NICOLAS LINDEMANN, Executive Director, Tradecorp International

La confiance est pour moi une valeur vraiment fondamentale 

Passioné par le monde marin ? Participer au sommet de la Terre à Brasilia  ? Manager chez SGS, Société Générale de Surveillance ? Le collateral management ? Monter une société de courtage financier pour apprendre la finance ?

Travailler dans le monde des micronutriments et spécialités pour les plantes ?

1987-1991
Student, INA P-G (87)

 

1992 - 2001

Manager, SGS

 

2001-2008

Owner & Director, Moneypoint

 

2005-2010

Manager, SL Tech

 

2008-2010

Marketing Manager, Le Relais Laborie - Buzios, Brésil

 

2010- aujourd'hui

Executive Director, Sapec Group -Tradecorp International

Au cours de votre formation à l’agro, comment avez vous concilié votre passion pour le monde marin et les cours ?

 

Depuis tout petit, je suis passionné par le monde marin. Surfeur, passionné de voile, j’ai toujours su que je voulais étudier l’océanographie. Après les classes préparatoires, j’ai intégré AgroParisTech et j’y ai donc suivi des cours en lien avec cette passion ! J’avais par exemple choisi une UV « planche à voile » sur l’île de Bénodet, on étudiait la biologie marine, l’environnement et on faisait bien sûr de la planche à voile (rire) ! En troisième année, je suis parti à Rennes pour y suivre la spécialité halieutique, le programme était chargé et s’étendait sur un an et demi. J’ai finalement orienté mes études sur la biologie animale et je me suis intéressé en particulier à l’exploitation, la gestion et les opérations de ce monde marin.

 

Mon stage de fin d’étude ? Génial ! Je suis parti quatre mois sur un bateau en Indonésie pour étudier une potentielle exploitation de langouste. Il fallait savoir si pour une usine de cuisson/surgélation française déjà installée là-bas, il était rentable d’exploiter les langoustes en plus des crevettes. C’était dépaysant. Pour l’anecdote, je me suis rendu dans un village dans lequel les habitants n’avaient pas vu d’homme blanc depuis 40 ans, j’avais bien blondi avec le soleil, alors les habitants m’appelaient « jaune » ! (Rire)

 

Vous partez ensuite effectuer votre « coopée » au Brésil où vous avez l’opportunité de participer au sommet de la Terre, racontez-nous !

 

Pendant 18 mois, j’ai été attaché agricole à l’ambassade de France à Brasilia. Une conséquence de ma « coopé » a été de travailler pour le sommet de la Terre de 1992 organisé par l’ONU, qui réunissait les dirigeants mondiaux sur les problématiques du développement durable de la planète. J’ai rejoint le coopérant français qui s’occupait du volet environnement et notamment de la gestion des bassins hydrauliques de cette grande conférence. Nous avons mis en place des systèmes d’information : film, stands.

 

Avec le recul, quelles sont les compétences que vous avez acquises à l’agro ?

 

L’agro m’a permis d’apprendre à étudier et j’y ai acquis une forte capacité de travail. J'ai aussi appris à être en compétition avec moi-même ! A l’agro, nous avons des cours transversaux, et par exemple avoir appris le droit m’a aidé ! J’ai pu également retrouver ma passion pour le monde marin, la biologie et le vivant.  Il y a de la substance, et ça me plaît, c’est quelque chose de concret et de réel ! On le voit dans la crise aujourd’hui : l’agriculture est un des seuls endroits où ça va bien, car il y a un besoin. Par exemple le ratio de stock de transfert d’année sur année de la population n’a jamais été aussi bas depuis 30-40 ans, il y a des choses à faire dans l’agriculture !

 

Au Brésil, vous êtes ensuite devenu manager chez SGS, Société Générale de Surveillance, en quoi cela consistait-il ?

 

Effectivement, en 1992, j’ai été embauché en tant que manager chez SGS, une société d’inspection, de contrôle, d’analyse et de certification. Très vite, j’ai travaillé dans la division agricole : j’avais une mission d’inspection sur les matières premières tradées (blé, orge, avoine, soja). En effet, un des volets d’action de SGS est d’assurer au vendeur et au client que leur transaction est complète et parfaite. SGS est un peu « l’oeil sur le terrain ». Au Brésil, par exemple je devais m’assurer que la marchandise était conforme aux termes du contrat avant transport, puis je devais effectuer la même vérification après transport. Il faut savoir que SGS était également assureur lors du transport, ainsi mon travail était assez complexe puisqu’il fallait prendre en compte de multiples facteurs. Après le Brésil, je suis parti en mission en Afrique, en Tanzanie, avec SGS, pour travailler cette fois le collateral management.

 

Qu’est-ce que le collateral management ?

 

Appelé tierce détention en France, il s’agit d’un contrat tripartite entre une institution financière (une banque par exemple), un emprunteur (un trader) et un tiers détenteur (dans mon cas la SGS). Par exemple, une banque va octroyer un prêt à un trader : la garantie de ce prêt est la mise en dépôt des 500 tonnes de café du trader sous la responsabilité du tiers détenteur, la SGS. Le trader revendra alors sa marchandise stockée par SGS par tranche à des acheteurs, et remboursera ainsi la banque.

 

SGS a développé et systématisé à un niveau mondial le collateral management qui était auparavant peu formalisé. Et j’ai eu la chance d’y participer à travers la rédaction et la mise en place de nouvelles procédures.

 

Le collateral management, une activité non exempte de risques, des anecdotes à nous raconter sur votre travail en Tanzanie ?

 

Bien sur, être un tiers détenteur n’est pas exempt de risques. SGS, après inspection, stockait la marchandise dans des lieux précis et garantissait que la marchandise ne serait ni détériorée, ni volée. Evidemment tous les moyens de sécurité étaient mis en place pour protéger cette marchandise, SGS avait un savoir-faire impressionnant.

 

J’ai tout de même pu assister à quelques scènes ! Vous imaginez bien que cette marchandise stockée avait une grande valeur, un conteneur de balles de coton valait par exemple 100 000$. Il faut savoir qu’en Tanzanie, à l‘époque, le salaire d’un inspecteur était de 100$ par mois. Il fallait être donc vigilant aux vols ! Je me rappelle d’un message radio que j’ai reçu un jour, on m’annonçait que des sacs de noix de cajou manquaient dans l’entrepôt. Je m’y suis donc rendu et ai donc vérifié tous les dispositifs de sécurité mis en place pour comprendre d’où pouvait venir la faille ! C’est en levant les yeux au plafond que j’ai remarqué que deux plaques du toit étaient plus propres que les autres... Des sacs de marchandises avaient été volés grâce à une corde en passant par le toit ! Je voyais des choses assez sportives, et je ne vous parle pas des vols à main armée, en Tanzanie, ça tire ! 

 

Après 9 années passées au sein de SGS, quelles conclusions tirez-vous de cette expérience ?

 

L’entreprise est basée à Genève, je faisais partie d’un groupe de management international, j’étais ainsi mis en poste dans des pays qui avaient des besoins de gestion, le Brésil, la Tanzanie, puis la France et le Portugal ! Intellectuellement mon travail était passionnant ! J’étais au croisement de plusieurs activités : le management, la gestion, les stocks, les finances. Travailler successivement dans différents pays me plaisait, j’ai toujours été « un pigeon voyageur » ! Je suis né en Algérie, j’ai vécu de mes 13 ans à 18 ans au Brésil, j’ai également vécu en Italie et en France ! De plus, SGS est une entreprise très agréable, bien gérée. Je me retrouve dans les valeurs de l’entreprise : notamment la confiance qui est pour moi une valeur vraiment fondamentale.

 

Créer une société de courtage financier pour apprendre la finance, un vrai challenge ! Pourquoi ce choix ?

 

Après neuf ans d’expérience à m’occuper du collateral management de matières premières tradées, j’ai voulu comprendre réellement la comptabilité et la finance. C’est quelque chose que je voulais vraiment alors j’ai fait en sorte de pouvoir le faire. J’ai sérieusement pensé à faire un MBA, mais j’aurais dû m’arrêter un an, ayant une femme et des enfants, le coût total s’élevait à 100 000€. Au lieu de ça, j’ai choisi de faire un pari : j’ai investi ces 100 000€ dans une société de courtage financier. Dans le pire des cas je perdais cet argent, mais si cela venait à se produire cela signifiait qu’il se serait passé beaucoup de choses, donc j’aurais beaucoup appris. Et puis, si c’était un bon investissement alors tant mieux, et j’aurais également beaucoup appris ! (rire) Dans cette volonté d’apprentissage, j’ai créé MoneyPoint.

 

Du courtage financier grâce au collateral management ?

 

Un ami d’enfance, basé au Brésil, m’a appelé, ce dont il avait besoin se rapprochait du collateral management. Il avait besoin de financer son activité : il vendait des engrais aux agriculteurs qui le payaient en soja. Il voulait que quelqu’un récupère le soja et comme dans le collateral management, le finance sur ses stocks. J’avais créé MoneyPoint pour apprendre à structurer ce genre d’opérations. Lorsque j’ai commencé mon business, c’était pour aider cet ami. Donc sur l’exemple du soja et des engrais, j’ai dû :

  • définir la qualité du soja planté par l’agriculteur qui servira de monnaie d’échange (où va t-il être planté, quelle qualité, quelles sont les conditions de livraison)

  • avoir les bonnes informations sur l’engrais (conditions, modes de livraison...)

  • analyser le contexte économique pour savoir comment pourra être tradé le soja

  • convaincre les fonds d’investissement pour qu’ils financent sur les stocks de soja,

 

C’est lors de la dernière étape que je prenais la commission permettant de financer mon activité de courtage.

 

A l’issue de cela, j’ai commencé à aller chercher d’autres clients pour leur proposer des crédits que les banques ne pouvaient pas forcément proposer. Créé en 2001, c’est en 2005 que nous avons réussi à véritablement créer un business. Progressivement nous sommes passés de 5 à 10 puis à 20 millions de dollars d’opérations. Puis 2009 est arrivé avec son « credit crunch » et progressivement nous nous sommes retrouvés sans business. J’avais revendu Money Point en 2008 avec le projet de m’installer définitivement au Brésil.

 

Concrètement, comment avez-vous appris la finance ?

 

J’avais vraiment la volonté d’apprendre donc j’ai tout d’abord commencé par poser des questions aux personnes qui pouvaient m’aider, par exemple aux personnes travaillant dans ma franchise, puis j’ai appris en autodidacte. Par exemple, pour construire un tableau d’investissement, j’ai cherché sur excel comment faire. Finalement, le document sur lequel j’ai travaillé a servi ensuite de document d’analyse. Il faut chercher et réfléchir et on y a arrive ! Ce qui, à mon avis, est compliqué en finance c’est de cerner le trading : comprendre ce qu’est acheter du physique pour vendre du papier, comprendre le bouclage de position etc... Il faut comprendre le raisonnement, et une fois qu’on l’a compris, ça va mieux !

 

J’ai donc créé cette société, je découvrais, j’apprenais et comprenais ce monde que je voulais connaitre ! Mais je n’ai pas appris que sur le plan financier. Pour créer une entreprise il faut être sur plusieurs fronts : je devais rédiger les statuts, j’ai acheté des franchises à Toulouse et Bordeaux… Ce dernier point m’a d’ailleurs permis de developper des compétences juridiques : mon franchiseur a mis la clef sous la porte alors que je venais de lui acheter deux franchises, j’ai donc dû aller au tribunal pour régler ce problème. Il faut savoir se battre!

 

L’entreprenariat et vous ?

 

Être entrepreneur, c’est quelque chose que j’ai peut-être dans le sang ! Pour moi, avoir un esprit entrepreneur et novateur est fondamental : « si on fait la même chose tout le temps, il ne faut pas s’étonner d’avoir les mêmes résultats que les autres » ! Il faut oser ! Je pense qu’en France, il y a des choses à faire en entreprenariat, les anglais disent avec humour « french don’t have a word for entrepreneur ! » (rire)

 

Votre poste actuel, un retour au monde concret de l’agro ?

 

En effet, j’avais envie de revenir sur le terrain, sur le concret et j’ai eu la chance de rencontrer la Sapec, maison mère de TradeCorp, située à Madrid. Engagé comme directeur exécutif, je manage la division internationale de TradeCorp, une société qui fabrique et commercialise dans le monde des micronutriments et des spécialités (fer, manganèse, calcium, cuivre, les foliaires, la biostimulation...).  Je m’occupe de les gestion des différentes filiales de TradeCorp (en dehors de la partie Espagne gérée directement par Sapec Agro, qui gère également les pesticides et les engrais) : que ce soit au niveau des usines, de la R&D, ou des aspects réglementaires.

 

Est-il important de parler plusieurs langues ?

 

Apprendre une langue est fondamentale pour comprendre ce que l’autre dit ! La même phrase racontée par un australien, un coréen, un espagnol, un mexicain ou un égyptien n’aura pas la même signification selon les personnes ! Alors parler dans la langue de la personne aide énormément dans la construction d’un vrai dialogue.

 

Justement, je vais vous raconter une anecdote amusante : Richard Brandsom, le célèbre entrepreneur raconte dans son livre « Secret they won’t teach you at business school » l’ouverture d’un nouveau bureau de Virgin Records aux Etats-Unis. L’américain qui venait d’être embauché en tant que directeur de bureau dit à Richard « In england you have quite good artists », ce qui vexa alors le britannique ! Même un britannique et un américain n’interpréteront pas de la même façon l’anglais (rire) !

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