MARC BOLARD, entrepreneur et créateur de BeoXis

J’ai eu la chance de vivre une révolution technologique : la lecture de l’ADN !

Passionné par l'amélioration génétique chez les bovins laitiers ? Un DEA en génétique quantitative pour devenir un expert dans son domaine ? La création d'un logiciel d'accouplement à l'URCEO ? Participer à la construction de la  filière lait au Vietnam ? Les missions d'un directeur de la production ? La lecture de l'ADN et la sélection génétique ? Partir en Bulgarie ?

1996 - 2000
Student, INA P-G (96)

 

2000 - 2002

Ingénieur d'Etudes, URCEO

2002 - 2004

Chercheur en Génétique Quantitative chez les Bovins laitiers , CIRAD 

2005 - 2012

Directeur de la production , CREAVIA 

2012 - Aujourd'hui

Entrepreneur, BeoXis

Le métier de vos rêves étant petit ? 

Vulcanologue

En un mot la vie à Sofia ?

Encore, Encore, Encore, Encore, Encore, ...

Un conseil pour les étudiants ?

Pour les agros : épouse une agrelle. Pour les agrelles : poursuis tes rêves.

L’agro en quelques mots ?

 

J’en garde de très bons souvenirs pour ce qu’il en reste (rire) ! Pourquoi l’agro ? Depuis tout petit je baigne dans le milieu de l’élevage et petit à petit je me suis passionné pour l’élevage laitier et en particulier les questions de génétique (amélioration génétique, génétique quantitative).

J’étais alors à Londres, et je suis revenu en France pour faire mes études car je préférais le système des écoles d’agro français, moins stricte, plus spécialisé et plus technique.

Grignon était super, j’y ai notamment rencontré ma femme Céline.  J’étais responsable du club mécanique : on réparait les voitures étudiantes, les tracteurs, c’était assez sympa. J’avais organisé une exposition de vieilles voitures pendant la Garden party ! Je participais aussi au club œnologie c’était vraiment super !

A notre époque, il y avait extrêmement peu de rapports entre l’école et la ferme. Comme j’étais passionné, j’y allais régulièrement pour pratiquer ce que j’aimais. J’y étais tous les weekends et les vacances pour travailler : démarrage à 5h du matin, traite des vaches pendant 2h, soins des veaux et vaches. C’était vraiment dur à l’époque car la ferme était à l’abandon !

Comme j’étais passionné et que je savais déjà ce que je voulais faire, j’ai pu en discuter dès le début avec mes professeurs qui m’ont suivi pendant mes études et accompagné ensuite dans ma carrière ! Nous avons la chance d’avoir des professeurs passionnés et passionnants à l’agro. En 2ème année, j’ai réalisé un stage de recherche à l’INRA à la chaire de génétique quantitative. Je n’ai pas vraiment aimé le monde de la recherche, je le trouvais trop détaché des réalités. Je préférais le monde de l’entreprise avec plus de challenges ! Cela fut tout de même une super expérience, j’ai d’ailleurs rencontré mon mentor là-bas !

 

 

L’amélioration génétique des bovins laitiers, un domaine qui vous passionne ?

 

En 3ème année, j’ai choisi, assez logiquement, la spécialité EDEN. C’était encore mieux : des professeurs passionnés par leur métier, leur sujet et leurs élèves. Cela correspondait tout à fait à ce que je voulais faire !

 

Au moment de choisir mon stage de fin d’étude, grâce à des discussions avec mes professeurs, j’ai eu la chance de pouvoir aller dans une des plus grosses entreprises de génétique animale de France. C’était en Bretagne, à l’URCEO, une coopérative animale qui s’occupe de l’amélioration génétique des bovins laitiers en France. À l’époque, il y avait une petite dizaine d’entreprises qui faisait cela en France.

 

Cela s’est très bien passé : je travaillais sur des sujets très techniques sur l’amélioration génétique des vaches et l’impact des familles de vaches (au sens de parents au sein d’une race) sur celle-ci. La voie qui a le plus d’impact en termes d’amélioration génétique est le mâle. La femelle a une capacité de reproduction très faible donc elle ne peut pas impacter la race de façon significative. Concrètement je faisais des mathématiques, de l’informatique, de la gestion de bases de données. J’étais pas mal derrière mon ordinateur (rire) !

 

A l’issu de mon stage, j’ai eu une proposition d’embauche. Mais je trouvais que je n’avais pas été au bout de ce que je pouvais apprendre dans mon domaine, j’ai donc décidé de faire un DEA et je leur ai demandé s’il pouvait m’attendre. Et ils ont dit oui !

 

 

Devenir un expert dans votre domaine… vous arrivez au moment où une rupture technologique apparaît, pouvez-vous nous raconter cela ?

 

J’ai fait un DEA de génétique quantitative. Le but ? devenir un expert ! Aujourd’hui, nous sommes 5 à parler le même langage dans le monde. Ce DEA était co-organisé par l’université de Tours (partie génétique des populations), l’université de Rennes (partie éthologie) et l’agro (génétique quantitative). Pour ce qui était de la génétique des populations et l’éthologie, j’avais déjà tout vu à l'agro pendant ma dernière année. Au début j’avais donc peur d’avoir fait le mauvais choix en refusant la proposition d’emploi à l’URCEO. Mais il fallait être patient (rire), ce qui m’intéressait est finalement arrivé.

 

J’ai fait mon stage de fin d’étude de nouveau à l’INRA, avec mon mentor. C’était super intéressant, car le milieu avait connu une rupture technologique (du même degré que le numérique pour appareil photo) et j’arrivais pile à ce moment-là ! J’ai réussi à publier un article scientifique pendant mon DEA, qui fut un gros succès.

 

Quelle était cette rupture ? Avant on déduisait la valeur génétique de l’animal de ses performances. On partait du phénotype pour remonter au génotype. C’était extrêmement long, couteux, lourd et avec une précision assez faible. D'un seul coup, nous étions capables de lire l’ADN et d’en déduire les valeurs génétiques de l’animal (ce qu’il est capable de transmettre à sa descendance sur différents caractères : production laitière, production en viande etc.). Grâce aux mathématiques et à l’informatique, j’apprenais à décoder l’ADN et à donner du sens à l’alphabet : établir un lien entre ce qu’on lit et les performances de l’animal.

 

 

Durant votre premier job emploi, vous avez créé un progiciel d’accouplement, avez-vous réussi à le mettre en pratique ?

 

Je suis ensuite reparti à l’URCEO où je suis entré comme ingénieur d’étude. Ma première mission était de créer un progiciel d’accouplement. A partir de la base de données des bovins de Bretagne (700 000 vaches, 40 taureaux) et la prise en compte des contraintes (de volume de sperme, de stock, de logistiques et de valeurs génétiques), le logiciel permet de mettre face à face un taureau et une vache pour obtenir le meilleur cheptel possible sur toute la Bretagne. J’ai mis 2 ans à créer le logiciel.

 

Pour cela, nous travaillions de façon très étroite avec d’autres coopératives avec lesquelles nous avons fini par fusionner (1,5 million de bovins). Le gros de la masse salariale de ces entreprises sont des inséminateurs. Ils étaient donc en charge de l’accouplement ! Avec l’arrivée de ce logiciel, il a fallu les convaincre de l’utilité de la machine. C’était un milieu extrêmement syndiqué donc assez difficile. Convaincre les agriculteurs cela faisait aussi partie de mon travail !

 

C’était passionnant ! Et puis cela a marché, nous avons même développé une version internationale.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à partir à l’étranger ?

 

Ma femme était à Paris et moi à Rennes, Nous faisions donc des aller-retours toutes les semaines. Sur la durée c’était éprouvant. J’avais terminé mon projet et Céline avait franchi le premier échelon dans son cabinet de conseil. Un soir, je m’en rappelle comme si c’était hier, on s’est dit « on part à l’étranger, le premier qui trouve emmène l’autre ». Le lendemain nous retrouvions un ami qui nous parle d’une offre qu’il a aperçu sur internet : CIRAD, recherche généticien quantitatif en bovin lait ! Effectivement, ça collait bien (rire).

 

 

Construire la filière du lait au Vietnam, un challenge !

 

Nous partons donc à Hanoi. Je bascule dans la recherche appliquée. Je me trouvais dans un centre de recherche vietnamien en coopération avec la branche tropicale de l’INRA. Le gouvernement vietnamien avait réalisé qu’avec la très forte croissance, les vietnamiens commençaient à consommer du lait. Ils cherchaient donc des expertises internationales pour les aider à construire la filière. Trouver des vaches adaptées à l’environnement vietnamien n’était pas évident ! Le Vietnam comporte entre autres des zones de plateaux avec un climat un peu plus frais où ils voulaient, à juste titre, installer la production.

 

Au final, c’était mal organisé et pas préparé, il n’y avait pas de vision, pas de moyen… C’était difficile d’avancer seul dans cet environnement… Et je pense que les gens changent par eux-mêmes ce n’est pas nous qui les changeons. Les vietnamiens s’en sortiront, ce sont des personnes très responsables, qui ont une vision, qui savent où ils veulent aller ! Ils ont déjà viré les chinois, les américains et les français.

 

Le Vietnam était une super expérience humaine qui m’a permis de découvrir l’Asie en profondeur ! Les vietnamiens sont des gens extraordinaires. Six mois après être arrivé au Vietnam, mon ancien patron de l’URCEO m’a appelé et m’a proposé de revenir mais je lui ai demandé de me laisser deux ans.

 

 

Retour en France après votre expérience au Vietnam, vous réintégrez votre ancienne entreprise et vivez pleinement la révolution génétique. Comment avez-vous géré un tel changement en tant que directeur de production ?

 

Début 2005, je suis revenu à l’URCEO pour reprendre la direction de la production. J’ai intégré le comité de direction et le conseil d’administration. C’était donc assez nouveau avec des aspects de gestion, de management et de direction. Au cours des années, les différentes entreprises du domaine ont fusionné. Le siège social était à Rennes.

 

A la fin, j’étais responsable de la moitié de la France : de la Normandie au nord des Alpes. J’avais 70 personnes sous ma responsabilité, un centre de profil autour de 15 million d’euros et tous les aspects techniques de l’entreprise à gérer. Je m’occupais également de la gestion des taureaux. C’était mon premier poste de management sérieux avec beaucoup de responsabilités.

 

Quand j’ai fait mon stage à l’INRA, j’ai vécu les prémisses de la révolution technologique avec la lecture de l’ADN. Quand j’étais directeur, la révolution était là ! Rien ne vous dit comment va se passer la suite, il faut s’adapter tout de suite ! Nous pouvions nous déstabiliser complètement et disparaître… En tant que directeur de la production, tout le monde se retournait vers moi pour me demander « qu’est-ce qu’on fait ? ». Au début, ça faisait peur, il fallait écrire une nouvelle histoire. Mais ce fut passionnant : c’était le challenge des challenges ! La dernière révolution dans mon secteur c’était l’insémination artificielle dans les année 50 ! (Rire) J’ai vraiment eu de la chance !

 

 

Comment devient-on directeur technique ?

 

Il faut apprendre à recruter, à gérer, à motiver et surtout à maintenir la dynamique sur le moyen/long terme. C’est aussi beaucoup de bon sens : on gère des hommes. Il faut travailler avec son cœur et sa tête. On fait plein d’erreurs au début, c’est la meilleure façon d’apprendre !

 

On n’est jamais seul, on a des adjoints en qui on a confiance et qui sont experts dans leurs domaines : on s’appuie sur eux pour construire sa réflexion ! Le directeur général est aussi là pour nous épauler et les éleveurs sont de bons conseillers ! De plus, j’étais aussi dans mon domaine, j’avais de l’expérience et du savoir-faire. C’est un travail d’équipe.

 

 

Quelle est cette grande révolution génétique dont vous parlez ?

 

Avant, les mâles par leur capacité de reproduction, dominaient l’impact de l’évolution de la génétique. Pour connaître la valeur d’un individu, il fallait le faire naitre, l’élever, le faire se reproduire, obtenir 100 descendants et, à partir de cette descendance, établir une valeur plus ou moins correcte des performances du père.

 

Avec la nouvelle technologie, on pouvait, pour la première fois, évaluer correctement les femelles. Cela repositionnait complètement la voie femelle dans le processus de sélection. Nous n’avions plus besoin d’investissements lourds et d’un processus long, il suffisait de prendre des cellules, de lire l’ADN et d’en déduire la valeur et choisir.

 

Les attentes du marché du lait sont devenues de plus en plus importantes et les demandes des éleveurs de plus en plus exigeantes. La pression de sélection était donc de plus en plus forte. Avec la pression économique croissante, les éleveurs avaient de moins en moins les moyens d’investir sur un animal, les regroupements sont nés de ça en partie.

 

Nous avons mis en place des stations de donneuses : un dispositif équivalent aux taurelleries pour extraire des embryons. L’idée était de distribuer tous ces embryons à l’ensemble des éleveurs. La contrainte du système était de trouver des receveuses, des vaches pour porter les embryons des autres animaux. Ainsi les éleveurs se partageaient les taureaux mais aussi les femelles receveuses !

 

Ce qui est compliqué dans une révolution ce n’est pas la technologie mais c’est de trouver des solutions qui correspondent aux valeurs de l’entreprise. Les coopératives ont avant tout des valeurs communes : l’amélioration génétique. Il fallait fédérer les éleveurs autour de cette nouvelle technologie ! C’était passionnant.

 

 

Cette sélection peut-elle, à un moment donné, poser un problème ?

 

Il peut y avoir de la dérive en effet. Le fait de croiser deux individus est tout à fait naturel. Notre rôle est d’accélérer le processus et de l’orienter pour qu’il réponde à nos intérêts qui ne sont pas forcément ceux de la nature. Nos objectifs ? produire du lait, de meilleure qualité, en plus grande quantité, avec une meilleure performance économique et environnementale. Il y a également d’autres facteurs en lien avec la pénibilité du travail, ou encore le bien-être animal.

 

Il y avait parfois des conséquences fâcheuses comme la concentration des gènes qui créée de la consanguinité. Des gènes récessifs ou des maladies génétiques sont accumulés. Ces animaux sont souvent incapables de se reproduire ensuite. Notre objectif reste de transmettre les gènes donc il faut les concentrer raisonnablement.

 

C’est surprenant parce que biologiquement il n’y a pas de limite. Mais souvent ce qui marche sur un individu ne marche pas sur une population et l’individu devient trop fragile. Je n’ai pas connu les OGM, ils étaient tellement chers à l’époque qu’ils étaient utilisés uniquement dans le monde pharmaceutique et en particulier à l’étranger.

 

 

Vous décidez ensuite de repartir à l’étranger, de passer à autre chose et partez en Bulgarie. Que pouvez-vous nous raconter sur votre arrivée et votre vie depuis ?

 

Au bout de 5 ans, nous avons fusionné avec un autre partenaire et mon directeur a changé, je n’étais pas compatible avec ce-dernier. Nous avons décidé de repartir à l’étranger et cette fois-ci, j’ai suivi Céline qui a eu une opportunité en Bulgarie !

 

J’avais énormément travaillé donc j’ai décidé de mettre en pause ma carrière pour profiter de mes enfants ! J’ai travaillé avec des gens formidables, vécu des expériences super mais j’ai eu envie de passer à autre chose !

 

Au bout d’un certain temps, j’ai créé ma propre entreprise : l’outsourcing de services informatiques du marché francophone. Puis, on m’a demandé d’intégrer l’équipe du conseil d’administration de l’école française. Il y avait énormément de problèmes à l’école. Une équipe de parents a décidé de se présenter pour faire changer les choses et ils m’ont contacté. Je me suis pris au jeu et je suis allé jusqu’au bout. C’était en 2013. Au final, c’est plus que prenant ! C’est enrichissant et très complexe. C’est la croisée entre français et bulgares, entre privé et public, entre diplomates et associations de parents d’élèves. Je suis le chef d’orchestre et je dois trouver une sorte d’harmonie au milieu de toutes ces personnes qui ont des intérêts divergents. Je voulais arrêter au bout de 2 ans mais nous nous sommes engagés à faire un projet immobilier pour déménager l’école.

 

Après, je passe à autre chose. L’objectif ? monter ma boite avec ma femme, une manière de renouer nos deux carrières et de travailler pour nous-mêmes !

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