MATHILDE STALLEGGER, Policy officer for biodiversity, Umweltdachverband

Tout ce qu’on apprend pendant une césure, ça n’a pas de prix !

 

Un parcours rythmé par l'écologie, la biodiversité et la botanique ? Un master sur la biodiversité au Muséum d'histoire naturel ? Décider de partir à l'étranger sans avoir d'emploi ? Travailler dans une fédération d'associations de protection de l'environnement ? Désigner des sites Natura 2000 pour mieux les protéger ?

2003 - 2007
Student, INA P-G (2003)

2006 - 2007

Student, Muséum national d'histoire naturelle

2007 - 2008

Project assistant, Ecosphère

2009 - 2011

Project assistant, BOKU Vienna - Institute of botany

2010 - Aujourd'hui

Policy officer for biodiversity, project manager, Umweltdachverband

Botanique, écologie, biodiversité ont rythmé votre parcours à l’agro… On ressent aussi la volonté de découvrir d’autres pays, pouvez-vous nous raconter ?

J’ai commencé l’agro en 2003 et dès le début, j’ai choisi de me spécialiser en écologie : j’ai suivi les cours sur la biodiversité à Grignon ainsi que ceux sur l’écologie et les mauvaises herbes des cultures en deuxième année. Je suis ensuite venue à Vienne en Erasmus, l’occasion pour moi d’approfondir mes connaissances en botanique et écologie. Pourquoi Vienne ? D’origine autrichienne, je parle allemand depuis que je suis toute petite et je voulais découvrir le pays de mon père.

J’ai ensuite saisi l’occasion de réaliser une année de césure. Je devais tout d’abord partir à Madagascar mais cela n’a pas été possible : entre nous, cela m’arrangeait bien car j’ai pu rallonger mon séjour à Vienne où je venais de rencontrer l’homme qui partage aujourd’hui ma vie ! J’ai trouvé un stage à l’Université : réaliser une étude sur la morphologie des plantes d’une prairie de la Forêt viennoise.

Je suis ensuite partie pendant six mois au Mexique pour un stage dans un jardin botanique, à Xalapa. Au fil des années, la section « plantes médicinales » avait été un peu laissée à l’abandon : j’ai effectué un inventaire des plantes présentes, réalisé un herbier, replacé les étiquettes au bon endroit, puis fait une proposition de réorganisation de la collection. C’était une très belle expérience, qui m’a permis, entre autres, d’apprendre une nouvelle langue !

 

Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulé votre master au Muséum national d’Histoire naturelle que vous avez suivi à Paris en rentrant de césure ?

Pour ma troisième année, je n’ai pas trouvé de spécialité qui convenait à mon profil à l’INAPG. On m'a orienté vers le master « Expertise faune-flore, inventaires et indicateurs de biodiversité » au Muséum national d’Histoire naturelle, une véritable aubaine !

Au cours de ce master professionnel, nous avons été mis en relation avec le monde de la protection de la nature : de nombreux intervenants sont venus nous parler de leur travail dans différentes institutions (ONG, bureau d'études, Agence européenne de l'environnement, instituts de recherche, etc.) ainsi que du fonctionnement des parcs naturels régionaux, réserves naturelles et du réseau Natura 2000 en France. Nous avions aussi des exercices très techniques comme la réalisation d’un inventaire faune-flore ou la mise en place d'un monitoring scientifique d'espèces. Enfin, nous avons beaucoup travaillé sur les aspects politiques : politique de la biodiversité, droit de l’environnement…et finalement c’est ce que je fais aujourd’hui !

J’ai fait mon stage de fin d’étude dans le Parc naturel régional du Morvan où j’ai réalisé une analyse phytosociologique d’un type de prairie intéressant et jusqu'alors peu connu dans la région : les prairies sèches siliceuses. Cette étude a servi  à la mise en place de mesures agro-environnementales pour la protection de ces prairies. C’était très intéressant : je travaillais à la fois avec le Parc et le Conservatoire botanique national du bassin parisien, section Bourgogne, j’étais bien encadrée et j’ai appris plein de choses !

 

Vous avez trouvé votre premier emploi au bureau d'études Ecosphère ? Quelles y étaient vos missions ?

 

Après mon stage, j’ai été tout de suite embauchée dans le bureau d’étude Ecosphère. J’avais un poste de chargée de mission « biodiversité ». J'ai travaillé entre autres sur la mise en place d'un « Schéma départemental d’espaces naturels sensibles » où notre rôle était de prioriser des sites naturels d'intérêt patrimonial qui pouvaient bénéficier d'une protection par le département.

Je ne suis restée qu’un an à Ecosphère. J’ai décidé de ne pas renouveler mon contrat pour retourner à Vienne et y tenter ma chance !

 

 

Vous choisissez de quitter la France et de vous installer à Vienne. Partir dans un pays sans avoir d’emploi, est-ce que cela vous faisait peur ?

À mon arrivée à Vienne, je n’avais rien et honnêtement, oui, cela fait un peu peur ! Une bonne chose à savoir : on peut emmener son chômage français à l’étranger pendant trois mois. Une démarche un peu laborieuse, mais qui aide beaucoup au début.

Je parlais allemand mais je ne connaissais pas le vocabulaire technique que j’ai appris en lisant des articles sur la protection de la nature et en prenant des notes. J’ai eu la chance de trouver rapidement un stage à la fédération autrichienne d'associations de protection de l'environnement « Umweltdachverband », où je travaille actuellement.

 

Vous êtes ensuite embauchée à temps partiel à l'université. Pouvez-vous nous parler du système temps partiel / temps plein, quelles sont les particularités du système autrichien ?

Après mon stage, j'ai trouvé un petit job dans un projet de recherche à raison de 10h par semaine à l'Institut de botanique de l'Université d'agronomie de Vienne. J'ai reçu quelques mois plus tard une offre d’embauche de l’Umweltdachverband de 20h/semaine. J’ai donc suivi les deux emplois en parallèle pendant deux ou trois ans, avant d'être embauchée à temps plein au Umweltdachverband. En Autriche, c’est assez courant de travailler à mi-temps ou en temps partiel. Cela permet de suivre des études à côté ou de s'occuper de ses enfants. La plupart des femmes ne reprennent pas leur travail à temps plein après avoir eu des enfants. Les systèmes de crèches ou de garderies ne sont pas aussi développés qu'en France et la mentalité est un peu différente à ce niveau-là. Les femmes bénéficient par exemple d'un congé parental d'un an après la naissance de leur bébé pendant lequel elles touchent 80% de leur salaire, de quoi faire rêver les jeunes mamans en France !

 

Vous travaillez ensuite exclusivement au « Umweltdachverband » une fédération d’associations de protection de l’environnement. Quel est le rôle d’une telle entité ?

En tant qu'ONG environnementale, notre rôle est de faire du « lobbying » auprès du ministère de l'environnement, des états fédéraux ou du parlement européen en faveur du développement durable ou de la biodiversité mais aussi de faire remonter des plaintes à la Commission européenne pour montrer les dysfonctionnements du système de protection de la nature et faire ainsi avancer les choses. L’autre partie de notre travail est d’avoir une vision innovante sur la protection de la nature en Autriche, de développer de nouvelles idées, de favoriser la participation des différents acteurs et notamment le dialogue entre agriculteurs et protecteurs de la nature !

 

Quelles sont vos missions ?

 

Au début, j’ai commencé comme assistante de projet : je secondais une collègue dans l'organisation d'un prix concours « paysage et biodiversité ». La diversité des projets soumis m'a donné une bonne vision sur ce qui existait en Autriche pour protéger la biodiversité et les paysages. J’ai eu ensuite beaucoup de chance, la collègue qui occupait ma position actuelle de chargée de politique de la biodiversité a démissionné et mon patron m’a proposé sa place. J’ai pu commencer à montrer ce que je savais faire. J’ai notamment réalisé une étude sur Natura 2000, appelée « shadow list ». Le réseau Natura 2000 rassemble les sites naturels ou semi-naturels européens ayant une grande valeur écologique. L’étude que j’ai menée a mis en évidence que pour toute une série d’habitats et d’espèces d’intérêt communautaire, l’Autriche n’avait pas désigné assez de sites Natura 2000. Cette étude a été un peu comme une bombe lancée dans le paysage autrichien !

 

Quelles ont été les conséquences de la mise en évidence du manque de sites Natura 2000 en Autriche ?

 

La commission européenne a engagé une procédure d'infraction contre l’Autriche, qui est contrainte à désigner ces sites conformément à la directive européenne « Faune Flore Habitats » : nous sommes passés de 220 à 270 sites en trois ans, cela avance !

Par contre, la désignation de ces sites n'est pas considérée avec enthousiasme par les agriculteurs, forestiers et propriétaires fonciers concernés, bien au contraire. Les objectifs de Natura 2000 et les conséquences de la désignation ne sont pas toujours bien communiqués, de sorte que la crainte de ne plus pouvoir exploiter ses terres comme avant est grande. Avec cette étude, notre organisation est devenue un véritable « bouc émissaire », rendue entièrement responsable de cette nouvelle phase de désignation. Nous avons seulement mis en évidence de grands manques au niveau de la mise en place du droit européen de l'environnement en Autriche, une étape alors indispensable pour protéger de manière durable la biodiversité en Autriche.

 

Une fois que les sites sont désignés en Natura 2000, cela veut-il automatiquement dire qu’ils sont bien protégés ?

 

Malheureusement non, pas toujours ! Tous les sites Natura 2000 existants ne bénéficient pas d'une gestion adaptée, cela dépend beaucoup d'un état fédéral (ou « Bundesland ») à l'autre, des moyens financiers dédiés à Natura 2000, de la manière de communiquer avec les agriculteurs et les propriétaires fonciers, de la qualité des inventaires et des plans de gestion ainsi que de la présence de gestionnaires d'aires protégées. En effet, en Autriche, la protection de la nature n’est pas centralisée au niveau de l’Etat, comme en France, mais revient aux états fédéraux. Il n’y a donc pas de réglementation homogène pour tout le pays, mais neuf lois différentes dans les neufs « Bundesländer ». Cette hétérogénéité et ce manque de coordination entre les Bundesländer est à l'origine, entre autres, des manquements de l'Autriche concernant la mise en place de Natura 2000 par rapport aux autres pays européens.

 

Finalement, que vous a apporté l’agro dans votre carrière ?

 

L’agro m’a bien préparé au monde du travail et m'a permis de découvrir plein de choses. Sans l’agro, je ne sais pas si je serais partie en Erasmus ou en césure, par exemple. J'y ai appris à penser global et transversal.

Mes études me servent énormément. En première année, nous avons acquis une connaissance de base sur l'agriculture et même si je me suis spécialisée dans un autre domaine, c'est aujourd’hui grâce à cela que les agriculteurs me prennent au sérieux. J’ai une idée de ce qu’ils font et des contraintes auxquelles ils sont confrontés. Travailler à l’interface entre les agriculteurs et les protecteurs de la nature est fascinant.

À l’origine, je voulais travailler sur le terrain et me spécialiser dans l'expertise floristique, mais finalement j’ai été propulsée dans la politique de la biodiversité et c’est quelque chose qui me passionne !

Vienne - fédération d'associations - bureau d'étude - écologie - biodiversité - botanique - muséum d'histoire naturelle - Natura 2000

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