MARINE DECK, Consumer & Sensory Specialist, Nestlé

Quand on y croit, quand on pense qu’on a les capacités il ne faut pas hésiter !

Un Erasmus en Suède ? Profiter d'une année de césure pour appréhender le monde de l'entreprise et de la recherche ?
Une mission qui mêle nutrition et analyse sensorielle chez Mondelez ? Décrocher un poste chez Nestlé en Suisse ?
Comment aboutir au produit qui plaira le plus au consommateur ? A quel point l'anglais est-il important ?

2009 - 2013
Student, AgroParisTech (2009)

 

Juin 2011 - Décembre 2011

Sensory analysis intern , Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation

Janvier 2012 - Juin 2012

Consumer & Sensory intern , Kraft Foods Group

Mars 2013 - Septembre 2013

Intern in Nutrition Research & Consumer Science , Mondelez International

Septembre 2013 - Décembre 2014

Consumer & Sensory Scientist , Mondelez International

Janvier 2015 - Avril 2017

Associate Sensory and Consumer Specialist , Nestle S.A.

Mai 2017 - Aujourd'hui

Consumer Specialist, Nestlé S.A.

Cette envie de découvrir de nouveaux pays est-elle récente ?

 

Après une classe prépa BCPST à Paris, j’ai intégré l’agro en 2009. Ma première année à Grignon a été géniale, synonyme de liberté ! En deuxième année, j’ai eu envie de découvrir de nouveaux endroits, j’ai donc décidé de partir en Erasmus et je suis partie en Suède : c’était vraiment très différent, j’ai fait des choses que je n’aurais pas pu faire à l’agro, cette expérience m’a beaucoup apporté. Pourquoi ce choix ? Lors de mon arrivée à l’agro, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire mais ce que je savais c’est que je voulais partir à l’étranger, c’était ma principale motivation, alors j’ai saisi les opportunités qui se présentaient.

 

N’ayant pas eu ma dose d’expérience à l’étranger, j’ai décidé de poursuivre ensuite avec une année de césure (rire) !

 

 

La césure a été pour vous l’occasion d’appréhender l’analyse sensorielle en recherche et en entreprise dans des pays différents, que retenez-vous de cette expérience ?

 

J’ai commencé par six mois à Dijon dans un centre de recherche, le Centre des Sciences du Gout et de l’Alimentation, j’accompagnais une thésarde dans son travail. Le sujet de sa thèse ? La réduction des teneurs en sucre et en matière grasse dans les biscuits. Mon rôle était d’étudier l’effet d’une allégation nutritionnelle (annonçant une réduction en sucre et matière grasse) sur l’appréciation par le consommateur. Cette thèse était en partenariat avec des industriels qui nous fournissaient des prototypes déjà présents sur le marché mais avec des modifications en termes de quantité de sucre et de matière grasse. C’était super intéressant, j’ai adoré ce projet qui a su développer mon esprit de recherche, ma méthodologie.

 

Pour ma deuxième partie, j’avais trouvé un stage dans un centre de recherche à nouveau mais, cette fois-ci, aux Etats-Unis. Cependant, ayant appris que le stage n'était pas rémunéré, et n'ayant pas d'apport financier, j’ai dû changer et trouver un autre stage. J’ai alors eu une opportunité toujours en analyse sensorielle, chez un des partenaires de la thèse de mon stage précédant : Kraft Foods Group, à Munich. Je ne parlais pas un mot d’allemand, l’Allemagne ne m’avait jamais particulièrement attirée mais cette opportunité s’est présentée et je suis partie ! C’était un peu le saut vers l’inconnu et cela a été une superbe expérience !

 

Grâce à cette année de césure, j’ai eu la chance d’approcher le domaine de l’analyse sensorielle à la fois en recherche et en entreprise, cela a été très complémentaire et j’ai adoré ces deux mondes ! 

 

 

Après avoir centré votre césure autour de l’analyse sensorielle, qu’est-ce qui vous a poussé à choisir une spécialité nutrition ?

 

Pour ma dernière année à l’école, la logique aurait voulu que je choisisse la spécialité qui comporte de l’analyse sensorielle mais j’ai finalement suivi la spécialité nutrition (rire) ! Après avoir discuté avec des professeurs, j’ai réalisé que j’avais couvert pendant mon année de césure une bonne partie du contenu des cours d’analyse sensorielle de cette spécialité et je risquais de m’ennuyer. De plus, je n’y connaissais rien en nutrition et cela m’intéressait. Je me suis donc dit, avec ma césure j’aurais vu l’analyse sensorielle, avec l’agro la nutrition, je pourrai ensuite me décider à la sortie de l’école.

 

Pour mon stage de fin d’étude, j’ai eu la chance de trouver une mission qui mêlait à la fois la nutrition et l’analyse sensorielle : l’effet des propriétés sensorielles et masticatoires d’aliments céréaliers sur la satiété. C’était à nouveau pour Kraft Foods, qui entre-temps était devenu Mondelēz (pour la partie snacking hors Etats-Unis), au centre de recherche biscuits à Saclay. L’objectif était de trouver comment augmenter les sensations de satiété et de rassasiement sans jouer sur le contenu nutritionnel du produit. Il était donc question de modifier la délivrance du produit en bouche (arôme, goût, texture…) et la mastication (nombre de bouchées, durée en bouche…). Cela a beaucoup d’applications pour des produits type BelVita Petit Déjeuner de LU. C’était passionnant !

 

 

Avez-vous rencontré des difficultés pour trouver votre premier poste « Consumer and Sensory Scientist » ?

 

A l’issue de mon stage, j’ai cherché à rester dans ce centre de recherche mais la situation économique en 2013 compliquait la recherche d’un poste en France. On m’a alors proposé un poste à Munich que j’ai accepté ! J’avais beaucoup aimé mon expérience en Allemagne et je retournais dans un lieu où je connaissais les gens.

 

J’ai fini mon stage un vendredi à Paris, et le lundi suivant je commencais mon poste à Munich ! Je travaillais en tant que « consumer and sensory scientist » pour Philadelphia (fromage à tartiner). Quelles étaient mes missions ? Pour la partie « sensory », j’étais responsable de l’entrainement d’un panel d’experts. Cela permettait d’évaluer ensuite les prototypes (non pas en termes physico-chimiques mais en termes de perception sensorielle) et d’aider au développement des produits.  Et pour la partie « consumer », j’organisais des tests consommateurs dans les marchés où les produits allaient être lancés par la suite pour identifier quelle recette était la mieux appréciée et comment l'améliorer !

 

J’adorais ce travail, les personnes avec qui je travaillais et la catégorie de produits. Cependant, au bout d’un an, j’avais le sentiment d’être entrée dans une routine et le challenge me manquait… De plus la stratégie pour le centre dans lequel je me trouvais ne correspondait pas à mes attentes et j’ai donc préféré commencé à chercher ailleurs. Au cours de mes recherches j’avais trouvé une offre chez Nestlé, en Suisse. Je n’ai pas hésité et j’ai postulé !

 

 

Comment avez-vous réussi à décrocher un poste pour lequel cinq années d’expériences été requises ?

Effectivement, je n’avais pas trop d’espoir car ils demandaient cinq ans d’expérience. Après avoir déposé ma candidature, j’ai reçu un coup de téléphone de la manager : un entretien rapide ayant pour but de débriefer les candidatures. Je devais ensuite être recontactée, ce qui ne s’est jamais produit. Quelques temps après, avait lieu une conférence européenne où de nombreuses personnes du domaine de l’analyse sensorielle se rendaient. J’ai alors pris la décision d’envoyer un mail à la manager de Nestlé pour informer de ma présence à cette conférence et de ma disponibilité à rencontrer une personne de l’équipe sur place. J’ai finalement été recontactée pour passer les entretiens chez Nestlé en Suisse au cours desquels j’ai pu expliquer mes compétences et pourquoi je pouvais occuper ce poste malgré mon statut junior. Et j’ai été prise !

Je pense que dans ces moments-là, il faut y aller au culot : quand on y croit, quand on pense qu’on a les capacités il ne faut pas hésiter ! Il y a le papier bien sûr mais il y a aussi ce qu’on arrive à transmettre, le contact et le feeling qui passe lors d’un entretien !

 

 

Quel poste occupez-vous actuellement chez Nestlé ? Comment travaillez-vous avec les développeurs produits ?

 

Cela fait maintenant neuf mois que je suis chez Nestlé et j’occupe un poste similaire à celui que j’occupais précédemment. Je suis principalement responsable de la partie « consumer » et quasiment plus de la partie « sensory » : mon rôle est vraiment de guider les développeurs produits pour qu’ils aboutissent à la recette qui plait le plus aux consommateurs !

 

Très souvent, on développe un prototype et ensuite on réalise les tests consommateurs : si on se rend compte que ce n’est pas ce que le consommateur désire, il faut tout recommencer depuis le début. C’est pourquoi, tout au long du développement du produit et dès le début des projets, nous essayons d’impliquer le consommateur (focus groupes, études qualitatives...) pour faire en sorte que le produit soit développé dans la bonne direction.

 

 

Une des différences entre marketing et R&D ?

 

Le marketing est vraiment impliqué dans le branding et la communication du produit. Pour vous donner un exemple, le marketing va nous dire : nous allons développer une nouvelle recette de Coffee Mate saveur caramel. C’est ensuite la Recherche & Développement qui est responsable de créer le produit et de trouver la bonne recette (intensité sucrée, type de caramel…). Le marketing définit le produit et nous réalisons la recette.

 

 

Nestlé est une multinationale, comment sont prises en comptes les différences de goûts entre pays ?

 

Nestlé possède une structure particulière : pour chaque catégorie de produits (ou pour des ensembles de catégories de produits), il y a un centre de recherche spécialisé : un NPTC (Nestlé Product Technology Center). C’est le cas du centre de recherche de Konolfingen dans lequel je travaille.

 

Dans le développement des produits, il faut prendre en compte les préférences alimentaires qui peuvent être très différentes d’un pays à un autre. Par exemple les produits à destination de l’Asie ou de l’Amérique Latine sont beaucoup plus sucrés qu’en Europe ! Je me déplace de temps en temps pour contrôler le déroulement des tests consommateurs. Si le marché est relativement mature, les agences sur place ont l’habitude de réaliser les tests, nous n’avons pas forcément besoin de nous y rendre. En revanche, dans certains marchés, notamment les pays en développement, c’est important d’y aller pour suivre le déroulement du test et s’assurer que le protocole développé est suivi, ainsi que pour mieux connaitre la situation du marché (qui sont les consommateurs, quelles sont leurs habitudes, quels sont les produits compétiteurs…). 

 

 

A quel point l’anglais a-t-il été indispensable ? 

 

L’anglais est omniprésent ! Si j’ai pu aller en Allemagne sans parler un mot d’allemand c’est parce que le travail était en anglais. Certaines choses locales se font dans la langue du pays : par exemple quand j’étais à Munich, j’ai appris l’allemand pour entrainer les panels d’experts et ici à Konolfingen, les personnes qui travaillent dans les usines ont besoin de parler le suisse allemand. 

 

Il est important de savoir se faire comprendre, d’avoir du vocabulaire et de ne pas hésiter quand on parle mais finalement quand on arrive dans le monde de l’entreprise on réalise que l’accent n’est pas important. De plus dans une entreprise internationale comme Nestlé, chacun a son accent et c’est ce qui fait aussi le charme de l’entreprise ! Et vous savez, les gens trouvent l’accent français mignon (rire) !

Spécialité nutrition - Erasmus - Mondelez - Allemagne - Nestlé - Suisse - consumer and sensory analist - développement de produit - recherche et développement - analyse sensorielle 

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