Jérôme Maurice, Project Manager, AECOM 

Au Canada, les managers te font très rapidement confiance et ils jugent sur le résultat.

Des projets de foresterie urbaine ? Les différences managériales entre la France et la Canada ?

2006-2010

Étudiant, Ingénieur Forestier, Gestion de l’environnement et des écosystèmes forestiers tropicaux

Promotion FIF 18

2010-2013

Chargé de projet, ONF International

2013-2016

Associé, SalvaTerra

2016-Aujourd'hui

Chargé de projet, AECOM

Quelle formation as-tu suivi à l’agro ?

 

J’ai fait la FIF puis j’ai fait une césure entre ma 2ème et ma 3ème année (stage au CIRAD; à la FAO puis à l’INRA). Je suis ensuite allé me spécialiser en foresterie tropicale à Montpellier.

 

Mon 1er job a été à l’ONF International (filiale de l'Office National des Forêts), j’y suis resté 3 ans puis mon épouse a eu la possibilité de venir au Canada et ça tombait bien parce que j’avais aussi envie de changer. On est donc venu à Montréal, j’ai travaillé pendant quelques années pour le bureau d’études SalvaTerra que j’avais cofondé avec un ancien fifon et un ancien collègue.

 

Quel métier exerces-tu aujourd’hui ?

 

Depuis l’année dernière, je me suis définitivement installé, je travaille pour une compagnie américaine qui s’appelle AECOM. C’est un géant de l’ingénierie qui a des bureaux partout dans le monde. Aujourd’hui, je travaille essentiellement sur des problématiques de foresterie urbaine dans la région montréalaise, je fournis aussi des services de consultant pour des clients spécifiques comme Hydro Québec (la compagnie qui gère la production et la distribution d'électricité du Québec). Enfin j’accompagne le développement à l’international des services en foresterie d'AECOM.

Globalement, je fais beaucoup de gestion de projet, par exemple en foresterie urbaine je travaille avec des architectes du paysage, des horticulteurs et des photo-interprètes. Je suis en charge de suivre la bonne exécution des contrats et gérer les relations avec les clients.

Pour mes missions à l’international, mon rôle actuel est de chercher de nouveaux contrats, d’identifier de nouveaux marchés et de mettre sur pied un plan marketing. Le risque c’est de vouloir faire trop de choses partout alors il faut être sélectif et ne pas se disperser.

 

 

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles actuellement ?

 

Je travaille en ce moment sur un projet de foresterie urbaine pour l’agence fédérale « Parcs Canada » qui gère des parcs et des sites historiques dont font partie le canal de Lachine, qui traverse Montréal, et le canal de Chambly. Ils ont besoin d’identifier leur stratégie de gestion des arbres aux abords de ces 2 canaux. En effet, ce sont des lieux très fréquentés par le public donc il y a des questions récréative et de sécurité qui rentrent en jeu. Par exemple, il y a beaucoup d’insectes qui menacent la santé de certains arbres, des branches cassées… Parcs Canada a également pour objectif d'optimiser la couverture forestière (canopée) de ces 2 canaux. En gros, notre démarche est d’identifier les zones où on peut faire des plantations, les zones où on doit soit abattre des arbres morts ou en fin de vie, soit entretenir afin de proposer un plan de gestion pour les 5 années à venir. Tout cela est mis en place en intégrant la problématique de lutte contre l’agrile du frêne, un insecte ravageur qui pose de très gros problèmes. Les frênes représentent environ 30 % des arbres de la communauté métropolitaine de Montréal, si on ne fait rien ils auront probablement tous disparus dans 20-25 ans. Cet insecte introduit est très agressif et ne laisse pas beaucoup de chance aux arbres infectés. A l’heure actuelle, on ne connaît pas de traitement garantissant la survie des arbres.

 

En hydro-électricité, il y a souvent des impacts négatifs sur la forêt. Il y a donc des projets qui nécessitent obligatoirement l’intervention d’un ingénieur forestier parce qu’il y a des actes réservés aux ingénieurs forestiers (seul un ingénieur forestier peut, par exemple, signer un inventaire forestier). La profession est protégée et ça nous assure une reconnaissance. On est dépositaire de l’intérêt public pour la gestion des forêts, on engage notre responsabilité professionnelle. Je fais par exemple des travaux d’inventaire au niveau de lignes de distribution d’électricité. Je travaille aussi sur un projet de démantèlement d’un ancien barrage hydro-électrique construit en 1920 où il y a besoin d’installer des aires de déboisement aux alentours du barrage afin de pouvoir y accéder pour la durée des travaux. Une étude nous est commandée, on donne notre avis et nos recommandations pour la remise en état du site en s’assurant que la législation environnementale soit respectée.

 

L’autre projet à plus long terme sur lequel je travaille actuellement est le suivi du déplacement des débris ligneux dans le réservoir d'un barrage sur la Côte Nord. En effet lors de la construction d’un barrage, le bois et la tourbière sont soulevés par l’eau et se déplacent ensuite au fil du temps. Un suivi est alors nécessaire car se sont souvent des endroits utilisés par des pêcheurs, des personnes qui se déplacent en motoneige l'hiver ou tout simplement parce qu'il y a des infrastructures de production d'électricité à protéger.

 

Est ce que tu fais partie de l’ordre des ingénieurs ?

 

Oui, je fais partie de l’ordre des ingénieurs forestiers du Québec. Avant de venir ici, je me suis assuré de la procédure pour pouvoir faire reconnaître mon diplôme et faire partie de cet ordre. Ainsi, une fois arrivé sur place, j’ai pu obtenir un permis d'exercer temporaire. Pour intégrer l’ordre il faut passer des examens supplémentaires. Les dossiers sont évalués en commission à une fréquence de 3 à 6 mois donc ça peut prendre un peu de temps mais les permis temporaires permettent de pallier ce manque. Au total, cela m'a pris environ un an et demi pour obtenir un permis d'exercer permanent, à partir du moment où j'ai commencé à prendre les premiers contacts depuis la France.

 

Quelles sont les différences que tu as ressenties entre la France et le Québec, au niveau de la vie à Montréal et de la vie professionnelle ?

 

La qualité de vie est vraiment très bonne à Montréal et au Québec. Pour des primo-accédents, par exemple, si tu veux acheter une maison tu peux le faire, c’est beaucoup moins cher qu’acheter à Paris. Je trouve que ça fait quand même une grosse différence parce quand tu commences à travailler et tu as la possibilité d’acheter une maison, tu es dans une ville où il y a beaucoup d’activités pour les familles, où il y a de la place, où tu as l’impression de plus respirer, ça donne un environnement de vie qui est vraiment très bon !

 

Au niveau professionnel, les méthodes de management sont assez différentes. Les managers te font très rapidement confiance et ils jugent sur le résultat. En France, parfois, j’ai plutôt eu l’impression d’être un enfant qui sort de l’école. Au Québec, je n’ai pas du tout senti ça. En contre partie, il y a des attentes, on est constamment challengé sur tout. Il faut toujours être vigilant et ne pas se relâcher. J’ai trouvé cette manière de fonctionner très stimulante.

Au niveau des horaires, chacun s’impose ce qu’il veut. Si je dois aller chercher ma fille à la garderie parce qu’il y a un problème, j’y vais et personne ne me fera de remarques ensuite. L'équilibre entre le travail et la vie de famille est très respecté.

 

Est ce que la formation à AgroParisTech t’as fourni les outils nécessaires pour tes différents jobs ?

 

J’ai été très bien formé sur la connaissance du milieu forestier, sur l’écologie et la gestion forestière. Les bases que j’ai acquises à l’école sont très complètes et je m’en inspire encore aujourd’hui dans mon travail. Par contre, je me suis senti moins bien armé pour gérer un début de carrière, gérer une entreprise, gérer des techniciens ou des gens un peu plus âgés. J’ai plus développé ces compétences sur le tas. Ça ne m’a jamais posé de difficultés quand bien même j’aurais préféré avoir un peu plus d’heures de cours ou de pratiques en entreprise sur ces sujets là.

 

Comment a été vécue ton expatriation par tes proches ?

 

La famille le vit bien pour l’instant, on communique par skype, whatsapp et on rentre régulièrement pour les fêtes. Mais si on est très proche de sa famille ça peut devenir une limite. Je connais des gens qui sont revenus parce qu’ils préféraient la gastronomie française ! C’est sûr que ça nous manque. Après c’est un tout, une personne avec une excellente expérience professionnelle et familiale pourra plus facilement encaisser les points négatifs.

 

Est ce que tu te vois rester à Montréal ?

 

Notre objectif est d’aller jusqu’à la citoyenneté, si la loi ne change pas il faut en moyenne 7-8 ans de résidence au Canada. Comme notre fille est franco-canadienne, ça nous semblait logique d’aller jusque là.

Montréal – Ingénieur forestier – Foresterie urbaine – Gestion de projet – Canada

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