MARION LOKEN, Head of Data, Insights & Analytics, Norsk Tipping

Quand on change de job, peu importe la formation que l’on a suivi, nous ne sommes pas préparés à une restructuration

Réaliser sa dernière année d'étude au Liban ? Réaliser une thèse CIFRE sur le contrôle qualité dans l'agroalimentaire ? Partir pour Oslo pour un poste de support logiciel ? Le métier d'analyse des assurances ? Les impacts d'une restructuration ? En charge d'une équipe d'intégration des données et d'analyse ? L'univers des jeux en Norvège ?

2001 - 2004
Student, AgroParisTech (2001)

July 2002 - August 2002

Trainee, IRD​

June 2003 - September 2003

Quality Control and R&D Manager Assistant , CSR SA – Loïc Raison 

February 2004 - August 2004

Quality Control assistant , al whadi al akhdar 

2005 - 2008

Project Manager , Eurofins 

2008 - 2010

Chemometrician and Product manager of the DoE module , CAMO Software 

2010 - 2011

VP Business Development , Addinsoft 

2012 - 2013

Analyst in Customer Analytics Norway - BA Private , If P&C Insuranc 

January 2014 - December 2014

Head of Customer Analytics Norway - BA Private , If P&C Insurance 

January 2015 - July 2015

Head of Business Intelligence & Analytics - Nordic - BA IT Private , If P&C Insurance 

August 2015 - Aujourd'hui

Head of Data, Insights & Analytics , Norsk Tipping 

Vous entrez à l’agro en 2001 et pour votre dernière année vous partez au Liban, comment s’est déroulée cette première expérience à l’étranger ?

 

A l’agro, les cours dispensés sont très généraux : il y a beaucoup de choses que je n’ai jamais réutilisées dans ma vie professionnelle mais cela m’a donné une grande ouverture d’esprit. J’ai de très bons souvenirs de ma première année à Grignon (de la Junior Entreprise, de la cellule animation, du KVO).

 

J’ai ensuite passé un an à Paris avant de partir au Liban pour faire ma dernière année. C’est la seule année où il y a eu cet échange et j’étais la seule élève à y aller. C’était un partenariat avec l’université Saint Joseph, une université française. Je trouvais intéressant d’avoir une expérience à l’international. Je pense que ma meilleure année étudiante est celle-ci. C’est particulier car les jeunes ont vécu la guerre là-bas, du coup ils vivent vraiment au jour le jour. S’ils ont de l’argent, ils le dépensent en soirée tout de suite. C’était très vivant. La spécialisation que j’avais choisie, le contrôle qualité, était très bien, la plupart des professeurs étaient français (75% étaient des professeurs de l’Agro et 25 % étaient des professeurs locaux). La plupart des étudiants étaient libanais et nous étions 3 étrangers (un syrien, un marocain et moi-même).

 

J’ai ensuite réalisé mon stage de fin d’étude là-bas, dans une entreprise qui produisait des conserves et des spécialités libanaises. Nous avons essayé d’optimiser une recette en R&D, une pâte de sésame sucrée.

 

 

A votre retour en France, vous démarrez une thèse. Quel en était le sujet ? Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Je suis ensuite rentrée en France, et, tout en cherchant du travail, j’ai réalisé une thèse CIFRE à Nantes avec l’agro. J’étais partie pour faire de la recherche en entreprise, en R&D. Je m’étais dit qu’une thèse pourrait m’aider pour un prochain recrutement surtout que je voulais à terme devenir responsable d’équipe. Je suis restée à Nantes 3 ans. Le sujet de ma thèse était le contrôle qualité dans l’agroalimentaire. Grâce aux mathématiques et à la chimie je tentais de définir l’altération des produits en analysant des signaux de spectre RMN.

J’ai fait 3 ans de thèse c’était bien, c’était ma première expérience professionnelle ! Finalement, je n’ai pas continué dans la voie de la recherche, notamment car ce n’était pas très bien payé…

 

 

Après votre thèse, vous partez pour Oslo ? Comment avez-vous trouvé cette opportunité ? Quel était alors votre rôle ?

 

J’ai ensuite trouvé des opportunités à Paris en conseil qui auraient pu être très bien mais en parallèle j’ai reçu une proposition pour un poste avec deux destinations possibles : Oslo ou Boston. L’entreprise en question développait des logiciels pour analyser les signaux chimiques pour le compte d’entreprises pharmaceutiques, d’agroalimentaire ou de pétrole. J’ai accepté la proposition pour Oslo et j’ai commencé par du support de logiciel. Très vite, j’ai été responsable de toute l’Europe. Nous formions beaucoup de clients sur place, j’allais également souvent à Copenhague, nous donnions des cours libres d’accès, ceux qui voulaient venir avaient juste à s’inscrire.

Puis, j’ai été responsable d’une partie du logiciel qui faisait des plans d’expérience. J’écrivais les algorithmes pour que le logiciel soit plus intuitif, plus intelligent. Nous envoyions cela ensuite en Inde où le logiciel était développé. J’ai obtenu ce poste après un an et demi dans l’entreprise. J’ai travaillé dans cette entreprise de 2008 à 2011.

Je retiens en particulier une chose, lorsqu’on développe un logiciel, il faut se mettre à la place du client.

 

 

Vous recevez ensuite une proposition pour travailler avec une entreprise basée à Bordeaux, Addinsoft. Quel était alors votre travail ? A quel point cette nouvelle expérience était-elle différente de la précédente ?

 

J’ai reçu un coup de téléphone pour travailler dans une entreprise française. Le patron voulait développer son analyse multivariée. Il me demandait d’être responsable marketing et de refaire tout un site web. Ainsi, après avoir terminé la plupart des gros dossiers de l’entreprise précédente, j’ai intégré cette société française qui était basée à Bordeaux. Je travaillais en télétravail, ce qui me permettait de rester à Oslo.

 

Il y avait trois actionnaires majeurs. C’était intéressant d’apprendre à travailler avec des consultants, et très différent du travail avec des collègues. L’entreprise était une start-up assez développée, le site qu’ils me demandaient de créer était une plateforme de vente. J’ai travaillé avec eux un peu plus d’un an, c’était une expérience assez courte !

 

 

Vous retrouvez ensuite du travail à Oslo, chez If P&C Insurance en tant qu’analyste des assurances. Quel étaient vos missions ?

 

Je m’occupais entre autres des analyses CRM. C’était un travail très différent mais qui utilisait toujours les mathématiques et l’analyse multi variée. Je travaillais sur des modèles de probabilités, c’est-à-dire : un client va-t-il acheter tel ou tel produit (selon son âge, son revenu, etc.) ? Nous essayions de prioriser les listes pour faciliter le démarchage téléphonique.

 

En assurance, il est aussi important de ne pas prendre les mauvais clients. J’ai travaillé sur des modèles de fraude, c’était très intéressant. Après je suis passée responsable de l’équipe, une équipe jeune de 8 personnes travaillant sur différents sujets. J’ai fait beaucoup de monitoring (former des personnes qui n’ont pas d’expérience à la différence du coaching où les personnes ont de l’expérience, on leur fait trouver la réponse sans leur donner).

 

Au bout d’un an, l’entreprise subi une réorganisation. En quoi cela a-t-il impacté votre travail ?

 

Suite à cette réorganisation, il a été décidé que tous les analystes devaient être répartis dans d’autres groupes. En Norvège, lorsqu’il y a une réorganisation, on perd sa fonction mais pas son titre ni son job. On m’a proposé de redevenir « analyste » mais comme j’étais montée en responsabilité, j’avais une vision d’ensemble beaucoup plus grande et je comprenais les choses beaucoup mieux.

J’ai gardé 6 mois ce travail : sur le papier c’était un poste « business intelligent et analyste », en réalité, ce n’était qu’un poste de business intelligent. Il fallait faire tous les rapports sur le nombre de clients, sur ce qui avait été vendu et mettre en place un système d’information accessible avec des graphiques. Il y avait beaucoup de disputes en interne et il n’y avait pas suffisamment de créativité pour moi. J’avais une seule partie intéressante, j’étais responsable d’un logiciel et de l’implémentation de ce logiciel dans l’entreprise.

Quand on change de job, peu importe la formation que l’on a suivi, nous ne sommes pas préparés à une restructuration. La première restructuration a été très dure, les raisons de celle-ci étaient d’ordre économique comme pour la deuxième. C’était assez frustrant, c’est humain de se remettre en question. C’était une logique d’entreprise, on ne m’a pas donné d’explication et c’est la seule chose pour laquelle j’en veux à l’entreprise.

 

 

Vous travaillez aujourd’hui pour Norsk Tipping, « La Française des Jeux norvégienne ». Comment gérez-vous la barrière de la langue ? Quel est votre poste actuel ?

 

Je parle norvégien toute la journée. J’ai surtout appris en regardant la télé et en lisant. En Norvège tous les films sont sous-titrés donc ça aide beaucoup !

 

Je suis responsable d’un département, pour l’instant il y a deux équipes : une équipe qui s’occupe d’intégrer les données et une autre qui s’occupe de l’analyse (business intelligence et prédictive sur le CRM). Je dois développer cette équipe. Je dois essayer de voir dans quelle direction je dois aller cette année. La stratégie de l’entreprise est de personnaliser. C’est-à-dire : connaître les clients beaucoup plus en détail, obtenir plus de données, réaliser plus d’analyses. Les données sont une ressource, il faut établir une stratégie big data dans l’entreprise.

 

Que pouvez-vous nous dire que le marché du jeu en Norvège ?

 

Dans le marché de la Norvège, tous les jeux sont logués à part les jeux de grattage. Quand on achète un ticket de loto, il doit être enregistré, c’est pareil lorsque l’on parie sur un match de foot. Concernant les données, elles peuvent être individuelles ou concerner un groupe. On achète des jeux de données comportant au moins 250 variables. Norsk Tipping c’est un monopole comme la Française des Jeux. Quand j’ai pris ce poste, il n’y avait pas grand-chose de côté prédiction. Nous commençons à mettre en place les structures, les bases de données, les logiciels... Le but à long terme est de prendre les données web et d’évaluer si on a besoin d’acheter plus de données pour faire progresser l’entreprise.

 

Finalement avec le recul, que pensez-vous aujourd’hui de votre parcours ?

 

 J’ai commencé dans l’agroalimentaire et cela s’est un peu perdu. L’Agro est quand même une école assez généraliste. Il y a beaucoup de gens qui finissent dans le conseil, la banque ou ce genre de choses.

 

J’ai essayé d’avoir une activité assez pointue, et finalement elle se révèle assez généraliste mais je suis plutôt contente quand je vois la situation actuelle. Si j’avais travaillé dans le pétrole par exemple en Norvège mon avenir serait incertain. Il y a des entreprises qui ont licencié la moitié de leurs employés. La crise n’a pas d’impact sur les jeux. Nous vendons de l’espoir !

 

 

La responsabilité sociétale, point commun à tous vos fonctions ?

 

Tout à fait ! Dans le jeu, une partie des bénéfices est reversée à des associations (soit dans la culture soit dans le sport). De plus, c’est l’entreprise la plus responsable au niveau mondial : nous savons ce que les gens dépensent, ainsi lorsque les joueurs s’inscrivent ils donnent leur limite de dépense (cela est différent pour les jeux de grattage où il n’y a pas d’inscription nominative). C’est très contrôlé, il y a également des limites gouvernementales et la Norvège est un des seuls pays à en fixer. Enfin, nous sommes en train d’instaurer une limite totale, par mois, sur l’ensemble des jeux.

 

Que pensez-vous des conditions de vie et de travail en Norvège ?

 

Ici, on va au travail pour travailler, pas pour se faire des amis. Les journées de travail sont de 8h, soit 8h-16h, soit 9h-17h. Au niveau cadre, en France, i y a les RTT, en Norvège, on appelle cela du flex-time, c’est-à-dire que les heures supplémentaires sont soit payées, soit on les récupère en journée de travail. Plus on travaille plus on a de congés. C’est plus égalitaire ! Il y a des avantages pour les parents, par exemple, il y a 49 ou 59 semaines de congé parental à partager entre le père et la mère (49 semaines à 100% de son salaire ou 59 à 80% de son salaire).

 

Cependant, la réalité du travail manque un peu au niveau des formations. Faire comprendre aux salariés qu’il faut travailler tous ensemble (et non pas chacun pour soi) est compliqué. En Norvège il n’y a pas beaucoup de hiérarchie. C’est très ouvert, on peut facilement parler. De plus on fait confiance aux jeunes, quelqu’un qui travaille bien va très facilement développer sa carrière.

J’aime beaucoup Oslo, c’est une ville très sympa et vivante avec beaucoup d’activités. Le week-end on peut faire du ski de fond, l’été il y a des plages. L’équilibre entre vie privée et vie professionnel est très agréable. Mais les norvégiens sont très casaniers, donc il est assez difficile de rencontrer des personnes, c’est un mode de vie différent.

En quelques mots, la vie dans ce pays me convient très bien.

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