Gabrielle Feuvrier, Project Manager, Design and Construction - Water, Halton Region

la culture, en tout cas dans le Canada anglophone, est très différente. En particulier, cet aspect d’encouragement très fort à l’initiative personnelle, la confiance dans la personne et dans sa capacité à conduire les projets et à réussir.

Quels sont les rôles d’un chef de projet eau, assainissement et route ? Quelles sont les différences majeures entre la culture française et nord-américaine ? 

1991-1993

Etudiante, INA-PG

 

1993-1995

ENGREF, Spécilaistaion ressources en eau

 

1996-2001

Project Engineer, Lyonnaise des Eaux

 

2003-2004

Project Manager, Capital Project - Water and Waste Water, Lyonnaise des Eaux

 

2005-2007

Training Manager, Arts et Développement

 

2008-2014

Project Engineer - Water and Waste Water, Ontario Clean Water Agency

2014-Aujourd'hui

Project Manager, Design and Construction - Water, Halton Region

Vous rejoignez l’ENGREF en troisième année à l’agro. Quelle spécialisation avez-vous choisi ? Quel a été votre premier travail ?

 

J’ai fait l’ENGREF avec une spécialisation en ressources en eau à Montpellier. Après avoir eu mon diplôme, j’ai travaillé dans une filiale paritaire de la Lyonnaise et de Veolia. J’ai été ingénieur d’exploitation puis chef de service d’assainissement à Versailles. C’est là que j’ai appris le métier que j’allais faire.

 

Suite à cette première expérience professionnelle vous décidez de vous consacrer au monde associatif. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Pendant 3 ans, je suis partie travailler dans le social pour me dédier à d’autres passions : l’art, la peinture et les enfants.

L’association s’appelle Art et Développement et propose de mettre en relation des artistes avec des enfants et leur entourage familial, dans l’espace public, en particulier dans les quartiers nord de Marseille. Les enfants ont rendez-vous chaque semaine avec un artiste, des bénévoles et animateurs. J’aime beaucoup l’esprit dans lequel a été fondé l’association. Le fondateur est un ingénieur des Arts et Métiers et aussi un artiste. Il a été associé à ATD Quart Monde et a conscience qu’il s’agit aussi d’apporter l’art et la culture aux personnes en difficulté.

Mon rôle était d’assurer les ateliers avec les artistes et les enfants mais aussi de formaliser les activités, il y avait une composante système de management de la qualité qui correspond à ma formation, à ce que j’ai appris à AgroParisTech.

 

Une caractéristique forte de votre parcours depuis AgroParisTech est que vous êtes entrée dans la vie religieuse. De quelle communauté faites-vous partie ?

J’ai quitté mon travail à la Lyonnaise en 2000 pour entrer au Noviciat de la Xavière, et commencer ma formation à la vie religieuse. J’appartiens à la communauté des Xavières. L'une des premières Xavière que j'ai rencontrées était la personne qui était responsable de l’aumônerie de l’agro quand j'y étais, en 1992-1993. Notre manière de vivre la vie religieuse est de vivre en communauté. Nous vivons notre engagement religieux proches des gens par notre logement et notre travail.

En 2005, on vous propose de faire partie des fondatrices de la communauté Xavières à Toronto. Vous partez sans hésitation. Comment s’est déroulé le processus d’immigration  ?

Cela fait dix ans que j’habite à Toronto et dès mon arrivée j’ai choisi de suivre le processus d’intégration des nouveaux immigrants. C'était intéressant de vivre cette recherche d’emploi. au coude a coude avec d'autres qui arrivaient au Canada. J’avais la détermination de retrouver un travail dans mon domaine de compétences initiales, ingénieur Agro-ENGREF spécialisation ressources en eau. Il se trouve que j’ai la nationalité canadienne donc dès mon entrée au Canada j’avais l’autorisation de travailler.

 

Vous êtes arrivée à Toronto dans un contexte de crise du système d’eau. Comment cela vous a t-il ouvert les portes du marché du travail ?

 

En 2001, il y a eu une  crise dans le système de l’eau potable en Ontario, suite a un accident dans une localité où des personnes ont été malades et plusieurs sont mortes suite a la pollution de l'eau potable dans une municipalité rurale. L’événement a été très médiatisé, une des causes mise en évidence était un trop grand nombre de suppression de postes dans le domaine du contrôle de la qualité de l’eau. Une enquête a été ouverte et une loi est passée pour forcer toutes les municipalités de l’Ontario à avoir un système de management de la qualité de leurs services. Une organisation standardisée des services d’eau municipaux est devenue obligatoire, avec des dates fixées pour chaque municipalité pour la mettre en place. La loi est passée en 2005 et je suis arrivée en 2007 c’est-à-dire en plein processus d’application de celle-ci.

J'avais l'expérience de part mon expérience à la Lyonnaise, des certifications qualité ISO9000 et ISO14000 des services d’eau et d’assainissement. Au bout de 6 mois a Toronto, j’ai trouvé un travail dans l’Agence Ontarienne des Eaux (OCWA, Ontario Clean Water Agency) qui offre des prestations de services pour des municipalités. J'ai voyagé dans de nombreuses communes de l’Ontario pour faciliter des workshop sur le système de management de la qualité de l’eau et les aider a les mettre en place. Bien que je démarrais juste au Canada, on m’a fait confiance et j’ai pu exercer mon travail avec une grande indépendance. J’ai beaucoup aimé ce travail puis le moment est venu où je n’avais plus tellement de perspective d’évolution.

 

Aujourd’hui vous travaillez pour une municipalité régionale, Halton, en tant que chef de projet de construction d’infrastructures eau et assainissement. Comment s’organise une municipalité régionale ? Quelles sont vos missions ?

 

Halton est une grande municipalité régionale de la banlieue de Toronto qui couvre 4 municipalités locales. Elle correspond a environ 500 000 habitants. Nous sommes environ 20 chefs de projets eau, assainissement et infrastructures routières. Nous représentons le service des travaux publics. Au sein de ce service, il y a 150 à 200 salariés qui sont répartis entre les opérateurs de base pour faire fonctionner les usines et inspecter les chantiers de constructions et le groupe des ingénieurs chefs de projets dont je fais partie.

Je gère des budgets importants d’étude et de construction, de réservoir, et de remplacement de conduites d’eau potable… Le conseil régional est à l’origine des projets que je mène. Un plan d’aménagement et un plan de financement détermine la construction des infrastructures.

Je sens vraiment que je suis dans le domaine pour lequel j’ai été formée à l’agro et à l’ENGREF. A la Lyonnaise, j’étais du côté de l’opérateur, je faisais fonctionner les installations, les réseaux d'eau potable, les usines de production et le maître d’ouvrage était notre client. Maintenant, je me retrouve du côté de la maîtrise d’ouvrage mais les acteurs en présence sont les mêmes. Ce que j’ai appris dans mon premier métier m’aide à interpréter ce que je découvre ici et à exercer mon métier en Ontario.

 

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet sur lequel vous travaillez ?

 

Je travaille sur la construction d’un réservoir d’eau potable de 6.000 m3, avec une technique de construction sans tranchée pour la conduite qui mène à ce réservoir. Cela fait 3 ans que  je travaille sur ce projet, depuis l'initiation du projet, le recrutement de l'entreprise d'ingénierie (la maitrise d'oeuvre) qui a développé le design du réservoir, la préparation des spécifications et les termes du contrat de construction, l’appel d’offre pour retenir une entreprise de construction et enfin maintenant la construction.

 En tant que représentante de la maîtrise d’ouvrage mon rôle est de veiller au déroulement des étapes du projet, les unes après les autres. Au départ on me confie un budget, et les caractéristiques de l'infrastructure à construire. ensuite... "it's up to you!", comme on dit ici. A moi de jouer!

La ville de Toronto est en expansion et notamment la ville en banlieue de Toronto où le réservoir va être construit. Afin de pouvoir assurer les services d’eau potable pour les 20 prochaines années, une étude a été menée montrant qu’il fallait augmenter la taille du réservoir déjà existant. C'est ce que nous faisons en construisant un nouveau réservoir.

 

En tant qu’ingénieur vous devez faire partie de l’ordre des ingénieur de l’Ontario. Est-ce que cela a été difficile pour vous d’en faire partie ?

 

Dès mon arrivée je me suis inscrite pour obtenir l’accréditation de l'ordre des ingénieurs et le processus a été long, cela m’a pris 3.5 ans. Je suis devenue membre de l'ordre des ingénieurs de l'Ontario en 2011. Les grandes écoles françaises ne sont pas connues dans le monde anglophone du Canada. Cela fait partie du choc de l’entrée dans une autre culture, pour mes interlocuteurs canadiens eux je n’étais pas un ingénieur tant que je ne faisais pas partie de l’ordre.

J’ai pris conscience que le monde anglophone canadien est plus connecté avec les systèmes universitaires de l'Angleterre, de l’Inde, du Pakistan ou de l’Australie qu'avec ceux de la France.

 

J’ai du envoyer mes relevés de notes et le descriptif des cours de l’agro et de l’ENGREF. Je les ai traduits en anglais. Lorsqu’ ils ont comparé nos cours avec l’équivalence que je demandais, ingénierie municipale de l’eau, il ne voyait pas l’équivalence. Le retour que j’ai eu était que je devais passer 7 examens écrits. J’ai resoumis mon dossier car je ne souhaitais pas repasser les 7 examens dont des cours très techniques que je n’avais pas étudié depuis l'ENGREF. J'ai finalement été autorisée a passer uniquement un oral et un examen écrit sur l’éthique du travail.

La méthode de travail nord-américaine est-elle différente de celle française ? Est-ce qu’il vous a fallu du temps pour vous adapter ?

Oui, dans la manière de gérer les projets : ici les chefs de projets sont en première ligne. J’ai mis du temps à intégrer la manière de fonctionner nord-américaine que j'ai découverte. Le mode de fonctionnement est moins collaboratif que ce dont j'ai l'habitude. Ou en tous cas, ce qui est attendu, c'est que le chef de projet prenne l'initiative et assume ses décisions sans consulter ses chefs à tout bout de champ. Mon chef ne vient pas vérifier tout ce que je fait, je suis indépendante pour mener à bien mes projets. Je suis à un niveau de responsabilités qui de manière étonnante m’expose par rapport aux décisions que je prend. Cela encourage la prise de risque. J’ai fait l‘expérience à plusieurs reprises d’aller voir mon chef pour lui demander son avis sur des projets et j’ai compris que ce n'étais pas attendu. J'avais à prendre l’initiative.

J’ai trouvé intéressant de chercher à comprendre, à m’adapter. On a l’impression que le Canada et la France sont analogues, se sont deux pays développés, ils ont des économies similaires mais la culture, en tout cas dans le Canada anglophone, est très différente. En particulier, cet aspect d’encouragement très fort à l’initiative personnelle, la confiance dans la personne et dans sa capacité à conduire les projets et à réussir. Les personnes n’aiment pas qu’on dise « je ne vais pas y arriver ». Elles se font confiance, il y a une sorte d’énergie pour prendre des initiatives qui est très dynamisante. J'apprends beaucoup, je suis heureuse de cette expérience.

 

ENGREF – Canada – Toronto – Municipalité – Eau – Assainissement – Route – Chef de projet - Xavière 

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