Ignacio Tourino, Conseiller Gouvernemental en Finance Climatique auprès du Ministère de l'Environnement Laotien

“Il faut penser « circulaire » et non linéaire, penser aux différents cycles pour arriver à une approche plus durable.”

Les problématiques environnementales vous passionnent particulièrement ? Vous désirez en connaître plus sur les organismes internationaux d'appui au développement des pays émergents ?

1994 - 1998

Universidad de Santiago de Compostela, Espagne

Ingénieur Agronome​

1997 - 1999

Master AgroCampusOuest Rennes

Spécialité Sciences Environnementales

2000 - 2001

Master CLUES - AgroParisTech ; Climate, Land Use, Ecosystem Services

Paris, France​

2002 - 2005

Doctorat en Analyse Spatiale et Agro-Environnement

INP, Toulouse

2005 - 2007

Post-Doctorant au sein de l'IWMI - International Water Management Institute

Ghana 

Mars - Septembre 2006

Conseiller International auprès de la FAO

Ghana

2007-2014

Coordinateur de fonds d'investissement (Global Environment Facility) auprès de l'African Development Bank 

Ghana / Tunisie​

2014 - 2016

Directeur du programme "Changement Climatique" au sein de l'IUCN

Vientiane, Laos

2016 - 2017

Consultant Spécialiste "Adaptation au Changement Climatique" au Green Climate Fund

Vientiane, Laos

2017 -  Aujourd'hui

Conseiller en Finance Climatique auprès du Ministère de l'Environnement Laotien

Vientiane, Laos

Je m’appelle Ignacio Tourino. Je suis d’origine espagnole et actuellement au Laos, depuis 4 ans. Je suis ingénieur agronome mais j’ai aussi fait une thèse. 

Nous avons décidé avec ma famille de travailler plutôt dans des pays en développement, depuis déjà plus de 15 ans. J’ai 42 ans et 3 enfants.

 

Qu’est- ce qui vous a amené à faire l’Agro ?

J’ai commencé en Espagne. Mon père, sans en faire son métier, était très intéressé par tout ce qui a trait à l’agriculture ; j’ai donc un peu baigné là- dedans et j’ai décidé de devenir ingénieur agronome mais plus pour la partie environnement.

En Espagne, à l’époque, l’agro et les sciences environnementales étaient deux carrières académiques distinctes. L’approche était alors plus politique et moins ingénieur. Pendant mon cursus, je suis allée en Erasmus en France, à l’école de Rennes et j’ai beaucoup aimé l’approche française. En école, on apprend d’une manière différente, avec beaucoup plus de recul. On apprend des métiers, on apprend à chercher et à analyser les choses.

Il y avait une spécialisation « environnement » à Rennes. Je suis rentré un an en Espagne et comme ça c’était très bien passé à l’agro alors j’ai demandé un transfert de dossier, pour faire la spécialisation à l’Agro de Rennes. J’ai donc fait ma troisième année à Rennes. Ensuite, j’ai décidé de faire un DEA en biosphère continentale, ce qu’on appelle maintenant master recherche en climatologie - interaction plante et atmosphère. C’était à l’INA-PG avec Paris VI et l’ENS. 

 

Après l’école, quel a été votre parcours ?

Pendant ma thèse je travaillais beaucoup avec SIG (Système d'Information Géographique) et des outils de télédétection. J’étudiais la variabilité des sols dans un contexte d’agriculture de précision,  de l’échelle de la parcelle jusqu’au bassin versant. C’était très technique pour l’époque avec énormément de données à traiter, un côté très analytique.

En plus de mes travaux de recherche, j’aimais bien aider les autres sur les aspects techniques et j’ai ainsi collaboré sur différents projets en Afrique, : sur le traitement des images Végétation, sur la dégradation des terres …Je voulais faire du développement et ma compagne (qui est maintenant ma femme) également. Nous avons donc voulu partir : ma femme a eu un post-doc à l’Institut International pour la gestion del’Eau (IWMI) qui nous a amenés en Afrique, au Ghana. Depuis, nous sommes restés travailler dans des pays en développement et pays en transition. C’est cela qui nous plait.

 

Comment avez-vous cheminé de l’Afrique au Laos ? 

En Afrique, au début, mon travail – au Ghana, était très technique. Par la suite, j’ai intégré, en Tunisie, un programme à la Banque Africaine (ce qu’on appelle programme de Jeune Professionnelles). C’est un programme sur 3 ans pendant lequel on fait des rotations dans plusieurs départements de l’institution.

Après ces 3 ans, nous avons décidé de rester encore 4 ans en Tunisie. Pendant ces années en Tunisie, toute la famille m’a suivi,  mais nous avons un accord d’équilibre dans notre couple et cette fois-ci, c’était au tour de ma femme de mener la famille autre part. En terme de destination de prédilection, nous avions fait une liste de pays selon des critères tels qu’un pays et ville de petit taille, peu de consumérisme, avec une nature abondante … Cela donnait Costa Rica, Bolivie et Laos et nous avions une préférence pour le Laos. Ma femme a eu une proposition pour Vientiane et nous avons donc débarqué ici il y a 4 ans.

Ici au Laos, j’ai eu la chance de trouver un travail tout de suite. Je travaille sur les thématiques environnement/changement climatique, surtout en appui au financement, la  mobilisation des ressources et la préparation des projets. Dans ce domaine il y a pas mal d’opportunités et cela fait donc 4 ans que j’enchaîne des contrats. 

Nous aimons bien les challenges : bouger, repartir à zéro… On retrouve rarement exactement le même poste donc on réapprend systématiquement de nouvelles choses, dans de nouveaux domaines et contextes. C’est vraiment quelque chose que nous apprécions de faire. C’est un développement personnel constant. Celui qui suit a plus de liberté puisque celui qui mène assure la stabilité familiale et comme nous alternons l’un/l’autre, nous avons trouvé un certain équilibre. C’est un choix. 

 

 

Quel est votre poste actuel ? 

Je travaille pour le ministère de l’environnement et ressources naturelles du Laos, au département du changement climatique. J’appuie le ministère sur tout ce qui est finance pour l’environnement et pour le climat, surtout sur des fonds globaux : le fond pour l’environnement global et le fond vers pour le climat. J’ai un rôle de conseiller, je ne suis pas le décideurs. J’aide le gouvernement à identifier les agences et les types de projets qui sont susceptibles d’être le plus alignés avec les objectifs définis au niveau national. En parallèle je rédige aussi beaucoup de notes, de « briefs » pour appuyer les décideurs à la prise décision et j’appuie aussi dans la préparation des réunions bilatérales et multilatérales. Et je participe à certaines missions comme les dernières COP en Allemagne. Pour moi c’est nouveau : j’avais toujours travaillé du côté fond, banque de développement, organisation internationale ou ONG et maintenant je peux voir ce qui se passe de l’autre côté, côté gouvernement.  

 

Quelles sont les spécificités et les problématiques que vous avez rencontré au Laos ?

Le Laos a décidé d’entrer en transition vers une croissance verte. Sur les 10 dernières années la croissance économique du Laos est de 7-7,5%, ce qui est énorme, mais c’était basé sur l’exploitation, directe ou indirecte, des ressources naturelles : l’énergie hydroélectrique, les mines, l’agriculture, le bois. Tout cela contribue à 80% de l’économie du Laos mais ce n’est pas durable dans la façon dont cela a été fait jusqu’à maintenant.

En considération de cette problématique, le gouvernement a donc décidé un nouveau plan de développement économique et social, sur 4 ans Nous cherchons à diminuer les émissions de carbone grâce par la  promotion véhicules électriques, plus de des  transports en commun, qui sont encore trop rares. Il y a aussi toutes les problématiques liées aux pesticides donc lors de concessions on cherche à mettre en place des clauses d’utilisation beaucoup plus strictes. Chaque ministère travaille sur son domaine de manière à suivre cette ligne directrice qui a été donnée. 

Vous avez pu parler avec la « Mekong River Commission » sur les problématiques liés à l’eau, la gestion des barrages, la pêche, la biodiversité,… Il y a aussi des problèmes liés au trafic d’animaux sauvages. Des solutions commencent à être sont mises en place à un niveau global et cela est rassurant. 

 

Quels sont les enjeux majeurs auxquels nous allons être confrontés dans le futur ? 

Je pense que nous sommes arrivés au moment où l’agriculture, l’environnement et leurs problématiques ne doivent plus être considérés séparément. Il faut travailler à re-développer une agriculture qui soit plus respectueuse de l’environnement, qui prenne en compte les questions de biodiversité. Il faut réfléchir à comment intégrer de nouvelles technologies pour réaliser un suivi de l’écosystème plutôt que de la parcelle. Les problématiques vont être les pertes de biodiversité et le changement climatique ;  avec un besoin de changement de comportement et des modes de production et consommation. Il faut penser « circulaire » et non linéaire, de penser aux différents cycles pour arriver à une approche plus durable. 

Dans cette région, la pollution a un impact énorme sur la santé des populations. Dans les villes, les gens ont peur de ce qu’ils mangent, de ce qu’ils respirent, d’où ils habitent. Au niveau des campagnes, c’est une pollution qui se trouve dans leur environnement et qui ne dépend pas que d’eux. 

 

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ? 

Personnellement j’aime bien apprendre alors je vous dirais de toujours chercher à apprendre. Il ne faut pas vouloir à tout prix se placer dans une situation de confort parce qu’on risque de stagner. On va peut- être faire avancer sa carrière et être plus performant à court terme mais pour ce qui est des connaissances et du développement à moyen-long terme, ce n’est pas suffisant. 

Je pense qu’il faut chercher de «challenges » et  changer de pays, de contexte, de domaine...  

Conseiller Gouvernemental - Appui au développement - Laos - Ressources Naturelles  - Environnement - Finance Climatique

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