LUCILE WAKSMAN, Product Area Manager, Nestlé

Ce qu’il faut retenir du management ? Je pense qu’il faut être patient, cela ne s’apprend pas en un jour ! Il faut se donner le temps (l’écoute c’est clef) et avoir envie : si on aime ça, ça viendra. 

Réaliser sa dernière année de spécialisation à l’ENSIA en génie industriel alimentaire ? Un poste au siège social de Nestlé ? Démarrer les nouveaux produits et les nouvelles lignes en usine ? Travailler sur différents postes pour mieux comprendre les différentes contraintes ? Manager une équipe de 8 personnes en Suisse ? 

1996 - 1999
Student, Paris Grignon (1996)

 

Septembre 1999 - Mars 2001

Project engineer , Nestle S.A. 

Mars 2001 - Avril 2005

Process engineer , Cereal partner Worldwide 

Avril 2005 - Février 2009

Product Development Specialist , Nestle S.A. 

Février 2009 - Février 2012

Product Development Specialist , Nestle S.A. 

Février 2012 - Aujourd'hui

Product Area Manager , Nestle S.A. 

Pourquoi avez-vous choisi l’agro ? Que vous a apporté l’école ?

 

Après une prépa bio, j’ai intégré AgroParisTech en 1996. Au départ, il faut dire que je n’étais pas très emballée : venant du sud de la France, j’avais visé Montpellier (rire). Mais finalement je n’ai pas regretté (à part pour le temps qui était comme attendu assez gris) ! L’industrie agroalimentaire m’a toujours attirée et j’ai donc réalisé ma dernière année de spécialisation à l’ENSIA en génie industriel alimentaire.

 

Ce que m’a apporté l’agro ? Je dirais surtout un « basic knowledge » sur des aspects assez variés : cela nous permet d’être à l’aise dans les discussions avec les différents acteurs d’une entreprise en ayant une base solide vraiment utile (« food science », finance, statistique, agronomie…). On nous apprend aussi à réfléchir efficacement et en équipe et à résoudre des problèmes avec une méthode systématique. Ayant eu des expériences professionnelles très diverses, cela m’a permis de m’adapter très rapidement !

 

 

Après une spécialité en génie industriel, quelles étaient vos principales missions chez Nestlé lors de votre stage de fin d’étude ?

 

Pour mon stage de fin d’étude, j’étais donc déjà chez Nestlé. Je travaillais en usine sur un yaourt, le LC1 (un produit qui n’est plus vendu en France aujourd’hui) : le but était de diminuer les pertes en production, en optimisant la survie de probiotiques. J’ai donc cherché à améliorer le procédé, c’était très technique et très appliqué, j’ai beaucoup aimé ! L’usine était à Douai dans le département du Nord et lors de mon arrivée je me suis presque crue dans « Bienvenue chez les ch’tis », sauf que dans mon cas il neigeait (rire) !

 

Directement après mon stage, j’ai été embauchée et on m’a proposé un poste au siège social de Nestlé ! Sur le moment j’étais un peu étonnée car je pensais rester en usine, mais c’est une très bonne opportunité et j’étais enthousiaste.

 

 

Ingénieur au sein du département Industrial Performance chez Nestlé, qu’est-ce que cela signifie ?

 

J’ai travaillé pendant un an et demi sur les ingrédients. C’était un poste très exposé : je travaillais avec les directeurs industriels de toutes les catégories Nestlé et je devais définir avec eux des cahiers des charges pour les différents groupes de matières premières. C’était à l’époque de la vache folle et de plusieurs scandales alimentaires, il y avait donc beaucoup de méfiance et de risques perçus par les consommateurs ! Il fallait donc prendre en compte cet aspect en définissant ces nouveaux cahiers des charges. En parallèle, je travaillais avec les achats pour rationaliser les portefeuilles de matières premières, l’idée était de faire des économies d’échelle pour dégager des économies.

 

J’ai bien aimé ce poste, j’ai même été citée dans la gazette de Nestlé France à 23 ans ! Je me rappelle, tout le monde me disait « mais quand as-tu démarré ? » (Rire). C’était une bonne expérience !

 

Chez Nestlé, c’est assez classique de démarrer en Industrial Performance, ils appellent cela des postes « pépinières ». En général, les jeunes vont plutôt dans les usines pour améliorer des procédés, mais comme j’avais déjà fait cela au cours de mon stage de fin d’étude, j’étais très contente d’avoir cette opportunité au siège ! 

 

 

Une nouvelle évolution au sein de groupe, vous passez ensuite Ingenieur Système. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

A l’issue de cette période, le projet étant terminé, Nestlé m’a proposé un poste de « system engineer ». Je suis alors partie en Picardie dans l’usine qui fabrique les céréales petit déjeuner Fitness. Mon rôle était de démarrer les nouveaux produits (par exemple Fitness Chocolat, Fitnesse with red fruit pour le royaume uni, les barres céreales Fitness), ainsi que les nouvelles installations (y compris une nouvelle ligne de fabrication pour Fitness !). Ensuite d’améliorer les procédés et de réduire les pertes. Je n’avais pas d’équipe mais j’avais un lien fonctionnel et journalier avec les opérateurs.

 

Démarrer les nouveaux produits et les nouvelles lignes en usine, c’est la fin de la chaine de l’innovation : c’est la R&D qui est responsable de développer les nouveaux produits sur des lignes pilotes et ma mission était de transférer ensuite ces nouvelles recettes et process sur des lignes en usine. J’étais donc le point de contact avec la R&D pour ce « scale up » en usine pour atteindre un procédé robuste.

 

C’est un poste très difficile au début, il m’a fallu presque deux ans pour bien maitriser le fonctionnement des lignes, les paramètres clefs ainsi que ce qui se passait dans le produit à chaque étape du process ! Le process Fitness est en effet très long : une fois le début de la ligne démarrée, le produit n’atteint la fin de ligne que 8 heures plus tard ! Il y a donc beaucoup d’étapes et de quoi observer, c’était bien (rire) !

 

J’ai adoré ce travail, mais c’était très prenant ! En tant que membre du comité de direction de l’usine, je contribuais aussi à la stratégie de l’usine et à l’avenir de l’usine grâce aux économies réalisés grâce aux optimisations. Par contre il y avait tant à faire, j’y allais parfois la nuit et le weekend ! C’était passionnant, entre le début et la fin de mon poste, les volumes avaient triplés, nous avions démarré deux nouvelles lignes et mis en place de nombreuses méthodes de contrôle avec des équipes. Je pense qu’en terme de « work-life balance » ce n’était pas du tout équilibré mais c’était une période où je pouvais me le permettre !

 

 

Vous travailliez essentiellement avec la R&D, peut-on dire que c’est cette expérience qui vous a poussé à vouloir découvrir ce nouveau monde ?

 

Lors de ce poste en usine, mon contact principal était la R&D : je trouvais qu’un lancement de produit pouvait être très long et je ne comprenais pas pourquoi (rire) ! J’ai donc décidé de passer de l’autre côté de la barrière, en R&D, pour trouver une réponse à mes questions.

 

J’ai été transférée à Lisieux, au centre R&D, où je suis restée quatre ans. J’étais chef de projet et je travaillais sur les « chilled dairy products » (les produits laitiers réfrigérés) : au début sur les produits pour enfants comme les petits suisses et ensuite sur les produits pour adultes comme les yaourts allégés.  

C’était très différent de l’usine : j’avais été dans un petit comité de direction très exposé et je me suis retrouvée d’un coup dans un département produit avec une douzaine de personnes. Il m’a fallu un petit moment d’adaptation (rire). La dynamique comme les modes de travail étaient très différents.

 

 

Avez-vous trouvé vos réponses ? Pouvez-vous partager avec nous votre analyse : pourquoi le lancement d’un produit vous paraissait-il donc si long ?

 

Tout d’abord, cela dépend des catégories de produits : dans le « chilled dairy » la durée de vie du produit est très faible, les temps de projet sont beaucoup plus courts par rapport aux céréales. Et finalement, l’innovation prend du temps, prendre les bonnes décisions nécessite beaucoup de données (test consommateurs, faisabilité techniques, aspect réglementaires, coût…) et donc du temps ! Dans ce métier, on fait beaucoup de screening d’idées et très peu sont sélectionnées in fine car avec le potentiel suffisant. On teste beaucoup de choses qui n’aboutissent pas et cela prend du temps ! J’ai donc trouvé des réponses à mes questions (rire) !

 

Et finalement, grâce à mon travail en usine, je connaissais les attentes vis-à-vis du département R&D. Souvent les incompréhensions ou le mécontentement des gens viennent du fait qu’ils ne connaissent pas l’environnement de l’autre : travailler sur différents postes m’a permis de mieux comprendre les différentes contraintes et d’avoir un avis plus posé. 

 

 

Vous choisissez ensuite de partir en Suisse, pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ? 

 

Mon mari a été transféré en Suisse et, après quatre années passées à Lisieux, je me suis dit que c’était peut-être un bon moment pour changer ! J’ai donc contacté le centre de Konolfingen et j’ai déposé ma candidature.

 

J’ai alors rejoint le centre en tant que chef de projet et j’ai travaillé sur les laits de croissance pour enfants. J’ai également eu l’occasion de travailler pour Nestlé Health Science (produits pour personnes malades), des choses assez variées donc. 

 

Cela ressemblait à mon poste précédent mais la catégorie « laits de croissance » apportait de nouvelles contraintes, et une législation plus contraignante. En trois ans à ce poste, j’ai eu la chance de lancer deux produits : un lait pour enfants (avec des probiotiques traités thermiquement) au Mexique et un lait de croissance au biscuit en Europe. En plus j’ai produit pour des essais cliniques dont un où la production était réalisée dans une usine au Mexique et les essais cliniques au Chili, c’était assez complexe et très différent de ce que j’avais pu faire auparavant !

 

 

Aujourd’hui, quel est votre quotidien en tant que responsable de catégorie ? Que faut-il retenir du management ?

 

Au bout de trois ans en tant que chef de projet, je suis devenue responsable de la catégorie de produits « creamer » et « coffee mixes ». Les « creamers » (crèmes à café) ne sont pas très connus en France, ils sont ajoutés au café pour le rendre plus crémeux et moins amer. Le marché se trouve principalement aux Etats-Unis et en Asie, pour des raisons d’habitudes alimentaires (l’accès au lait liquide y est plus difficile). Les « creamers » représentent un business important : Nescafé fait une partie importante de ses chiffres avec la catégorie des « coffee mixes » qui sont un mélange de café et de crème à café pour un café savoureux ! 

 

Je gère une équipe de huit personnes et mon travail est très différent de ce que j’ai eu l’occasion de faire avant : je ne manage plus de projet mais une équipe qui manage de nombreux projets ! Nous avons eu de beaux succès l’année dernière : nous avons lancé trois produits, un en Afrique du Sud, un en Malaisie et un aux Philippines. En R&D rappelez-vous peu de projets vont jusqu’au bout car avec le potentiel suffisant, donc contribuer à un lancement est toujours très motivant et cela représente un certain aboutissement !

 

Ce qu’il faut retenir du management ? Je pense qu’il faut être patient, cela ne s’apprend pas en un jour ! Il faut se donner le temps (l’écoute c’est clef) et avoir envie : si on aime ça, ça viendra. 

 

 

Vous avez toujours travaillé chez Nestlé, avez-vous pu côtoyer d’autres cultures d’entreprises ?

 

J’ai déjà eu l’occasion de côtoyer d’autres cultures d’entreprise au court de ma carrière : quand j’étais à Lisieux, la partie yaourt était une joint venture avec Lactalis et quand je travaillais dans les céréales c’était aussi une joint venture avec General Mills. J’ai beaucoup aimé General Mills : ils sont très pragmatiques et forment beaucoup leurs employés ! Lactalis je n’ai pas accroché (rire). J’apprécie beaucoup de choses chez Nestlé et des choses sur lesquelles je n’aurais pas envie de mettre une croix ! 

 

 

Est-il facile d’évoluer en interne chez Nestlé ?

 

Oui, en étant motivé et prêt à bouger, il y a vraiment beaucoup de choses à faire ! Il faut essayer de garder une certaine logique, mais si on réussit là où on est et si on explique clairement où on veut aller, il y a de nombreuses possibilités !

 

Il s’agit de trouver ce qui vous passionne : devenir expert d’une catégorie ? faire du mangement de projet, certaines compétences clefs en main ?  Manager les gens tout en possédant une certaine expertise ?

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