JÉRÔME POISSON, Oenologue, Castello di Nipozzano

J’ai vite été attiré par le vin et par la pluridisciplinarité des activités liées à ce domaine

Suivre la spécialité viticulture-oenologie à Montpellier SupAgro ?

Deux stages ouvriers : à Bordeaux puis en Californie ? Assistant du directeur technique dans une exploitation au Chili ?

Apprendre la langue du pays où vous vous trouvez pour trouver du travail ?

Consultant - oenologue en Toscane ? Les différentes visions du vin dans le monde ?

2003-2006
Student, INA P-G (2003)

 

2006 - 2008

DNO, Viticulture Oenologie, Montpellier SupAgro

 

2005

Stagiaire Vigne et Chais, Baron Philippe de Rothschild

 

2006

Stagiaire Chais, Saintsbury

 

2007

Stagiarie R&D Viticulture-Oenologie, Hennessy

 

2008 - 2012

Ingénieur agronome - Oenologue, Lapostolle

 

2013 - Aujourd'hui

Ingénieur agronome - Oenologue pour Luce della Vite, Marchesi de Frescobaldi

Quels sont vos souvenirs de Grignon ?

 

Grignon était vraiment une année géniale. Après la prépa, cette première année permettait vraiment de changer d’air ! Je me suis fait de très bons amis que je garderai je pense toute ma vie ! J’ai beaucoup aimé cette première année. Pour l’anecdote, avec des amis nous avions vidé le bassin des anglais, pour en faire une piscine avec une eau claire et limpide : le résultat était top pour nous étudiants ! (Rire).

 

Ma deuxième année a été un plus studieuse, je commençais à me poser la question de ce que je voulais faire plus tard. En effet, j’étais arrivé à l’agro sans idée précise en tête, ce que je savais c’est que j’aimais les sciences. J’ai donc profité de la deuxième année pour suivre des modules portant sur différents sujets... Et j’ai adoré la physiologie végétale !

 

Le vin, une histoire de famille ?

 

Pas du tout ! (Rire) J’ai été élevé dans une famille de gastronomes, nous aimons le vin et la bonne gastronomie comme beaucoup de français ! Mais j’ai vite été attiré par le vin et par la pluridisciplinarité des activités liées à ce domaine. Le vin réunit la pédologie, la physiologie végétale, l’agriculture et l’écophysiologie.

 

L’écophysiologie est une discipline très importante quand on travaille dans la vigne car on travaille avec des clones, on observe des interactions entre les plantes, et on voit directement dans le raisin l’impact de l’environnement ! Ce qui me plaît en particulier dans le vin ? La finesse du produit ! On n’évalue pas que des paramètres analytiques.

 

Vous décidez de tester vos différentes passions au cours d’une césure, quel a été votre choix final ?

 

Comme vous l’avez compris, j’étais attiré par l’écophysiologie, la recherche et le vin ! J’avais alors plusieurs options. La première était de faire une demi-césure, c’est à dire de commencer avec un stage de six mois sur le vin, puis de poursuivre avec le spécialisation viticulture-œnologie de Montpellier si ce stage m’avait plu et convaincu ! La deuxième était de faire une césure entière en commençant donc par le vin et en poursuivant par un stage aux Philippines sur la recherche en écophysiologie.

 

Au regard de mon métier actuel, je pense que vous vous doutez de l’issue de ce premier stage ! (rire) Ma demi-césure s’est déroulée à Bordeaux où je travaillais pour la société Baron Philippe de Rothschild. C’était une bonne expérience car j’ai eu la chance de découvrir des vins très différents puisqu’ils possèdent à la fois des « petits vins » et des « grands vins ». Je me suis occupé des vendanges, de la taille et d’autres choses, c’était un stage ouvrier qui m’a ouvert les yeux sur le vin ! L’expérience permet de comprendre mieux que des cours !

 

Vous partez ensuite à Montpellier pour suivre la spécialité viticulture-œnologie, que pouvez-vous nous dire sur cette nouvelle formation ?

 

A l’époque, nous étions une classe de trente élèves et seul deux d’entre eux venaient de Montpellier, il y avait une grande diversité. Nous avions des cours de dégustation, de viticulture, d’œnologie etc. C’était très intéressant. Nous avions des enseignants chercheurs donc les cours étaient fondamentaux. La technique, la pratique, cela s’apprend sur le terrain.

 

Montpellier et Bordeaux sont les 2 grands pôles de viticulture-œnologie. Quelles sont pour vous les différences ?

 

A Montpellier, nous sommes tous des agronomes donc les cours sont plus orientés viticulture que ceux de Bordeaux. On entend bien sûr parler de Bordeaux comme étant le berceau de l’œnologie moderne. Mais je pense qu’aujourd’hui les deux écoles ont un niveau équivalent sur le plan œnologique !

 

Cependant Montpelier SupAgro a une visibilité mondiale : être ingénieur et sortir de cette école-là, cela aide dans le monde entier ! Une dernière chose par rapport à l’école et à l’agro en général, le réseau est une vraie force !

 

Le cursus viticulture-œnologie de Montpellier s’articule autour de deux stages, racontez-nous ces expériences !

 

Pour mon premier stage, je suis parti à l’étranger, en Californie. Après avoir vu ce que l’on faisait à Bordeaux, je découvrais sur le terrain ce qui se faisait dans cette région !

 

C’était ma deuxième expérience de terrain, mon deuxième stage ouvrier, et je pense que dans le monde du vin faire des stages de ce genre est vraiment un atout ! On est plus crédible pour la suite !

 

Pour mon stage de fin d’études, j’ai travaillé chez Hennessy dans le Cognac. C’était cette fois-ci plus de la recherche. Avec le directeur nous réalisions des expériences sur la maturation du raisin. J’ai testé plus d’une centaine d’échantillons de cognac. Cela m’a permis de découvrir la palette aromatique de ce produit ! J’ai également fait du benchmark (LVMH est justement très bon en marketing et en communication).

 

A l’issu de votre stage, vous avez l’opportunité de rester au sein des équipes d’Hennessy, quel a été votre choix ?

 

Il faut savoir que mes choix professionnels ont toujours été réfléchis à deux, puisqu’avec ma compagne nous voulions que chacun d’entre nous puisse exercer sa profession. Cognac n’était pas vraiment l’endroit idéal pour ma compagne qui avait suivi la spécialité développement agricole à l’agro. Nous avons donc décidé de partir là où nous pouvions tous les deux avoir une opportunité professionnelle. Nous nous sommes ainsi retrouvé au Chili : ma femme faisait une thèse hébergée par la FAO et je travaillais à Santa Cruz !

 

Vous partez donc au Chili, dans une exploitation à Santa-Cruz, quelles ont été vos missions en tant qu’assistant du directeur technique ?

 

Le directeur technique s’occupe autant de la vigne que du vin. Ce poste me convenait parfaitement : j’ai toujours essayé d’avoir un pied dans les vignes et un pied dans les caves, je suis agronome !

 

J’ai découvert un nouveau mode de fonctionnement, le domaine dans lequel je travaillais recevait du raisin de 300km à la ronde et fonctionnait 24h/24 ! Le vin était haut de gamme, donc le travail était colossal, tri à la main etc... On arrivait à avoir un débit de huit tonnes par heure. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est deux à trois fois plus qu’un grand château bordelais ! Pour cette qualité et ce rendement, nous étions bien équipés : nous étions des équipes de vingt qui tournaient jour et nuit et nous avions des équipements modernes.

 

C’était géniale ! J’avais une très bonne relation avec le directeur technique, il me permettait de travailler en développement, en expérimentation, en communication. C’est à partir de ce moment-là que j’ai vraiment commencé à acquérir mes trois casquettes : vigne, vin, communication.

 

Par exemple, je m’occupais des relations publiques. C’était donc un travail que je menais avec les commerciaux que j’accompagnais dans le monde entier pour des évènements ! Être œnologue me donnait une certaine crédibilité auprès de l’équipe commerciale, c’était un énorme avantage.

 

Au niveau de l’expérimentation, j’essayais de nouveaux équipements prêtés par les fournisseurs, je créais des bases de données, j’essayais de mener des études sur le terroir...

 

Je suis resté pendant 5 vendanges et je ne me suis vraiment pas ennuyé ! A la fin, j’aurais pu rester dans ce domaine et devenir directeur technique, cela impliquait que « je m’engageais » pour 10 ans. Ma compagne, Laure aurait pu trouver un travail dans la capitale du Chili mais cela restait loin de Santa Cruz, et impliquait donc sur le plan personnel un certain mode de vie ! Finalement Laure a eu une opportunité à Rome, à la FAO. J’ai démissionné et nous sommes partis direction la capitale Italienne !

 

Au Chili, quelles ont été vos découvertes ?

 

Les gens sont très accueillants même s’ils sont réputés plus froids que les habitants du reste de l’Amérique Latine. La langue est finalement assez différente de l’espagnol, les chiliens ont un très fort accent, en trois mois je me suis donc mis à l’apprentissage du chilien (je ne parlais même pas espagnol avant de venir, apprendre était une priorité !)

 

Partir à l’étranger ouvre l’esprit ! Quand on part, on voit des choses mieux, des choses moins bien, on se rend compte des particularités de notre pays ! Par exemple, en France les relations sont assez directes, au Chili, on ne vous dira jamais « non », on évite les conversations directes ! Au Chili, le système de santé est difficilement accessible, les classes sociales sont vraiment très marquées. Une chose m’a frappé, là-bas, quand tu viens du Chili, tu es identifié par ton nom de famille et l’université que tu as faite, c’est assez particulier !

 

Compte-tenu de ces différences entre les classes sociales, avez-vous ressenti des rapports particuliers dans votre travail au Chili ?

 

La main d’œuvre chilienne est très peu payée, 15€ par jour. Un œnologue, lui, est payé 10 fois plus, les rapports sont donc difficilement équilibrés. Les classes sociales sont très marquées.

 

Au niveau du travail, le vin est souvent un monde de passionné, mais le faible coût de la main d’œuvre peut avoir des conséquences : certaines personnes travaillent pour se nourrir et non pas forcément pour la passion du vin.

 

Professionnellement, avoir passé cinq années au Chili a été un accélérateur de carrière. Comme j’arrivais avec une « bonne formation » on m’a tout de suite fait confiance et j’ai directement été assistant technique alors que je sortais à peine de l’école.

 

Vous arrivez dans un nouveau pays pour des raisons personnelles, comment vous y êtes-vous pris pour trouver un emploi ?

 

Je suis donc arrivé dans la capitale de la Dolce Vita, Rome, une ville très agréable. J’ai commencé par apprendre la langue du pays ! C’était vraiment important pour moi de savoir parler italien surtout pour le domaine dans lequel je voulais travailler : pendant 2 mois j’ai donc appris l’italien en intensif. Pour découvrir le vin et les caves italiennes, je me suis rendu à tous les évènements consacrés au vin, aux dégustations et je m’étais par exemple inscrit à l’association des sommeliers.

 

J’ai eu l’occasion d’assister à une dégustation de vin organisée par les marquis de Frescobaldi, de grands propriétaires viticoles de la Toscane ! A la fin de celle-ci je suis allé discuter avec le marquis et je lui ai donné ma carte. Après quelques mails échangés, il m’a finalement proposé que l’on travaille ensemble ! J’ai commencé par les vendanges de 2013-2014 à Montalcino où je travaillais avec le directeur technique à qui j’ai montré ce que je savais faire ! Au bout de quelques temps, le directeur technique responsable des différents domaines de Frescobaldi m’a remarqué et j’ai commencé à travailler pour tout le groupe.

 

Aujourd’hui vous travaillez en tant que consultant pour Frescobaldi en Toscane, quelles sont vos missions ? Quel est l’avantage de cette position ?

 

Je travaille pour Frescobaldi sur des problématiques transversales. J’ai plusieurs missions : j’optimise grâce à l‘informatique la gestion des données du groupe pour avoir par exemple des prévisions de rendement (Frescobaldi a peu d’archives alors qu’ils produisent depuis des siècles, il y a donc du travail pour améliorer cela !), je réalise avec le directeur du vignoble des suivis des producteurs… Une autre de mes missions est également la communication, et parler anglais est vraiment un atout ! Je m’occupe notamment de l’un des vins haut de gamme de Frescobaldi : le Luce.

 

Je travaille à temps plein en Toscane, pour Frescobaldi qui est mon unique client ! J’ai un statut de consultant, c’est un choix que j’ai fait pour des raisons familiales. Ma femme est à Rome et mon projet est de me rapprocher de la capitale !

 

Devenir consultant dans le domaine du vin est un nouveau challenge mais aussi un véritable atout. Tu arrives avec un œil nouveau dans une cave, dans un domaine et tu peux réellement aider et apporter ta contribution !

 

Vous avez travaillé en France, en Californie, au Chili et en Italie, quelles sont les différentes visions du vin que vous avez pu constater ?

 

En Californie, j’ai découvert une vision différente de celle que je connaissais en France. Leur façon de faire est très interventionniste, le produit est très « markété ».

 

Les vinifications sont elles aussi très différentes ! A Bordeaux, elle repose sur une ancienne tradition, en Californie sur une nouvelle. Au Chili c’était une manière de faire ancienne dans un nouveau monde !

 

Les différences de communication ? En France que ça soit dans le Bordelais ou dans la Champagne, il y a une unité ! Le bordeaux est connu, le champagne est connu, en revanche en Italie, vous n’entendrez pas parler de vin de Toscane ! Chaque producteur communique seul.

 

Enfin en Italie il y a peu de renouvellements de la vigne, un producteur fera de nouveaux vins en achetant de nouveaux domaines. L’Italie est très riche, il y a environ 800 cépages différents (il en existe 2000 dans le monde) !

 

Finalement, le vin est différent d’une partie du monde à l’autre c’est pour cela que c’est très intéressant d’aller à l’étranger !

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