Julien et Sophie Lecuyer, Directeur Général Vietnam-Cambodge chez CMA CGM et Responsable des Ventes chez Adisseo 

"Tous les réseaux que nous pouvons tisser dans nos vies sont à maintenir dans la durée car ils sont utiles à tout moment pour obtenir des informations ou des opportunités."

Vous ne savez pas comment se créer l'opportunité d'aller travailler à l'étranger ? Vous êtes intéressés par les liens entre agro-industries, commerce, gestion et conseil ? 

Julien

 

2000 - 2003

AgroParisTech - Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement

Spécialité EGE

Paris, France

2003 - 2007

Audit Senior chez Mazars

Paris, France

2007 - 2011

Coordinateur en Audit légal ou contractuel chez Mazars

Shanghai, Chine

2011 - 2012

Audit Senior Manager chez Mazars

Paris, France

2012 - 2014

Audit Senior Manager chez PwC

Lille, France

2014 - 2015

Coordinateur en Audit Interne chez CMA CGN

Marseille, France

2015 - Aujourd'hui

CFO puis Directeur Général Vietnam - Cambodge chez CMA CGM

Ho Chi Minh Ville, Vietnam

Sophie

 

2003 - 2005

AgroParisTech - Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement

Spécialité EGE

2003 - 2007

Directrice Marketing Digital chez SIAC

Paris, France

2008 - 2011

Directrice Marketing chez Roquette

Shanghai, Chine

2011 - 2013

Client Solutions Manager chez Roquette

Lille, France

 

2013 - 2015

Directrice Excellence Commerciale chez Roquette

Lille, France

2016 - Aujourd'hui

Responsable des Ventes Asie chez Adisseo

Ho Chi Minh Ville, Vietnam

Qu’est-ce qui vous a amenés à l’agro ?

Sophie : N’ayant pas encore de projet professionnel précis mais un gout pour les sciences du vivant et les études, je me suis orientée vers les classes préparatoires. J’ai réussi le concours et ai eu la chance de rejoindre AgroParisTech dont la formation polyvalente m’ouvrait le maximum de portes pour l’avenir. Mon mari et moi-même nous sommes rencontrés à l’agro.

 

Julien : En ce qui me concerne, c’est un peu la même chose. Nous avions des parcours plutôt classiques où nous possédions des dispositions pour les matières scientifiques. Suivre les classes préparatoires agronomiques nous permettait de ne pas abandonner tout l’aspect des sciences du vivant. J’étais assez attiré par ce domaine-là et je savais qu’en suivant un parcours sélectif je mettais les chances de mon cote pour faire, par la suite, ce que je souhaitais. La formation agro est un parcours plus généraliste qui m’a permis de toucher à différents sujets.

Quelle spécialité avez-vous suivie ?

Sophie : En deuxième année, quand nous commencions à choisir quelques-uns de nos cours, j’ai été attirée par le marketing. Notre professeur David Nahon proposait de suivre, en parallèle de notre troisième année, un DEA de Marketing et Stratégie à l’université Dauphine. J’ai suivi ses conseils et ai effectué ce diplôme en plus de ma spécialisation à l’agro en Économie et Gestion des Entreprises (EGE). Je n’avais pas envie de rallonger mon cursus en faisant une formation complémentaire à la suite de mon diplôme, mais j’avais bien compris que pour travailler dans le secteur du marketing, nous étions en concurrence avec des étudiants d’écoles de commerce. Une formation complémentaire était donc nécessaire pour mettre toutes les chances de mon cote.

Julien : J’ai également suivi la spécialité EGE. Il y avait d’ailleurs trois sous-spécialités ou options. Une qui était plutôt finance, l’autre marketing et une troisième sur l’économie de l’environnement, gestion d’innovation. Sophie a suivi l’option marketing tandis que j’ai opté pour l’option finance. À l’époque, nous nous trouvions dans une période difficile économiquement. Les personnes diplômées juste avant nous étaient encore dans un plein emploi. Ils n’avaient pas de problèmes pour se faire embaucher à la sortie du diplôme. Or, pendant notre deuxième année, il y a eu un retournement de la conjoncture économique. Sur le marché l’ambiance est devenue plus morose.  C’est peut-être pour cela aussi que je me suis dirigée vers un domaine plus protégé.

Sophie : Cela m’a beaucoup marquée en effet. Lorsque nous sommes rentrés à l’agro, les étudiants sortant jeunes diplômés, étaient chassés par de possibles employeurs. Ils avaient le choix pour leurs stages et aucune difficulté à trouver leur premier emploi. Notre expérience a été plutôt différente ! 

 

Julien : Les conditions économiques étant devenues plus dures, les postes et les opportunités se sont faits moindres. J’étais, pour ma part, plus porté sur la finance. Mon objectif était d’avoir un profil généraliste avec  les compétences techniques d’un ingénieur et des connaissances financières.

Quelle a alors été la suite pour vous une fois diplômés ?

Sophie : On a tous les deux eu la chance de décrocher un CDI dans l’entreprise où nous avions fait notre stage de fin d’études. En ce qui me concerne, j’étais dans une entreprise de presse professionnelle agricole. Le groupe éditait des revues traitant de la politique agricole, des cours des matières premières agricoles, et des magazines spécifiques sur du vin ou de la viande par exemple. J’étais dans le département marketing et je devais développer et implémenter la stratégie digitale du groupe  (éditions électroniques, site web…). Il y avait tout à faire et j’y ai travaillé quatre ans. 

Mais le secteur de la presse et particulièrement de  la presse professionnelle est en berne. Les moyens alloués sont moindres, les budgets réduits d’année en année… J’avais besoin de retrouver un environnement dynamique. Aussi nous avons fait le projet de partir en Chine. 

 Julien : J’ai effectué mon stage en audit financier, le stage s’est bien déroulé et on m’a proposé de rejoindre l’entreprise. Mon objectif était à l’époque de faire deux ou trois années en audit financier pour développer certaines compétences et enrichir mon profil.

Nous avions comme projet de partir à l’étranger. Au bout de trois ans j’ai eu l’occasion de pouvoir partir travailler en Chine, à Shanghai, pour l’entreprise d’audit dans laquelle j’étais déjà. Nous avons fait le choix d’accepter cette proposition et j’ai travaillé quatre ans en Chine toujours en audit financier. Le contexte était toutefois très différent et j’ai pu découvrir des entreprises diverses. Partir en Chine signifiait en effet ne pas pouvoir choisir forcément son portefeuille client et j’ai travaillé pour beaucoup d’industriels et d’entreprises de production mais aussi de compagnies agronomes et de société de services.

Sophie : J’étais donc ravie de pouvoir suivre Julien à Shanghai et j’ai démissionné de mon poste à Paris. J’ai commencé par apprendre le chinois six mois à l’université. Cela me paraissait nécessaire d’apprendre un minimum la langue pour comprendre la culture, m’intégrer plus aisément dans ce pays. J’y ai rencontré beaucoup de personnes et cela s’est avéré être un bon tremplin pour ma carrière. J’ai été embauchée comme responsable marketing pour Roquette -une entreprise française produisant des amidons et des dérivés d’amidon- au siège régional Asie de Shanghai. 

Je travaillais sur énormément d’aspects du marketing comme notamment l’évènementiel , la médiatisation de l’entreprise, la réalisation d’études de marché, la veille concurrentielle, faire le lien entre le pôle commercial et la production, contribuer à l’établissement du plan moyen et long terme… C’était très diversifié avec une partie stratégique et une partie opérationnelle. C’était aussi une bonne expérience de management car j’étais en charge d’une équipe de 7 personnes. 

L’expérience était des plus épanouissantes et nous nous sentions vraiment bien mais nous n’étions pas sûrs de vouloir rester en Chine pour toute notre vie. Nous avons donc décidé de rentrer en France après ces quatre années passées là-bas, pour reconnecter avec le marché européen, nos familles et nos amis. Il serait toujours temps par la suite de repartir ailleurs si l’envie nous gagnait. Roquette me proposait de bonnes opportunités en regagnant le siège social de l’entreprise à Lille et Julien m’a suivie.

Julien : Je suis revenu au siège de ma compagnie à Paris et j’ai demandé à avoir une mutation dans le nord de la France puisque Sophie avait eu son poste à Lille. Cela n’a pas été possible et j’ai donc dû changer de cabinet d’audit car après une année entre Paris et Lille, ce n’était plus viable, surtout avec des enfants. La recherche de travail n’a pas été simple car le profil d’auditeur a l’inconvénient d’être assez spécifique. Même si j’avais un profil ouvert et je n’avais pas d’expérience de contrôle de gestion ou d’audit interne. J’ai pu néanmoins rejoindre un autre cabinet d’audit qui m’a permis de pouvoir être basé à Lille et nous sommes restés là-bas trois ans.

Comment s’est passé le retour en France et quelles ont été vos impressions ?

Sophie : je m’étais préparé au départ en Chine. Nous partions vivre dans un pays dont nous ne parlions pas la langue, je devais trouver un travail.  Je pensais par contre que rentrer en France serait beaucoup plus simple. Mais nous nous sommes sentis en décalage. Le retour a été plus difficile que prévu. De plus, niveau professionnel, j’étais en Chine, en charge d’une équipe et j’avais beaucoup d’autonomie. J’avais le sentiment d’influencer réellement le business. Au siège en France, il y a beaucoup plus de strates, il y a beaucoup d’acteurs impliques, il y a également beaucoup plus de lourdeurs administratives. Cela s’est tout de même bien passé pour moi ; je travaillais au marketing européen puis je suis passée au marketing global de l’unité nutrition-santé avec des projets de valorisation de services consommateurs. Enfin on n’a confié la direction du département Excellence Commerciale, en charge de l’amélioration de la relation client et l’efficacité des processus commerciaux. 

 

 

Julien : Au bout de trois ans, nous avons eu envie de repartir à l’étranger. Le retour d’expatriation n’est, en effet, pas simple car tant côté personnel que côté professionnel. Le niveau de vie est meilleur que celui que nous avons en France et des pays comme la Chine ou le Vietnam sont en forte croissance avec un dynamisme très positif. C’est une manière de travailler très différente et, en France, personne ne vous attend. On se rend compte qu’avoir travaillé à l’international n’est pas toujours valorisable.

Comment l’expliquez-vous ?

Julien : Il est assez difficile, d’intégrer les méthodes et les connaissances que l’on a acquises à l’étranger.  L’entreprise bénéficie d’avoir des personnes ayant connu des choses différentes, cela donne de la richesse à une structure. Mais, au quotidien, du fait que les marchés et les objectifs ne sont pas les mêmes, ce n’est pas toujours valorisable. À l’étranger on vous demande plutôt d’être très adaptable et réactif, de pouvoir aller de l’avant, de trouver des solutions rapidement et d’être dynamique, mais on n’est pas toujours dans une recherche systématique de l’excellence, on est plus dans l’efficience.  À court terme, en fonction des éléments que l’on a, il faut être efficient et rester dans une dynamique de croissance. 

Malgré de nombreux points positifs lors de notre retour en France, nous souhaitions repartir à l’étranger, dans un autre pays.  L’Asie du Sud-Est nous intéressait beaucoup.

Pourquoi l’Asie du Sud-Est justement, et pas une région différente ?

Julien : On y retrouve plusieurs caractéristiques qui nous conviennent et premièrement, une région qui est extrêmement dynamique et en forte croissance. La zone est également stable d’un point de vue politique. Nous avons donc l’opportunité de trouver tous les deux un travail et d’avoir une vie agréable avec nos jeunes enfants. 

Pour pouvoir repartir, quelque peu lassé par l’audit, j’ai postulé pour une offre à Marseille au sein du groupe CMACGM. Ce dernier s’occupe de transports de containers tout autour du globe et j’ai eu un poste dans le département audit interne, qui reste assez différent de l’audit financier. L’audit interne est notamment très intéressant car il permet d’étudier l’organisation et le fonctionnement d’un groupe dans son entièreté et sa globalité ; il est principalement tourné sur la gestion globale plutôt que sur l’aspect financier, permet de se déplacer et d’apprendre énormément. Il faut s’assurer que l’entreprise contrôle ses opérations de la meilleure manière possible dans tous les services qui la composent. Vérifier que les décisions soient correctement menées, que les systèmes soient bien paramétrés ; c’est complet.

Mon désir de repartir travailler à l’international leur avait été clairement énoncé et j’ai eu une opportunité très vite. Je suis entré au sein du groupe en 2014, ils m’ont fait comprendre que j’allais devoir attendre deux, trois ans avant d’obtenir une offre dans une de leurs nombreuses filiales mondiales mais au bout de six mois, ils m’ont proposé de prendre un poste de CFO, ici au Vietnam. Cela consiste à superviser l’activité financière de la CMACGM au Vietnam et au Cambodge.

Sophie : Nous venions de déménager de Lille à Marseille ; j’étais en congé maternité et je venais à peine de trouver un nouveau travail à Marseille. Nous sommes arrivés au Vietnam en Septembre 2015 et j’ai pu retrouver du travail environ six mois après. Actuellement, je suis donc commerciale pour une compagnie française du nom d’Adisseo : je vends des additifs pour la nutrition animale. Je ne travaille pas au Vietnam. Je couvre l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud et le Japon. Le marché vietnamien n’était pas accessible pour moi car l’entreprise cherchait quelqu’un qui parlait couramment vietnamien. J’ai été alors redirigée sur d’autres marchés où l’anglais suffisait. La compagnie n’ayant pas de bureaux dans aucun des pays cités précédemment, que je sois basée à Singapour, Kuala Lumpur ou au Vietnam, c’était pareil. Les déplacements sont importants mais il faut savoir saisir les opportunités.

Je pense qu’une expérience commerciale de terrain complète bien mon profil marketing et me donne une bonne base pour grandir dans le business

 

Quelle serait-donc pour vous l’étape suivante après avoir acquis cette expérience ?

Sophie : La suite des évènements serait d’être en charge d’une unité commerciale et pour pouvoir gérer un compte de résultat. 

Julien : Je suis à présent « deputy manager », à savoir le numéro deux de ma filiale ; mon travail est à présent beaucoup plus tourné vers la gestion et la supervision d’équipes ce qui va au-delà de l’aspect financier. Plus on évolue dans les postes et plus nos missions consistent à faire du management quelles que soient nos affinités de départ, que l’on travaille pour un groupe agro ou non. Ce n’est pas pour autant que notre travail perd de l’intérêt car on se retrouve à gérer des relations humaines, des performances, et c’est  passionnant.

 

Quelles sont les différences les plus importantes au quotidien quant à votre travail en France et en Asie ?

Sophie : Les dynamiques et stratégie de croissance sont très différentes  entre des marchés matures dont la croissance est faible comme en France et en Europe et des pays en plein boom comme le Vietnam.

Il y a de grandes différences en ce qui concerne le management également. En chine il y a par exemple le concept de « ne pas perdre la face ». Réprimander quelqu’un dans un « open space » ou en réunion ne se fait absolument pas. On ne doit pas montrer son désaccord envers quelqu’un devant d’autres personnes. Le manager est expert, il a les réponses et les solutions ; les initiatives personnelles ne sont pas encouragés, c’est très différent.

Julien : Les gens attendent une structure assez forte, c’est-à-dire que nous leur donnions un maximum de directions et que nous validions tout ce qu’ils font. Ils ne se sentent pas « confortables » s’ils ont le sentiment d’être indépendants et autonomes alors qu’en Europe, c’est tout l’inverse !

En Europe, les gens aiment se sentir utiles, responsables et indépendants. En Asie, un certain nombre de personnes ont besoin d’être micro-managées mais cela ne veut pas dire que ces personnes- là n’ont pas les idées, c’est uniquement une façon de travailler complètement différente.

Sophie : La prise d’initiatives et l’esprit critique ne sont tout simplement pas dans leur culture et ils n’y ont pas été encouragés. Dans l’apprentissage des arts en Chine, la première étape et de savoir copier les maitres. Il faut savoir copier parfaitement et ensuite on a le droit de développer son propre esprit créatif.

Julien : L’intérêt de travailler à l’étranger est cette dynamique de pouvoir confronter les différences culturelles et d’apprendre les uns des autres. Dans des pays en croissance, il y a énormément d’opportunités. On peut entreprendre très facilement et rapidement car on peut s’appuyer sur un marché porteur en développement et il y a donc plus de chance que cela se passe bien. Il y a énormément de choses à faire.

Sophie : Nous rencontrons beaucoup de personnes qui sont venues pour entreprendre et qui ont une expérience des plus intéressantes. Nos enfants apprennent l’anglais dès leur plus jeune âge (plus le vietnamien pour le moment) ce qui est aussi un grand avantage.

Si vous aviez des conseils à donner aux étudiants ?

Sophie : De faire une césure !

Julien : Et de prendre le temps ! Ce n’est en aucun cas un regret mais ce sentiment d’urgence de devoir aller rapidement sur le marché du travail n’est en fait pas réel. Rien ne presse, nous sommes encore jeunes quand nous sortons de l’école et nous n’avons pas forcément la maturité pour se lancer directement dans la vie active. Ce n’est pas grave d’avoir touché à plein de secteurs différents ou avoir suivi d’autres formations complémentaires ; la césure permet de prendre du recul et de la maturité, de tester des choses différentes, de construire un projet.

Sophie : Être à l’étranger permet également de rester flexible et de pouvoir changer de fonction ou secteur. Cela peut être très intéressant. Il y a davantage de prises de risques, d’opportunités et de la place pour les profils atypiques. Il faut être à l’écoute des opportunités et savoir les saisir, se lancer et ne pas avoir peur de prendre des risques.

Julien : Le réseau de l’école et le réseau agro sont très importants également. Cela permet de pouvoir faciliter la prise de risques, d’avoir un filet de sécurité en quelque sorte. Nous ne partons pas tout-à-fait de rien.

 

Tous les réseaux que nous pouvons tisser dans nos vies sont à maintenir dans la durée car ils sont utiles à tout moment pour obtenir des informations ou des opportunités dans quelconque domaine ou situation que ce soit.

Vietnam - Commerce - Direction - Conseil - Management - Adisséo - CMA CGM  

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