Gildas Poissonnier, Senior Manager, Sustainability and Climate Change, Deloitte, Montréal

Une caractéristique du marché du développement durable est qu’il est plus visible et vocal que ce qu’il est en réalité.

Le marché du développement durable au Canada un marché de niche ? A Québec le monde du conseil offre t-il un bon équilibre vie perso/vie privée ?

1997-2000

Student, INA-PG

 

2001-2002

Agriculture and Agrifood Trade Officer, French Trend Commission, (Ottawa)

 

2003-2006

Sustainable Agriculture Advisor, Cuso International

2006-2007

MBA HEC Montréal

2008-2010

Consultant, Corporate Responsability and Sustainability Services, Deloitte Canada

 

2010-2016

Manager, Sustainability and Climate Change, Deloitte Canada

2012

Center for Responsible Banking and Finance, St-Andrews ESG Analytics for Financial Professionals Course, Finance, Geneal

2016-Aujourd'hui

Senior Manager Sustainability and Climate Change, Deloitte Canada

Quel parcours avez-vous suivi à l’agro ?

 

J’ai commencé en 97 l’agro, avec un stage en exploitation porcine. En deuxième année, j’ai fait un projet de recherche qui portait sur l’écologie, je recensais des nids d’oiseaux dans les Everglades. J’ai suivi la spécialité DEV en dernière année et j’ai fait mon stage de fin d’étude au Nicaragua, le stage classique d’analyse diagnostique d’une région agricole.

Vous arrivez au Canada en 2001 pour travailler à l’ambassade française puis vous partez en Thaïlande. Quel est votre parcours ?

En rentrant de mon stage de 3ème année, j’ai fait un peu de consulting pour Arthur Andersen, sur un projet d’empreinte carbone de fermes.

J’ai continué avec mon service national (VSNE), à l’ambassade française d’Ottawa. Je me suis retrouvé à Ottawa parce que dans ces cas là c’est l’ambassade qui décide de notre destination. C’était le début de mon histoire canadienne ! J’ai fait 16 mois au poste d’expansion économique, je m’occupais des exportations françaises vers le Canada et le Québec, c’était principalement les vins et spiritueux. Ce rôle nécessitait de comprendre la dynamique du marché, parfois les barrières non tarifaires comme les enjeux sanitaires ou la rencontre des parties prenantes locales.

En 2000, j’ai rencontré ma femme au Québec et je suis venu m’installer à Montréal. J’ai commencé à chercher un travail avec le diplôme de l’agro mais ce n’était pas évident. Avec un diplôme d’ingénieur agronome français on ne sait pas comment se positionner au Québec, l’agronome français est moins technique que l’agronome québécois et moins technique que l’ingénieur québécois. Le fait d’avoir travaillé à l’ambassade ne m’a pas spécialement ouvert de porte car j’étais resté dans le milieu franco-français.

 

J’ai essayé de trouver du travail à Montréal, pour être avec ma femme, avec un volet international pour valoriser la spé DEVE. Avec mon diplôme, les stages que j’avais déjà effectués et ma connaissance du terrain j’ai été recruté par une ONG canadienne. J’ai été envoyé en tant que volontaire 2 ans et demi en Thaïlande avec ma femme et notre premier enfant. J’accompagnais les communautés locales sur des thématiques de biodiversité/environnement, notamment j’ai étudié les grenouilles dans les champs de riz comme indicateur de biodiversité et de qualité écologique. Mon partenaire local était le ministère de l’agriculture thaïlandais. Un de mes plus grands apprentissages au cours de ces 2 ans a été d’apprendre la résilience à l’incertitude, dans un environnement incertain, il faut savoir être patient et prendre des décisions en temps voulu.

 

Afin de trouver un travail au Canada vous décidez de faire un MBA à HEC Montréal. Votre diplôme vous ouvre-t-il les portes du marché du travail canadien ?

 

De retour à Montréal, je me dis que pour trouver un travail il vaut mieux avoir un diplôme local donc je fais le MBA généraliste d’HEC Montréal. Je savais que je voulais m’orienter vers le développement durable mais c’était important pour moi de ne pas trop me spécialiser, je voulais garder une vision d’ensemble. Après 2 ans en Thaïlande, le monde de l’entreprise me semblait loin, j’ai vraiment été rassuré en côtoyant les autres collègues du MBA car je me suis rendu compte que j’avais autant de potentiel pour réussir qu’eux !

 

En 2007-2008 c’est le boom du développement durable dans les boites de conseil. Mon diplôme en poche, je commence à travailler chez Deloitte. Cela fait maintenant 9 ans que je travaille pour eux.

Depuis 5 ans l’accent est mis sur le renforcement du secteur privé pour atteindre les objectifs de développement durable. Comment expliquer cette tendance ?

Il y a une convergence sur les enjeux de développement international. Les bailleurs de fonds, comme Global Affairs Canada qui est le ministère des affaires étrangères et du développement international, se rendent compte que le secteur privé a une durabilité sur place et qu’il peut avoir des impacts de développement importants s’ils transforment un peu leur manière de faire en terme d’approvisionnement, d’opérations et d’emplois. L’accent est mis sur le secteur privé pour essayer d’atteindre les objectifs de développement durable. A l’inverse du modèle plus classique où on est confronté à des difficultés de pérennité des projets quand les financements se terminent.

Deloitte essaye de se positionner en accompagnateur des entreprises du secteur privé pour les amener à transformer certaines de leur pratique, à mieux comprendre le point de vue des partis prenantes externes, sociaux, ... Des profils comme le mien sont pertinents parce que j’ai une expérience du secteur privé et je comprend les enjeux sociaux économique et environnementaux.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples de missions dans lesquelles vous êtes impliqué ?

 

On commence un projet avec le port de Kingston en Jamaïque. La Banque Interaméricaine de Développement prête de l’argent à une entreprise et essaye de l’inciter à inclure davantage les aspects environnementaux et sociaux dans son projet. Deloitte est présent pour identifier les enjeux et les leviers pour améliorer à long terme les conditions de vie des communautés de pêcheurs de la baie de Kingston, que se soit en terme de reconversion ou de diversification des revenus. Notre mission en tant que consultant est de bien appréhender la problématique dans son ensemble et de proposer de mettre en place des projets que l’entreprise peut mettre en place seule ou plus vraisemblablement en collaboration avec d’autres acteurs du port.

Nous essayons de remettre une feuille de route décrivant les enjeux des communautés avec lesquelles l’entreprise interagit et qui décrit réalistement ce qu’elle peut espérer faire sur la thématique des déchets qui arrivent dans le port. On propose un projet pilote, par exemple sur un quartier ou un axe du quartier de Kingston qui débouche sur  une partie de la baie. Afin d’y parvenir nous indiquons les partenaires nécessaires, le plan de financement adéquat pour que cela soit durable. Notre objectif est de monter un projet que le client puisse implémenter autant que possible par la suite.

 

Les projets sont-ils tous à l’international ?


Non l’autre partie de notre activité est à Montréal. J’ai pour objectif de développer le marché québécois. Nous faisons essentiellement du conseil en gestion, de l’analyse de cycle de vie, des études sur le risque eau (ex. : les entreprises productrices de lait), des missions d’audit et des études prospectives sur l’investissement responsable.

 

Quels sont les secteurs avec lesquels vous travaillez ?

Nous travaillons avec le secteur public, le secteur privé et les ONG. Nous avons un enjeu sur le spectre des thématiques et des secteurs que nous devons couvrir car le marché montréalais n’a pas beaucoup de profondeur et c’est donc dur de se spécialiser. Mais cette diversité de mission nous plait !

Est-ce que vous interagissez avec d’autres équipes hors développement durable ?

Nous intervenons avec les équipes d’audit pour évaluer les passifs environnementaux. Nous sommes aussi impliqués sur des aspects de fiscalité (ex. : les grands émetteurs de GES achètent des crédits sur le marché du carbone), de gestion des déchets (ex. ; les écofrais, la responsabilité élargie des producteurs).

On essaye de collaborer autant que possible, cela nous permet de voir ce que les autres équipes font et cela permet de se faire connaître en interne.

Qu’en est-il de votre progression au sein de l’entité de développement durable de Deloitte ?

L’enjeu du développement durable au Québec n’a jamais été exponentiel, on a commencé avec une équipe de 6-8, aujourd’hui on est 4. Nous sommes 35 au Canada, les équipes locales sont toutes de petites tailles, donc l’évolution est difficile. Notre équipe étant petite ce n’est pas possible de faire grossir sa base donc de multiplier les niveaux et de devenir associé.

Je n’ai pas spécialement envie de devenir associé tout de suite car je connais mon marché et je sais que son développement prendra du temps. Je travaille à avoir une équipe soudée, avec de l’entraide et un bon équilibre de vie.

Le développement durable est un enjeu majeur pourquoi aussi peu de fonds lui sont alloués ?

Une caractéristique du marché du développement durable est qu’il est plus visible et vocal que ce qu’il est en réalité. Les entreprises en parlent plus que l’importance réelle qu’elles lui accordent, notamment en termes de budget.  De plus beaucoup d’actions devraient être prises au niveau systémique mais peu d’entreprises veulent s’engager car le retour financier est incertain et au niveau gouvernemental peu de décisions sont prises, nous sommes en Amérique du nord…

Quand est-il de l’équilibre vie professionnelle vie personnelle ?

Je travaille pas mal avec mes collègues français de développement durable, de par la langue et notre formation en commun. Je pense que l’équilibre est meilleur au Québec qu’en France. Il y a un facteur groupe quand tout le monde fait ça il faut s’aligner, d’où l’importance du leadership et de l’ambiance d’équipe. Il faut savoir que la journée de travail au Canada est typiquement plus courte qu’en France mais on a beaucoup moins de vacances. Au Canada on commence avec 2 semaines de vacances, à Deloitte nous sommes chanceux c’est 3 semaines et quand on passe manager c’est 4 semaines et là c’est le top !

DEVE- Conseil - Montréal - Canada - Réseau - Développement Durable

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