Guillaume Laborde, Manager des Achats au sein de Fwines Co., Ltd.

"Il ne faut pas hésiter à se diversifier, à compléter notre profil par des compétences qui sortent un peu plus du lot."

Les domaines des achats et des imports vous sont encore inconnus ? Travailler dans une langue étrangère vous inteéressent ? 

2000-2004

École Nationale d'Ingénieurs de l'Horticulture et du Paysage 

Angers, France

2004-2005

Nagasaki University of Foreign Studies

Japanese Language

Japon

2005-2006

Master in Food & Technology Processing 

INAP-G (AgroParisTech)

Paris, France

2006 - 2007

Chef de Projet Marketing, Fwines Co., Ltd.

Tokyo, Japon​

2007 - 2010

Commercial au sein de Fwines Co., Ltd.

Tokyo, Japon​

2011-2017

Acheteur chez Fwines Co., Ltd.

Tokyo, Japon

2017-Aujourd'hui

Manager des Achats, Fwines Co., Ltd.

Tokyo, Japon

J’ai 37 ans et je suis originaire de la banlieue parisienne. J’ai arrêté la prépa au bout d’un an et j’ai alors passé les concours pour une jeune école d’ingénieur spécialisé avec prépa intégrée qui s’appelait l’ENIHP (École Nationale d’Ingénieurs de l'Horticulture et du Paysage) à Angers. Je me suis dirigé vers cette formation par peur du cursus universitaire classique et du fait que je n’avais pas d’idée précise de ce que je voulais faire par la suite. 

 

Après mon année de prépa, le cursus prépa intégrée me paraissait beaucoup plus facile. Je trouvais que je n’avais pas besoin de travailler énormément pour réussir et cela ne me convenait pas entièrement. C’est à cette époque que j’ai décidé de commencer l’apprentissage du japonais grâce à des cours par correspondance avec le CNED. J’ai alors profité de mon stage de deuxième année qui se passait à Paris pour prendre des cours du soir de japonais. Et c’est vraiment devenu une passion. En troisième année, j’ai réussi à partir en échange universitaire au Japon et ma passion s’affirmait de plus en plus.

 

Mon projet était alors de convaincre l’école de me laisser partir en année de césure au Japon, pour me concentrer entièrement sur l’apprentissage de la langue. Ma demande a été acceptée et je suis parti dans le sud du pays, à Nagasaki, grâce à une bourse que j’ai pu décrocher. J’étais en famille d’accueil en complète immersion et tous mes frais de scolarité étaient pris en charge par cette bourse. 

 

Tous ces efforts pour apprendre le japonais étaient par passion ou déjà dans le désir d’habiter un jour là-bas ?

 

L’idée de venir habiter ici s’est formée petit à petit. Il n’y a jamais eu réellement de déclic, c’est venu assez naturellement. Pendant cette année de césure, je me suis vraiment concentré sur la langue. J’avais, à la fin, un niveau convenable pour obtenir un emploi là-bas. Je me suis également rendu compte, durant cette année, que je ne pourrais pas revenir travailler au Japon dans le domaine de l’horticulture. Cela ne les intéressait pas. C’est à ce moment-là que ma réflexion s’est tournée vers l’agro-alimentaire et la gastronomie. Ce sont, en effet, des sujets présents dans les relations franco-japonaises. 

 

Ma dernière année de spécialisation s’est donc déroulée à l’INAP-G (maintenant AgroParisTech) en Sciences et Procédés Alimentaires (SPA), maintenant appelé SPAB . J’étais le seul étudiant à venir de l’extérieur et ce fût tout de même complexe de reprendre les cours intensifs en sciences dures.

 

Quelle a donc été la suite pour vous ? 

 

Il a fallu tout d’abord trouver un stage de fin d’études et il n’était pas envisageable pour moi, que ce dernier ait lieu autre part qu’au Japon. Cela n’a pas été facile mais j’avais la chance d’avoir un père qui travaillait à Air France. J’ai pu, grâce à lui, partir à moindre frais une semaine au Japon afin d’y collecter des informations et trouver un stage sur place. Après une cinquantaine de CV et lettres de motivation, j’ai fini pas obtenir une réponse positive de la part de Suntory, un acteur très important de boissons alcoolisées et non alcoolisées. Le groupe est notamment très impliqué dans l’importation du vin. C’est aujourd’hui le troisième groupe mondial de boissons alcoolisées. 

 

À l’époque, Suntory avait assigné un employé de l’entreprise à la création d’une nouvelle société basée exclusivement sur l’activité d’importation de grands vins hauts de gamme. Suntory importe toutes sortes de vins, de toutes catégories de prix. Les vins de marché de masse et de volume se retrouvent dans les supermarchés et sont transportés dans des containers non réfrigérés pour réduire au maximum les coûts de transports. Les grands vins respectent une politique de qualité beaucoup plus stricte. C’est la raison pour laquelle l’entreprise a voulu séparer ces deux catégories aux cahiers des charges très différents. Cette nouvelle société, dédiée à l’importation des grands vins, a été créée en 2006, l’année où j’ai postulé pour mon stage. La société se nomme « Fwines » et ils avaient alors besoin d’effectifs pour réaliser à bien leurs objectifs et se développer. J’ai eu de la chance car ce n’est tout de même pas évident pour une société japonaise de demander à un étranger de travailler pour elle. Il y avait beaucoup de réticences vis à vis de cela. 

 

Importent-ils des vins uniquement français ? 

 

Surtout français, pour l’image qu’ont les Japonais de la France ; de plus, il y a une réelle demande pour des vins hauts-de-gamme majoritairement français. Le stage se déroulait à Tokyo dans une structure de 40-45 employés et ce fut assez compliqué. Il y avait initialement un manque d’organisation. L’équipe était un mélange entre les personnes débarquées de Suntory et celles qui avaient été embauchées uniquement pour cette société. Il y régnait donc une ambiance quelque peu sous tension pour des problèmes politiques et de fierté mal placée. Il faut ajouter à cela qu’ils n’étaient pas habitués à recevoir des stagiaires et qu’au Japon, on ne confie aucune responsabilité à un stagiaire. Je commençais donc à m’inquiéter sur le déroulement et la pertinence de mon stage… 

 

Tout en essayant de m’intégrer, j’ai alors eu l’idée d’orienter mon rapport de stage vers une étude de marché, une explication de l’importation des grands vins au Japon. Il était question d’en expliquer les difficultés, les défis et de sortir un rapport le plus descriptif et analytique possible. 

 

Même en parlant correctement la langue, ils ne vous ont pas accordé plus de responsabilités ?

 

Dans leur culture, si nous sommes des stagiaires, ils ne vont absolument pas nous prendre de haut ni nous manquer de respect. Ils seront toutefois dans l’incapacité de nous confier des responsabilités, car s’il y a un problème, ils ne pourront pas donner de justification à ce qui s’est passé. Cela est particulièrement prononcé au Japon. Ils ne pensaient pas pouvoir se permettre d’exiger un travail de ma part sous une certaine pression. 

 

En définitive, je m’y suis énormément plu et l’équipe était très agréable. Ainsi, avant même de finir mon stage, j’avais obtenu un contrat avec eux. J’ai commencé par un petit département appelé département “projet” qui aide à la promotion des vins et offre un support pour les commerciaux. Ensuite, je suis passé commercial et suis parti sur le terrain car mon objectif était de devenir acheteur. Je pensais que c’était à cette position, qu’en tant que Français, je serais le plus utile. Or, mes supérieurs ne cessaient de me répéter que pour faire un bon acheteur, je devais connaître les besoins des vendeurs et des clients. Un peu à contre-coeur, je suis donc arrivé au département des ventes. Nos clients sont des restaurants, des cavistes et surtout des grossistes qui redistribuent de nombreux alcools différents à la restauration notamment. 

J’ai alors découvert le Japon plus “intérieur” et le fait que je sois étranger a beaucoup marqué les esprits. Certains clients étaient très sollicités par d’autres entreprises et le fait que je sois le seul fournisseur étranger m’a, en définitive, énormément aidé. Je me démarquais beaucoup plus des autres, ça leur changeait un peu leur quotidien. 

 

À partir de 2011, j’ai pu être transféré aux achats. Je me suis occupé de plusieurs régions mais principalement la France. J’ai une équipe de trois personnes et nous sommes en charge majoritairement de l’approvisionnement en vins de Bordeaux et de Bourgogne. 

 

Des vins de toute catégorie ? 

 

On ne fait que des vins millésimés qui se vendent à partir de 1 500 yens au détail. Il a fallu également faire preuve d’humilité. Ici, quelle que soit notre formation initiale, tout le monde commence sur un même pied d’égalité du moment qu’on est embauché par l’entreprise. Nous faisons ensuite nos preuves. Dans les nouvelles sociétés japonaises et surtout les PME, l’ancienneté ne compte plus autant et les primes se font de plus en plus au mérite. 

 

Le cursus scolaire, au Japon, aide-t-il plutôt à se créer des opportunités ? 

 

Tout à fait, et à se faire également “bien voir” pour, peut-être, mieux négocier des directions de carrières. Je ne dis quand même pas que la formation choisie avant d’entrer à un poste n’a aucune importance, mais cela est très différent de la culture occidentale. 

 

Avez-vous envie de continuer à travailler dans les achats ? 

 

C’est difficile à dire. Le milieu et le produit sont très intéressants et nous faisons des rencontres enrichissantes. Même si je devais changer de société, je chercherais dans le vin à nouveau, parce que c’est dans ce domaine-là aussi que j’ai à présent mes relations. Le reste dépendra plutôt des opportunités et des rencontres que je pourrai faire. Je me dis qu’actuellement, je pourrais difficilement trouver mieux. 

 

Vous n’êtes donc pas contre de quitter le Japon pour retourner en France ou ailleurs ? 

 

Pour être honnête, je ne sais pas. Pourquoi pas ? Mais si je dois rentrer en France, ce sera uniquement si une raison bien particulière l’impose. 

Mais je voyage déjà assez souvent : en six mois j’en suis à mon quatrième aller-retour avec la France. Cela peut être pour accompagner les clients en leur faisant découvrir les vignerons et les domaines si nos clients dépassent un certain objectif de vente. La relation entre fournisseur et client s’en trouve ainsi considérablement renforcée aussi bien avec le producteur qu’avec nous, les importateurs. Nos partenariats n’en ressortent que plus forts. Cela diversifie énormément mon champ d’activité ! Nous accueillons également les producteurs au Japon. 

 

Je m’occupe toutefois plus de la partie technique des achats et non pas du marketing. Le champagne étant un produit très ciblé, c’est mon collègue qui s’en occupe. 

 

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ?

 

Il ne faut pas hésiter à se diversifier, à compléter notre profil par des compétences qui sortent un peu plus du lot. Ne jamais se reposer sur ses acquis et toujours chercher à se perfectionner ! 

Achats - Marketing - Suntory - Importation - Vins - Japon

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