Guillaume Lacombe, Directeur de recherche au sein de l'IWMI, International Water Management Institute

“Nous essayons de produire de la connaissance sur les différentes dynamiques de l’eau dans cet environnement et leurs implications […]. Le but est d’anticiper les problèmes et mieux gérer la ressource dans le présent et dans le futur.”

La recherche en sciences environnementales vous est encore méconnue ? Vous vous intéressez au problématique de la gestion mondiale de la resource hydrique ?

1996-1999

AgroParisTech - Gestion du Vivant et Stratégie Patrimoniale 

Paris, France

2000-2001

Assistant au conseiller régional pour la coopération technique et scientifique, Ambassade de France

Bangkok, Thaïlande

2002 - 2003

ENGREF

Paris,  France

2004 - 2007

Doctorat en Hydrologie et Resources Hydriques au sein de l'IRD

Montpellier, France​

2008-2010

Post-Doctorant au sein de l'IWMI, International Water Management Institute

Vientiane, Laos​

2010-2014

Chercheur en Hydrologie au sein de l'IWMI

Vientiane, Laos​

2015-Aujourd'hui

Directeur de Recherche en Hydrologie au sein de l'IWMI

Vientiane, Laos

Je m’appelle Guillaume Lacombe et je suis diplômé de la promo 96 de l’INA-PG.

J’ai fait une spécialisation qui s’appelait « gestion du vivant et stratégie patrimoniale ».

 

Qu’est- ce qui vous a amené à faire l’Agro et qu’est- ce que cela vous a apporté ? 

 

L’attrait pour la science, la nature, la biologie.

Dès l’âge de 10-11 ans, je voulais travailler pour les eaux et forêts. J’avais déjà une attirance pour la gestion de l’espace naturel, l’environnement. 

Qu’est-ce que cela m’a apporté ? Je dirais d’abord la prépa, pour la quantité énorme d’informations (très intéressantes de surcroît) que j’y ai ingurgité. Lorsque je suis arrivé à école c’était un peu plus cool on va dire mais ce qui m’a plu, c’était la diversité des cours reçus avec un aspect beaucoup plus pratique et beaucoup plus appliqué. J’ai fait beaucoup de stages à l’étranger et cela était très bien puisque je voulais déjà travailler ailleurs.

Mais j’ai beaucoup aimé l’ambiance de l’agro : j’ai des souvenirs formidables de fêtes, de copains, de Grignon…

 

Après l’école, quel a été votre parcours ?

 

Quand j’ai fini ma troisième année je ne me sentais pas encore assez spécialisé. J’étais l’un des derniers à faire mon service national pour la coopération. Je suis parti en Thaïlande au service de coopération et d’action culturelles de l’ambassade de France. Je travaillais pour la coopération scientifique et technique entre la France et les pays de l’ASEAN.

Au cours de cette expérience, j’ai côtoyé des chercheurs de l’IRD et du CIRAD notamment. On finançait certaines de leurs activités. Cela m’a vraiment donné envie de faire ce qu’ils faisaient. Il me fallait donc poursuivre en thèse. Après un an et demi, je suis rentré en France et je voulais trouver une bourse de thèse. Ce n’était pas facile en raison de cette interruption et du fait que je voulais travailler sur l’eau alors que ma spécialisation n’était pas en lien avec ce souhait. J’avais donc l’équivalence académique pour faire une thèse mais pas la bourse : j’ai fait un DEA en « Sciences de l’Eau dans l’Environnement Continental » avec l’ENGREF et l’université  Montpellier 2. 

J’ai effectué un stage dans le cadre du CIRAD avec les chercheurs que j’avais rencontré en Thaïlande. Il s’agissait de modéliser des systèmes multi-agents représentant des acteurs en interaction avec des ressources naturelles afin d’optimiser ces interactions dans un contexte de riziculture dans le nord- est de la Thaïlande. J’ai finalement eu ma bourse pour faire une thèse avec l’IRD en Tunisie. 

 

Je suis donc rentré en France. J’étais basé à la maison des sciences de l’eau dans une unité mixte de recherche et mon terrain d’étude était la Tunisie centrale en hydrologie. 

Je me concentrais sur l’impact de petit aménagements anti-érosifs comme les lacs collinaires et les banquettes. Ce sont de petits talus qui suivent les courbes de niveau, freinent le ruissellement et favorisent l’infiltration de l’eau pour limiter l’érosion. Lorsqu’on construit ces aménagements à grande échelle, cela a un effet vraiment très important sur les écoulements et les nappes phréatiques.

A l’issue de ma thèse, j’ai postulé à l’IWMI (International Water Management Institute) pour faire un post-doc à Vientiane. 10 ans plus tard je suis toujours là. Je suis arrivé en pensant rester 2 ans ; j’ai été recruté en tant que chercheur et depuis ce temps je travaille à l’IWMI dans différents projets. 

 

 

Sur quelles missions travaillez-vous actuellement ? 

 

Elles sont assez variées. Je travaille en hydrologie, en particulier sur la quantification des ressources en eau - essentiellement pour l’agriculture - et comment cette ressource en eau est influencée dans ses variations par différents facteurs.

Ces facteurs sont le changement climatique, le changement d’usage des terres, les infrastructures (comme les barrages hydroélectriques - nombreux au Laos et dans le bassin du Mékong -)

Ces variations de la ressource en eau dans le temps et dans l’espace ont une incidence sur ses usages (agricoles dans le cas de l’IWMI) pour l’irrigation. Plus de 90% de la consommation d’eau est pour l’agriculture ici. Nous sommes donc basés au Laos mais le bureau dans lequel je travaille est un bureau régional, pour toute l’Asie du Sud- Est. Nous sommes donc amenés à travailler dans d’autre pays comme le Vietnam, la Thaïlande, le Cambodge, parfois la Birmanie. J’ai aussi eu l’occasion de travailler en Inde, en Afrique, en Ouzbékistan. 

On voyage beaucoup en fonction des projets. 

 

Quelles sont les spécificités et les problématiques que vous avez rencontrées au Laos ?

 

Le bassin du Mékong est une zone en très fort développement économique, ce qui se traduit par des pressions sur la ressource en eau.

Quantitativement il y a une augmentation du besoin mais il y a aussi des problèmes de pollution et donc de qualité de l’eau. L’augmentation des besoins en énergie entraine une augmentation du nombre de barrages. L’hydroélectricité est la première ressource du Laos. Les pays voisins, plus développés, investissent au Laos pour subvenir à leur besoin énergétique en exportant l’électricité. Cela a souvent un impact négatif sur le Laos par rapport au déplacement de population, à la réduction de la biodiversité, sur la migration des poissons, la sédimentation. Parmi les rares avantages il y a tout de même l’augmentation des débits en saison sèche puisque le barrage les régule. 

Traditionnellement l’agriculture au Laos était très peu développée. Cela change beaucoup mais jusqu’à il y a 10 ans c’étaient des chasseurs- cueilleurs. De nouvelles lois contrôlent l’accès aux ressources naturelles. Des villageois qui dépendaient des ressources venant de la forêt doivent compenser en se mettant à cultiver. Cela s’avère difficile surtout dans des régions de montagne avec des pentes très fortes.

Le riz étant de plus nutritionnellement très pauvre, ils doivent compenser cela par des cultures de légumes et de l’élevage. 

Mais la vraie raison de l’augmentation de la demande en eau concerne l’accroissement de la demande en irrigation dans les plaines en raison de la volonté du Laos de se développer et donc de produire plus pour exporter. 

 

La culture du riz de montagne pluvial se faisait en « abattis- brûlis » sur des cycles beaucoup plus longs. Les rotations pour régénérer les terres se faisaient sur 50 ans. Les densités de population étaient tellement faibles qu’ils pouvaient se permettre de faire cela.

Aujourd’hui, les cycles sont de 3-4 ans et cela cause des problèmes d’érosions. Ils essayent donc de rendre l’agriculture pérenne plutôt qu’itinérante mais la gestion de la fertilité des sols reste problématique. 

 

Comment cela se retranscrit-il dans votre travail ? 

 

Nous essayons de produire de la connaissance sur les différentes dynamiques de l’eau dans cet environnement et leurs implications sur la biodiversité, sur la ressource en eau pour l’irrigation,…Le but est d’anticiper les problèmes et mieux gérer la ressource dans le présent et dans le futur.

Nous avons récemment travaillé sur un projet avec la FAO sur les zones humides. Ces zones classées sont en danger à cause de la pression démographique et notre rôle était d’en faire un bilan hydrologique. Comprendre quelle est la quantité d’eau qui circule et qu’est- ce qui l’influence au niveau du bassin versant. Dans la zone humide elle- même aussi par rapport à des problématiques de sédimentation : quelles sont les implications, quel va être le futur si l’on prend en compte le changement climatique et les problèmes de déforestation qui sont en cours ? 

 

En ce moment nous travaillons pour la Banque Mondiale et la Compagnie Nationale du Rhône sur la planification de barrages hydroélectriques dans deux grands bassins versants du Mékong au Laos. Nous regardons les compétitions entre différents intérêts économiques et naturels : la production hydroélectrique d’une part et les aspects liés à la biodiversité, la sédimentation, les poissons, les crues, les risques d’inondation d’autre part... Par la modélisation hydrologique, on simule différents scénarii qui considèrent différentes options de développement et de gestion de ces barrages. Ces modèles satisfont les enjeux économiques ou environnementaux et nous essayons de quantifier les informations obtenues. Dans ce projet nous travaillons avec deux ministères : le ministère de l’environnement et des ressources naturelles et le ministère de l’énergie et des mines sachant que c’est ce dernier qui contrôle vraiment les barrages et qui est en relation avec les compagnies qui les développent. Alors que le ministère de l’environnement va plutôt regarder l’impact que ces barrages ont sur l’eau. Au niveau coordination ils ont quelques difficultés à communiquer, ces structures étant très cloisonnées. Notre objectif en les impliquant est de déclencher plus d’interactions et d’améliorer leur collaboration.  

 

Le Laos est de plus en plus actif via ses propres structures : ses ministères, ses centres de recherche, ses universités. Tout évolue très vite. Depuis 10 ans les choses ont vraiment beaucoup bougé. La prise de conscience et le savoir- faire s’améliore beaucoup. 

 

Quels sont les enjeux majeurs auxquels nous allons être confrontés dans le futur ? 

 

Je pense que le gros problème mondial concerne les écarts de niveau de vie entre les pauvres et les riches, les problèmes de sous-alimentation, d’éducation. Je pense que les efforts à ce niveau doivent être faits par les gouvernements des pays eux-mêmes. Et se pose alors la question du régime politique : le fait d’être dans une démocratie, dans une dictature,

Tout cela rentre en ligne de compte et je pense qu’il faut un appareil législatif performant. Il ne faut pas d’un système répressif bien sûr ni trop centralisé car le risque est d’ignorer les problématiques locales. Ce n’est pas évident. 

 

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ? 

 

S’écouter soi-même ; savoir ce que l’on veut, se connaitre. Ce n’est pas toujours facile. Si on a une conviction il faut aller jusqu’au bout ! D’une manière très générale, discuter avec le maximum de gens. Les gens qui réussissent le mieux sont en phase avec eux-mêmes malgré l’existence de sujets plus porteurs que d’autres.

Coopération Scientifique - Recherche - Resource Hydrique - Laos - IWMI

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