GUILLAUME RAGONNAUDAdministrator - Committee on the Environment, Public Health and Food Safety, European Parliament

Travailler pour l'Europe donne un sens particulier à mon travail !

Le travail des fonctionnaires au Parlement Européen ? Le fonctionnement des différentes commissions parlementaires ?

Une formation mêlant sciences politiques et agronomie ? Une volonté de travailler pour l'Union Européenne ?

Un premier poste à la Cour des Comptes ? Etre fonctionnaire européen et administrateur de recherche parlementaire ?

1998 - 2001
Student, INA P-G (98)

 

2001 - 2003

Student, Sciences Po Paris

2003 - 2007

Chargé d'études économiques et internationales, FNSEA

2007 - 2009

Auditor (performance audit), Chamber II Structural Policies, Transport, Research and Energy , European Court of Auditor

2009 - 2012

Policy Analyst - DG Presidency​, European Parliament

2012 - décembre 2016

Research Administrator - Committee on Agriculture and Rural Development (AGRI) , European Parliament

 

décembre 2016 - Aujourd'hui

Administrator - Committee on the Environment, Public Health and Food Safety , European Parliament 

Le métier de vos rêves étant petit ?

Sans aucun doute footballeur professionnel !

En un mot la vie à Bruxelles ?

La ville est très cosmopolite (plus de 160 nationalités), très animée, les Belges sont chaleureux. Les espaces verts sont nombreux et on est rapidement dans la nature, en quelques km. C’est vraiment sympa !

Un conseil pour les étudiants ?

Ne délaissez pas l'apprentissage des langues, et profitez de votre passage à l'agro pour vous perfectionner. C'est essentiel !

Pouvez-vous nous décrire l’organisation des trois institutions qui interviennent dans l’adoption des lois européennes ?

 

Le Parlement Européen :

Le Parlement est le seul organe européen directement élu par les citoyens. Il représente les 500 millions de citoyens de l’UE. Il partage le pouvoir budgétaire et législatif avec le Conseil de l’Union (l’institution représentant les États membres de l’UE). En 2009, le traité de Lisbonne est entré en vigueur, le dernier traité européen en date, qui a renforcé les compétences du parlement. Le parlement est devenu co-législateur dans un très grand nombre de sujets qui sont de la compétence de l’Europe. À tel point qu’aujourd’hui les lois européennes sont le plus souvent adoptées selon un processus qui implique le Parlement à égalité avec le Conseil.

Le Parlement comprend 20 commissions parlementaires thématiques (p.ex. la commission de l’agriculture, la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité sanitaire, la commission de l’industrie, la recherche et l’énergie, etc.) dans lesquelles se répartissent les 751 députés (selon les résultats des élections européennes, leurs intérêts ou leur parcours professionnel). Dans une commission parlementaire, lorsqu’une proposition de loi européenne est discutée, un député est nommé responsable de ce sujet, c’est le « rapporteur », et il représentera le parlement sur ce sujet lors des négociations.

 

La Commission Européenne :

C’est l’organe exécutif de l’UE. Elle se charge de proposer les lois européennes et de veiller à la bonne application du droit de l’UE. La commission européenne est un peu « l’expert technique » et la gardienne des traités.

 

Le Conseil de l’UE :

Le Conseil réunit les ministres nationaux de tous les pays de l'UE (thématiquement : par exemple le Conseil « Agriculture » réunit les ministres de l’agriculture européens) pour adopter les lois ou coordonner les politiques nationales (économie, éducation, emploi).

En résumé, typiquement, la Commission prépare un projet de loi puis le transmet au Parlement et au Conseil. La proposition est ensuite discutée et modifiée en interne par chaque institution. Ensuite les deux institutions échangent et se mettent d’accord sur un texte final. Il y a beaucoup de subtilités et de procédures, mais l’idée de base est très simple ! Le parlement et le conseil contrôlent aussi l’action de la commission.

Pour résumer, pour faire une loi européenne il faut 3 institutions, une qui propose les projets de loi et qui les met en œuvre après qu’ils ont été approuvés (la commission), deux qui décident la loi (parlement et conseil).

 

Quel est le but de ces trois institutions européennes ?

 

Elles sont au service du projet européen et de tous les Européens. Pour préserver la paix sur le continent, rester unis dans la diversité qui caractérise l’Europe, promouvoir les valeurs européennes, mutualiser nos moyens, assurer une meilleure protection les citoyens dans un monde où individuellement chaque pays européen est bien petit comparé à de nombreux géants, etc. Si on prend un exemple très concret dans le domaine de la recherche, le matériel (p.ex. des scanners) coûte extrêmement cher. Il est plus intelligent et efficient que les pays européens se mettent ensemble pour acheter le meilleur des scanners au monde, et qu’il soit exploité en collaboration par des chercheurs de toute l’Europe, plutôt que chaque pays achète séparément un scanner moyen… C’est un exemple très concret du concept de valeur ajoutée européenne. On pourrait passer des heures et des heures à parler de toutes les raisons qui ont mené à la construction de l’Europe !

 

Quels sont les sujets traités par ces institutions ?

 

L’UE n’agit que dans les limites des compétences qui lui ont été attribuées par les pays de l’UE dans les traités européens. Pour certaines politiques l’UE a une compétence exclusive d’action (p.ex. la politique monétaire), une compétence partagée avec les États (p.ex. la recherche, l’énergie, l’agriculture, l’environnement), ou une compétence d’appui des États (p.ex. éducation, culture). Si on va davantage dans les détails, par exemple, lorsqu’une réforme de la PAC est négociée, un très grand nombre de sujets sont discutés : comment répartir les aides directes aux agriculteurs ? Comment mieux soutenir  les « petits agriculteurs » ? Faut-il conditionner les aides à la protection de l’’environnement ? Faut-il soutenir davantage les protéagineux? Il y a des centaines de négociations !

 

Comment travaillent les fonctionnaires européens au Parlement ?

 

Au Parlement, ils travaillent avec les députés pour soutenir leur travail. Certains sont davantage spécialisés dans leur soutien au quotidien dans la gestion des procédures et des négociations, c’est-à-dire ils apportent leur aide lorsqu’un député veut amender un texte de loi, pour vérifier que tout va bien dans les délais, que les amendements sont bien pris en compte, etc. D’autres fonctionnaires ont un rôle plus « technique », ils contribuent à leur fournir une expertise, des notes sur des sujets précis. Je travaille depuis quatre ans dans ce rôle : je suis « administrateur de recherche parlementaire » et je travaille auprès de la Commission de l’agriculture et du développement rural. Par exemple, actuellement je travaille sur deux sujets : la volatilité du prix des matières premières agricoles et le rôle de la PAC dans la création d‘emplois. Je dois par exemple expliquer comment les assurances agricoles fonctionnent aux États-Unis, quels mécanismes existent en Europe contre la volatilité des prix, quel est le rôle de la politique de développement rural dans la création d’emplois, etc.  Mais il y a une multitude de sujets traités, je suis comme dans un master permanent, j’apprends sur tout un tas de sujet et il faut toujours se mettre à jour, c’est ce qui est génial !

Nos notes s’adressent également spécifiquement au président de la commission de l’agriculture du parlement (il s’en sert quand il va représenter la commission parlementaire dans des conférences ou des réunions) ou au président du parlement s’il a besoin de traiter une question d’agriculture ou d’agroalimentaire. Nous devons toujours être objectifs, présenter les différents points de vue, et c’est là la principale différence par rapport au travail d’un groupe politique, notre approche est non partisane !

Nous travaillons également avec des chercheurs européens sur des études de plus longue haleine. La commission parlementaire nous demande de mener ces études et nous mandatons alors des équipes européennes de chercheurs extérieurs.

 

Existe-t-il des liens entre les différentes commissions parlementaires selon les sujets traités ?

 

Tout à fait, les commissions parlementaires peuvent être plusieurs à travailler sur un même projet de loi, mais l’une d’entre elles est généralement « leader », les autres donnant simplement leur avis. Les projets de loi sont répartis selon les sujets dont sont responsables chacune des commissions parlementaires. Parfois, pour certains sujets, l’attribution d’un projet de loi à une commission parlementaire « leader » est un peu difficile, lorsque les sujets sont transversaux, typiquement ceux qui ont trait aux changements climatiques.

 

Aimez-vous la vie à Bruxelles ?

 

Oui la vie à Bruxelles est très agréable. La ville est très cosmopolite (plus de 160 nationalités), très animée, les Belges sont chaleureux. Les espaces verts sont nombreux et on est rapidement dans la nature, en quelques km. C’est vraiment sympa !

 

Revenons un peu en arrière, quelle spécialité avez-vous suivi à l’agro ? Vous intégrez ensuite Sciences Po, que vous a apportez cette formation complémentaire ?

 

A l’agro, j’ai suivi la spécialité « ingénierie de la production végétale ». J’ai ensuite passé un concours pour intégrer Sciences Po. J’ai passé 2 ans là-bas pour en obtenir le diplôme, et j’y ai suivi une spécialité en économie et commerce international. C’était vraiment très bien et ça m’a beaucoup servi ! Dans mon quotidien j’utilise principalement les méthodologies que j’ai apprises là-bas. À Sciences Po, il y avait une grande diversité de profils (et de nationalités), c’est-à-dire qu’il y avait aussi des ingénieurs, juristes, économistes, statisticiens, archéologues, etc. qui y complétaient leur formation, ce qui a rendu cette expérience encore plus enrichissante.

En entrant à l’Agro, je ne savais pas encore précisément ce que je voulais faire, mais je savais que je ne voulais pas faire quelque chose de trop technique. J’ai toujours été un « scientifique littéraire ». Pourquoi avoir choisi de faire l’agro en premier ? Je m’étais dit que si j’abandonnais les sciences après le bac, il serait difficile voire impossible de reprendre ce cursus si je le souhaitais. Et puis, j’adorais les sciences alors la décision n’a pas été trop difficile !

 

Parlez-nous de vos premières expériences professionnelles. Avez-vous réussi à conserver cette complémentarité entre agronomie et sciences politiques ?

 

Au cours de ma formation, j’avais pu tester différents domaines à travers mes stages : dans une exploitation agricole, à l’INRA, dans un centre de recherche sur les variétés végétales, en Espagne dans une entreprise d’agrochimie ou encore dans le service des études industrielles de BNP Paribas. Une fois diplômé, j’ai commencé par travailler 4 ans au siège de la FNSEA (syndicat agricole), au sein du service économique et international.

 

D’où vous vient cette envie de travailler pour l’Union Européenne ?

 

J’ai toujours eu en tête l’idée de travailler pour le projet européen. Petit, j’ai vécu dans plusieurs pays, notamment en Espagne et en Allemagne. Bien sûr nous avons nos spécificités nationales, mais nous avons bien plus de points communs ! Travailler pour l’Europe donne un sens particulier à mon travail. C’est quelque chose qui me parle ! J’ai passé le concours pour devenir fonctionnaire européen quelques années après la fin de mes études, lorsque je travaillais à Paris.

 

En tant que fonctionnaire européen, vous débutez votre travail pour l’Union Européenne à travers un poste à la cour des comptes. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette entité et les missions que vous aviez alors ?

 

La cour des comptes est la « gardienne des finances européennes». Elle promeut la bonne gestion financière des fonds européens. Je n’avais jamais travaillé dans l’audit auparavant, mais la cour avait besoin d’ingénieurs pour réaliser des « audits de la performance ». Il fallait répondre à des questions telles que « les fonds de l’UE sont-ils utilisés de manière optimale? », dans le domaine de la politique régionale de l’UE. Encore plus précisément, par exemple « les programmes financés par le fonds social européen ont-ils donné de bons résultats et ont-ils permis aux femmes recherchant un emploi de retrouver du travail? ».

J’ai eu l’occasion de travailler sur différents projets, notamment sur les projets financés par le fonds de cohésion en Espagne pour l’approvisionnement en eau potable, ou pour le traitement des déchets.

Mon travail consistait à préparer un programme d’audit avec mes collègues, le réaliser puis en synthétiser les résultats. C’est-à-dire, je devais étudier le sujet, voir dans quel pays il y avait eu des dépenses importantes, préparer un questionnaire à destination des ministères nationaux ou régionaux chargés de mettre en place ces programmes et des différentes associations qui avaient reçues l’argent. Cela impliquait de nombreuses missions dans toute l’Europe. Ensuite nous synthétisions tout cela. Puis, à la fin du processus, le rapport était adopté par la cour des comptes, il était publié sur le site de la cour des comptes et au Journal Officiel, puis présenté au Parlement européen. C’était vraiment très intéressant, j’ai découvert beaucoup de choses et beaucoup discuté de la mise en œuvre sur le terrain des politiques européennes. Je ne voulais pas rester auditeur sur le long terme, mais cette expérience a été pour moi une passerelle très intéressante !

 

En 2009, vous intégrez le Parlement Européen. Quel était votre premier poste au sein de cette institution européenne ?

 

J’ai commencé par travailler dans un service qui depuis est devenu le service de recherche du Parlement et qui s’occupait initialement de rédiger des « briefings » pour les députés, peu importe la commission parlementaire dans laquelle ils travaillaient. Tout député, peut à un moment ou un autre, pour une conférence, une réunion, un vote, avoir besoin d’une information en particulier sur un sujet donné ! Par exemple « quel est l’état de la biodiversité en Europe ? ». Tous ces briefings sont ensuite mis à la disposition de tous les députés, et même de tous les citoyens européens sur le site internet du Parlement. C’est une source d’informations qu’il ne faut pas hésiter à consulter ! C’était très intéressant, je travaillais sur un nombre très large de sujets, ce qui me demandait une grande polyvalence.

Lorsque l’on intègre le Parlement, au début nous devons changer de fonction deux fois en 7 ans, donc, au bout de 3 ans et demi, j’ai intégré le service de recherche de la Commission parlementaire de l’agriculture et du développement rural. Dans notre équipe nous sommes deux spécialistes et nous travaillons beaucoup avec nos collègues en charge de la procédure.

 

 

Aujourd’hui vous allez changer de poste, pouvez-vous nous expliquer plus en détail votre rôle ?

 

Je vais travailler auprès de la commission parlementaire de l’environnement, la santé publique et la sécurité sanitaire (de beaux sujets pour un Agro !). Mon rôle sera d’épauler les députés de cette commission dans l’élaboration des lois européennes, sur le fond et sur la procédure, en interne au Parlement et lors des négociations avec les États membres. 

Parlement européen - Bruxelles - FNSEA - Science Po - Cours des Comptes - production végétale - Europe

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