Martin Guerin, Owner/Director - Aquinov Services, Kuala Lumpur

" Si vous voulez vous expatrier, il faut savoir bien préparer votre expatriation, surtout dans le cas où vous voulez revenir en France par la suite."

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1981 - 1984
Institut national agronomique Paris-Grignon

Diplome d'Ingenieur Agronome

Agriculture Science, Animal Science, Food Industry

1984 - 1986
Auburn University

MSc Aquaculture - Fish Nutrition 

1987 - 1988
Université Paris Dauphine

DESUP (MBA) Business Management in Developing Countries 

Oct 1988 - juin 1992

R&D Manager, Factory Manager, and Deputy General Manager Aquastar Ltd. (British Petroleun Nutrition)

Songkhla, Thailand

1998 - 2002

VP Marketing & Sales Aquasearch Ltd., Hawaii, USA

 

2002- Sept 2013

Group General Manager - Aqua technical

Gold Coin Holdings Sdn Bhd

Sept 2013 - Dec 2015

Nutrition Director - Aqua Division

Gold Coin Holdings Sdn Bhd

Kuala Lumpur, Malaisie

Mars 2016 - Juil 2016

Head of Sales and Marketing - CARMA brand - Asia Pacific, Barry Callebaut, Singapore

Fev 2016 - Aujourd'hui

Owner/Director Aquinov Services Sdn. Bhd. Kuala Lumpur, Malaisie

Je me présente : Martin Guérin, promotion 1980 ; j’ai 57 ans et cela fait un grand nombre d’années que je vis en Asie.
J’ai toujours été attiré par les sciences de la vie. La formation d’ingénieur agronome représentait quelque chose de très généraliste qui me plaisait. La mer était également une grande passion pour moi et c’est pourquoi j’ai suivi l’option aquaculture qui venait, alors, juste d’être mise en place par Catherine Mariojouls. Cela m’a permis d’effectuer un premier stage dans un élevage de dorades et bars en bassin et en cage, sur l’étang de Bages. Mon stage a duré deux mois mais je voulais en apprendre encore davantage sur le sujet car cet aspect était très peu abordé à l’agro. J’ai eu la chance de faire un stage de fin d’études à l’IFREMER à Brest qui était beaucoup plus orienté sur l’aquaculture, le saumon… Mais, en définitive, je trouvais que je n’avais pas assez d’expérience et d’exposition au domaine aquacole pour y mener une vraie carrière en France. Il est probable que si j’avais fait la spécialisation halieutique à Rennes, cela aurait été différent ; mais on y parlait quand même très peu, à l’époque, d’aquaculture. Celle-ci ne présentait pas les aspects qui m’intéressaient pleinement ; je cherchais un domaine plus innovant. J’avais envie de voyager et de voir d’autres choses. Pour moi, l’aquaculture, c’était ce que j’entendais et ce que je lisais sur des élevages de crevettes au niveau de l’équateur par exemple.

Quelle était donc la spécialisation que vous avez effectué au sein de l’INAP-G ?

J’ai fait la spécialisation « Zootechnie » avec l’option « Aquaculture ». Cette option n’était cependant pas destinée à ce que nous devenions des experts sur le sujet.  Après des recherches plus approfondies, j’ai déniché un programme de master en aquaculture aux USA. J’ai contacté d’anciens Français qui avaient suivi des formations similaires aux Etats-Unis afin de savoir quelle était la meilleure université où postuler ; j’ai ensuite effectué plusieurs demandes de bourses. Avec beaucoup de chance j’ai obtenu une bourse du ministère des affaires étrangères, un prêt de la société d’ingénieurs et scientifiques de France et un poste d’assistant de recherche à l’université pour laquelle j’avais postulé. Je suis donc parti dans des conditions tout à fait raisonnables financièrement. J’ai posé mes bagages dans l’Alabama pour y effectuer mon master. En étant assistant de recherche en parallèle, j’ai pu payer mes frais d’inscription moins chers et obtenir une petite bourse supplémentaire. J’y ai passé deux ans et réalisé un mémoire sur l’élevage et la nutrition du poisson chat. C’était très international et très intéressant mais cela restait au beau milieu de l’Alabama, ce qui n’est pas extrêmement palpitant. L’idée de poursuivre en doctorat là-bas ne faisait donc pas partie de mes plans. Le programme était d’ailleurs très orienté aquaculture d’eau douce et j’avais plutôt envie d’étudier le domaine maritime.

C’était alors le moment de faire mon service militaire que je souhaitais réaliser en coopération. J’avais postulé pour faire une thèse au Mexique sur la crevette et j’avais été accepté pour le doctorat. Après une demande écrite au ministère des affaires étrangères leur expliquant mon projet, je reçus, une fois revenu en France, une lettre du ministère des armées qui m’affectait comme enseignant en Zootechnie en Algérie. J’ai fait alors l’erreur de leur répondre qu’il devait y avoir un malentendu car j’avais un dossier en cours au ministère des affaires étrangères qui était censé m’affecter autre part. J’appris alors dans leur réponse que je n’avais pas le droit de refuser un poste. De ce fait, je devais effectuer un service militaire « classique » de 18 mois au lieu de 12. Je fus envoyé dans l’armée de l’air mais au service de la météo. Dans mon malheur, j’ai eu de la chance car ce service marchait par permanence ; j’ai pu ainsi, pendant le temps libre qu’il y avait, préparer un autre diplôme, celui-là en gestion des entreprises dans les pays en voie de développement, à l’Université Dauphine. J’ai fini mon service militaire en Janvier 1988 et ai été diplômé de Dauphine en Juin 1988.

Qu’avez-vous ainsi fait, une fois votre service militaire achevé ?

J’ai obtenu une première entrevue pour DSM sur un poste de recherche mais ils ont fini par recruter la personne qui m’avait recommandé pour ce poste là car elle était mieux qualifiée et possédait un doctorat. En définitive, je suis très content de ce refus. Cela m’a permis de faire énormément d’autres choses et d’évoluer tout le temps au lieu de rester dans la même entreprise, un peu conservatrice, qu’était DSM. J’ai eu des entretiens avec d’autres sociétés, notamment d’aliments aquacoles, et j’ai finalement été recruté par une filiale de BP Nutrition (British Petroleum Nutrition). J’ai rejoint leur centre de recherche en Hollande puis après quelques mois de formation, on m’a envoyé en Thaïlande sur un nouveau projet !

Cela vous convenait-il de partir travailler à l’étranger ?

Oui, j’ai toujours voulu aller voir du pays et même si au départ, j’étais très attiré par l’Amérique Latine, c’était une opportunité qui était très intéressante. C’était un projet se déroulant dans une zone rurale au sud de la Thaïlande sur des fermes d’élevage de crevettes avec des actionnaires locaux qui voulaient tout faire sur place : élevage, écloserie, « processing », fabrication d’aliments… Ils avaient, par exemple, construit une usine d’aliments mais ils ne savaient pas la faire tourner ; ils ne s’y connaissaient pas du tout sur le sujet et ils étaient à plat financièrement. BP a alors investi, est entré en « Joint- Venture » avec eux et m’a ensuite envoyé là-bas pour créer et gérer le projet. La crevette est notamment le secteur de l’aquaculture où il y a le plus d’investissements et de R&D en zone tropicale mais qui présente encore aujourd’hui de nombreuses problématiques. En arrivant, je ne connaissais quasiment rien sur la crevette en particulier. La formulation de leur aliment ne fonctionnait pas et malgré que je sois seul, j’ai pu monter une petite station d’essais pour tester d’autres formulations. J’ai énormément travaillé pendant un an pour arriver à un résultat satisfaisant. On a, de plus, réussi à le faire accepter aux éleveurs locaux et ainsi le vendre. C’était en pleine croissance et on a réussi à doubler la capacité de production à deux reprises ! Je touchais à tous les sujets : achat des matières premières, la qualité, la R&D, le support technique. J’y prenais beaucoup de plaisir et l’ambiance était super ! Finalement au bout de trois ans et demi, BP a décidé de se focaliser sur ses activités pétrolières et a mis en vente leur division Nutrition Animale.

La division avait trois projets en « Joint-Venture » en Asie qui étaient difficiles à gérer : un à Taïwan, un en Thaïlande et un en Chine. En effet, en Thaïlande, nous avions un gros engagement financier car nous avions garanti des prêts et des aides aux éleveurs pour construire le projet. Il y a donc eu un management « by out » : des employés de la société, avec des investisseurs et des banques, ont racheté BP Nutrition Animale avec également les activités européennes et américaines. C’est devenu Nutriko, un des plus gros fabricants d’aliments au monde. Nutriko ne voulait pas cependant, de l’activité asiatique. Ils ont alors réussi à vendre les parts qu’ils avaient en Chine et à Taïwan mais ont gardé la Thaïlande par intérêt pétrolier. Je ne voulais pas rester dans cette atmosphère et j’ai voulu rentrer en France avec mon épouse pour pouvoir avoir une expérience en France également.

Qu’avez-vous fait à votre retour ?

Après m’être renseigné sur ce que je pouvais faire dans le secteur, il s’avéra que le leader européen était également Nutriko, alors en pleine restructuration. Il était donc assez complexe de trouver un travail dans ce secteur- là. J’étais aussi probablement devenu trop exigeant. J’ai donc voulu changer de secteur. Je n’avais jamais eu d’expérience commerciale et je me suis dit que cela serait très utile de développer cette compétence- là. Je voulais trouver un travail comme commercial dans une entreprise agro-alimentaire. J’ai eu une offre pour travailler chez Champagne Céréales comme technico-commercial dans la vente en alimentation animale. Se réhabituer à travailler en français n’a pas été chose simple.

Le groupe s’est lancé dans une succession de « Joint- Ventures » avec différents partenaires pour développer une unité de production de sucrose-fructose, secteur dans lequel il n’avait aucune expérience. Cela s’est avéré peu fructueux et l’unité a été stoppée rapidement. Il fallait alors que le groupe se débrouille sans partenaires pour faire fonctionner ses nouvelles usines et j’ai dû déménager sur Reims pour aider dans cette gestion. C’est là que j’ai réalisé que je m’embêtais dans ce que je faisais et que je voulais repartir à l’étranger.

Avez-vous pu retrouver une opportunité vous permettant de repartir à l’international ?

Ewos, qui était le deuxième plus gros producteur d’aliments en poisson, voulait se développer en Asie : j’ai été recruté comme « Business Development Manager » pour le secteur asiatique. Le siège était en Suède et j’étais basé en France ; je voyageais donc beaucoup selon ce triangle France-Asie-Suède. J’ai fait une étude de marché complète sur toute l’Asie en fonction des priorités de la compagnie pour savoir dans quel marché s’insérer et j’ai pu ainsi découvrir l’ensemble du secteur aquacole asiatique. Nous nous sommes focalisés sur le Japon et la Corée pour vendre des aliments pour poisson à haute valeur ajoutée comme le saumon par exemple. On a trouvé un partenaire local là-bas et c’était très sympathique car je visitais énormément d’élevages de poissons dans les îles du sud du Japon ; je passais beaucoup de temps en bateau !

Une fois encore les actionnaires d’Ewos, qui appartenaient à un plus gros groupe, ont décidé de stopper entièrement le développement de leur activité nutrition animale à l’étranger pour rediriger leurs fonds. Ils ont alors tout vendu ou fermé et ne voulaient faire uniquement que de l’export. Cela ne m’intéressait plus du tout. Ils m’ont proposé un autre poste en « business development » pour une de leur société sœur, également dans le secteur de l’aliment, mais au Royaume-Uni. J’ai pris le poste et nous avons déménagé là-bas. La mission était encore assez similaire, c’est à dire du développement commercial dans le domaine aquacole pour vendre des ingrédients pour l’alimentation animale. Ils avaient plusieurs divisions et produits : enzymes, vitamines…  La société était aussi en partenariat avec une start-up à Hawaï pour produire du carotène à partir d’algues. De nouveau, je faisais du développement et cela me permettait de beaucoup voyager en Asie, car les essais des nouveaux ingrédients se faisaient là-bas. C’était tout ce que j’aimais. Le même schéma et les mêmes problèmes se sont encore produit une fois de plus. Les actionnaires se sont désengagés du marché et donc, arrêt du développement. Je n’étais toutefois pas découragé et je voulais toujours continuer à travailler dans le développement technique de l’aquaculture et y prendre du plaisir. Le partenariat avec la société d’Hawaï s’est également terminé et ceux-ci m’ont alors proposé de les rejoindre pour continuer à travailler dans le développement. Je savais que c’était risqué car c’était une petite start-up qui se finançait sur les marchés financiers locaux… mais on n’a pas tous les jours l’occasion d’aller travailler à Hawaï, j’ai donc accepté !

Cette expérience fut des plus appréciables ! C’était une petite équipe, entourée d’autres entreprises pour développer l’aquaculture et cela a duré quatre ans en tout. L’entreprise avait toutefois de gros problèmes financiers. J’arrivais à vendre toute la production expérimentale mais on perdait beaucoup d’argent par rapport aux coûts de production ; je devais constamment chercher de nouveau marchés, notamment dans les compléments alimentaires pour la nutrition humaine par exemple. La zéaxanthine, produit à base d’algues, pouvait servir dans la composition des compléments également. Le marché japonais était plus propice car ils préféraient les produits naturels, nos ingrédients marchaient mieux sur leurs espèces de poissons et nous pouvions directement vendre aux éleveurs, donc potentiellement, faire plus de marges. Très vite, il est apparu qu’il fallait investir dans une importante usine de production pour être rentable. Nous nous sommes donc entièrement centrés sur le marché des compléments alimentaires et produits parapharmaceutiques. Nous vendions sur internet, à des revendeurs, en pharmacie ou aux grandes surfaces locales. La société restait toutefois en déficit financier : mon retour en France semblait proche puisque je risquais de perdre mon travail et mon visa par la même occasion.

En 2002, me voilà de retour en Asie du Sud-Est entre Singapour, la Malaisie et l’Europe pour la société Gold Coin.  J’étais de nouveau responsable de la formulation, de la R&D, de la qualité, du support technique en développement commercial d’aliments pour l’aquaculture… Nous vivions à Singapour, ville très pratique, simple, et cela se passait très bien. Après deux années assez complexes en Inde où je fus envoyé par ma société pour une nouvelle « joint-venture », cette dernière échoua et je fus affecté de nouveau au siège de la compagnie, à présent sur Kuala Lumpur. En Inde, le travail était intéressant mais les conditions de travail se sont avérées difficiles. Nous sommes arrivés une année où 50% de la production de crevettes fut décimée par une maladie. On était en pleine restructuration d’usine, c’était très conflictuel et instable ; personne d’autre ne voulait aller travailler là-bas et certains préféraient même quitter le groupe.

À Kuala Lumpur, je me suis vraiment investi dans la R&D, c’est ce qui me plaisait le plus. J’ai monté des fermes expérimentales en Indonésie et en Malaisie, cela me passionnait. Mais il y avait des problèmes entre les actionnaires qui ne savaient pas où le groupe voulait aller ; j’ai alors décidé de quitter le groupe.

Qu’aviez-vous donc prévu pour la suite ?

J’avais toujours prévu de devenir consultant lorsque l’âge de la retraite arriverait. Je savais en effet qu’il me faudrait travailler plus longtemps puisqu’en tant qu’expatrié, je n’ai pas cotisé pour la retraite. De plus, étant passionné par mon métier et m’intéressant beaucoup à ses côtés techniques, cela me paraissait une très bonne décision. J’avais alors des conditions impeccables pour démarrer mon activité de consultant et cela s’est très bien passé, je m’amuse encore plus qu’avant !

Pour quelles raisons et pourquoi avoir décidé de rester en Malaisie ?

J’ai beaucoup moins de responsabilités ; mon épouse et moi sommes devenus seuls actionnaires de la société et j’ai pu devenir résident malais. C’est un pays central, très pratique et on s’y plait énormément. Notre dernière fille terminait également ses études ici. Mes clients sont tous en dehors de la Malaisie, mais il est très facile d’avoir des connexions aériennes peu chères pour un grand nombre de destinations. Kuala Lumpur est également un centre dynamique qui permet plus de facilités. J’ai eu la chance d’avoir tout le temps fait ce qui me plaisait et de faire encore un métier que j’apprécie et qui m’amuse ; c’est ce que j’ai toujours privilégié. J’ai également bénéficié de l’aide précieuse de ma merveilleuse épouse.

 Que vous a apporté la formation agronome ?

En définitive, cela m’a donné une formation généraliste très intéressante. J’ai pu utiliser les connaissances ainsi acquises pendant toute ma carrière et cela m’a rendu extrêmement adaptable. J’ai pu réussir dans tout ce que j’ai entrepris tout en m’aidant à diversifier mes activités.

Quelles sont les problématiques liées à l’alimentation aquacole ?

Les maladies sont la menace numéro une. Il y a deux pôles très différents en réalité. Le pôle saumon qui est essentiellement européen et très centré sur la R&D avec beaucoup de moyens financiers et de grosses industries impliquées dans l’alimentation animale. Ce pôle possède un fort taux de développement technique. La plus grosse part de l’aquaculture mondiale (80%) se concentre en Asie mais elle est extrêmement fragmentée. Il y a énormément d’espèces, de structures d’élevages beaucoup plus petites et un développement technique beaucoup plus faible. Cela se traduit par beaucoup de problématiques de santé des élevages et de zootechnie en général.

Quels types d’ingrédients sont utilisés pour la nutrition aquacole ?

L’aliment pour crevettes, c’était au départ des farines de poisson, de soja, de blé et des vitamines avec une problématique concernant le remplacement de la farine de poisson qui a un fort impact environnemental car on l’exporte énormément. C’est un effort qui a été fructueux dans l’élevage de saumon mais qui reste en phase de développement en ce qui concerne les autres espèces d’aquaculture ici. Il y a dix ans, on mettait 30% de farine de poisson dans notre aliment pour crevettes ; nous avons par la suite, fait des essais concluants où nous arrivions à remplacer totalement la farine de poisson. Le problème était alors que je ne parvenais pas à convaincre mes équipes commerciales et les clients locaux d’en acheter car ils désiraient la même odeur, la même appétence ; il y avait une barrière psychologique assez importante bloquant tout achat. Dans les aliments actuels pour crevettes, la teneur en farine de poisson est d’environ 15% mais on peut, je pense, produire des aliments à 0% pas beaucoup plus chers. En revanche, la volonté politique des pays les plus producteurs et exportateurs n’y est pas. L’Inde est le premier exportateur mondial de crevettes et va sûrement devenir le premier producteur également. Ils utilisent de la farine de poissons péchés dans l’océan Indien, totalement non contrôlée ou certifiée, sans aucune gestion des stocks. Ils pêchent à n’importe quel moment de l’année, même pendant la période de reproduction et cela fait varier les prix énormément jusqu’à les faire devenir très élevés. C’est une grande problématique car toutes les grandes industries ne veulent que des crevettes certifiées avec un aliment certifié également incluant donc un programme de réduction de farine de poisson et de remplacement de cette dernière par des additifs par exemple.

Quels sont alors, pour vous, les enjeux majeurs de demain ?

En aquaculture, le problème est qu‘il y a énormément d’espèces et la recherche en nutrition et en santé est encore très peu avancée. C’est donc difficile de cibler ; les investissements sont très éparpillés et le progrès technique est lent. Il va y avoir une industrialisation des fermes d’élevage mais elles ont un tel risque de production que cela va être également très lent. En Inde, le taux de survie d’un élevage de crevettes est de 50% et cela freine énormément. Les programmes de certification des farines de poisson faites localement sont encore très peu présents en Asie du Sud-Est (uniquement en Thaïlande). Il va falloir faire comprendre aux clients de la région que ces programmes et les recherches sur l’innovation de l’aliment sont bénéfiques pour eux aussi. Les éleveurs sont, pour le moment, trop focalisés sur le profit.

La qualité des aliments va être un grand enjeu du continent asiatique également. 90% des aliments de poulets en Asie contiennent des facteurs de croissance antibiotiques. En ce qui concerne la crevette, il y en a moins, car on est très centré sur l’exportation dans les pays développés ; mais les poissons d’élevages sont dans des zones d’eaux très polluées et on y verse  donc une quantité conséquente d’antibiotiques. Cela va devenir un problème important sur lequel il va falloir se pencher.

Avez-vous un conseil à donner aux étudiants ?

Si vous voulez vous expatrier, il faut savoir bien préparer votre expatriation, surtout dans le cas où vous voulez revenir en France par la suite. Il faut savoir se faire un carnet d’adresses et des contacts pour s’assurer un retour moins complexe sur le marché du travail français. J’ai choisi pour ma part de rester à l’étranger car je travaille dans un secteur qui présente énormément de challenge dans une zone géographique qui en possède également énormément ! Mais il faut savoir maintenir des ponts avec votre pays d’origine si vous voulez rendre votre retour beaucoup moins problématique psychologiquement et professionnellement. Ce qui compte le plus surtout, ce n’est pas nécessairement le diplôme mais les activités professionnelles que l’on a et ce que l’on en fait. On grandit et on évolue beaucoup au fil de nos expériences.

Ingénieur - Malaisie - aquaculture - developpement - consulting - commerce - feed animal - Innovation  

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