MARINE RAFFRAY, Junior Expert in Technical Cooperation Management, UNIDO

Je pense qu’il faut oser candidater et montrer que cela vaut le coup de t’embaucher toi plutôt qu’un autre !

 

Un projet professionnel bien en tête en entrant à l'agro : le développement agricole ?

Un stage en Autriche à l'Ambassade en tant qu'attaché agricole ? Aider les femmes à s'émanciper à Madagascar ?

Un projet de d'harmonisation de la qualité entre les pays de la CEDEAO ? Travailler à l'ONUDI ?

2010 - 2014
Student, AgroParisTech

2012

Intern, Inter Réseaux Développement 
Rural

2012 - 2013

Agricultural attaché, French Embassy in 
Austria 

2013

Project leader, Association Alwahda 
Taksbite 

2014

Intern, Research assistant, French National Institute for Agricultural Research 

2015 - Aujourd'hui

Junior Expert in Technical Cooperation 
Management , UNIDO, Vienne

Quel était votre projet professionnel en entrant à AgroParisTech ? Pourquoi avez-vous choisi de partir en césure ?

 

Je suis entrée à l’agro avec un projet professionnel bien en tête : je voulais faire du développement agricole ! Depuis l’adolescence, je voulais travailler dans la souveraineté alimentaire ou contribuer à la réduction de la pauvreté dans le monde via le domaine de l’alimentation. Le développement agricole était, à l’agro, la spécialité qui correspondait le plus à ce projet.

J’ai ensuite décidé de faire une année de césure pour gagner en expérience et ainsi me différencier une fois sur le marché du travail.  

 

 

Un stage en ambassade en Autriche en tant qu’attaché agricole, un stage terrain au Maroc pour aider les femmes à s’émanciper… Que retenez-vous de votre césure ?

 

Je suis partie six mois en Autriche à l’Ambassade de France en tant que stagiaire attaché agricole. Quel était mon rôle ? Je devais suivre l’actualité agricole en Autriche et faire le lien avec la France : informer des positions politiques autrichiennes sur la PAC (c’était l’époque des négociations sur la réforme de la PAC), rédiger des rapports (par exemple sur les circuits courts en Autriche) …

L’Autriche est un pays recouvert aux 2/3 par des montagnes, ce qui limite l’agriculture. On a donc des petites structures, une industrie laitière importante dans l’ouest du pays (avec une productivité de lait par vache assez faible comparée à la France) et de nombreuses contraintes environnementales. Les agriculteurs doivent faire avec leur environnement et diversifient donc leurs productions, pratiquent l’agro écologie, font aussi chambres d’hôtes… L’Autriche était plus portée sur le pilier 2 de la PAC : les aides environnementales, plutôt que les aides à la production.

 

Je suis ensuite partie au Maroc pour une expérience totalement différente et un travail beaucoup plus sur le terrain : avec une amie, je travaillais pour une association marocaine qui souhaitait mettre en place des coopératives féminines. Les femmes de la région voulaient apprendre un métier pour pouvoir s’émanciper de leurs fils ou de leur mari. Nous avons réalisé une étude de faisabilité pour déterminer le type de production que pouvaient réaliser ces femmes. Dans la région, il y avait déjà des coopératives féminines qui transformaient les figues de cactus : nous nous en sommes inspirées pour tenter d’implanter un système similaire.

Nous étions seulement dans la phase de conception : c’était un peu frustrant de partir sans avoir mis quelque chose de concret en place ! Nous sommes restées en contact avec l’équipe sur place, ils ont continué, c’est bien et prometteur. 

 

 

Après une césure riche, vous décidez de continuer vos études en vous spécialisant dans le développement agricole en troisième année, comment s’est passée cette dernière année d‘étude ?

 

Cette année de césure fut une année riche, qui m’a motivée à poursuivre dans le développement agricole. Et effectivement, j’ai adoré ma dernière année à l’agro : les professeurs étaient passionnants et les cours de haute qualité !

 

Pour mon stage de fin d’étude, j’ai réalisé un diagnostic agraire en Bretagne. Un travail très exigeant : il s’agissait de comprendre les raisons qui ont conduit au système agricole d’une région définie (aspects environnementaux, historiques, politiques, économiques etc.). Le choix de la région se fait en fonction de l’offre et de l’intérêt des gens pour ce type de travail. Au début, je voulais retourner en Autriche pour étudier l’agriculture biologique qui y est très développée, je trouvais cela très intéressant. Mais malheureusement, les financements furent difficiles à trouver et je suis donc restée en France.

 

Pour des raisons personnelles vous décidez de partir en Autriche, vous cherchez du travail et décrochez un poste de gestion de projet à L’ONUDI. De quel type de projet êtes-vous en charge ?

Après la fin de mes études, je suis directement repartie en Autriche pour y chercher du travail. J’y ai rejoint mon petit ami ! Je pensais trouver du travail dans une entreprise autrichienne et finalement j’ai été pris dans l’endroit « le moins autrichien » (rire) : l’ONUDI, l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel.

 

Depuis sept mois, j’y suis consultante en gestion de projet. L’objectif du projet auquel je participe, est de mettre en place une infrastructure et une politique de la qualité (que ce soient pour les aliments, les matériaux, les vêtements, les produits chimiques etc.) dans les seize pays de la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette harmonisation a notamment pour but d’ouvrir, pour ces pays, certains marchés qui ont une règlementation particulière.

 

Ce projet, à l’initiative de la CEDEAO, a débuté il y a quatorze ans et est passé par plusieurs phases : la phase des laboratoires et de l’analyse des produits, la phase d’harmonisation des capacités d’analyse entre tous les pays de la région et nous nous trouvons aujourd’hui à la phase politique dans une optique d’export notamment vers l’Union Européenne.

Le bailleur de fond est l’Union Européenne. Pourquoi passer par l’ONUDI alors ? L’Union Européenne n’a pas d’agence spécialisée dans le développement industriel, donc, en tant que bailleur de fonds elle passe par une agence des Nations Unies. Nous travaillons également, pour cette raison, avec la Banque Mondiale, l’OMC ou encore l’OMS.

 

Quel est l’intérêt d’harmoniser les normes qualités dans les pays de la CEDEAO ? Comment l’ONUDI participe-t-elle concrètement à ce projet ?

 

Le but premier est de rendre les produits exportables. Il est nécessaire de s’aligner avec les législations. Mais, je pense que beaucoup de choses diffèrent d’un produit à l’autre. Par exemple, la noix de cajou est beaucoup exportée en Asie, et donc, dans ce cas, on s’alignera plutôt avec les normes asiatiques, alors qu’au contraire, la mangue est plus exportée en Europe, donc on s’alignera plutôt avec les normes européennes.

 

Finalement, on ne se rend pas trop compte à quel point les normes sont restrictives dans l'UE : beaucoup de produits africains sont bloqués aux frontières. Ces normes ont pour but de nous protéger, nous consommateurs européens, face à certains produits étrangers. L'objectif est aussi de protéger les populations africaines contre certains de leurs produits.

Comment cela se passe-t-il concrètement là-bas ? La CEDEAO organise des réunions d’experts pour chaque thème (produits agricoles, matériaux de construction, produits chimiques etc.) et ces-derniers choisissent des normes pour ces produits. Ces normes sont ensuite soumises au conseil des ministres de la CEDEAO. Elles vont être discutées puis votées. Nous en sommes encore au stade de la formulation, il y aura ensuite l’étape de la mise en œuvre et du contrôle de ces normes.

 

 

Et vous, personnellement, quelle est votre mission dans ce projet ?

 

J'ai un petit rôle (rire) : je participe à la gestion administrative et financière du projet. En effet, pour mettre en place les mécanismes dont j'ai parlé, il faut recruter des experts, organiser des missions de terrain, des réunions regroupant les acteurs régionaux, pour faciliter le processus politique ou réaliser des études de faisabilité. Une de mes missions est d'assurer que tout se fait en conformité avec les règles du bailleur et de l'ONUDI. En effet qui dit « bailleur de fond » dit « audit » : tout est vérifié à la clôture du projet. On nous demande donc une traçabilité irréprochable, toute dépense doit être justifiable et transparente, je participe à cela.

Je m'occupe également de la communication autour du projet : j’appuie notre expert en communication pour la réalisation d’une newsletter à destination de tous les acteurs du projet, je m’occupe du matériel promotionnel (des posters, des brochures etc.), je traduis également des textes. Et enfin, je réalise des rapports indiquant le stade d’avancement du projet : financier, exécution etc.

 

Comment fonctionne l’ONUDI ?

 

L'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) est chargée de promouvoir l’industrialisation des pays en développement : tout en s’attachant à réduire la pauvreté, en promouvant la croissance et la productivité, elle aide les pays en développement et les pays à économie en transition à lutter contre la marginalisation de leur économie dans le contexte de la mondialisation. Pour cela l'ONUDI conseille et accompagne ces pays dans l'élaboration de politiques industrielles, la création de nouvelles industries et l'amélioration d'industries existantes.

 

L'ONUDI se reconnaît trois missions essentielles :

  • Réduction de la pauvreté grâce à des activités productives

  • Renforcement de la capacité commerciale

  • Énergie et environnement

 

Elle se trouve donc à Vienne depuis 1966 et compte aujourd'hui 13 Etats membres. Dans le centre international où nous nous trouvons aujourd’hui, il y a aussi l’Agence internationale de l'énergie atomique qui s’occupe notamment de tous les traités nucléaires (ex : accords avec l’Iran) ou encore l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

 

Un attrait pour le développement agricole, et pourtant, un premier emploi en gestion de projet et en communication, êtes-vous tout de même satisfaite ?

 

Effectivement, ce poste n’a pas grand-chose à voir avec l’agriculture mais cela me permet d’appréhender un environnement international et de travailler dans une institution de référence. Je pense que c’est bien pour une première étape et cela me permet d’accumuler de l’expérience !

 

Ce qui m’intéresse dans ce poste, c’est de comprendre comment se déroule réellement un projet de développement. Cela me plairait de rejoindre la partie plus « agro » mais je pense que dans un premier temps, il est difficile d’accéder à des postes plus techniques.

De plus j’ai la chance de travailler avec des personnes de formations diverses et variées, c’est très enrichissant. Ici, à Vienne, je travaille avec deux belges, ce n’est pas très cosmopolite (rire) mais les équipes sur place sont composées d’experts africains : c’est un des effets directs et positifs de ces projets, la création d'emplois.

 

 

Candidater, oser, s’ouvrir à certains postes ? Quels seraient vos conseils ?

 

Effectivement, je me suis posée la question : pourquoi m’ont-ils choisi ? (Rire). J’arrivais avec aucune année d’expérience mais je m’étais dit qu’il fallait que je tente ma chance. Et en fait, j’ai été prise : rien n’est impossible !

 

Je savais que c'était un travail administratif mais je me suis dit qu’il fallait foncer et tenter des choses même si ce n’est pas forcement ce à quoi on avait pensé. Un CV se construit pas à pas. Je pense qu’il faut oser candidater et montrer que cela vaut le coup de t’embaucher toi plutôt qu’un autre ! Avec l’agro, nous avons un bagage très large, c’est à la fois difficile de se vendre parce que nous sommes peu spécialisés mais en même temps nous sommes très polyvalents et adaptables !

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