Guillaume Blisson, Canada Sales Director, Gabriel Meffre, Montréal

Ce que j’aime beaucoup dans le vin c’est le mélange entre le côté agricole avec la production de raisin, le côté agro-alimentaire avec la transformation du produit et évidemment l’art de vivre qu’il y a autour.

Responsable des achats puis des ventes chez Gabriel Meffre ? L’héritage de la prohibition de l’alcool en Amérique du Nord ? Comment promouvoir le vin français au Canada ?

1999-2004

Student, M.Sc. in Viticulture Oenology at AgroParisTech

 

2007-2015

Head buyer and Estates winemaker, Gabriel Meffre

 

2015-Aujourd’hui

Canada Sales Director, Gabriel Meffre

Quel a été ton parcours et ton engagement associatif à l'agro ?  

A l’agro, batteur des Boules Quiès (notre groupe de musique) et serveur occasionnel du k-vo, j’étais un actif joueur de rugby, malgré le fait qu’il y avait tout juste assez de mecs pour faire une équipe : il y avait plus de 70 % de filles dans la promo. Ça n’était pas pour nous déplaire ! Mais ça m’a tellement plu que je suis resté une année de plus à Grignon. Puis je suis parti à Montpellier en dernière année pour faire viti-oeno. J’ai validé mon diplôme d’oenologue 6 mois après le diplôme d’ingénieur.

 

Ton diplôme d’oenologue en poche, tout s’enchaîne très vite.

 

Pendant mon stage de fin d’étude chez Ogier, négociant producteur appartenant au groupe Ad Vini, j’étais en charge de l’achat et de la sélection du raisin, du suivi des produits, des relations avec les producteurs puis comme j’aimais bien toucher à tout, le directeur m’a envoyé sur des missions plus commerciales et marketing. Je voyageais en Pologne, je faisais des salons en Belgique parce que peu de gens voulait le faire. J’étais le stagiaire près à y aller donc je me suis bien régalé. Ensuite ce patron m’a présenté à un autre patron d’entreprise de Chateauneuf-du-pape. J’ai donc eu mon 1er job chez le producteur Les Grandes Serres, un négociant producteur appartenant au groupe bourguignon Picard Vins et Spiritueux. J’ai mis en place toute la démarche qualité (labels IFS, BRC). J’y suis resté pendant 3-4 ans puis j’ai eu envie d’une autre dimension au niveau de l’entreprise donc j’ai intégré le groupe Gabriel Meffre.  

Ce que j’aime beaucoup dans le vin c’est le mélange entre le côté agricole avec la production de raisin, le côté agro-alimentaire avec la transformation du produit et évidemment l’art de vivre qu’il y a autour.

 

Quelle a été ton évolution chez Gabriel Meffre ?

 

Je me suis d’abord occupé des domaines et de toute la partie achat des raisins. Petit à petit je suis passé acheteur de l’ensemble de ce que l’entreprise utilise : bouteilles, bouchons, cartons. J’ai encadré l’équipe du chai composée d’agros et d’œnologues. Puis j’ai rencontré ma femme canadienne dans cette entreprise, ça faisait 10 ans qu’elle travaillait en France et elle avait envie de revenir au pays. On a parlé de notre projet de départ au directeur qui, souhaitant développer nos ventes en Amérique du Nord, a accepté de me garder dans l’entreprise à l’étranger. Ils m’ont fait confiance sur la base du pari et je pense qu’aujourd’hui le pari est en bonne voie de réussite.

 

Comment s’organise le marché du vin et des alcools au Canada ?

 

C’est une organisation très particulière, le vin coûte assez cher ici. Les alcools sont soumis à un monopole d’état, c’est un héritage de la prohibition en Amérique du Nord. La société des alcools du Québec (SAQ) importe, distribue et revend tous les vins au Québec. Il y a l’équivalent en Ontario : la LCBO. Il y a 10 provinces au Canada dans lesquelles les règles sont différentes et les monopoles plus ou moins privatisés. L’Alberta est la seule province complètement privatisée, on trouve alors des cavistes et des supermarchés qui vendent du vin, un peu comme en France. Le débat actuel tourne autour de la privatisation dans toutes les provinces. Le monopole rapporte beaucoup d’argent à l’état, c’est des impôts en moins donc les gens sont plutôt satisfaits avec ce système. 

Dans les années 70, quand on allait chercher du vin à la SAQ, c’était comme allé à la pharmacie ! Il y avait un comptoir, on choisissait sur une liste le vin qu’on voulait, le vendeur allait chercher la bouteille dans l’arrière boutique et la mettait dans un sac opaque bien fermé à l’abri des regards.

Encore aujourd’hui, il est interdit de boire sur la voie publique si ce n’est pas accompagné de nourriture.

 

Que peux-tu nous dire sur tes missions actuelles en tant que directeur des ventes au Canada ?

 

Mon rôle est de comprendre toutes les règles de chaque province et de développer les ventes. Le vin français passe en général toujours par le Québec avant de s’implanter dans d’autres provinces. En effet, comme les provinces sont plus anglophones, les habitants ont plus l’habitude de consommer du vin australien, américain ou sud africain. Il y a moins ce lien au vin français. Cependant, avec un nom évocateur et décalé, une de nos marques de pays d’oc mono-cépage se vends très bien depuis de nombreuses années  dans les provinces anglophones et vient de démarrer avec succès au Québec, c’est le Fat Bastard. Nous proposons également des vins de terroir de la Vallée du Rhône plus traditionnel de la Gabriel Meffre, nos sélections parcellaires Laurus, et les vins de nos domaines le Domaine de Longue Toque à Gigondas et Château Grand Escalion des Costières de Nîmes.

Je travaille avec la SAQ qui est notre seul canal de vente. Nous faisons appel à des équipes de vente sur le terrain chargées de promouvoir nos produits. Je passe donc beaucoup de temps avec ces équipes pour les motiver, les former et leur raconter l’histoire de la maison.

Il y a une production de vins au Québec et une démarche d’appelation d’origine en cours mais beaucoup de vins dit canadiens peuvent être, en réalité, composés de vins étrangers du moment qu’ils sont élaborés et embouteillés au Canada.

 

Que pouvez-vous nous dire sur les tendances de consommation actuelles ?

 

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui conservent le vin dans une cave pour le déguster vieilli. Seulement 5% des particuliers qui achètent du vin possèdent des caves propices au stockage de vins. La plupart des bouteilles de vin achetées sont consommées dans les quelques heures qui suivent l’achat. Le vin reste un produit de consommation immédiate et de plaisir, c’est un produit de luxe uniquement pour certains vins rares et pour une certaine partie de la population.

 

Est-ce-que tu te vois rester à Montréal ?

 

Oui on souhaite rester minimum 6-7 ans. Et puis ensuite on verra si on revient en France ou si on reste au Canada. Ça dépendra aussi de comment évoluera ma situation professionnelle. Je ne suis pas du tout parti de France par dépit, j’avais vraiment envie de découvrir autre chose. Les manières de travailler sont différentes, c’est très enrichissant !

Montréal – Oenologie – Vins – Vente – Commerce – Importation – Canada

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