Marguerite (François) Faure-Miller, Procurement Operations Manager at HAVI, Singapour

"Nous sommes formés à aller gratter toujours plus, à ne pas juste se contenter de ce que l’on nous donne."

Vous souhaitez en savoir plus sur le monde des achats ? Les innovations liées au packaging vous intéressent ? Les problématiques qui y sont liées aussi ? 

2004 - 2008
Etudiant ingénieur agronome à AgroParisTech, spécialisation GIPE

Fev - Août 2009

Project manager for a milk collection and transformation project (Mongolie)

2008 - 2009

Buyer / Supply Chain Supervisor, Mc Donalds

 

Sept 2010- Janv 2011

Business analyst - Strategic Procurement, HAVI Global Solutions  - Singapour

Fev 2011 - Aujourd'hui

Category Manager - Strategic Procurement, HAVI - Singapour

Mai 2016 - Aujourd'hui

Procurement Operations Manager, HAVI - Singapour

Je m’appelle Marguerite François de mon nom de jeune fille et Faure-Miller quasiment depuis que j’ai commencé à travailler. J’ai 33 ans et j’habite à Singapour depuis 8 ans déjà. J’ai fait AgroParisTech. Je suis rentrée à l’agro en 2004 et sortie en 2008.

Qu’est ce qui vous a amené à faire l’Agro ?

J’ai toujours été super intéressée par la biologie, j’ai des agriculteurs dans ma famille donc une certaine sensibilité sur ce sujet. Au moment où l’on cherche ce que l’on souhaite faire de sa vie au lycée ce thème revenait beaucoup dans ma tête. J’ai pensé à paysagiste ou prépa bio. Il se trouve que j’étais dans un lycée où il y avait des classes BCPST donc cela m’a semblé être une bonne formation. J’étais à Janson de Sailly.

Et une fois à l’Agro, comment vous êtes vous orientée ?

A l’agro j’hésitais entre la recherche et travailler en entreprise. En faisant mes choix d’options, j’essayais de répondre à mes questions. J’ai pris une option gestion de la forêt, une autre portée sur l’économie. J’en ai choisi une autre dans le marketing qui par contre, ne m’a pas du tout plu et j’ai su ainsi que je ne voulais pas faire cela. Par la suite, j’ai choisi de faire une césure : j’ai fait un premier stage de césure en entreprise chez Danone à Massy-Palaiseau en me disant que c'était potentiellement le genre d’endroit où je pourrais travailler dans le futur. Mon deuxième stage était en recherche dans un institut de recherche sur l’économie et l’agriculture à Moscou. J’avais pris russe en seconde langue, c’est pour cela que j’avais envie de découvrir la Russie. C’était de la recherche académique. L’idée était de comparer entreprise et recherche et les différentes façons de travailler. Que ce soit plutôt en équipe sur des projets en entreprise ou assez solo finalement en recherche avec beaucoup de documentation. Après ces deux expériences j’ai choisi le monde de l’entreprise. J’ai moins aimé le côté  « bibliographie » de la recherche même si le stage que j’ai effectué n’était pas forcément représentatif de ce qu’on peut y faire. J’ai aussi beaucoup aimé le côté dynamique des projets en entreprise et les résultats qui vont avec. La mission de mon stage chez Danone était d’installer un nouveau logiciel qui servait à tous les développeurs de recette de la R&D jusqu’aux achats. Cela assistait toute la chaine afin de créer de nouveaux produits chez Danone. J’ai voyagé dans toute l’Europe pour former les gens à ce logiciel et je me suis dit que c’était super, qu’il y avait les moyens de faire des choses.

En troisième année j’ai fait GIPE (Gestion, Innovation et Performance en Entreprise) et après cette option j’ai eu un dernier doute. J’ai donc profité de mon stage de fin d’études. J’aimais beaucoup tous les concepts de « Danone Communities » et d’entreprise sociale. J’ai rencontré quelqu’un via une annonce posée sur le portail de l’agro pour un stage en Mongolie. L’idée était de voir si on pouvait établir un « social business » avec des éleveurs producteurs de lait à 2h de Oulan-Bator. Je me suis dit que ce serait peut-être la dernière fois que je pourrais faire quelque chose de fou comme ça et je suis donc partie en Mongolie interroger des éleveurs. J’avais beaucoup hésité à faire DEVE (Développement Agricole) mais ce n’était pas compatible avec le mode de vie que j’envisageais. Partir en prospection partout et fonder une famille ce n’est pas toujours l’idéal. Ce projet s’est fait en binôme avec un étudiant d’HEC qui, lui, étudiait les débouchés possibles pour vendre des produits laitiers à Oulan-Bator. L’étude devait permettre de décider quelle laiterie monter. C’est un ancien de Massy, retraité, qui nous a aidé sur cet aspect- là.

Après l’école, quel a été votre parcours ?

Après ce stage de fin d’études, je me suis retrouvée en recherche de boulot au moment où c’était un peu compliqué. J’ai été en contact avec les Alumni. Nous avions des cessions toutes les semaines. J’ai trouvé un travail au siège de McDonald aux achats. Toute l’équipe était composée d’agri et d’agro et c’était génial. Il y avait des tonnes de projets pour se rapprocher des agriculteurs français puisque l’objectif de McDonald était de s’approvisionner au maximum en produits agricoles français.

Puis mon mari a eu une opportunité à Singapour et l’idée du voyage était séduisante. J’ai donc malheureusement quitté McDonald car il n’y avait pas de possibilité de transfert. C’est une entreprise qui marche plutôt « en Silos ». En cherchant ici, j’ai trouvé un poste chez un partenaire de McDonald : HAVI. Ils sont présents partout dans le monde, là où il y a McDonald. Au départ c’est une boite qui a été créée pour McDonald mais depuis quelques années ils ne sont plus exclusifs et ont d’autres clients. Je travaille chez eux depuis 8 ans. Je n’aurais jamais su que cette entreprise existait sans mon expérience précédente. HAVI s’occupe du packaging, du transport, de la logistique et des jouets « Happy-Meal ». Moi je travaille sur le packaging. Au départ j’ai fait quelques projets sur des process mais j’ai rapidement rejoint l’équipe achat. Il s’agissait donc de gérer les fournisseurs de packaging, faire les appels d’offres. Depuis 1 an et demi je suis passée du côté client donc je suis le « Procurement Operations Manager » pour McDonald Singapour, la Malaisie et le Vietnam.

Quel est votre rôle au quotidien ?

Quand j’étais aux achats c’était de la veille de marché, des visites d’usines, contrôler si les engagements et les cahiers des charges étaient respectés, faire de l’analyse de coûts, de la qualité, gérer la « short supply ». Maintenant côté client, je suis le point de contact pour les personnes de la  « supply chain » chez McDonald. Dès qu’ils ont besoin d’un nouveau packaging, d’un nouveau projet, je vais dialoguer avec nos équipes pour voir ce qui peut être fait. Quelle est la meilleure solution pour la nourriture qu’on va mettre dans le packaging au point de vue des interactions par exemple ? Pour la boite « Happy-Meal » il n’y a que l’impression qui change mais pour un nouveau burger, est- ce qu’on va utiliser une boite, un papier, un hybride ?

McDonald essaye de s’engager sur l’environnement parce qu’étant une grosse boite c’est une grosse cible. On a comme objectif d’être 100% FSC (Forest Stewardship Council) / PEFC (Pan European Forest Certification) d’ici 2020. Ce sont des labels sur le papier et le bois afin de s’assurer de la provenance du bois depuis des forêts gérées durablement. Quand on source le packaging il faut donc que l’on soit sûr que nos fournisseurs soient certifiés ou aient l’intention de l’être d’ici 2020. Il faut aussi réduire le packaging et cela s’accorde bien avec l’aspect économique. Le polystyrène a été entièrement remplacé par du papier, du carton. C’était un problème qui concernait surtout l’Asie avec tous les sets de petit déjeuner. Maintenant il faut réduire l’épaisseur du papier, la taille des boites… Cela permet de réduire les coûts donc tout le monde y gagne.

Quelle est la place du recyclé et du biosourcé dans les matériaux utilisés par HAVI ?

On a des gens qui ont des postes dédiés à la « sustainability ». Ils vérifient qu’on atteigne les objectifs liés à la responsabilité environnementale et sociale de la boite, ils partagent les innovations. Nous avons un pool assez large de fournisseurs en low-cost ou à un niveau avancé  en technologie comme au Japon. Ces questions se trouvent dans les KPI (Key Performance Indicator) et dès que l’on trouve quelque chose d’intéressant nous allons le partager avec McDonald. Nous allons voir si c’est quelque chose qui pourrait les intéresser et à laquelle les consommateurs pourraient être sensibles.

En Asie du Sud Est, les consommateurs ne sont pas très sensibles aux questions environnementales ; en Australie ils le sont beaucoup plus. C’est là-bas qu’on peut le plus mettre en place des innovations. Enfin au Japon ils sont absolument fans du packaging donc c’est « sur emballé » : ils adorent la nature et à la fois, ils ne voient pas le lien.

Quelles sont les problématiques auxquelles vous devez faire face dans la région ?

Personnellement ce qui me choque le plus ici, c’est la climatisation qui est omniprésente et la part énergétique que cela engendre dans un pays où il fait très chaud et où les bâtiments ne sont pas adaptés. Dans Orchard Road, la rue la plus marchande ou « temple de la consommation », tous les centres commerciaux mettent la climatisation à fond. Quand on marche dans la rue il fait froid parce qu’ils diffusent tous dans la rue par les grandes portes automatiques qui s’ouvrent sans cesse. Singapour est très verte par rapport aux autres capitales de la région. C’était d’ailleurs l’une des politiques du fondateur mais c’est tout. Cela n’a rien à voir avec une politique durable.

La qualité des aliments, la sécurité alimentaire sont de gros problèmes en Asie du Sud Est. Il y a plein de pays où chacun cultive pour soi et l’alimentation est à base de riz ; mais il y a aussi beaucoup de risques comme on l’a vu en Chine. Que ce soit sur la manipulation de la viande, sur le lait infantile… Les consommateurs veulent le moins cher mais cela se traduit par des poulets, et des crevettes élevés dans des conditions horribles avec des tonnes d’antibiotiques. En vivant ici, je me rends compte qu’en France, on avance énormément sur ces questions et ici on ne fait que suivre et reprendre les standards de qualité soit des US soit de l’Europe. Ils sont assez suiveurs même si la Chine essaie de se développer pas mal de son côté.

Ensuite lorsque l’on travaille avec des Singapouriens il faut s’adapter à leur façon de travailler. Au point de vue des achats, les choses ne se font pas de la même façon qu’en France. Les fournisseurs sont asiatiques et la façon de faire du business m’a semblé très différente. En France nous sommes très à cheval sur les contrats, sur ce qui a été dit. Tout doit être écrit sinon on va se faire avoir. Ici cela relève plus de la poignée de main. Bien sûr, il y a toujours le risque de se faire avoir mais les fournisseurs sont plus dans le service auprès du client. Ils vont faire ce qui est attendu d’eux pour pouvoir continuer à faire du business par la suite.

Quels sont les enjeux du futur selon vous ?

Que ce soit pour un ingénieur agro ou pas, l’environnement et la prise en compte des conséquences environnementales de chaque décision sont des choses qu’il va falloir avoir en tête à chaque instant. Les impacts sociaux aussi sont de plus en plus importants surtout dans un monde où l’on voit que les plus riches deviennent plus riches et les plus pauvres, plus pauvres. L’écart se creuse. Il faut aussi penser à l’aspect éthique de nos décisions. On entend beaucoup parler de grandes boîtes qui prennent en main notre façon de penser. Je pense que lorsqu’on propose des projets dans le cadre de son travail il faut garder en tête une certaine éthique et les répercutions que ces projets peuvent avoir. Il ne faut pas être juste un humanoïde google.

Selon vous les ingénieurs agro ont ils une plus grande part de responsabilité en ce qui concerne les enjeux environnementaux ?

Je ne sais pas si on a plus de responsabilité. Je pense que tout le monde est responsable de la Terre. Après, étant donné qu’on a une formation qui nous permet de toucher à pas mal de problématiques, nous avons développé une petite fibre qui rend l’approfondissement de ces sujets plus facile. Nous sommes formés à aller gratter toujours plus, à ne pas juste se contenter de ce que l’on nous donne. Nous voulons en savoir toujours plus, nous remettons toujours en question ce que nous avons appris. Ainsi sur ces sujets-là, puisqu’ils sont nouveaux, nos profils conviennent bien. Le fait d’accepter d’aller dans une direction puis de revenir dans l’autre : « telle nouvelle énergie est super prometteuse… et puis non finalement pas tant que ça ». Cette flexibilité est essentielle pour travailler sur des enjeux aussi globaux qu’importants.

On peut être acteur sans être celui qui prend des décisions. Si certaines personnes choisissent de ne pas creuser, cela n’empêche en rien de proposer des solutions qui peuvent plaire. Singapour est une ville état. Ils peuvent mettre en oeuvre de nouvelles mesures beaucoup plus rapidement que nous. Sur la mise en place de mesures environnementales ici, il faut garder en tête que le coût de la vie est quelque chose qui est souvent considéré. Certaines choses sont « implémentées » : les packagings en polystyrène sont interdits dans tous les « food-court » mais cela demande de trouver des solutions alors que les marges des vendeurs sont déjà assez basses et les loyers sont hauts. Ce sont des petites choses mais il faut toujours penser comment cela se traduit en termes de coût ici.

Souhaitez-vous rester à Singapour ?

Je ne compte pas rester ici mais quand je suis arrivée, je comptais rester 1 an et cela fait 8 ans. Professionnellement c’est plus tentant de rester en Asie mais personnellement la France me parait plus adaptée pour une famille ainsi qu’au niveau de la qualité de vie.

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ?

Pensez à vous, à votre carrière. Allez aux cours et essayez d’en tirer ce qu’il y a à en tirer parce qu’on n’y reviendra pas.
Il faut que cela vous éclaire et vous aide pour plus tard. N’hésitez pas à contacter les anciens aussi !
 

Ingénieur - Singapour - Mc Donald - HAVI - Sourcing & Achats - Packaging & Food - Innovation  

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