MANUEL FULCHIRON, Senior Network Officer, Global Water Partnership 

Ce sont vraiment les individus qui créent l’ambiance et la motivation

 

Se spécialiser en foresterie rurale et tropicale ? Participer au plan de reconstruction forestière suite à la tempête de 99 ? Travailler avec l'ONF en aménagement forestier ? Suivre un master 2 à Science Po en parallèle de son travail ?

Gérer les ressources en eau en tant que directeur d'un établissement public en Ardèche ? Travailler à un niveau international au Global Water Partnership ?

1996 - 1999
Student, ENGREF-FIF (96)

1999 - 2001

Ingénieur, IRSTEA​

2001 - 2005

Chef de l'Unité Foret et Biodiversité, Direction Départementale​ de l'Agriculture et de la Foret

2005 - 2007

Responsable Unité Aménagement forestier et Environnement, Office National des Forets​

2007 - 2010

Chef d'Unité, Direction Régional de l'Environnement, de l'aménagement et du Logement​ (DREAL)

2010 - 2013

Directeur, Etablissement Public du Bassin de l'Ardèche​

2013 - Aujourd'hui

Senior Network Officer, Global Water Partnership

Quel était votre objectif en intégrant AgroParisTech ? Pourquoi étiez-vous attiré par la spécialité forestière rurale et tropicale ?

 

A l’issue de mes classes préparatoires, mon objectif était de choisir la formation qui me permettrait de travailler dans un domaine technique.

 

J’ai toujours était attiré par l’environnement, par les milieux naturels, la faune et la flore. Enfant, j’avais vécu en Afrique et l’idée de travailler dans le secteur tropical me plaisait. Je savais qu’il y avait une spécialité forestière rurale et tropicale que l’on pouvait suivre en troisième année. A la fin de ma deuxième année à l’agro, j’ai fait des stages de découvertes à l’ONF en Restauration des Terrains en Montagne et dans une ONG qui travaillait avec la Guinée. C’était un stage en zone rurale qui m’a permis de conforter mon choix pour cette spécialité de troisième année.

 

A l’époque l’ONF offrait beaucoup de métiers techniques pour les ingénieurs et j’envisageais réellement d’y travailler. Cependant, entre le jour où je suis entré à l’école et celui où j’en suis sorti, le métier de chef de division que je visais à l’ONF a fortement évolué ...

 

 

Vous réalisez votre stage de fin d’étude au Gabon, dans une grosse entreprise d’exploitation forestière et travaillez sur des espèces d’arbres pionnières, quel était votre rôle ?

 

C’était ma première expérience dans le secteur privé ! C’était intéressant de voir comment l’être humain appréhende le monde du travail avec sa dureté et sa variabilité.

J’ai mis en place avec les équipes de techniciens un protocole de suivi et de description de la régénération naturelle d’une espèce pionnière, l’Okoumé, qui ne pousse naturellement que dans les savanes. Le travail était réalisé sur différents stades forestiers, des « fourrés » jusqu’à la forêt mâture avec peu d’individus de cette espèce. La question était « que faut-il faire pour que l’Okoumé se régénère à l’échelle de l’exploitation (500.000 ha) ? ». Je devais faire des mesures, des placettes, des analyses de croissance, de comptage de cernes.

Vous effectuez votre service national au CEMAGREF (IRSTEA aujourd’hui), qu’avez-vous découvert sur le monde de la recherche ?  Travaillant dans le secteur forestier, quelle a été votre réaction suite à la tempête de 1999 ?

 

A l’époque, il y avait encore le service national : au CEMAGREF je travaillais avec une équipe sur de recherche en écologie spatiale et fonctionnelle, c’est-à-dire l’écologie des paysages. Je me concentrais principalement sur la région des Alpes et l’impact de la déprise agricole sur les espèces fauniques. C’était un bon premier contact avec le quotidien des chercheurs : un mélange entre recherche appliquée et fondamentale. J’ai remarqué que l’enjeu de la publication était très présent. C’était une bonne expérience grâce notamment aux collègues. Ce sont vraiment les individus qui créent l’ambiance, la motivation.

 

Il y a eu la tempête de fin 1999 : un plan de reconstruction se mettait en place. J’ai donc abrégé mon service pour prendre un poste à la DDAF dans la Loire. Je m’occupais de toute la partie forestière : la reconstruction post 1999 et la protection des parcs naturels, des réserves naturelles, du biotope. Il fallait mettre en place le réseau Natura 2000, mener la concertation locale, les plans de gestion, trouver les animateurs. J’ai découvert l’administration et la relation avec l’usager.

 

Vous décidez de partir à Bourg en Bresse pour travailler notamment avec l’ONF, en quoi consiste l’aménagement forestier ? Pouvez-vous nous donner un exemple de projet auquel vous avez participé ?

 

J’ai ensuite pris un poste d’aménagement forestier à Bourg en Bresse. Cette région est notamment intéressante pour un forestier du fait des forts enjeux économiques. Pour moi c’était la découverte d’un nouveau métier qui avait plusieurs dimensions. Il y avait une dimension environnementale (Natura 2000) mais également une dimension développement économique et diversification des activités : L’objectif était de générer des nouvelles recettes avec de nouvelles modalités d’intervention et de valorisation des savoir-faire, auprès des projets aux communes et d’entreprises privées.

 

Par exemple, nous avons mené un gros projet d’ouverture d’une ligne de chemin de fer pour un prestataire de la SNCF. Notre équipe était composée de cinquante ouvriers, des chefs d’équipe, des coordonnateurs, un responsable qualité et la sécurité. Le chantier s’élevait à 500 000 euros (nous réalisions un chiffre d’affaire de 4 millions d’euros par an). Ça a été une aventure professionnelle, technique et humaine extraordinaire !

 

  

En 2007, vous devenez responsable d’une unité à la Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement sur le bassin Rhône Méditerranéenne (DREAL) et décidez de suivre un master 2 en parallèle, pourquoi ce choix ? Que vous a apporté cette formation ?

 

Je m’occupais de l’eau et de la forêt. L’eau était un tout nouveau domaine pour moi, je me suis donc intéressé à toutes les facettes de cette problématique à travers la Directive Cadre sur l’Eau. Tout en étant à la DREAL, j’ai suivi un master 2 à Science Po à Lyon sur la gestion et le management dans les collectivités locales. C’était un master dans lequel il y a avait beaucoup d’interventions de professionnels, notamment un gros module de droit. C’était un master très complémentaire de ma formation initiale technique et de mes premières expériences.

Gérer un master et un travail en même temps ? Cela se faisait assez bien, et j’étais en totale transparence avec mon patron. Ce diplôme m’a beaucoup apporté dans mon travail car j’étais en permanente relation avec les collectivités, par exemple sur des projets de définition de zones sensibles à la pollution. Comprendre l’environnement dans lequel nous travaillions était crucial, par exemple, pour comprendre la réaction du maire lorsqu’un projet lui était exposé. Il y a des enjeux politiques, économiques et sociaux... Avant que je ne finisse le master, une des collectivités avec lesquelles je travaillais m’a proposé un poste.

 

Vous poursuivez dans la problématique de l’eau et devenez directeur de l’établissement public du bassin de l’Ardèche. Quel était votre rôle ?

 

Je suis parti en juin 2010 au syndicat mixte du bassin d’Ardèche en tant que directeur d’établissement. Ce syndicat s’occupait des ressources en eau. C’était un plaisir de découvrir des nouveaux environnements et des nouvelles personnes. Il y avait beaucoup d’enjeux différents, avec des difficultés économiques fortes et des perspectives de tourisme liées à l’eau. L’équipe technique était expérimentée et solide. Mon rôle était de superviser toute la partie technique : il y avait différentes missions techniques sur l’eau, sur les travaux dans le bassin versant, sur la biodiversité. Sur la partie administrative et gestion, il fallait mettre en cohérence toutes les ambitions techniques et la gestion financière, apporter la vision et le cadre de gestion des ressources humaines. Dans le syndicat, il y avait également l’interface entre tous les services et le politique. Il fallait arriver à collecter, formater l’information afin que les élus définissent des politiques publiques. Le président du syndicat me faisait extrêmement confiance. Mon contrat a été renouvelé au bout de trois ans.

 

 

Poussé par l’envie de travailler dans le développement international, vous repérez le poste que vous occupez aujourd’hui : quel est votre rôle au sein du Gobal Water Partnership ? Pouvez-vous nous en dire plus sur cette entité ?

 

Le poste que j’occupe actuellement est un poste de mise à disposition par le Ministère de l’Agriculture dans une organisation internationale : le Partenariat mondial de l’eau (The Global Water Partnership - GWP). Ce réseau réunit 3 000 organisations dans presque 200 pays. C’est une plateforme d’échange des bonnes pratiques pour promouvoir la gestion intégrée des ressources en eau. Le secrétariat mondial est ici, à Stockholm et il y a des petits secrétariats dans 13 régions du monde.

Je suis ce que l’on appelle, un « network officer ». Je suis dans le service technique chargé d’appuyer, de renforcer les capacités et de développer les programmes. Je travaille sur un thème proposé par le ministère de l’agriculture français : la sécurité alimentaire, pour cela, j’appuie des équipes en Afrique de l’Ouest et ailleurs sur les sujets de l’eau et la sécurité alimentaire (l’eau et la production agricole, l’eau et la transformation de produits agricoles).

 

Il y a-t-il une évolution de la prise en compte des enjeux de l’eau dans le monde ?

 

Il existe un lien fort entre agriculture rurale et pauvreté. Aujourd’hui ce qui nous préoccupe le plus c’est de faire évoluer les itinéraires de production pour aider les petits producteurs à s’adapter dans un contexte de changement climatique et de sécheresse La gestion intégrée de l’eau est énormément liée à la gouvernance, au contexte culturel, social et politique. Il faut prendre en compte des avis de groupes plus faibles ou vulnérables. Tout un programme ! Toutefois les choses changent, le volet eau devient progressivement une préoccupation importante avec sa prise en compte dans les politiques nationales d’adaptation climatique, l’inscription de cette problématique dans les Objectifs de Développement Durable lors du sommet sur le développement durable de 2015 ou encore par le Comité sur la Sécurité Alimentaire (CSA).

 

 

Peut-on dire que votre vision se rapproche de celle de la COP21 ?

 

Nous avons la même approche que la COP 21 ! Un sujet majeur est de venir en aide aux acteurs des différents pays en renforçant leur capacité technique de gestion et de planification stratégique. Le but est notamment de prévoir, identifier et déterminer des projets d’investissement dans des infrastructures. Nous essayons d’identifier le bon projet, de l’intégrer selon les points de vue des différents usages, de monter le cadre de gouvernance adapté et de trouver des investisseurs. Il faut développer des circuits et des échanges de connaissances et d’expériences entre les acteurs !

 

Quels sont les différents partenaires internationaux de The Global Water Partnership ?

 

Dans l’équipe technique, je travaille avec la FAO (Food and Agriculture Organization), le FIDA (Fonds International de Développement Agricole) et un peu moins avec le PAM (Programme Alimentaire Mondial) car nous n’intervenons pas dans la notion d’urgence : la planification de la valorisation des ressources en eau est quelque chose qui se fait à moyen long terme ! Je travaille aussi avec le CSA (Comité sur la Sécurité Alimentaire). Je vais en Afrique environ un peu plus d’une semaine par mois (notre équipe est basée à Ouagadougou) : il faut jongler avec le contexte actuel d’insécurité…

 

Parlez-nous de l’initiative du livre blanc « Un Paris pour l’eau » qui a été remis lors de la COP21 en 2016

 

Nous avons initié avec des jeunes d’AgroParisTech et de Montpellier SupAgro un projet de mobilisation de la jeunesse francophone sur les enjeux climatiques par le prisme de l’eau. Nous avons fait cela avec l’office franco-québécois de la jeunesse, le secrétariat international pour l’eau et le parlement mondial de la jeunesse. Nous avons mobilisé 52 jeunes francophones de 17 pays ! Ce projet visait à développer la capacité des jeunes à s’approprier les enjeux de société en lien avec l’eau, les évolutions climatiques et la sécurité alimentaire. Un livre blanc, « Un Paris pour l’eau » a été remis lors COP 21. Il va être traduit en espagnol et en anglais et va permettre d’établir des plans d’action à mettre en œuvre dans différents pays.

 

Votre ressenti par rapport à la Suède ?

 

C’est une super expérience d’être en Suède mais comme je suis souvent en voyage je n’ai pas appris le suédois ce qui est un frein pour certaines choses... Dans le futur ? Je ne sais pas encore ! Cela fait deux ans et demi que je suis là, j’ai été nommé pour trois ans et je viens d’avoir une extension d’un an.

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