes collaborateurs en Inde.

Je suis resté chez STmicroelectronics jusqu’en 2006, à ce moment-là, il y avait une période de licenciement, j’ai décidé de prendre les devants et j’ai commencé à chercher du travail. Finalement quand on travaille dans ce coin-là (Annecy, ou Annemasse…), on trouve facilement un emploi en Suisse. J’ai décroché un poste de chef de projet chez HSBC : ils recherchaient quelqu’un qui avait eu une expérience à l’étranger, qui connaissait le CRM et qui avait déjà une expérience bancaire. J’avais les trois casquettes !

 

Vous retournez dans le secteur bancaire, chez HSBC en Suisse, ce nouveau poste était-il challengeant ? Quelles étaient les grandes nouveautés par rapport au poste de chef de projet ?

 

C’était très challenging : je suis arrivé au mois de février et on me demandait de mettre des choses en place au mois de septembre, je n’ai pas beaucoup vu la lumière du jour ! (Rire) Quand on mène un projet, généralement il est fait pour un pays particulier. Le gros projet dont je devais m’occuper était un système de gestion de toute la base de client de HSBC en Suisse. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de règlementations dont il faut tenir compte, certaines concernent le KYC (Know Your Client), d’autres les taxes, d’autres sont internes à la banque. Il faut prendre toutes ces spécifications et construire une solution conforme à toutes ces règlementations et à tous les besoins de la banque.

Après chef de projet, je suis ensuite passé à un poste de direction et donc de gestion d’équipe : des « business analyst » et des « technical analyst », qui s’occupaient du front office, de la lutte contre le blanchiment d’argent, des taxes et des réglementations.

 

Quel est aujourd’hui votre mission chez HSBS ?

 

Aujourd’hui, je m’occupe d’un programme du remplacement du système bancaire de la banque, HSBC private bank. HSBC compte environ 200 000 personnes, HSBC private bank en compte 10 000. Le but est de remplacer tout le système bancaire : ne plus avoir plusieurs petits systèmes éparpillés en Asie, en Europe mais d’avoir une seule solution. C’est notre business case. Nous payons beaucoup de main d’œuvre et de maintenance car nos équipes d’informaticiens sont disséminées partout dans le monde et elles travaillent différemment d’un point à l’autre de la planète.

Quand un projet règlementaire arrive, par exemple le projet FATCA, projet de réglementation américaine (nous devons signaler aux autorités américaines nos clients américains : soit nous leur faisons payer les taxes, soit nous faisons en sorte qu’ils les payent directement aux autorités), il faut que nous puissions l’implémenter en considérant toutes les réglementations et il faut que nous soyons capables de faire cela de la même façon pour tous les pays. Il y a une pression supplémentaire, inhérente au secteur dans lequel nous travaillons : nous sommes très contrôlés par les autorités compte-tenu du contexte actuel !

 

 

Vous travaillez sur un projet de remplacement du système bancaire de HSBC private bank, comment se déroule ce projet ? Quelles sont vos missions ?

 

Je travaille avec une équipe de plus de 100 consultants sur un très gros programme de plus de 100 millions de dollars. Nous avons un intégrateur : IBM que je dois gérer et lui-même s’occupe de la gestion des 100 consultants.

Entre novembre et décembre 2013, nous avons mené une phase de mobilisation, c’est-à-dire que nous avons identifié tous les « uses cases » de la banque (les activités, les process de la banque). En seulement deux mois nous en avons identifié 2 200 ! Le travail a été intensif. Ensuite, durant 4 mois, nous avons identifié 80 modules outlines (un module est, par exemple, des opérations de cash ou de forex etc.) Depuis avril 2014, nous sommes dans une phase de paramétrisation.


Dans un projet de cette ampleur, il y a trois choses importantes :

  • La migration des données, nous avons un puzzle d’anciens systèmes que nous devons assembler et migrer vers un nouveau système. Cela implique donc la politique de confidentialité des données bancaires rajoutant beaucoup de pression : nous n’avons pas le droit à l’erreur.

  • L’aspect interface de swift, nous avons des protocoles FIX qui nous permettent d’obtenir des prix.

  • La parametrisation et spécification fonctionnelle de tous les « workflow », c’est ce dont je m’occupe en particulier.

 

Le stress fait-il partie de votre travail au quotidien ? Quels sont vos autres ressentis concernant votre vie professionnelle ?

 

Le travail est très stressant, mais je ne pense pas qu’il y ait de métiers faciles ! Les principales raisons de cette pression sont la visibilité du projet (comme il est très cher, tout le monde regarde ce que nous faisons) et les dates butoirs (nous sommes dans l’obligation d’annoncer des dates butoirs, ce qui est aussi en un sens un avantage puisque c’est un projet qui nait, qui évolue et qui est, in fine, livrable). De plus une autre pression vient de la confidentialité des données, la banque a mis en place encore plus de mesures pour qu’une affaire (comme celle qui a touché HSBC récemment) ne se reproduise plus. A côté de cela, je travaille avec des gens sympas, c’est quelque chose de très important. L’aspect projet m’intéresse beaucoup, quand on se retourne et que l’on regarde, on peut voir le résultat du travail de toute son équipe !

 

 

Après des études agro, auriez-vous imaginé travailler aujourd’hui dans ce secteur de l’informatique, dans le domaine bancaire ?

 

Non ! (Rire) J’ai été proche du milieu agricole, je faisais les foins l’été, c’est quelque chose que je connaissais bien, ma mère travaillait à la direction départementale de l’agriculture et j’imaginais exercer un métier terrain en Afrique (rire). Aujourd’hui, je suis dans une banque privée. Quand j’ai commencé à travailler dans l’informatique, j’ai su que c’était ce que je voulais faire. Quelque part quand j’étais en prépa, c’est vrai que j’étais plutôt fort en math, en physique-chimie plutôt qu’en biologie ou en géologie.

J’ai appris l’informatique « sur le tas », je me rappelle de mes débuts à Singapour, à peine arrivé on m’a dit « tu vas aller à Taipei pour configurer un routeur Shiva » je ne savais même pas ce qu’était un routeur. J’ai pris des livres, et je me suis plongé dedans ! J’ai galéré au début mais j’étais motivé et aujourd’hui je suis très content.

 

Comment décrieriez-vous la vie en Suisse et à Genève ?

Le choc culturel est très faible, mais, même en étant des voisins et en parlant la même langue, il faut avoir beaucoup d’humilité : ici en Suisse nous sommes étrangers, Les français ont la réputation d’être arrogants, ce n’est pas mon approche ! Même si nous parlons la même langue, nous gardons un petit accent français, alors par moment il arrive que nous essayons de prendre l’accent suisse (rire).

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