LUC CHAMBENOIT, Product Manager, CALDIC NORWAY AS

A partir du moment où vous vous installez dans un pays, il est très important de parler la langue locale

Se spécialiser en génie industriel alimentaire ? Entrer chez Bayer en tant que attaché technico-commercial ? Reprendre une business unit chez Bayer en tant que chef de produit ? Suivre votre épouse et partir en Norvège ? Parler plusieurs langue, un véritable atout ? L'importance de la relation de confiance avec ses fournisseurs ? Product manager chez Cladic Norway ?

1982 -1985
Student, ENSIA Massy (82)

1988 - 1991

Sales Representative - BG Wolff Walsrode - Bayer SA 

1991 - 1994

Sales Representative - BG Rhein Chemie - Bayer SA 

1995 - 1998

Senior Sales Representative - BG Rhein Chemie - Bayer SA 

1998 - 2003

Product Engineer - Business Group (BG) Chemicals - Bayer SAS 

2003 - Aujourd'hui

One-Man Company – Agent for Gras Produkter

Au cours de vos études, animé par la volonté de travailler sur quelque chose d’utile, en quoi vous êtes-vous spécialisé ?

 

J’ai intégré l’ENSIA en 1982. En troisième année, j’ai suivi une spécialisation « fruits et légumes ».  J’ai ensuite décidé d’aller une année en Allemagne (je parlais allemand) pour me spécialiser en Génie Industriel Alimentaire à l’University de Karlsruhe. Cette année a été très bénéfique car j’étais en contact avec beaucoup d’étudiants étrangers. A l’issue de cette année, j’ai voulu faire quelque chose d’utile dans une association à l’étranger du type Volontaires du progrès mais n’ai pas eu de place car j’étais loin des centres décisionnels à Paris et Genève. J’ai donc profité de quelques mois libres avant mon service militaire pour voyager à l’étranger et rendre visite à quelques amis connus en Allemagne. Je suis allé en Allemagne, en Finlande, en Suède, puis en Norvège où j’ai rencontré ma future épouse. 

Après votre service militaire, vous entrez sur le marché du travail et commencez à travailler chez Bayer. Quel était votre premier poste ?

 

J’ai commencé à travailler en 1988, chez Bayer France, une société chimique comportant plusieurs « business units ». Bayer avait plusieurs activités, j’étais attaché technico-commercial d’une filiale allemande qui vendait des films d’emballage. Je m’occupais du service vente en France, j’étais basée à Puteaux. Sortant d’une école d’ingénieur plutôt généraliste, je n’avais au départ pas vraiment le profil commercial.

 

 

Vous poursuivez votre expérience chez Bayer à Lyon et passez dans le département des additifs pour lubrifiants, en quoi cela consistait-il ?

 

Au bout de trois ans, on m’a proposé un poste similaire dans un autre département : les additifs pour lubrifiants sur les marchés belge et français. Je devais gérer un portefeuille de clients, suivre les commandes en cours, les projets, etc. C’est le type de travail que je continue à faire encore aujourd’hui et que j’aime faire ! Mes négociations se faisaient directement avec les clients, je ne négociais pas avec les centrales d’achat et cela me plaisait !

Les belges parlent plusieurs langues, ils savent s’adapter et sont très accueillants. C’était une ouverture, je découvrais un marché un peu différent. J’étais basé à Lyon durant trois ans pour ce poste, et avec mon épouse et notre premier fils nous habitions Paris.

Vous avez ensuite l’occasion de reprendre une business unit chez Bayer en tant que chef de produit. Quelles étaient les nouveautés et les difficultés rencontrées en termes de management ?

 

Au bout de trois ans j’ai pu reprendre une « business unit » en qualité de chef de produit. Je devenais responsable de toute une ligne de produits (les additifs polymères). Il y avait des plastifiants spécifiques, des agents gonflants, des additifs antichocs, etc. Progressivement, on m’a donné des responsabilités de management. Trois personnes travaillaient pour moi (un commercial, une assistante commerciale et une responsable de projets). Management, vente, responsable de projets, à la fois opérationnel et fonctionnel, la charge devint trop lourde au bout de quelques années.

 

Vous décidez de suivre votre épouse et de partir en Norvège. Comment cela s’est-il passé ? Avez-vous réussi à retrouver un emploi rapidement ?

A ce même moment, mon épouse a ressenti l’appel du Nord, principalement pour la qualité de vie. Elle travaillait alors sur le marché scandinave pour une société française. Elle a décroché une opportunité à Oslo et en 2003, nous avons décidé de sauter le pas ! J’ai pu demander un congé sabbatique d’un an chez Bayer, cela m’a beaucoup aidé, c’était une sécurité. Si cela ne se passait pas bien je pouvais revenir et retrouver mon poste.

Au bout de quelques mois nous avons décidé de rester en Norvège. Mon épouse a continué à travailler dans sa société et j’ai trouvé un premier emploi au bout de quelques semaines après avoir suivi des cours de norvégien juste après notre arrivée. Ce qui m’intéressait, c’était de rester dans le domaine de la vente de produits techniques et d’avoir l’aspect international, je parlais l’allemand, l’anglais, le français et je me suis vite rendu compte que c’était un atout. Quand on arrive dans un nouveau pays pour plusieurs années à priori, il est très important d’apprendre la langue et de travailler tout de suite. En neuf mois, j’ai appris le norvégien. J’étais vendeur indépendant après avoir dû fonder ma société pour exercer cette fonction.

 

Vous trouvez ensuite un poste chez Caldic Norway, où vous travaillez toujours aujourd’hui. Pouvez-vous nous parler plus en détail de cette société ?

 

Après neuf mois dans cette première société, j’ai obtenu un poste dans la société dans laquelle je travaille toujours aujourd’hui : Caldic Norway. Caldic a été créée aux Pays-Bas en 1974.

Notre société est spécialisée dans l’achat et la vente d’ingrédients alimentaires. Nous avons un portefeuille de produits très vaste. Parmi nos concurrents, je dirais que nous sommes ceux qui offrent le plus de produits pour le type de clientèle que nous visons. Actuellement nous sommes 5 en Norvège (ce qui correspond à une société de taille moyenne ici) et nous allons continuer à nous développer (notamment grâce au rachat d’une société danoise en 2016). En Suède, nous avons 70 personnes et nous venons de passer à environ 60 personnes au Danemark. Ainsi Caldic, qui était à l’origine un groupe chimique, devient progressivement un groupe orienté également vers l’agroalimentaire. Le marché des produits chimiques est assez volatile. Le marché agroalimentaire est beaucoup plus stable. 

 

En quoi consiste exactement le poste de chef de produit que vous exercez toujours aujourd’hui ?

 

Je suis en effet toujours chef de produit et le plus important pour moi, c’est de faire quelque chose qui me plaît et pour lequel je suis performant tout en me laissant quelque temps libre pour les activités extra-professionnelles.

Un chef de produit achète et vend. Nous avons des clients qui expriment plus ou moins clairement leurs besoins. Notre travail est de les aider à les formuler clairement. Une fois ces besoins définis, nous travaillons avec des fournisseurs reconnus sur le marché. Nous avons donc un gros travail de sélection à faire. Nous devons également trouver de nouveaux produits !

Nous effectuons un travail de révision des prix, le marché des produits « coloniaux » (type noix, graines, poudre de cacao) est difficile car les prix varient d’un jour sur l’autre. On peut néanmoins avoir des produits sous contrat à durée définie pour simplifier les choses. 

Comment fonctionnez-vous avec vos fournisseurs ? Quelle relation entretenez-vous avec eux ?

 

Nos fournisseurs sont fidèles. Les produits sont de qualité et les employés sont compétents. Ils nous aident à promouvoir leurs produits. Nous achetons des produits partout dans le monde : France, Allemagne, Italie, Etats-Unis, Chine, Suède, Danemark, Angleterre, etc. Avoir différentes cultures dans son environnement est intéressant car nous pouvons varier l’approche de travail.

Notre objectif est de trouver le bon fournisseur avec le bon produit. Pour certaines applications, il n’est pas forcément utile d’avoir une excellente qualité, pour d’autres, c’est le contraire. Nous adaptons notre stratégie. Lorsque les clients achètent chez nous, ils savent que nous avons un bon contrôle qualité de nos fournisseurs.

Nous avons eu par exemple certains clients mécontents de produits fabriqués en Chine. Nous achetons de l’acide citrique en Chine et nous n’avons jamais eu de réclamation sur ce produit, nous pouvons en acheter aussi en Allemagne mais ce ne sera pas le même prix.

 

Nous passons du temps à référencer nos fournisseurs et une fois qu’ils le sont, nous suivons leur performance.  Si nous avons des doutes quant au produit, aux engagements, ou encore à la qualité, nous envoyons quelqu’un du service qualité sur place. Il faut toujours avoir un plan B, un fournisseur pouvant être amené à disparaître ou ne pas être en mesure de nous livrer quand il le faut.

 

Vous nous parlez de la confiance dans vos relations avec vos fournisseurs et vos clients, à quel point cette notion est-elle importante ?

 

Vous ne pouvez pas avoir de clientèle durable sans qu’il y ait cette confiance qui soit établie. J’ai commencé dans ce poste il y a 12 ans et j’ai dû gagner la confiance de mes collègues : Je suis arrivé ici en tant que Français et les gens ont l’image du Français qui parle beaucoup et qui ne fait pas grand chose (rire). Il faut être à l’écoute. Nous travaillons en bureau paysagé, ce qui facilite les contacts entre nous.

Ce qui me plaît le plus dans ce travail c’est quand je suis en clientèle, car quand vous êtes au bureau il y a toujours des impératifs administratifs qui vous retardent. A contrario, lorsqu’on est en clientèle, on est en situation de prestation. 

Votre arrivée en Norvège a-t-elle était facile au niveau familial et social ?

 

Aujourd’hui nous sommes satisfaits de notre nouvelle vie ! Au début, il n’était pas facile de se faire des amis. Pour créer des liens nous avions principalement le biais de l’église, des associations sportives (les enfants avaient beaucoup d’activités), ou encore de l’école française, mais les élèves inscrits viennent souvent pour une période très déterminée (deux ou trois ans). C’était très dur pour les enfants car vous avez subitement de nouveaux amis et après trois ans ils s’en vont. Nous avons préféré jouer la carte norvégienne, nous avons voulu nous intégrer dans un milieu local et finalement je crois que nous y arrivons bien.

Ici en Norvège vous avez ce qu’on appelle le dugnad, c’est un petit peu l’équivalent du travail d’utilité générale. L’objectif est plus le côté social, convivial et serviable. Cela vous permet de rencontrer d’autres personnes et de partager des activités avec elles. Par exemple, le club de football ou de biathlon organise le dugnad de l’année et bon nombre de parents participent : nettoyage des parties communes, peinture, etc. C’est une spécificité de la Norvège !

Pour vous quelles sont les qualités dont il faut faire preuve dans le monde du travail ?

 

Il faut être à la fois patient et aussi un peu comme vous. Vous êtes très dynamiques dans vos démarches, pionnières et surtout professionnelles au niveau de l’approche. Il faut savoir s’auto-motiver car actuellement le marché du travail n’est pas florissant.

Par exemple, la rencontre avec un client potentiel me motive à chaque fois ! Il faut être à l’écoute et être humble, c’est important. Il faut voyager, aller à la rencontre des autres, car si l’on reste dans son microcosme, on peut devenir hostile à tout ce qui vient de l’extérieur.

A partir du moment où vous vous installez dans un pays, si vous savez que vous allez rester quelques années, il est très important de parler la langue locale. Les langues ouvrent beaucoup de portes. Par exemple la maîtrise de l’allemand m’a beaucoup aidé. Tout d’abord, cela a été un atout pour décrocher mon premier poste chez Bayer, et même si l’anglais est devenu la langue internationale, quand vous parlez allemand à un Allemand, vous sentez qu’il est très sensible à l’effort et de ce fait plus ouvert. De plus le norvégien et l’allemand sont des langues assez proches. 

Un message à transmettre ?

 

Je pense que c’est vraiment important de prendre le temps de trouver à la fois ce que vous aimez faire, ce que vous pensez pouvoir faire et ce que vous pouvez trouver. C’est, en général, la conjonction de ces trois éléments qui vous permet de trouver du travail. Ce qui est important pour vous encore étudiantes, c’est de vous donner le temps de trouver ce que vous voulez faire dans la vie et que cela vous plaise.

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