Julie Sansoulet, Coordinator CNRS, International Joint Laboratory Takuvik, Laval University, Québec

Mon rôle est de rassembler les acteurs, les faire communiquer et développer des projets anthropologiques, complémentaires des thématiques en sciences dures développées à Takuvik.

Un parcours professionnel entre recherche et communication ? Des projets de communication et de vulagaristion scientifique ? Les conditions de vie chez les populations Inuits ?

1996-2000

Student, Ecole supérieure d’Agriculture de Purpan

 

2000-2001

Student, Master, Ecole Supérieure de journalisme de Lille

 

2001-2002

Student, Master (Continental Biosphere), INA-PG

 

2003-2006

Doctorat, Ph.D., AgroParisTech, Soil Science and Hydrology, Institut National de la Recherche Agronomique, INRA

 

2007-2010

Research and Development for the private sector, CIRAD

 

2010-2012

Academic Researcher Postdoc, Agriculture and Agri-Food Canada

 

2012-Aujourd’hui

Coordinator CNRS, International Joint Laboratory Takuvik, Laval University

Tu as suivi une formation en agronomie et en journalisme, peux-tu nous en dire un peu plus ?

              

J’ai commencé par faire l’école supérieure d’Agriculture de Purpan et j’ai effectué mon stage de fin d’étude au CIRAD de La Réunion, encadré par l’INRA de Grignon. Purpan avait un partenariat avec l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, ce qui m’a permis d’y étudier un an parce que je souhaitais faire du journalisme. J’ai été diplômée des deux écoles et j’étais partagée entre l’aspect recherche et communication scientifique. J’ai travaillé à TV Toulouse pour le journal du soir et pigé pour différents journaux. Je me suis vite aperçue que je souhaitais aller plus en profondeur dans les sujets abordés, qui étaient trop généralistes. J’ai donc décidé de continuer dans la recherche. Je suis rentrée à AgroParisTech et j’ai fait le Diplôme d’Études Approfondies « Biosphère Continentale » (équivalent du Master CLUES aujourd’hui, fonctionnement physique, biologique et chimique de la biosphère continentale).

 

Une fois à AgroParisTech tu décides de faire une thèse, quelles difficultés as-tu rencontré ?

 

A l’époque et encore aujourd’hui, il y a beaucoup de compétition pour obtenir une bourse de thèse. J’ai donc énormément travaillé pour y arriver. J’ai obtenu ma bourse et j’ai fait ma thèse à l’INRA de Guadeloupe, en collaboration avec l’Université de Riverside en Californie sur les transferts d’eau et de solutés après interception de la pluie par le bananier. En effet, les grandes feuilles de bananier peuvent être très grandes et concentrent jusqu’à 30 fois la pluie incidente au niveau du tronc. Il y a un large flux d’eau au niveau du tronc qui rencontre les fertilisants déposés aux pieds du bananier. L’enjeu était de revoir les méthodes de fertilisation, de modéliser l’interception de l’eau en 3D et les transferts hydriques et biogéochimiques dans le sol. Il y avait un gros travail de terrain dans les bananeraies puis un travail de modélisation effectuée en partie à Riverside.

Une thèse c’est vraiment un challenge, il y a des questionnements d’intégrité, des questionnements sur les résultats. Il y a des moments où il faut arriver à simplifier les résultats mais pour ma part je voulais vraiment tout garder donc ça m’a valu quelques échanges musclés mais constructifs avec mon directeur de thèse. Malgré les difficultés, si je devais revenir en arrière et avoir à nouveau le choix, je referais une thèse. Ça a été un bel apprentissage et une belle expérience humaine.

 

Qu’as-tu fait une fois ta thèse soutenue ?

 

Directement après ma soutenance de thèse, j’ai été embauchée en tant que chercheur CDD au CIRAD. Je travaillais sur des thématiques de modélisation pour différents systèmes de culture comme le café, le cacao, le bananier ou encore les palmiers. La majeure partie de mon travail consistait à collaborer avec une petite PME qui développait des procédés de phytoremédiation par le bambou. L’objectif était d’utiliser le bambou pour dépolluer les sols dans les stations d’épuration. Notre travail était confidentiel car il s’agissait d’une collaboration public-privé avec des considérations de brevet en jeu. Or quand on est dans la recherche, si on veut prétendre avoir une place à l’INRA, au CNRS ou en académie, il est nécessaire de publier. C’est le critère numéro 1. Il est donc moins facile de publier lorsqu’il s’agit de recherche public-privé. Suite à ce contrat, au moment de passer les concours on m’a dit qu’il serait intéressant pour moi de faire un postdoc dans un pays de langue anglophone, qui m’aiderait à produire au niveau scientifique. Je suis partie faire un postdoc au Canada. Parallèlement, je continuais à écrire des piges scientifiques pour des journaux et développer des activités de communication pour des associations, ONG et organisations de médiation scientifique.  

 

Quel était le sujet de ton post doc au Canada ?

 

J’ai effectué mon postdoc à Agriculture Canada, l’équivalent de l’INRA, sur les pratiques de la gestion de l’eau et de l’azote dans les systèmes de culture de l’est canadien. C’était aussi de la modélisation des systèmes de culture.

Je me suis retrouvée dans le système nord-américain beaucoup plus individualiste que le système français. Je souhaitais retrouver une dynamique d’équipe comme je l’avais vécu à l’INRA ou au CIRAD. A ce moment là, l’Unité Mixte Internationale Takuvik (partenariat entre le Centre National de Recherche Scientifique en France et l’Université Laval à Québec) a publié une offre pour un poste de communication scientifique destiné à une personne avec une thèse. J’ai postulé puis j’ai été prise. L’objectif de ce poste était de gérer un réseau de chercheurs français travaillant sur l’Arctique, développer des gros projets de communication pour le laboratoire. Je savais que je retrouverai une ambiance d’équipe qui me plairait plus, tout en valorisant ma double compétence de scientifique-communicante.

Quelles sont tes missions actuellement à Takuvik ?

Depuis mon intégration en tant qu’Ingénieur de recherche titulaire au CNRS, je coordonne tous les aspects relatifs aux Sciences Humaines (Éducation, Communication, Savoir local, Sciences de la santé...) des projets de recherche sur le Nord actuellement développés au sein de l’Unité Mixte internationale TAKUVIK. En particulier, je co-supervise le développement et l'acquisition de données sociales et de santé au regard des changements climatiques actuels et futurs (ex.Projet GREENEDGE; WP7), au sein de communautés Inuits du Nunavut et du Groenland.

 

Je développe des projets de communication, des documentaires télévisés, des sites éducatifs avec des vidéos, des exercices en collaboration avec des professeurs. Je travaille avec tout type de personne  en lien avec la création. Mon métier est de faire travailler les gens ensemble, les scientifiques, les artistes pour créer des médias accessibles au grand public ou aux enfants. Ce matin par exemple, j’étais avec une compagnie de cirque parce qu’on aimerait créer un spectacle de cirque qui porte sur l’Arctique. En effet, c’est très visuel et ça fait appel aux émotions. On fait aussi des vidéos live de scientifiques en expédition, des programmes de réalité virtuelle et augmentée, des jeux de sociétés. On a pris beaucoup d’images vidéos depuis un brise glace qui a parcouru l’Arctique.

 

En sciences sociales, ce que j’aime dans mes projets, c’est le côté polyvalent. Des chercheurs en sciences humaines et des chercheurs en sciences du vivant ne se comprendront pas intuitivement, c’est un véritable challenge. Entre celui qui a travaillé sur la cosmologie inuit ou le chamanisme et celui qui a travaillé sur le carbone stocké dans la glace, ce sont des manières de voir complètement différentes. Mon rôle est de rassembler les acteurs, les faire communiquer et développer des projets anthropologiques, complémentaires des thématiques en sciences dures développées à Takuvik.

 

Enfin, j’ai aussi un rôle de gestion et pilotage à l’UMI Takuvik, en plus de gérer mes projets, j’aide les chercheurs CNRS dans leur propre initiative de recherche pour cadrer le partenariat, gérer les ressources humaines, chercher des financements, aider à la valorisation des projets.

 

Tu es actuellement maître de stage de Guilhem et Guillaume, porteur du projet SEA-ICE GREENLAND, en quoi cela rejoint ton travail ?

 

En 2018, pendant 4 mois, Guilhem et Guillaume vont être itinérants en ski pulka sur la côte nord-est du Groenland sur 630km et ils vont passer de communauté en communauté. C’est vraiment un défi de l’extrême et un dépassement de soi. Ils ont voulu avoir un impact au niveau scientifique et humain donc ils appliqueront un programme éducatif crées par Takuvik (jumelage entre le Groenland, le Nunavik, le Nunavut et la France) et  s’intéresseront à l’impact du changement climatique sur le phytoplancton et toute la chaîne alimentaire jusqu’à l’inuit. Il y a une partie géographie, sciences naturelles et humaine. Je vais aussi les encadrer dans leur projet anthropologique et social qui visera à récolter le savoir local sur les pratiques de chasse et de pêche chez les Inuits, dans le but d’appréhender des indicateurs de sécurité alimentaire face au changement climatique.

 

Qu’en est-il du régime alimentaire chez les Inuits et de l’impact du changement climatique ?

 

Depuis toujours, il s’agissait de populations nomades mais elles ont été sédentarisées il y a une cinquantaine d’année par le gouvernement canadien. Ça a créé un énorme clivage identitaire. Ces populations chassaient avant en chiens de traineaux, maintenant, ils se déplacent en motoneige pour obtenir des ressources. À cause du changement climatique, les terrains de chasse sont en recul (fonte de la glace), les ressources marines évoluent : apparition de nouvelles espèces ou espèces en voie de disparition. Combiné à cela, des supermarchés proches de leurs habitations ont été introduits : des produits riches en gras et sucres ont largement modifié leur alimentation et entrainé des problèmes de santé importants comme le diabète. Nous sommes dans des contextes socio-économiques qui sont parfois difficiles, malgré un héritage culturel riche. On imagine souvent l’Arctique comme un milieu vierge, pur mais quand on commence à parler de l’humain, ça devient plus sensible et délicat.

 

Est-ce que tu te vois continuer à travailler à ce poste ?

 

Oui tout à fait. Plus j’avance dans le temps, plus je chemine vers le côté humain de la science.

Recherche – Humanités – Communication – Éducation – Modélisation – Arctique – Inuit – Québec – Canada

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