Océane Albert, Postdoctoral Researcher, Department of Pharmacology and Therapeutics, McGill University 

L’expatriation, c’est vraiment se faire à soi-même le cadeau de vivre une aventure au quotidien.

L’exposition aux phtalates inévitable ? Réaliser son postdoc à Montréal sur l’effet des plastifiants industriels sur la fertilité masculine ? Conforter la place des femmes dans le monde de la recherche ?

2006 - 2009
Student, INA P-G 

 

2008

Intern, INRA (Paris)

Intern, CNRS (Roscoff)

2008 - 2009

Master Reproduction & Développement Université Paris Diderot (Paris VII)

Intern, Inserm (Rennes)

2009 - 2012

PhD Student, IRSET (Institut de Recherche sur la Santé, l’Environnement et le Travail, Rennes)

2013 - Aujourd'hui

Postdoctoral Researcher, Department of Pharmacology and Therapeutics, McGill University 

Quelle formation as-tu suivi à l’agro ?

En rentrant à l’Agro, j’étais déjà très attirée par la biologie fondamentale et le monde de la recherche. Naturellement, j’ai choisi des unités d’enseignements en lien avec ce sujet. En troisième année, je savais que je souhaitais faire un doctorat mais je ne savais pas quel master choisir. J’avais adoré les cours de reproduction de Marie Saint-Dizier ; je lui ai donc demandé conseil et elle m’a orientée vers le master de recherche en Reproduction et Développement de Paris Diderot. Depuis ce jour, elle est devenue un véritable mentor et je suis toujours en contact avec elle.

 

Qu’est-ce-que la formation complémentaire à Diderot t’a apporté ?

Au cours de ma deuxième année à l’Agro, j’ai eu la chance de faire un stage de 6 semaines en physiologie de la nutrition sous la supervision de Nicolas Darcel. Je faisais de l’IRM sur des souris, ça a été ma toute première expérience en laboratoire. Le master m’a permis de conforter ma vocation pour la paillasse, m’a apporté toutes les connaissances fondamentales sur la reproduction humaine que j’utilise au quotidien dans mon métier, et a été un tremplin vers le doctorat.

 

Suite à ton master une thèse s’impose tout naturellement à toi. Quel était le sujet ?

J’ai fait mon stage de Master 2 dans un laboratoire à Rennes qui travaille sur l’effet des polluants industriels sur la fertilité masculine. J’ai passé le concours de thèse à la fin de mon

Master et j’ai décroché une bourse pour faire un doctorat dans le même laboratoire. J’ai quitté définitivement Paris et me suis installée à Rennes. Le sujet de ma thèse était très proche de celui sur lequel je travaille aujourd’hui : l’effet des plastifiants industriels sur la fertilité masculine. Tous les produits de la vie courante en plastique, mais aussi certains produits d’entretien ou cosmétiques, contiennent des molécules appelées phtalates. Les phtalates sont utilisés pour donner de la souplesse aux produits en PVC et pour texturiser certains fluides. Il n’y a pas besoin d’être accro au maquillage ou aux travaux ménagers pour y être exposé : ils sont inévitables. Les principales voies d’exposition sont l’ingestion (e.g les aliments en contact avec du plastique), l’inhalation (e.g, poussières, peinture), et l’application cutanée (e.g produits cosmétiques).

 

Quelles étaient alors tes missions ?

J’avais un modèle de culture relativement atypique. Grâce à une collaboration avec le service d’urologie du CHU de Rennes, je recevais des prélèvements testiculaires d’hommes atteints de cancer de la prostate hormono-dépendants et dont le traitement nécessitait une castration physique. Je découpais ces testicules en explants de quelques mm3 et les exposais aux phtalates dans un modèle de culture in vitro. L’objectif était de regarder si les phtalates avaient des effets sur la production d’hormones, notamment de testostérone. Grâce aux résultats obtenus, nous avons eu la première preuve de concept d’effets de ces molécules chez les humains. Auparavant, ça n’avait été démontré que chez le rat et la souris. J’ai fait ma thèse en trois ans, et cela m’a permis de publier plusieurs articles, notamment dans Human Reproduction [1], [2] et dans Human Reproduction Update [3].

 

A peine quelques mois après avoir fini ta thèse, tu t’envoles pour le Canada. Quelles étaient tes motivations pour partir ? Comment as-tu fait ?

J’ai eu la chance de trouver un postdoc avant de terminer mon doctorat, et trois mois seulement après avoir défendu ma thèse, je m’envolais pour le Canada.

 

Je voulais travailler dans une Université nord-américaine pour plusieurs raisons, notamment parler anglais au quotidien, et m’ouvrir les portes d’une future carrière académique en France, qui nécessite aujourd’hui de s’expatrier pour quelques années. Après avoir contacté plusieurs laboratoires et entreprises dans mon domaine, le nom du Professeur Bernard Robaire revenait sans arrêt. Je lui ai donc envoyé une candidature spontanée, et par chance il avait un poste de postdoc à pourvoir. Le projet était de trouver des nouveaux plastifiants, plus verts et sans effets sur la reproduction masculine.

 

Tes projets actuels ressemblent-ils à ce que tu faisais en thèse ? Quelles sont aujourd’hui tes missions ?

Tout à fait sauf que mon modèle n’est plus humain mais murin. Nous avons collaboré avec le département d’ingénierie chimique de McGill : ils ont synthétisé 20 molécules candidates possédant de bonnes propriétés plastifiantes et une meilleure biodégradabilité, mais dont on ignore les effets sur la reproduction. Grâce à des lignées cellulaires, nous avons présélectionné parmi ces candidats deux plastifiants non toxiques pour les tester sur un modèle animal, le rat. Nous avons étudié les effets d’une exposition à ces nouveaux plastifiants pendant la vie fœtale et la lactation sur la fonction testiculaire. Aujourd’hui, je réalise la dernière partie du projet, qui consiste à explorer les effets de ce traitement sur la fertilité à long terme, chez le rat adulte.

 

Quels sont selon toi les avantages à travailler dans le monde de la recherche et plus particulièrement à McGill ?

L’université est très cosmopolite, j’ai la chance de travailler avec des gens de nationalités et de parcours très variés. C’est aussi ce qui est attirant dans le monde de la recherche : l’assurance de travailler avec beaucoup de jeunes venant d’horizons très différents.

 

Travailler dans une université avec un tel rayonnement m’a aussi permis de développer mon réseau et des projets qui me tiennent particulièrement à cœur. Par exemple, depuis l’année dernière, je suis présidente du projet WinRS (Women in Reproductive Sciences) au sein de la Society for the Study of Reproduction. Notre but est d’informer les chercheurs des biais existants contre les femmes en sciences et d’essayer d’y remédier. Aujourd’hui, de nombreuses études montrent que bien que les femmes soient plus nombreuses au niveau universitaire, elles n’accèdent pas aux postes académiques les plus élevés. Les raisons de cette fuite sont multiples : les femmes reçoivent moins de financements, sont moins citées, sont pénalisées par le manque d’adaptabilité à la maternité, etc. Sans compter sur le sexisme plus ou moins subtil dont toutes les femmes ont fait l’expérience au cours de leur carrière : l’académie ne fait pas exception à la règle.

 

Comment as-tu vécu l’expatriation ? Quelles sont tes aspirations futures ?

J’ai adoré m’expatrier. Je pense que j’étais particulièrement prête, pas une seconde je n’ai eu le mal du pays. Au Canada, ça a été très facile autant administrativement qu’humainement : les gens sont hyper sympathiques et le dépaysement linguistique n’existe pas vraiment.

L’expatriation, c’est vraiment se faire à soi-même le cadeau de vivre une aventure au quotidien.

 

Mon postdoc se termine à la fin de l’année 2017 et je souhaiterais m’expatrier à nouveau en travaillant dans un pays plus proche de la France pour me rapprocher de ma famille. Je ne me ferme aucune porte.

 

Comment l’expatriation a-t-elle été vécue par vos proches ?

Mon expatriation ne s’est pas super bien passée auprès de ma famille, qui me fait du chantage affectif tous les dimanches sur Skype depuis 4 ans (rires). C’était compliqué pour mes parents, au contraire de mon frère et de ma sœur qui l’ont très bien vécu, ma sœur s’étant elle-même expatriée. C’est plus facile pour eux car nous faisons partie d’une génération qui fait des études plus longues et qui est amenée à voyager.  

 

Comment décrierais-tu la vie à Montréal ?

J’ai emménagé sur le Plateau et je ne l’ai pas quitté. La vie est agréable, j’évolue dans une atmosphère sereine très axée sur l’inclusion, l’acceptation et la communauté.

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