Nelly Fezé, Senior Industry Specialist Agribusiness, IFC – International Finance Corporation

Le retour en France a été difficile parce que cela faisait 10 ans que j’étais partie, en Suède et aux Etats-Unis. C’est une question de culture car on évolue différemment. Le monde du travail que l’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on a quitté, il a fallu se réadapter.

Comment passer d’un parcours en R&D à un poste de spécialiste à l’IFC ? Quel est le rôle d’un spécialiste à l’IFC ? Le développement durable est-il pris en compte dans les projets de l’IFC ?

1982-1986

Etudiante, Université de Montpellier

 

1986-1989

Etudiante, ENSIA-SIARC & ISAA

 

1989-1992

R&D Manager, Germanaud SA, France

 

1992-1994

R&D Product Manager, Paul Prédault SA, France

 

1995-2000

International Project Manager, Nestlé R&D Center Bjuv, Sweden

 

2000-2005

Project Manager in charge of R&D, Alkar-RapidPack Inc., Wisconsin, USA

 

2005-2010

R&D Manager, Groupe Aoste, campofrio food group, France

2009-2010

Executive MBA, HEC Paris

2011-2012

Senior R&D Project Manager, Global Application Technologies, Givaudan Nederland B.V

2012-Aujourd'hui

Senior Industry Specialist Agribusiness,IFC-International Finance Corporation

Le métier de vos rêves étant petite ?

Médecin

Votre métier actuel en quelques mots ?Evaluer le risque des investissements que fait la société financière des investissements dans les pays en voie de développement dans le domaine des produits tranformés agro-alimentaire. 

  

Motivation en se levant le matin ?

Le challenge, il faut que je sache que j’ai des choses à faire.

 

Ce que la formation à AgroParisTech vous a apporté ?

Les connaissances de base et un premier contact avec les entreprises. 

 

Les enjeux majeurs des futurs agros?L’industrie agro-alimentaire est une industrie sûre mais c’est un secteur où il n’y a pas de croissance. Sa croissance est liée à la croissance de la population. Il y aura un renouvellement des cadres avec les départs à la retraite mais il ne va pas se créer beaucoup d’emploi. Il va falloir improviser vos carrières. 

 

Conseil pour les étudiants ?

Il faut rester curieux, rester ouvert. Il ne faut pas avoir peur de se former en cours de route pour pouvoir se repositionner. 

 

La vie à Washington ?

Sympa et tranquille. Ce n’est pas une ville trépidante mais c’est excessivement international. 

Quelles formations avez-vous suivi ?

J’ai fait une maîtrise de biochimie à l’université de Montpellier. J’ai poursuivi ma formation à l’ENSIA en section ingénieur agroalimentaire des régions chaudes. La moitié de la promotion arrivait d’Afrique, des Antilles, de la Dominique, de la Réunion, de Madagascar, de toute la bande tropicale. La première année correspondait à une mise à niveau qui était plus ou moins nécessaire en fonction de là où on venait et la dernière année correspondait à la 3ème année. À l’époque toutes les grandes écoles avaient mis leur dernière année en commun.

Je souhaitais mieux comprendre les sciences de l’ingénieur appliquées à l’agroalimentaire c’est pourquoi j’ai fait la spécialité sciences et technologies agroalimentaire à Paris Grignon. Suite à cela, j’ai fait un master qualité à l’ENGREF, en alternance, pour me permettre d’accéder au marché du travail plus facilement.

 

Quel était votre rôle en tant que R&D Manager chez Germanaud?

J’ai été embauchée dans l’entreprise où j’ai fait mon alternance, entreprise familiale située à Blois. Il se trouve que je suis rentrée dans l’industrie agroalimentaire par la porte de la charcuterie industrielle. J’étais en charge de créer le service R&D.  Au début des années 90, la grande distribution a pris de l’importance et les petites entreprises ont dû s’y adapter. Il fallait professionnaliser et moderniser les fonctions de l’entreprise pour s’adapter au nouveau système de distribution. J’ai dû mettre en place des suivis pour standardiser les process. Je travaillais avec un technicien, il m’a appris le monde de la charcuterie. Cela a été dur car c’est un monde très masculin. Au cours de cette période, j’ai notamment mis en place la spécification pour le jambon Carrefour.

En 1992, Germanaud est racheté. Vous vous tournez vers un poste de R&D chez Nestlé.

En 1992, l’entreprise a été rachetée par Paul Prédault. Après avoir été transférée chez eux, Je suis partie et je me suis retrouvée au chômage en 1994. Cette période de chômage a duré 15 mois, c’était la première fois qu’en tant qu’ingénieurs nous avions du mal à trouver un emploi. Seuls les personnes qualifiées en qualité étaient embauchées car c’était le début de la mise en place des normes ISO. J’ai rebondi avec un poste de R&D dans le pôle decentre de recherche de Nestlé en Suède. La branche charcuterie de Nestlé, Herta avait besoin de quelqu’un qui comprenait le marché français. J’ai travaillé 5 ans chez Nestlé en Suède cela m’a permis d’acquérir une formation en management de projet.

En 2000 vous avez l’opportunité de venir travailler aux Etats-Unis. Pour quelle entreprise avez-vous travaillé ?

 

J’ai travaillé pour une entreprise qui fabrique du matériel de cuisson industriel en tant que chef de projet R&D. J’ai voyagé dans le monde entier. Ce sont des lignes qui coûtent quelques millions de dollars et il faut atteindre une certaine taille de marché pour les vendre. C’était intéressant de voir quels étaient les pays qui avaient déjà investis dans ces lignes et ceux qui commençaient juste à investir, cela dépendait de la structure de la distribution. Des pays comme l’Espagne ou l’Italie sont restés très traditionnels dans leur système de distribution quand la France avait déjà basculé dans la grande distribution.

Après 5 ans à l’étranger vous souhaitez revenir en France. Vous trouvez un poste en tant que Manager R&D au sein du Groupe Aoste. Comment avez-vous vécu votre retour ?

 

Dans les années 2000, Smithfiled Foods, grand transformateur de viande est confronté à des problèmes d’exportation de ses produits en Europe dû aux variables commerciales. C’est pourquoi, Smithfiled Foods rachète un ensemble d’entreprises en Bretagne et Jean Caby à Lille. Ils rachètent aussi toute la marque Aoste et s’allient au groupe espagnol Campofrio Food Group. Ils deviennent alors le plus grand groupe de produits de charcuterie sèche et cuite en Europe.

J’ai appris qu’ils avaient des problèmes avec leur matériel de cuisson dans l’une de leurs usines. Comme j’avais le profil unique de connaître la France, de parler anglais et de connaître le marché américain, ils m’ont embauché en tant que Manager R&D. J’ai occupé cette fonction pendant 3 ans à temps plein.

Le retour en France a été difficile parce que cela faisait 10 ans que j’étais partie, en Suède et aux Etats-Unis. C’est une question de culture car on évolue différemment. Le monde du travail que l’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on a quitté, il a fallu se réadapter.

 

Après un executive MBA à HEC et une courte expérience chez Givaudan vous recherchez la sécurité de l’emploi.

 

Je suis partie faire un MBA à HEC que j’ai fini en novembre 2010. En 2011, j’ai trouvé un travail chez Givaudan, en Hollande, dans leur groupe d’application. Mon rôle était de tester les produits issus de la recherche et de faire des recommandations à la force de vente quant à leur utilisation . Après un an, ils ont fermé la partie application en Hollande pour ne laisser que celle aux Etats-Unis.

Je me suis dit qu’il serait temps pour moi de chercher la sécurité de l’emploi plutôt que l’aventure. J’ai commencé à consulter mon réseau. Je souhaitais mettre toute l’expérience que j’avais acquise au service des pays en voie de développement, en tant qu’expert technique. Je connaissais quelqu’un à la Banque Mondiale qui m’a donné des noms d’entreprises et notamment l’IFC. J’ai envoyé une lettre de candidature et j’ai commencé en 2012, il y a un peu moins de 5 ans.

Quel est votre rôle à l’IFC ?

Je suis dans le service Agribusiness qui investit dans les pays en voie de développement, essentiellement dans le secteur privé. Nous sommes 8 experts techniques en Agribusiness et je m’occupe de tous les produits de grande consommation. Nous avons des projets en agro qui vont de 3-5 à 100-150 millions de dollars en fonction des pays. J’ai pour rôle d’auditer les projets et d’évaluer les risques.

Je commence par lire le business plan pour savoir si cela a du sens et si cela a du potentiel et que cela répond à certains critères financiers. Nous procédons à un audit stratégique. A la fin, j’écris un rapport et je fais des recommandations.

Ce n’est vraiment pas un métier facile. C’est un métier qui ne peut se faire qu’à partir d’un certain nombre d’années d’expérience car on utilise tout son vécu. Nous ne cessons jamais d’apprendre.

 

Au cours d’un projet, avec qui travaillez-vous ?

Nous sommes toute une équipe, on se répartit les tâches. Il y a un spécialiste par domaine d’expertise donc chacun a une grande responsabilité. Notamment, il y a toujours un ou deux chargés d’investissement et un spécialiste pour la partie environnementale et sociale.

Est-ce que vous êtes amenée à voyager ?

Je voyage beaucoup. Entre janvier et juin je suis allée au Sénégal, Rouanda, Kazakhstan, Espagne, Mexique, Italie et Danemark.

 

Le développement durable est-il une partie intégrante de vos projets ?

Cela fait partie intégrante de notre cahier des charges. L’IFC défini des guides de référence largement adoptés et utilisés dans le monde. Nous apportons un savoir aux sociétés pour relever le niveau du développement durable.

Quelle est la différence au niveau des prêts entre une banque privée et l’IFC ?

Une banque privée va faire des prêts sur 3 voire 5 ans maximum tandis que l’IFC peut faire des prêt jusqu’à 8 ans. Le retour sur investissement dans les pays en voie de développement est beaucoup plus long. Entre autres, l’entreprise peut être bloquée par le prix qu’elle peut demander pour le produit qu’elle vend alors que l’investissement matériel, lui, peut être élevé. Comparé à une banque privée nous apportons une aide technique. En effet, très souvent du personnel qualifié et des agents de maitrises font défaut dans les pays en voie de développement.

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet dans une entreprise dans laquelle vous avez investie ?

 

L’entreprise s’appelle Promasidor, elle a été fondée par un anglais qui était venu travailler en Afrique avec une entreprise internationale et qui a décidé de créer la sienne. Il est parti du constat que le lait en poudre était vendu dans des boîtes en aluminium de 400g ou plus et que c’était très cher par rapport au niveau de vie des locaux. C’est pourquoi, il a créé des sachets de 20-30g beaucoup moins chers correspondant à une ration journalière pour un enfant. Ainsi, il permet à des populations qui vivent avec leur salaire journalier d’acheter les sachets au jour le jour. De plus, ils étaient confrontés à un problème de conservation de la poudre de lait. La crème de lait à tendance à s’oxyder dans les pays chauds et cela réduit la DLC. Ils ont donc remplacé la crème de lait par de l’huile de noix de coco car la texture est cristallisée à température ambiante. Promasidor est venu nous voir avec un projet de renouvellement de son matériel de conditionnement. Ils avaient besoin de gagner en productivité. La majorité des projets dans lesquels nous investissons soutiennent la création d’emploi mais dans leur cas c’était différent. Le prix de la matière première augmentait et pour pouvoir continuer à vendre au bas de la pyramide ils avaient besoin d’abaisser leurs prix et d’investir dans des machines pour gagner en productivité.

C’était tout à fait intéressant pour nous d’essayer de comprendre la raison de leur succès, de comprendre leur business modèle basé sur une partie de la population qui n’a pas beaucoup de revenu et d’évaluer les risques liés à l’augmentation du prix du lait. En effet, ils visent une partie de la population qui ne peut pas suivre les augmentations de prix de la matière première, c’est au fournisseur de s’aligner.

J’ai choisi ce projet-là, car c’est rare qu’un projet concerne, depuis le départ, la population la base de la pyramide. C’est aujourd’hui une multinationale africaine, ils sont présents en Afrique du Sud, au Nigeria, au Ghana, en Algérie et en Afrique de l’Est. En Algérie, se sont les premiers vendeurs de lait devant Nestlé et au Nigeria ils sont les premier en quantité.

 

Il y a-t-il des pays qui font plus de demande de projets que d’autres ?

 

C’est un processus cyclique. Avant que le prix du pétrole ne s’écroule le Brésil et l’Amérique latine envoyaient de nombreuses demandes. Depuis que l’Argentine a un nouveau gouvernement cela a changé la donne, on fait plus de projets. Les projets en Afrique sont fonction du cours des monnaies. Cela peut dépendre du niveau d’investissement, comme au Mexique ou en Chine où ils vont pouvoir trouver plus facilement des financements dans leur pays.

IFC – Agribusiness Spécialiste -  Washington – Investissement – Développement durable

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