Marine Pouyfaucon, Coordinatrice de programme "Les aventuriers du goût" chez Croquarium

Plaisir et expérience sont les mots clés qui définissent l’éducation alimentaire proposée par Croquarium.

Comment évoluer à AgroParisTech avec un profil scientifique et littéraire ? Qu’est-ce que l’éducation au goût ? L’expatriation : accepter pour la vie de vivre avec un entre deux ?

2005-2009

Étudiante AgroParisTech

2007

Stagiaire, recherche en éducation au goût, Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA)

2009-2010

Chargée de mission, FranceAgriMer

2011

Educatrice du goût, Croquarium

2011-2013

Ingénieur d'études, Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA)

2013-2014

Formatrice en éducation sensorielle au goût, Croquarium

2014-Aujourd'hui

Coordinatrice de programme " Les aventuriers du goût", Croquarium

C’est à l’agro en deuxième année que tu découvres la thématique qui te passionne. Peux-tu nous en dire plus ?

 

En première année de prépa, je voulais être orthophoniste, en parallèle du concours de l’agro, je préparais le concours d’orthophoniste. Je l’ai passé à la fin de la  première année de prépa avec l’idée d’abandonner l’agro si j’étais reçue. Je ne l’ai pas eu, je suis donc rentrée à l’agro mais je n’avais pas de vocation particulière, seulement une passion pour les sciences mais aussi la littérature et les langues !  

 

J’ai choisi de faire une césure, pendant laquelle j’ai effectué un stage de développement agricole en Amérique du Sud puis six mois de stage  au Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (CSGA) à Dijon. Je travaillais avec la chargée de projet qui coordonnait un projet de recherche qui portait sur l’évaluation des effets de l’éducation au goût chez les enfants de 8-10 ans.

 

J’ai effectué mon stage là-bas car en deuxième année j’avais choisi « les aliments de l’homme » lors des modules d’approfondissements. J’ai découvert, au cours de ce module de sociologie de l’alimentation, une approche d’éducation alimentaire qui s’appelle l’éducation au goût et j’ai adoré !

Cette approche faisait le lien avec l’orthophonie car il y avait vraiment une dimension ludique et éducative, un contact avec les gens aussi bien enfants qu’adultes,  cela regroupait beaucoup de choses qui m’attiraient  dans la formation en orthophonie.

L’intervention sur l’éducation au goût était présentée par Nathalie Politzer, une ancienne agro chargée de projet  à l’Institut du Goût (Paris).

 

Après l’agro tu rentres dans une période de remise en question professionnelle. Quels moyens as-tu mis en œuvre pour faire le métier qui te plaît aujourd’hui ?

 

Je suis sortie en 2009 de l’agro après avoir fait IDEA (Ingénierie de l’environnement et aménagement du territoire), spécialité Aménagement durable du territoire. C’était le début de la crise de l’emploi, j’ai été au chômage pendant un certain temps.

J’ai eu des petites missions au niveau départemental et régional du Ministère de l’agriculture. J’étais en charge de l’instruction de dossiers d’aide à l’agriculture.

Mon premier poste à responsabilité a duré 5 mois chez FranceAgriMer, puis j’ai été au chômage pendant 9 mois.

 

Je me suis beaucoup remise en question parce que le travail que j’avais fait jusque là, dans ce type de missions très administratives, ne me correspondait pas du tout.

J’avais toujours l’éducation au goût dans un coin de ma tête mais il n’y avait pas d’offre d’emploi affiché nulle part ! Je me disais que c’était trop particulier pour que je puisse trouver un emploi dans ce domaine.

C’est grâce à une très bonne amie qui m’a vraiment encouragée que je me suis donnée les moyens de  travailler – du moins d’essayer ! - dans ce domaine.. C’est devenu ma résolution pour l’année 2011, je me suis lancée sur le marché caché (un grand nombre d’offres d’emploi ne sont pas affichées, mais accessibles via le bouche à oreille et les candidatures spontanées). J’ai donc repris contact avec les personnes de l’éducation au goût avec qui j’avais interagies. Cela coïncidait avec la tenue d’un colloque qui regroupait pour la première fois en France tous les acteurs de l’éducation au goût (enseignants, associations, professionnels de la santé, chercheurs…).

 

Suite à ce colloque, l’équipe dans laquelle j’avais travaillé au CSGA a déposé une demande de financement pour un nouveau projet de recherche en éducation au goût, mais cette fois-ci sur l’évaluation des effets de l’éducation au goût chez les enfants de 5-6 ans. Il se trouve qu’ils cherchaient quelqu’un pour coordonner le projet et ils m’ont offert le poste.

 

Non contente d’avoir trouvé un travail en France tu t’envoles pour le Québec. Quelles sont les raisons de ce choix ?

 

Au cours du colloque, j’ai rencontré Geneviève La Roche, à l’époque coordinatrice de l’éducation au goût chez Croquarium (anciennement Jeunes Pousses).Ca a été un coup de foudre professionnel ! Elle m’a directement proposé de venir travailler avec l’équipe l’été suivant, au Québec.

 

J’ai réussi à avoir une bourse avec l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse pour partir au Québec, pendant 3 mois, avant le début de mon poste en tant qu’ingénieur d’études au CSGA.

Je suis finalement restée 4 mois où j’ai été animatrice en éducation au goût. Avec l’équipe d’animation, nous allions sur les événements fréquentés par les familles à bord d’un food truck, la Caravane du Goût. En plus d’offrir des repas préparés à partir de produits locaux et à prix accessibles pour les familles,  la mission de la Caravane du goût [1] était d’animer des ateliers autour de la dégustation, l’objectif était de faire découvrir aux enfants la diversité alimentaire, les produits régionaux du Québec et éveiller leur curiosité à goûter par le plaisir de la découverte. En atelier du goût, on accompagne les enfants à prendre le temps de toucher, de regarder, d’écouter, de sentir, de goûter les aliments, comme ce qu’on pourrait faire avec du vin ou du fromage mais avec les aliments du quotidien !

J’ai découvert une dimension festive et un côté ludique dans l’éducation au goût telle que mise en œuvre par Croquarium, cela a élargi mon expérience en éducation au goût par rapport à ce que j’avais pu voir et animer en France.

 

Je suis revenue en France pour mon contrat au CSGAà Dijon. J’y ai travaillé deux ans.

Au cours de ces deux années, l’équipe de Croquarium, avec qui j’étais toujours en contact, a eu pour projet d’élargir les services proposés en éducation au goût. En plus de l’animation, ils voulaient développer des formations auprès des éducateurs de la petite enfance, d’enseignants, d’animateurs de camps de vacances… La mise en place de ces formations nécessitant une expertise solide en éducation au goût, cela justifiait d’employer un étranger compétent dans ce domaine. En effet, l’éducation au goût est née en France dans les années 70 et au Québec, Croquarium est le seul organisme à avoir développé depuis 2006 des interventions en éducation au goût d’une telle envergure.. Je suis donc revenue au Québec en 2013 avec un contrat de trois ans pour être formatrice en éducation au goût. Depuis, on m’a offert le poste de coordination en éducation au goût.

 

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur Croquarium ?

 

L’originalité de Croquarium est de faire de l’éducation alimentaire selon des approches qui mêlent plaisirs de manger et lien sensoriel avec l’alimentation, via le jardinage éducatif et l’éducation au goût. Ce sont des approches très différentes mais complémentaires à l’éducation nutritionnelle, plus largement connue, qui est axée sur les calories et les recommandations alimentaires. Nous ne dictons pas la manière de manger, nous proposons des outils pédagogiques pour développer chez les enfants la curiosité  à goûter et l’intérêt pour l’alimentation. Plaisir et expérience sont les mots clés qui définissent l’éducation alimentaire proposée par Croquarium.

Notre programme en éducation au goût s’appelle Les aventuriers du goût, nous travaillons avec tous les milieux de vie de l’enfant (crèches, camps de vacances, écoles, événements familiaux …). L’organisme a un objectif de prévention et promotion de la santé, nous travaillons aussi bien auprès des enfants que des adultes qui les entourent, pour que les enfants développent un rapport harmonieux avec leur alimentation. Manger, c’est pour notre survie mais c’est aussi une source potentielle de nombreux plaisirs !Plaisir de goûter, plaisir de  cuisiner, de jardiner, de manger ensemble, de partager, de découvrir ce qu’on n’aime ou ce qu’on n’aime pas, …

Nous avons une cinquantaine d’ateliers disponibles, en terme de format et de thèmatique ! Un exemple d’atelier est «  Vis ta vinaigrette », les enfants découvrent les ingrédients de la vinaigrette, ils touchent, sentent, goûtent, mettent des mots sur leurs sensations avant de cuisiner. Puis chaque enfant reçoit une recette de base et choisit d’ajouter les ingrédients selon ce qu’il préfère. Un peu plus de vinaigre, une touche de sirop d’érable, des fines herbes… pour préparer une recette unique, à son goût ! Il termine en dégustant la vinaigrette avec une salade, de feuilles ou de légumes-racines, cela dépend de la saison, il est important pour nous de présenter aux enfants des aliments locaux, en accord avec la disponibilité saisonnière.

D’autres thèmatiques sont disponibles : autour du pain, du chocolat, des pommes, du fromage, du beurre, des smoothies (avec un vélo mélangeur pour permettre aux enfants de pédaler pour mixer leurs smoothies !)…

 

Quelles sont tes missions en tant que coordinatrice en éducation au goût ? Quel est le fonctionnement de Croquarium ?

 

Aujourd’hui, je coordonne l’ensemble des activités de l’organisme relatives à l’éducation au goût, organisées en trois grands pôles : animation, formation et consultation.

En animation, nous avons une équipe d’animateurs qui va directement animer auprès des enfants, de manière ponctuelle ou pour des séries d’ateliers..

Je donne des formations et j’anime des conférences, aussi bien les intervenants  au quotidien avec les enfants que les parents..

Je fais aussi du développement de contenus : nouveaux ateliers, nouvelles formations… Nous avons des activités en ligne, gratuites, accessibles à tous. Nous publions quatre fois par an des bulletins avec des propositions d’activités en éducation au goût mais aussi en jardinage éducatif, en lien avec les saisons.

 

Comment votre organisme est financé ?

 

Jusqu’à maintenant, un tiers de notre financement venait de Québec en Forme, un programme de soutien aux saines habitudes de vie (dont l’alimentation) grâce à un partenariat public-privé. Un autre tiers provient de ministères et fondations, et le dernier tiers concerne la vente de nos services. Nous sommes en pleine restructuration  sur nos sources de financement, compte tenu que  le programme Québec en Forme achève cette année.

 

Est-ce que vous avez  des moyens pour évaluer les résultats de vos ateliers ?

 

Nous avons travaillé plusieurs fois avec des projets d’évaluation externe, pour évaluer les effets de nos animations sur l’évolution du comportement alimentaire et le développement de l’enfant. Nous faisons aussi de l’évaluation à l’interne sur la satisfaction de nos services et l’implantation de nos programmes éducatifs dans les milieux que nous formons.

 

Est-ce que tu te vois rester au Québec ?

 

J’ai toujours beaucoup voyagé, même à l’agro je faisais toujours mes stages dans des endroits différents. Je ne me suis jamais donné de contrainte géographique dans mes recherches d’emploi.

 

J’ai eu le sentiment de vouloir m’installer ici un an et demi après être arrivée au Québec. J’ai déposé mon dossier de résidence permanente il y a à peine deux mois.

 

Le fruit de mes réflexions sur l’expatriation est que si tu décides de partir, si tu ne t’es pas fâché avec ta famille et si tu ne renies pas ton pays, tu acceptes alors de vivre dans un entre-deux pour la vie. C’est une grande richesse car tu fais partie de deux pays, de deux cultures, mais tu es aussi comme un étranger dans l’un et l’autre. Ici, je suis Marine la française même si je suis impliquée dans ma communauté et que je ne me sens pas comme une étrangère, et quand je rentre en France je suis Marine la québécoise.

Je suis toujours l’étrangère, quand c’est positif je le vis comme une grande richesse, mais parfois j’ai plus des petits coup de blues. Je sais que pour la vie je suis à cheval entre deux continents.

 

[1] Aujourd’hui, la Caravane Croquarium a arrêté le service de restauration pour se centrer sur sa mission éducative. Elle offre en complément des ateliers du goût des ateliers de jardinage éducatif.

Sherbrooke - Education au Gout – CSGA – Formation - Animation - Canada

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