MARIE FERREOLE MENU, Agronomist engineer specialized in

environmental protection

Cela peut être compliqué de trouver du travail à l'étranger, il faut parfois un permis de travail et surtout il y a la barrière de langue

 

Suivre une spécialité environnement ? Approcher le monde de la recherche appliquée au laboratoire sols et environnement de l'INRA ? Passer le concours avec le CNASEA pour devenir fonctionnaire ? Devenir professeur d'agronomie en maison familiale rurale ? Travailler en syndicat agricole ? Les actions mises en place à l'Agence de l'eau ? 

1994 - 1997
Student, INA P-G (94)

1998 - 1999

Research Engineer, laboratoire sols et environnement, ENSAIA-INRA​

2002 - 2003

Instructor, maison familiale rurale de Montfort sur Meu​

2004 - 2008

Regional coordinator for an agricultural trade union, coordination rurale​

2008 - 2012

Environmental specialist in the fight against agricultural pollution, Agence de l'eau Artois Picardie​

2012 - 2015

Career break due to personal circumstances (expatriation to Croatia)

Racontez-nous votre parcours à l’agro, quelle spécialité avez-vous choisie ?

 

Je suis entrée à l’AGRO en 1994. J’ai rencontré mon mari qui était une promo au-dessus de la mienne et je suis tombée enceinte en fin de 1ère année. L’établissement a été très compréhensif, j’ai pu continuer mes études normalement avec un parcours légèrement aménagé. J’ai ensuite suivi une spécialisation environnement à Nancy puis j’ai réalisé mon stage de fin d’étude à Nancy au CAUE (Conseil en Architecture, Urbanisme et Environnement), une structure départementale qui dépend du Conseil Général. J’y étudiais les différents types de haies présentes dans les paysages dans le but de donner des conseils aux particuliers, aux agriculteurs et aux collectivités locales.

 

Parlez-nous de votre premier poste : quelles étaient vos missions ?

 

J’ai commencé à travailler en recherche appliquée, dans le laboratoire Sols et Environnement de l’ENSAIA sur un projet spécifique de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs). La construction d’un laboratoire souterrain allait générer des déblais calcaires qui resteraient sur le site. Je devais réaliser une étude pour savoir quel couvert herbacé il était possible d’installer sur ces déblais pour les intégrer au mieux dans le paysage local. Pour cela, nous avons relevé les espèces déjà présentes afin de déterminer celles qui pourraient se développer sur ce sol calcaire et fait des essais en serre. Ce CDD de 6 mois m’a permis de découvrir le monde de la recherche. Ensuite, le laboratoire m’a proposé une thèse que j’ai refusée pour des raisons personnelles et professionnelles. Même si j’avais été enthousiasmée par cette expérience, je ne me voyais pas faire de la recherche toute ma vie. Ils m’ont alors proposé d’encadrer pendant six mois l’étudiant qui allait faire cette thèse, qui portait sur un sujet plus fondamental lié à la migration des éléments dans les sols.

 

Pourquoi avez-vous décidé de passer un concours avec le CNASEA pour devenir fonctionnaire ?

 

A la suite de ce travail et après avoir eu mon 3ème enfant, j’ai eu du mal à retrouver un emploi car j’étais limitée géographiquement. On m’a aussi reproché d'être surdiplômée et je n’avais pas forcément les compétences techniques nécessaires pour les postes de techniciens qui m’intéressaient. J’ai donc passé un concours pour devenir fonctionnaire au Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles (CNASEA). L’inconvénient de ce concours c’est qu’une fois qu’on est reçu, il n’y a pas d’affectation à un poste, il faut à nouveau candidater. Mon mari ayant une opportunité professionnelle à Rennes, j’ai choisi de le suivre là-bas, même s’il n’y avait pas de poste pour moi au CNASEA dans cette région.

 

A Rennes, vous trouvez un poste de professeur d’agronomie en Maison Familiale Rurale. Comment s’est déroulé cette expérience assez nouvelle pour vous ?

 

Une fois à Rennes, j’ai trouvé un poste de professeur d’agronomie dans le privé en Maison Familiale Rurale pour des BTS Agricoles. Il y avait beaucoup d’enfants d’agriculteurs qui souhaitaient reprendre la ferme familiale. Ce fut une expérience formatrice qui demandait beaucoup de travail. J’avais deux classes de BTS, une avec des élèves qui sortaient du lycée et l’autre avec des adultes qui changeaient de voie professionnelle. La Maison Familiale Rurale est un organisme de formation où les élèves sont encadrés. Les professeurs passent leur journée à l’école même s’ils n’ont pas de cours afin d’être disponibles pour les élèves. Je n’avais pas particulièrement de problèmes de discipline mais il faut reconnaître que les adultes étaient généralement plus intéressés, motivés et curieux que les jeunes !

 

Un an après, vous déménagez dans le nord et commencez à travailler dans un syndicat agricole. Quelles étaient les objectifs de cette entité et quelles étaient vos missions ?

 

En effet, nous avons déménagé dans le Nord suite à la mutation de mon mari. Au sein du syndicat agricole j’étais animatrice régionale de cinq départements. Une structure pour le syndicat existait déjà dans deux départements, mon rôle était de la développer et de créer cette structure dans les trois autres départements.

Le gros du travail était axé plus sur la création des syndicats, l’échange avec les agriculteurs, leur engagement, leur implication. Il fallait que les agriculteurs se retrouvent dans les idées du syndicat et qu’ils les défendent au niveau du département. Pour être membre du syndicat, un agriculteur devait verser une cotisation. Pour être représentatif, c’est à dire avoir le droit d’envoyer des représentants dans les différentes instances départementales et régionales le syndicat devait prouver qu’il avait eu une activité régulière pendant un certain nombre d’années. J’avais donc un gros travail administratif avec notamment le montage de ces dossiers de représentativité. Les élections dans les chambres d’agricultures sont également un moment important dans la vie d’un syndicat agricole, puisque plus le score aux élections est important plus le syndicat a de représentants à la chambre d’agriculture.

Une autre mission est de mobiliser les agriculteurs pour mener des actions. Ce n’était pas toujours facile car les agriculteurs sont très pris par leur travail et le syndicat est une préoccupation secondaire.

Ce poste m’a plu car j’étais en contact direct avec de nombreux agriculteurs. C’était intéressant de découvrir leur ressenti vis-à-vis de toutes les contraintes environnementales. Le côté plus négatif est que j’étais la seule salariée dans la région et que je me sentais parfois un peu isolée.

D’où viennent les idées d’un syndicat agricole ?

 

Globalement les idées du syndicat sont élaborées au niveau national suite à des réunions régulières avec tous les présidents des départements. Les discussions qui ont lieux au niveau départemental sont ensuite remontées au niveau national chargé de valider les idées. Il y a des problèmes qui sont très différents d’un département à l’autre (par exemple les questions d’irrigation) et d’autres plus proches comme ce qui concerne la chasse par exemple.

 

Vous avez ensuite travaillé à l’Agence de l’eau à Douai. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet établissement ?

 

Financée par une taxe prélevée sur les factures d’eau des consommateurs, il s’agit d’une structure parapublique qui dépend du ministère de l’environnement. Son rôle est d’améliorer la qualité de l’eau dans les milieux naturels (rivières, nappes souterraines) en menant des actions à destination des industriels, des collectivités locales ou du milieu agricole.

En agriculture, l’Agence finance principalement des actions agro-environnementales dont le cadre provient de l’Europe. Les programmes sont proposés par l’Europe et revus tous les six ans. L’Europe fixe le cadre et chaque pays puis chaque région utilise les mesures qui peuvent lui être utiles. Généralement les projets reçoivent de multiples financements : de l’Agence de l’Eau mais aussi de l’Etat et des conseils régionaux.

Il y avait régulièrement des réunions départementales durant lesquelles tous les financeurs étaient présents dans le but de faire un suivi des actions souscrites par les agriculteurs.

Quel sont le type d’actions mises en place par l’Agence de l’eau ? Avez-vous des exemples à nous donner ?

 

Cela peut être le financement de mesures agroenvironnementales : l’agriculteur reçoit des financements s’il met en place des actions concrètes sur 5 ans. Il a donc une obligation de résultat ou de moyen. Par exemple, diminuer l’indice de fréquence de traitement de ses cultures. Il y a également le PVE (Plan Végétal Environnement) qui permet d’aider financièrement l’acquisition de matériel respectueux de l’environnement, comme du matériel de désherbage mécanique par exemple. Evidemment nous avions une mission de contrôle en partenariat avec la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) pour vérifier si les agriculteurs avaient bien mis en place les actions ou acheté le matériel nécessaire.

 

Finalement, quel était votre rôle au sein de cet établissement ?

 

Je m’occupais du suivi des mesures agroenvironnementales financées par l’agence de l’eau. Je participais aux réunions régionales avec les DDTM et les différents financeurs pour définir qui finance quoi et à quel pourcentage. Je vérifiais que les dossiers d’actions souscrits par les agriculteurs correspondaient bien aux objectifs environnementaux de l’agence de l’eau. Je m’occupais également du suivi financier des mesures.

 

Les décisions sont prises à un niveau européen, pourtant elles s’appliquent à un niveau local, n’y a-t-il pas, parfois, des problèmes d’échelle ?

 

Si, cela arrive car les systèmes de culture sont différents d’une région à l’autre. En Nord Pas de Calais et Picardie, il y a beaucoup de pommes de terre et de betteraves sucrières dans les rotations. De ce fait plusieurs mesures proposées à l'échelle européenne n'étaient pas adaptées pour les fermes de la région et les agriculteurs ne voulaient pas s’y engager. Pour que les agriculteurs entreprennent des actions environnementales, il a donc fallu créer de nouvelles mesures qui n’existaient pas dans le programme européen. Cela est compliqué car il faut obtenir une autorisation de la Commission Européenne et les dossiers individuels des agriculteurs devaient être entièrement gérés par l’Agence de l’eau.

Pour s’assurer du gain environnemental, nous réalisions un suivi des pratiques des agriculteurs pendant leur engagement. Cela permet de s’assurer que les agriculteurs modifient leurs pratiques sur du long terme. Il faut bien comprendre que les agriculteurs n’aiment pas changer des pratiques qu’ils maîtrisent pour de nouvelles pratiques qu’ils ne connaissent pas. Pour eux c’est prendre un gros risque.

Votre mari reçoit une proposition de poste en Croatie, vous partez donc pour trois ans et y êtes toujours depuis. Comment vivez-vous votre condition d’expatriée ?

 

Au début, j’ai pris un congé pour convenance personnelle de trois ans tout en sachant qu’au terme de ces trois années, je récupérerai mon poste à l’Agence de l’eau. Après ces trois ans, j’ai finalement dû démissionner car son entreprise a demandé à mon mari de rester en Croatie plus longtemps. Cela a été une décision difficile, mais heureusement j’aime beaucoup la Croatie !

C’est compliqué de trouver du travail ici, le taux de chômage est très élevé, en tant qu'étranger il faut un permis de travail et surtout il y a la barrière de la langue ! Je suis des cours mais le croate est une langue difficile. J’espère pouvoir un jour reprendre une activité professionnelle en France même si je sais qu’il ne sera pas évident de retrouver un emploi après tout ce temps passé l’étranger.

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